Camarades, ouvriers, paysans et tous les opprimés du Kenya
La lutte contre l’expansion sioniste au Kenya est indissociable de la lutte mondiale des opprimés contre l’impérialisme.
Nous sommes confrontés à un nouveau front d’agression impérialiste et sioniste sur notre sol. L’histoire, que les impérialistes et leurs collaborateurs locaux voudraient nous faire oublier, se répète. En 1903, les colonialistes britanniques ont cherché à manipuler une population juive désespérée en lui offrant des terres dans ce qui était alors le plateau d’Uasin Gishu au Kenya. Cette offre était présentée comme une solution aux horreurs du pogrom de Kichinev et aux vagues de persécutions qui avaient fait des centaines de morts et des milliers de sans-abri parmi les Juifs. Les Britanniques ont présenté cela comme une offre humanitaire, mais il s’agissait en réalité d’une manœuvre calculée pour étendre leur contrôle colonial, créer de nouvelles colonies qui serviraient les intérêts impérialistes et renforcer la logique de la spoliation des terres. Ce projet, connu sous le nom de « projet Ouganda », bien qu’il portait le nom de l’Ouganda, se situait entièrement sur le territoire kenyan. Il a échoué non pas à cause de la bonté ou de l’équité humaine, mais à cause des contradictions inhérentes à l’impérialisme, de la vigilance des colons européens et de la force durable des peuples autochtones.
Le soi-disant projet Ouganda de 1903 et 1905 nous sert d’avertissement. La terre était loin d’être vide. C’était le pâturage ancestral des peuples Maasai et Nandi. Ils y avaient construit leur vie et leur société, l’avaient défendu par la lutte et avaient des liens spirituels et culturels profonds avec leur territoire. Pourtant, les Britanniques, dans leur arrogance, ont cherché à effacer la présence de ces communautés de la carte. Ils ont traité la terre comme une marchandise à offrir aux colons étrangers sous le couvert de la charité. Lorsque la commission sioniste est arrivée en 1905 pour étudier le terrain, elle a trouvé le plateau isolé et hostile selon ses normes européennes. Elle a rencontré une faune dangereuse, un climat inconnu et, surtout, des personnes qui défendaient déjà leurs foyers. La tentative britannique de créer une colonie au Kenya n’était pas seulement irréaliste ; elle reposait sur l’effacement du peuple kenyan et sur l’hypothèse que les intérêts européens et étrangers l’emportaient sur la souveraineté des communautés africaines.
Aujourd’hui, près d’un siècle et quart plus tard, un projet similaire voit le jour à Nakuru. Des plans sont en cours pour louer des terres à Israël afin de créer une colonie financée par la Standard Bank of South Africa. Cette initiative, présentée sous le couvert du développement et de l’investissement, est en fait une tentative de reproduire la même logique qui a motivé le projet ougandais. Elle vise à établir un contrôle étranger sur les terres kenyanes, à déplacer les masses laborieuses et à créer un précédent pour de nouvelles empiétements. Il ne s’agit pas ici de commerce, d’agriculture ou d’humanitarisme. Il s’agit de l’implantation stratégique de l’influence sioniste sur le sol africain. Il s’agit de tester la capacité des puissances impérialistes et coloniales à faire avancer leurs projets territoriaux sous le couvert de la légalité, de la finance et de la manipulation médiatique. Il s’agit de normaliser la présence de colonies sionistes sur des territoires non palestiniens en vue de réaliser des ambitions plus grandes.
Camarades, nous devons reconnaître la continuité de la stratégie impérialiste. Les mêmes forces qui ont orchestré le projet ougandais s’alignent aujourd’hui sur Israël, la finance mondiale et les élites compradores locales pour s’implanter à Nakuru. Tout comme les Britanniques ont manipulé le mouvement sioniste en 1903, les impérialistes contemporains exploitent les mécanismes juridiques et économiques pour prendre le contrôle de terres qui ne leur appartiennent pas. Le projet Nakuru est une répétition de l’histoire sous une forme moderne. Nous devons examiner attentivement les schémas afin d’armer les masses d’une clarté révolutionnaire.
