Supernova N 01, nouvelle série 2026
Movimiento Guevarista Tierra y Libertad de Ecuador-Partido Revolucionario de los Trabajadores
1) Pouvez-vous nous présenter votre organisation ?
Le MGTL-PRT est une organisation révolutionnaire marxiste-léniniste qui lutte pour la construction du Parti révolutionnaire du peuple équatorien, pour la libération nationale et pour le socialisme. Fruit de décennies de luttes du peuple équatorien, nous nous reconnaissons comme les héritiers des luttes insurgées des années 1980 et 1990.
Dans nos rangs militent des camarades qui furent membres d’Alfaro Vive Carajo et de Montoneras Patria Libre, qui ont affronté les armes de l’État équatorien, qui ont été internationalistes et emprisonnés dans les cachots de la bourgeoisie. Mais nous nous reconnaissons également héritiers des grandes luttes populaires des années 1990, au cours desquelles le peuple équatorien a renversé trois présidents.
Nous sommes aussi les enfants du prolétariat, des paysans et des peuples autochtones. Nous sommes des combattants populaires issus des travailleurs précaires, des vendeurs ambulants, des travailleurs indépendants, des ouvriers, des paysans et des chômeurs. Nous sommes le prolétariat organisant son propre parti, son propre front de combat.
Le peuple équatorien nous reconnaît comme une force de lutte. Les guévaristes sont présents dans toutes les luttes justes où le peuple a besoin de nous. Nous avons gagné notre reconnaissance à la sueur de notre front : dans la lutte de rue, dans la récupération des haciendas, dans le combat contre les multinationales minières, dans la défense des terres communautaires, en affrontant la persécution et l’emprisonnement politique sans jamais reculer.
2) Quelle est la situation sociale et politique actuelle en Équateur ? Quels sont les liens entre le pouvoir économique, la politique et les organisations criminelles ? Comment se manifeste l’impérialisme américain ?
L’Équateur est un narco-État, un véritable trou noir du capital. C’est aujourd’hui le pays le plus violent de la région, d’où partent chaque jour des tonnes de drogue vers l’Europe et les États-Unis. Nous vivons une véritable guerre de la drogue, dont les principales victimes sont les travailleurs.
Nous traversons une grave crise économique et sociale, conséquence directe de l’application des recettes du FMI. Le président actuel, un cacique nommé Noboa, et toute sa cour de lumpen-bourgeoisie terrienne ont utilisé l’État pour favoriser leurs propres affaires, ruinant ainsi le pays.
Il n’y a plus de médicaments dans les hôpitaux. Des dizaines d’enfants meurent chaque jour à cause des bactéries hospitalières qui prolifèrent, parce que le gouvernement ne paie même plus le nettoyage des établissements de santé. L’éducation est en ruine : le régime caciquiste n’a pas construit une seule école et ferme même celles qui existent déjà.
Le trafic de drogue prospère parce que la bourgeoisie créole est une narco-bourgeoisie. Des rapports émanant des États-Unis eux-mêmes ont démontré que les entreprises de la grande bourgeoisie sont impliquées dans le narcotrafic. Nous sommes gouvernés par des criminels.
L’ancien président Guillermo Lasso est propriétaire de la Banque de Guayaquil, identifiée comme un des principaux centres de blanchiment d’argent de la mafia. L’actuel président Noboa est propriétaire de l’entreprise Noboa Trading, qui faisait l’objet d’enquêtes pour trafic de drogue.
L’impérialisme yankee contrôle totalement le pays. Noboa est un lèche-bottes : hier de Biden, aujourd’hui de Trump. Récemment, le délinquant Marco Rubio s’est rendu en Équateur et Noboa s’est prosterné devant lui pour 13 millions de dollars. Les États-Unis cherchent à contrôler les ports équatoriens afin d’assurer leur hégémonie dans le commerce de la drogue.
Nous sommes soumis au pire cartel du monde : la DEA. L’Équateur est un pays semi-colonial. C’est pourquoi nous avons défini notre lutte avant tout comme une lutte de libération nationale. Nous devons d’abord expulser les gringos et leurs laquais pour avancer vers le socialisme.
3) Quels sont les secteurs sociaux les plus actifs dans la résistance actuelle ? Comment se pose aujourd’hui la question indigène et son rapport avec la lutte de classe ?
Comme toujours, ce sont les secteurs ouvriers et paysans. Actuellement, le pays est secoué par une grève des transporteurs, soutenue par les communautés paysannes et les secteurs organisés des villes.
Le prolétariat équatorien actuel est un prolétariat composé de chômeurs, de travailleurs indépendants, de travailleurs précaires, d’ouvriers surexploités et de paysans déplacés. Les organisations issues de ce prolétariat sont d’un nouveau type, non par discours, mais par nécessité historique.
Parmi ces organisations figurent le MGTL-PRT, les camarades d’Acción Antifascista, le mouvement Vientos del Pueblo, le parti Puka Inti et certains secteurs du PCE revenus au marxisme-léninisme.
