De Trump et Netanyahu à Milei
Pour trouver des solutions à tout type de problèmes, il faut d’abord identifier ces problèmes, leur nature, leurs principales contradictions, leurs tendances. Un point de vue méthodologique qui vaut pour la vie quotidienne, mais qui devient indispensable lorsqu’il s’agit de se situer dans l’époque mondiale que nous vivons à l’échelle mondiale et dans la situation latino-américaine et argentine en particulier. Notre époque se caractérise par une crise structurelle, à long terme, du système capitaliste mondial dans sa phase d’impérialisme crépusculaire. Cette crise ne dépend pas de trois personnages bizarres : un magnat pédophile et extravagant qui se teint les cheveux en orange ; un autre monsieur qui invoque cyniquement des textes théologiques pour légitimer une guerre néocoloniale et moderne d’épuration ethnique ; enfin, un lumpen sud-américain, employé obéissant et soumis des deux autres. La crise de l’impérialisme capitaliste occidental est structurelle et multidimensionnelle (surproduction de capitaux, sous-consommation des masses laborieuses, effondrement écologique, crise sanitaire, démographique et migratoire et, fondamentalement, déclin de l’hégémonie euro-nord-américaine et de son monde unipolaire). Prétendre qu’une telle crise (beaucoup plus aiguë et intense que celles de 1929, 1973-74 et 2007-2008) répond à une contradiction unique, plate, simple et homogène, non seulement révèle une faille indéniable dans la maîtrise de la théorie critique marxiste (même si elle est enjolivée de citations isolées et hors contexte de Marx, Lénine, Rosa, etc.), mais conduit surtout à des conclusions politiques erronées et grossières. Si le monde était divisé exclusivement entre « le capital » (ainsi, en général, sans nom ni prénom, sans déterminations sociales et nationales) et la « force de travail » (de même : en assimilant le peuple affamé d’Haïti ou les masses surexploitées d’Afrique à l’« aristocratie ouvrière » d’Angleterre, de France, d’Allemagne ou des États-Unis), la conclusion politique pourrait aboutir à des absurdités telles que « il faut renverser les gouvernements de Cuba et du Venezuela » ou « Maduro est un ennemi de la classe ouvrière » (sic). Si l’argent des services secrets ennemis n’est pas en jeu (plus rien ne nous étonne !), il s’agit là, dans le meilleur des cas, d’ignorance pure et simple. C’est aussi simple que cela. Si, en revanche, nous concevons le système mondial de l’impérialisme capitaliste comme un bouquet hétéroclite de multiples contradictions qui coexistent, alors non seulement l’analyse se complexifie, mais cela nous permet également d’essayer de construire des stratégies de lutte et de confrontation beaucoup plus efficaces. Peut-être moins « retentissantes », mais avec un plus grand pouvoir de pénétration dans la compréhension des formes de domination. De Trump et Netanyahu à Milei : les formes hybrides de la contre-révolution Les forces capitalistes contemporaines, cœur de l’impérialisme en déclin, ne font jamais appel à une formule unique. Confortable, chic et très bien acceptée dans les académies occidentales, car d’un seul coup de plume, elle semble résoudre toutes les énigmes du sphinx. Comme par magie, toute l’histoire de l’humanité s’expliquerait alors à l’aide d’un schéma de poche. La conception matérialiste et multilinéaire de l’histoire, ses multiples dominations, ses contradictions coexistantes qui se modifient en fonction des résultats de la lutte des classes et des peuples asservis, ne servirait plus à rien. Non. Par un tour de passe-passe, les problèmes du camp populaire et les stratégies de lutte possibles à l’échelle mondiale seraient réduits à une résurgence du « féodalisme » (sic), mais accompagnée de plateformes numériques. Un autre discours à la mode, aujourd’hui très en vogue, réduit notre ennemi à… « l’homme » (sic), là encore sans déterminations de classe, nationales, culturelles, etc. Ou alors, ce qui se passerait, c’est l’épuisement de la « modernité » (sic), comme si celle-ci avait eu un caractère unique, monotone et global. Avec ces discours simplistes (nés en général dans les universités américaines ou françaises), on obtient des bourses, des stages universitaires, des voyages et surtout, la reconnaissance dans le milieu « progressiste »… Dans la pratique, de telles « théories » (pour les appeler de manière bienveillante et non agressive, bien qu’elles soient loin de l’être) nous laissent souvent orphelins, sans stratégie de confrontation face à des ennemis très puissants. De plus, beaucoup d’entre elles reçoivent des bourses et sont alimentées et encouragées par l’impérialisme lui-même et l’argent sale de ses ONG contre-insurrectionnelles. Si nous parvenons à nous éloigner de deux pas de ces discours à la mode (qui font leur apparition, vivent leurs minutes de gloire et ne durent pas plus de 10 ou 15 ans pour finir toujours dans… les soldes et les offres spéciales), nous pourrions constater que les nouvelles droites font appel à un hybride de néofascisme dans les domaines politique, géostratégique et culturel ; l’école économique autrichienne ou monétariste et les stratégies de guerre renouvelées de nouvelle génération, actualisant l’ancienne contre-insurrection. Ni le Pentagone américain, ni le bellicisme néocolonial du sionisme, ni la continuité dégradée et bizarre d’Alsogaray-Martínez de Hoz, Videla et Massera qui soutient « l’expérience » de Milei en Argentine, ne répondent à une formule unique. Ils combinent un certain doctrinarisme avec un pragmatisme non négligeable. Les anciennes doctrines du fascisme (tant des pays impérialistes [1922-1945] que des sociétés dépendantes et périphériques [1964-jusqu’à aujourd’hui]) fusionnent avec la vieille école économique autrichienne (1870-2025). Invariablement à partir d’une stratégie multiforme qui combine les théories de Karl von Clausewitz et de Liddell Hart, sous la forme de guerres asymétriques, cognitives, de nouvelle génération, de coups durs, de révolutions colorées, d’approches indirectes, etc. Pour faire face à ce projet de contre-révolution mondiale, nous avons besoin d’une stratégie globale qui combine la lutte anti-impérialiste et l’antifascisme, en incluant les différentes cultures et modes de vie qui composent le camp anti-impérialiste international et l’Axe de la Résistance.
Buenos Aires, le 9 décembre 2025