Les leçons de l’histoire sont claires. Premièrement, la terre n’est pas une marchandise que les impérialistes peuvent louer ou vendre. La terre est la vie du peuple. En 1905, les Maasai et les Nandi ont défendu leur territoire contre l’intrusion britannique. Ils comprenaient, comme nous devons le comprendre, que l’occupation de la terre est l’occupation de la vie elle-même. Ils avaient déjà enduré des siècles de dépossession, mais ils sont restés fermes. À Nakuru, comme à Uasin Gishu, les masses kenyanes doivent comprendre que les colonies étrangères constituent une atteinte à notre souveraineté et à notre avenir. Elles sont la première étape vers la création d’un scénario palestinien ici au Kenya. Petit à petit, la terre est louée, de petites colonies apparaissent, les infrastructures suivent, et les communautés locales sont marginalisées, déplacées et réduites au silence.
Deuxièmement, le projet de Nakuru doit être considéré en relation avec la lutte palestinienne actuelle. La création d’Israël en Palestine en 1948 s’est appuyée sur la même logique d’appropriation territoriale, d’expansion coloniale et de déplacement des populations indigènes. Des millions de Palestiniens ont été expulsés, des villages détruits et leurs vies placées sous domination étrangère. Le projet de Nakuru reflète cette trajectoire. Il ne s’agit pas d’une question de développement local. Il s’agit d’une expérience impérialiste, d’un terrain d’essai pour des stratégies de dépossession qui ont déjà causé d’immenses souffrances en Palestine. Nous voyons les mêmes tactiques : mensonges des médias, présentation de l’occupation comme un développement, utilisation de la finance et des alliances étrangères pour légitimer la saisie des terres. La colonie de Nakuru s’inscrit dans une stratégie mondiale visant à affaiblir la souveraineté des nations et à sécuriser le monde pour les ambitions territoriales sionistes.
Troisièmement, le rôle de la finance et des banques ne peut être sous-estimé. La Standard Bank of South Africa, par l’intermédiaire de sa succursale kenyane, ne se contente pas de financer l’agriculture. Elle garantit le contrôle étranger sur les terres kenyanes. C’est le visage moderne de l’impérialisme. Tout comme le bureau colonial britannique en 1903 utilisait les offres foncières et les infrastructures pour manipuler les populations, les banques contemporaines sont des instruments de domination économique. Les prêts, les baux et les contrats juridiques sont utilisés comme des armes pour sécuriser des territoires pour les puissances étrangères. Les masses laborieuses doivent voir au-delà du discours sur l’investissement et le développement pour en percevoir la véritable intention : la création d’enclaves qui servent les intérêts étrangers au détriment de la souveraineté kenyane.
Quatrièmement, la complicité locale et internationale est essentielle. Les groupes de défense des droits humains ont déjà exprimé leur colère, mais ces avertissements ne suffisent pas. Une véritable vigilance nécessite une mobilisation de masse, une organisation révolutionnaire et une volonté de s’opposer directement aux desseins impérialistes. L’histoire de Nakuru et d’Uasin Gishu nous enseigne que l’observation passive permet à l’empiètement de se poursuivre. La résistance des Masaï et des Nandi, l’opposition des colons des Hautes Terres blanches et le rejet final du projet ougandais ont tous dépendu d’une lutte active et d’une clarté politique.
Camarades, nous devons comprendre que le sionisme, que ce soit en Palestine ou au Kenya, est un projet colonialiste. Il n’est pas humanitaire. Ce n’est pas une communauté bienveillante. C’est une force politique conçue pour étendre le contrôle territorial, exploiter les populations indigènes et consolider le pouvoir impérialiste. La colonie de Nakuru n’est que le premier chapitre d’une histoire qui, si elle n’est pas contrôlée, pourrait dégénérer en une expropriation généralisée. Nous avons vu ce schéma se reproduire en Palestine. Nous l’avons vu historiquement en Afrique et dans d’autres régions colonisées. Nous ne permettrons pas qu’il se répète ici.
