Organización de Lucha por la Emancipación Popular (OLEP)
Depuis notre création en tant qu’organisation indépendante, nous avons pris à cœur l’exigence de présenter vivants tous les détenus disparus du pays. Dans un Mexique où le nombre officiel de personnes disparues avoisine les 133 000 (de janvier 2006 à septembre 2025), il n’existe même pas de registre fiable permettant de distinguer combien de ces cas correspondent à des disparitions forcées, c’est-à-dire celles commises par des agents de l’État et ensuite niées par ces derniers. Cette pratique constitue une grave violation des droits humains et un crime contre l’humanité.
Qu’elles soient ou non qualifiées de disparitions forcées, les personnes disparues appartiennent au peuple, et les conséquences de ce crime ne pèsent pas seulement sur les familles, mais sur le peuple dans son ensemble.
À ce chiffre effrayant s’ajoutent plus de 72 000 corps non identifiés stockés dans des installations gouvernementales, ainsi que des centaines de milliers de fragments d’os conservés dans différents services. Face à ces chiffres dévastateurs et à la profonde indifférence de l’État mexicain, ce sont les familles et les organisations indépendantes, c’est-à-dire le peuple lui-même, qui se sont engagées dans le long chemin vers la recherche de réponses : la vérité et la justice.
Ces groupes de proches ont tout fait : marches, sit-in, dénonciations publiques et même fouilles. Les résultats de leur lutte révèlent le degré de complicité, d’omission et de négligence des autorités. Il suffit de rappeler le cas qui a secoué le pays en mars 2025, lorsque le collectif Guerreros Buscadores de Jalisco a diffusé des images de crématoires clandestins dans le ranch Izaguirre, dans la localité de La Estanzuela, municipalité de Teuchitlán, où ont été retrouvés des restes humains calcinés et broyés, des centaines de chaussures et de vêtements, des sacs à dos, des sacs à main, des valises, des badges, entre autres objets. De nombreux collectifs de mères à la recherche de leurs enfants se sont joints à cette dénonciation, soulignant que tant le bureau du procureur général de la République que la Commission nationale de recherche (CNB) n’assument pas leurs responsabilités, agissent avec indifférence et ne font pas leur travail comme il se doit.
Cas des disparus Edmundo et Gabriel
Un autre cas qui révèle l’action de ces institutions est celui de la détention et de la disparition des révolutionnaires Edmundo Reyes Amaya et Gabriel Alberto Cruz Sánchez, militants du Parti démocratique populaire révolutionnaire-Armée populaire révolutionnaire, disparus le 25 mai 2007 à Oaxaca. Le 10 août 2022, les familles et les organisations qui suivent l’affaire ont obtenu une décision de la Cour suprême de justice de la nation (SCJN) ordonnant, entre autres mesures, la création d’une commission spéciale de recherche. Grâce à la mobilisation dans les rues, plusieurs recherches sur le terrain ont été menées par la CNB ; cependant, les familles ont dénoncé de graves lacunes méthodologiques, étayées par une expertise qui a mis en évidence le « manque de rigueur scientifique » des rapports officiels, entre autres anomalies.
Cela a été corroboré par l’expert international Miguel Nieva, qui a fait partie de l’équipe argentine d’anthropologie médico-légale dans l’affaire Ayotzinapa et a collaboré à divers processus au niveau international. Il a expliqué en détail pourquoi la CNB mène des recherches sans rigueur scientifique, car elle le fait sans connaître les caractéristiques du terrain, sans définir au préalable la technologie à utiliser ni les instruments les plus appropriés, et sans disposer d’un plan de recherche résultant d’une enquête criminelle. Si cela se produit dans le cas d’Edmundo et Gabriel, on peut imaginer l’ampleur du problème dans des milliers d’autres cas qui n’ont pas encore été portés devant la SCJN.
C’est pourquoi il est indispensable que nous apprenions, en tant que peuple, ce qu’il faut faire face à une disparition et à une disparition forcée. La formation nous permet, comme le dit le dicton, de ne pas nous laisser « mener en bateau ». C’est pourquoi, en tant qu’OLEP, nous avons participé en décembre 2025 à l’atelier « Éléments essentiels pour la recherche de personnes disparues », dispensé par Miguel Nieva. En quatre heures, le criminaliste légiste nous a donné un aperçu général du processus d’enquête criminelle, des disciplines qui interviennent et des quatre phases fondamentales :
1. Contexte et renseignement : analyse du contexte, des schémas (pour établir le mode opératoire), du cadre temporel et spatial, des informations sur la personne recherchée et les responsables potentiels.
2. Télédétection : analyse de grandes surfaces à l’aide de systèmes d’information géographique.
3. Prospection géophysique : définition des méthodes de recherche les plus appropriées (géoradar, sondage à la tige, entre autres).
4. Vérification et récupération : excavation et récupération médico-légale des preuves.
Bien que ce processus semble complexe et réservé aux spécialistes, il y a un élément fondamental à ne pas perdre de vue : c’est à l’État qu’il appartient de mener une enquête criminelle adéquate, car il dispose des ressources, du personnel et de la responsabilité légale pour le faire.
Quel doit donc être notre rôle en tant que victimes et en tant que peuple ? Être vigilants tout au long du processus, savoir ce qu’il faut faire pour empêcher la simulation, le mensonge et l’abandon institutionnel. Ces ateliers servent précisément à cela : nous former, nous organiser et renforcer notre lutte.
Et pourtant, la connaissance seule ne suffit pas. Elle doit s’accompagner de dénonciations, d’organisation et de mobilisation populaire, car c’est la seule façon de contraindre l’État à remplir son devoir. Ce n’est pas idéal, mais c’est la tâche historique qui nous incombe en tant que peuple qui lutte pour transformer un système économique qui a besoin de ces crimes contre l’humanité pour se maintenir !