Le peuple indigène est une force de lutte, mais il ne doit pas être idéalisé de manière abstraite. Les organisations indigènes formelles ont été dominées par la bourgeoisie et la petite bourgeoisie indigènes, qui les ont menées à l’électoralisme, à l’opportunisme et à la trahison des soulèvements populaires sur les tables de négociation avec les fascistes.
Nous grandissons parmi les paysans pauvres, et nous sommes nous-mêmes des paysans pauvres. Nous renforçons la dimension culturelle et la cosmovision andine, nous organisons des écoles politiques dans les communautés, nos militants sont indigènes et paysans pauvres. Nous combattons le réformisme, le clientélisme et l’opportunisme, et nous refusons de jouer le jeu de la démocratie bourgeoise.
C’est pour cela que l’ennemi de classe nous a frappés durement en 2022 dans les zones rurales. Mais peu importe : nous sommes comme la paille des páramos, et petit à petit, nous repoussons.
4) Quelles sont, selon vous, les principales tâches des marxistes-léninistes aujourd’hui ?
Notre tâche principale est la reconstruction des partis communistes. Sans parti, il n’y a pas de révolution. Nous devons barrer la route au réformisme et au révisionnisme, lutter résolument contre le fascisme et la social-démocratie.
Nous devons reconstruire le mouvement ouvrier, le mouvement paysan, l’organisation populaire de quartier, les fronts antifascistes et tous les instruments de lutte du prolétariat. Une autre tâche essentielle est la reconstruction de l’Internationale communiste, un processus déjà en cours.
Enfin, le devoir fondamental de tout révolutionnaire est de faire la révolution. Et la révolution est une pratique réelle et concrète, faite d’actions, pas de paroles.
5) Quelle est la situation de la gauche révolutionnaire en Équateur ? Existe-t-il des prisonniers politiques ?
Malgré les coups reçus, la gauche révolutionnaire est debout, en processus de reconstruction et d’unité. La lutte contre le cacique fasciste Noboa nous a obligés à avancer sur le terrain de l’unité.
Aujourd’hui, des assemblées populaires fonctionnent dans plusieurs provinces. Nous avons fait l’expérience de l’organisation dans la rue, dans les quartiers et dans l’affrontement avec la police. Cela a été positif, mais nous voulons aller plus loin.
Le MGTL-PRT compte actuellement trois prisonniers politiques : le camarade Omar Campoverde, membre de la coordination nationale ; la camarade Gabriela Gallardo, militante de Socorro Rojo Latinoamérica ; et le camarade Carlos Carguachi, dirigeant indigène historique du centre du pays.
Ils ont été arrêtés le 19 mai 2022 lors d’une opération nationale, avec cinq autres camarades. Un autre camarade a échappé à l’arrestation mais a également été poursuivi. Le procès a été une véritable mascarade judiciaire.
Les camarades ont été accusés de « traite d’êtres humains à des fins de conflits armés » pour avoir prétendument emmené des personnes suivre une formation militaire en Colombie. Une accusation absurde, jamais prouvée, malgré la fabrication de preuves et de témoignages.
Le jour du verdict, des fonctionnaires de l’ambassade américaine ont intimidé les juges, qui ont finalement condamné trois camarades sur la base de documents sans valeur juridique. Voilà la réalité de la narco-justice équatorienne.
À cela s’ajoutent des centaines de militants sociaux criminalisés. En 2023, le camarade Víctor Guayllas, emprisonné depuis le soulèvement de 2019, a été assassiné et démembré dans la prison de Guayaquil.
6) Existe-t-il une coordination entre les forces révolutionnaires en Amérique du Sud ?
Oui. Outre Socorro Rojo Latinoamérica, il existe des processus régionaux comme la Coordinadora Guevarista Internacional, ainsi que d’autres espaces informels. L’internationalisme est fondamental, tant pour la défense des prisonniers politiques que pour l’accompagnement des luttes des peuples contre la bourgeoisie et l’impérialisme. Il existe également de nombreux réseaux internationaux de solidarité avec la Palestine.
7) Qu’est-ce qui maintient vivante aujourd’hui la théorie et la pratique guévaristes ?
Le Che est immortel parce qu’il incarne le sacrifice total que tout communiste doit être prêt à faire pour l’émancipation de sa classe. Nous disons aux camarades qui rejoignent le MGTL-PRT qu’ils signent symboliquement un contrat par lequel ils abandonnent leur vie et leur liberté pour la cause révolutionnaire.
Un véritable révolutionnaire l’est jusqu’à la victoire ou jusqu’à la mort. Le Che a défini cette éthique révolutionnaire. Nous méprisons les « révolutionnaires » du week-end, des ONG, des cafés et des fêtes. Nous respectons ceux qui vivent 24 heures sur 24 pour la Révolution.
Nous disons à nos camarades d’être comme le Che : risquer leur peau pour prouver leurs convictions. Être courageux, car le courage n’est pas l’absence de peur, mais la capacité de la vaincre pour la cause. Être guévariste, c’est étudier profondément notre idéologie et être les meilleurs combattants des campagnes et des villes.