Que les masses kenyanes tirent les leçons de la lutte palestinienne. La résistance des Palestiniens est héroïque et mondiale. Ils se battent non seulement pour leur terre, mais aussi pour leur droit d’exister en tant que peuple sous leur propre souveraineté. À Nakuru, le peuple kenyan doit reconnaître que les colonies étrangères constituent une atteinte à notre droit d’exister en tant que nation souveraine. Elles constituent une tentative de fragmenter nos communautés, de perturber notre agriculture et de renforcer l’influence étrangère sous le couvert du développement. L’impérialisme évolue par cycles, et Nakuru est un champ de bataille de plus dans cette lutte mondiale.
Nous appelons les travailleurs et les paysans du Kenya à se mobiliser. Nous appelons les organisations de la société civile, les militants des droits humains et les cadres révolutionnaires à reconnaître le projet de Nakuru comme une expérience impérialiste. Que personne ne se laisse tromper par le langage de la finance, de la légalité ou de l’investissement. Que personne ne se rende complice de la spoliation des terres kenyanes au profit des puissances étrangères. Nous devons dénoncer les desseins sionistes et impérialistes dans nos écoles, dans nos communautés, dans les médias et dans nos organisations politiques.
Que les leçons de 1903 et 1905 nous guident. La terre appartient à ceux qui la cultivent, à ceux qui la défendent et à ceux qui y vivent. Les puissances étrangères n’ont pas le droit de louer, d’acheter ou de s’installer sur le sol kenyan. Le projet Nakuru n’est pas un investissement neutre. Il s’agit d’une attaque contre le peuple kenyan, d’une extension des mêmes stratégies impérialistes qui ont créé Israël, et d’un avertissement de ce qui nous attend si nous n’agissons pas.
La lutte contre l’expansion sioniste au Kenya est indissociable de la lutte mondiale des opprimés contre l’impérialisme. Elle est indissociable de la lutte pour la Palestine. Tout comme le peuple palestinien résiste au vol de ses terres et à la destruction de ses communautés, le peuple kenyan doit résister à l’empiètement des colonies étrangères. La solidarité avec la Palestine est indissociable de la défense de la souveraineté kenyane. La colonie de Nakuru n’est pas seulement une question locale. C’est une question de lutte anti-impérialiste internationale.
Camarades, le projet de Nakuru doit être arrêté. Il doit être dénoncé. Il doit être combattu. La terre appartient au peuple kenyan. L’histoire du projet Ouganda nous enseigne que les puissances étrangères mettront toujours notre vigilance à l’épreuve. L’histoire de la Palestine nous enseigne que les colonies incontrôlées entraînent violence, déplacements et destruction. L’avenir de notre nation dépend de la lucidité, du courage et de l’organisation de la classe ouvrière, des paysans et de toutes les forces révolutionnaires.
Que les masses soient claires. L’impérialisme, le sionisme et la finance étrangère sont unis dans leur intention de s’emparer des terres kenyanes. Ils ne s’arrêteront pas à Nakuru. Ils chercheront à étendre leur influence partout où cela sera possible. Notre devoir est de reconnaître la menace, de mobiliser le peuple et de veiller à ce que le sol kenyan reste sous contrôle kenyan. La colonie de Nakuru est le premier avertissement. Que ce soit le dernier succès qu’ils puissent espérer.
Des masses aux masses, de la terre au peuple, laissons l’esprit révolutionnaire nous guider. La lutte pour Nakuru est une lutte pour le Kenya. La lutte pour le Kenya fait partie de la lutte mondiale pour la justice. Nous ne céderons pas. Nous ne négocierons pas notre souveraineté. Nous résisterons à toute tentative de reproduire la tragédie palestinienne sur notre propre sol.
Booker Omole
Secrétaire général, Parti communiste marxiste du Kenya
