Partant d’un contexte de transformation de la guerre – passant d’une logique de victoire décisive à celle d’un épuisement prolongé –, une question plus urgente s’impose aujourd’hui : comment ces changements se répercutent-ils sur les conflits régionaux, au premier rang desquels la guerre au Soudan ? Et l’engagement international croissant que l’on observe actuellement peut-il ouvrir une véritable perspective de paix ou se limite-t-il à reproduire le cycle de la guerre sous de nouvelles formes ?
À la lumière de cette réalité amère et complexe, la guerre au Soudan prend une dimension qui transcende ses frontières nationales. Elle s’inscrit dans un climat international marqué par une lassitude croissante face à la guerre et montre une tendance de plus en plus marquée – bien qu’hésitante – vers la recherche de solutions politiques.
D’une part, les coûts croissants du conflit génèrent des pressions internationales qui poussent vers des cessez-le-feu, même s’ils sont temporaires et fragiles. D’un autre point de vue, la persistance de l’indécision au niveau mondial risque de perpétuer la guerre sous de nouvelles formes, à moins qu’elle ne soit combattue et vaincue de l’intérieur par une action politique consciente et une lutte de masse organisée, capable de remodeler l’équilibre des forces sur le terrain.
C’est là le cœur du problème : la paix au Soudan ne sera pas imposée de l’extérieur ; elle doit être forgée de l’intérieur, par la lutte des forces sociales actives du pays.
L’expérience historique confirme qu’une paix durable n’est pas accordée : elle doit être conquise. L’équilibre des pouvoirs ne se modifie pas spontanément, mais grâce à une pression populaire soutenue et organisée qui affirme la volonté populaire de paix et de démocratie, tout en démantelant les structures sociales et politiques qui soutiennent la guerre.
Cependant, une telle transformation ne peut se concrétiser sans une large mobilisation ancrée dans une conscience approfondie du moment historique et de ses contradictions. La crise soudanaise n’est pas un phénomène isolé ; elle s’inscrit dans un ensemble plus large de crises nationales, régionales et internationales étroitement liées entre elles – qui s’expriment à travers le « Quad » ou le « Quintette » [référence au mécanisme de médiation internationale à cinq acteurs (États-Unis, Royaume-Uni, Arabie saoudite, Émirats arabes unis), ndt]. Ces formations s’inscrivent elles-mêmes dans un ordre impérialiste et une économie mondiale en crise, qui perpétuent la dépendance et les inégalités structurelles. Démêler ce réseau et en saisir les dynamiques matérielles et politiques est une condition préalable à toute vision qui aspire à transcender les solutions fragmentaires.
Dans cette perspective, la nécessité d’une compréhension critique qui place la guerre non pas simplement comme une lutte pour le pouvoir, mais comme un instrument de domination et un mécanisme de redistribution de l’influence, intimement lié aux crises économiques qui la génèrent et l’exploitent, devient évidente.
La guerre, en ce sens, a évolué au-delà des luttes de pouvoir traditionnelles ; elle s’est enracinée dans la logique même de la gestion des crises au sein du système capitaliste mondial. Elle se reproduit comme un moyen d’imposer de nouvelles réalités, d’extraire des ressources et de restructurer les marchés. En l’absence d’une telle analyse, les appels à la paix risquent de dégénérer en abstractions vides, déconnectées des racines structurelles de la crise qu’ils cherchent à résoudre.
Dans ce contexte, l’expansion du mouvement mondial contre la guerre revêt une importance stratégique. Elle peut contribuer à démasquer l’économie politique de la guerre, à isoler sa base sociale et à forger un large front capable de redéfinir les contours de l’option politique en faveur d’une paix juste, en reliant les luttes locales à un horizon internationaliste plus large.
L’évolution du conflit au Soudan ne sera pas résolue de manière décisive par des moyens militaires, si ce n’est au prix de ce qui reste de l’État et de la société. Toute prétendue victoire militaire constituerait, en effet, une défaite nationale encore plus profonde.
Seule une voie politique, fondée sur la fin de la guerre, le démantèlement du despotisme et la reconstruction de l’État sur des bases civiles et démocratiques, peut ouvrir la voie à une paix juste et à un développement équilibré.
Ainsi, dans un monde qui apprend lentement et douloureusement les limites de la guerre, la tâche qui attend les forces actives du Soudan devient de plus en plus urgente : transformer ce moment d’épuisement en un moment d’action révolutionnaire et convertir le rejet généralisé de la guerre en une force organisée et populaire, capable d’imposer la paix comme un impératif historique : ouvrant ainsi de nouveaux horizons pour la liberté, la justice et la transformation démocratique au Soudan.
Éditorial d’Al-Midan, n° 4450, 12 avril 2026. Quotidien du Parti communiste soudanais
