Supernova N 01, nouvelle série 2026
1) Les paroles de vos chansons sont un coup de poing contre le conformisme de la société allemande. D’où tirez-vous votre inspiration et quels sont les thèmes que vous abordez ?
Il est facile de répondre à la question de savoir d’où je tire mon inspiration. Je viens d’une famille politiquement active, je n’ai jamais connu autre chose. Tandis que d’autres passaient leur temps libre dans des parcs d’attractions, moi j’allais à des manifestations.
Les figures principales qui m’ont inspiré sont İbrahim Kaypakkaya, Che Guevara et Karl Marx.
Le sens de leur vie était de lutter contre l’injustice et de rendre le monde meilleur.
Je ne me concentre pas sur un objectif unique. Il s’agit de l’antifascisme dans son ensemble, sous toutes ses formes. Nous luttons contre l’injustice, le racisme et l’exploitation.
2) L’industrie culturelle impérialiste domine et façonne le comportement des classes populaires. La musique pop et le rap sont associés aux modèles culturels imposés par l’impérialisme : l’argent, la violence, le sexe, etc. Une contre-culture populaire est donc nécessaire. Selon vous, dans quels espaces et domaines peut-elle émerger ?
Malheureusement, la lutte contre l’impérialisme ne se gagne pas du jour au lendemain.
C’est un combat de longue haleine, qui exige de la persévérance.
La contre-culture peut prendre de nombreuses formes, et c’est indispensable.
Elle peut s’exprimer à travers la musique, comme je le fais, afin de toucher le plus grand nombre possible de personnes.
Elle peut aussi émerger à travers des médias politiquement engagés qui ne se laissent pas intimider, dans la rue, à travers des manifestations et des organisations.
3) L’anticommunisme, la haine et le racisme envers les classes populaires sont très présents aujourd’hui en Europe. Une nouvelle génération veut lutter non seulement « contre », mais aussi « pour » : pour la résistance et pour un monde nouveau. Comment la musique peut-elle y contribuer ?
En diffusant des valeurs politiques dans la rue à travers la musique.
Je reçois souvent des messages de jeunes qui se sont intéressés à la politique grâce à mon travail.
Il est vrai que la musique politique touche souvent des personnes déjà politisées, mais nous parvenons également à éveiller l’intérêt de jeunes qui n’avaient jamais été confrontés à la politique auparavant.
J’espère que d’autres suivront notre exemple afin d’encourager le plus grand nombre possible de personnes à s’engager politiquement.
J’espère aussi que nous rendrons le rap de gauche accessible à un public plus large. C’est pour cela que nous utilisons des rythmes modernes et attractifs, afin de rendre le message plus percutant.
4) La musique, comme toutes les formes d’art, est contrôlée par le marché et donc par l’impérialisme. Comment résistez-vous à ces « sirènes » ?
Je refuse de me laisser opprimer.
On essaie constamment de me mettre des bâtons dans les roues. Mes vidéos sont signalées des milliers de fois. De grands politiciens de l’opposition attirent l’attention sur ma musique, et le sujet est même évoqué au Bundestag.
C’est un bon signe, cela signifie que la musique touche beaucoup de gens, que ce soit de manière négative ou positive. Tout le monde comprend le message !
