Socorro Rojo Nuestra América,
nous exprimons notre profonde inquiétude face à l’état de santé et aux graves violations des droits humains subies par la prisonnière politique équatorienne Gabriela Gallardo, actuellement détenue dans le système pénitentiaire équatorien.
Gabriela Gallardo est en détention depuis mai 2022. Au cours de son procès, il a été établi qu’elle souffrait d’une maladie grave : une tumeur cérébrale (microadénome hypophysaire), une affection qui nécessite un suivi permanent, un traitement spécialisé et des conditions de santé adéquates. En août de la même année, un juge constitutionnel lui a accordé un habeas corpus, reconnaissant expressément que son maintien en détention représentait un risque direct pour son intégrité physique et sa vie.
Cependant, le 17 octobre 2024, cette mesure de substitution a été révoquée sans qu’il y ait eu de changement dans son état de santé ni de rapports négatifs concernant son comportement. À partir de ce moment, Mme Gallardo a de nouveau été soumise à des transferts entre différents établissements pénitentiaires, passant par le centre de détention de Cotopaxi, puis celui de Tungurahua, avant d’être finalement transférée, le 24 février, au centre de détention de Guayas n° 2, dans la ville de Guayaquil.
Ce dernier transfert est particulièrement alarmant. Cet établissement pénitentiaire a été le théâtre de graves crises structurelles caractérisées par la surpopulation, des épidémies de tuberculose, des crises alimentaires et des épisodes répétés de violence carcérale. Dans ces conditions, le maintien en détention d’une personne atteinte d’une maladie neurologique grave et n’ayant pas accès à des soins médicaux spécialisés constitue un risque réel et imminent pour sa vie.
Depuis son retour dans le système pénitentiaire, Gabriela Gallardo n’a pas reçu les soins médicaux que son état requiert. Au contraire, sa santé s’est considérablement détériorée : elle a perdu des dents faute de soins dentaires, a dû subir une intervention chirurgicale d’urgence pour une hernie qui n’avait pas été traitée en temps opportun au sein de l’établissement pénitentiaire et a subi des interruptions répétées dans la prise des médicaments nécessaires au traitement de sa tumeur cérébrale.
Ces circonstances constituent un traitement cruel, inhumain et dégradant, interdit par le droit international des droits de l’homme.
Selon l’Organisation des Nations Unies, les États ont l’obligation renforcée de protéger la santé et la vie des personnes privées de liberté. Les Règles Nelson Mandela stipulent que les personnes détenues doivent avoir accès à des services de santé équivalents à ceux disponibles dans la communauté et bénéficier d’un traitement médical spécialisé lorsque leur état l’exige.
De même, la Commission interaméricaine des droits de l’homme a souligné à plusieurs reprises que l’État est le garant de la vie et de l’intégrité physique des personnes placées sous sa garde. L’absence de soins médicaux adéquats dans un contexte de privation de liberté constitue une violation directe du droit à l’intégrité physique consacré par la Convention américaine relative aux droits de l’homme.
À cette situation s’ajoute la prolongation indue de la procédure judiciaire. Gabriela Gallardo est maintenue en détention sans jugement définitif alors que son audience d’appel a été reportée depuis près de deux ans, ce qui porte atteinte au principe du délai raisonnable et au droit à la présomption d’innocence reconnus en droit international.
L’impact de cette persécution judiciaire dépasse la personne détenue elle-même et touche directement sa famille. Gabriela est mère d’un adolescent qui se trouve dans une situation d’extrême vulnérabilité depuis l’arrestation de ses deux parents. L’enfant a été témoin de l’opération policière violente au cours de laquelle ils ont été arrêtés et subit depuis lors de graves conséquences émotionnelles et sociales. De plus, la famille a dû faire face au décès du père en 2023 et de la mère en 2025 sans que Gabriela puisse leur faire ses adieux en raison de sa privation de liberté.
Les transferts pénitentiaires répétés ont également porté atteinte au droit de l’enfant à rester en contact avec ses parents et ont gravement entravé la possibilité d’un accompagnement familial, créant une situation qui affecte directement ses droits en tant qu’enfant et sa stabilité émotionnelle.
Depuis Socorro Rojo Nuestra América, nous signalons que la situation actuelle de Gabriela Gallardo constitue une grave violation des normes internationales en matière de droits humains. Maintenir en détention une personne atteinte d’une maladie catastrophique sans lui garantir des soins médicaux spécialisés et dans des conditions pénitentiaires à haut risque constitue une forme de violence institutionnelle incompatible avec les obligations internationales de l’État équatorien.
Compte tenu de ce qui précède :
NOUS EXIGEONS
1- Le rétablissement immédiat de la mesure d’assignation à résidence pour Gabriela Gallardo, afin de garantir la continuité de son traitement médical spécialisé.
2- L’accès immédiat à des soins médicaux complets et spécialisés adaptés à son état de santé.
3- Le respect des garanties procédurales et d’un délai raisonnable dans le traitement de son affaire judiciaire.
4- L’intervention urgente du Défenseur du peuple de l’Équateur et des mécanismes de prévention de la torture afin de garantir son intégrité physique et sa vie.
Nous tenons l’État équatorien pour responsable de toute détérioration supplémentaire de la santé ou de tout préjudice que pourrait subir Gabriela Gallardo en raison de ces conditions de détention.
La situation est urgente.
Chaque jour que Gabriela passe dans ces conditions est un jour où sa santé se détériore et où sa vie est en danger.
Pour la vie, la santé et la liberté de Gabriela Gallardo !
NO à la persécution et à la criminalisation politique !
Nuestra America
