Carmen Villalba: une prisonnière communiste (Paraguay)

En ces temps de recul social, de réaction et de guerres impérialistes, nous, les révolutionnaires, devons, avec toute la force possible, mettre en avant l’idée communiste ; l’idée de la libération de l’humanité (et des ressources de la planète) des griffes de l’exploiteur bourgeois. C’est précisément au moment où la bourgeoisie, aux quatre coins du globe, s’en prend aux peuples dans sa volonté de perpétuer le système actuel d’accumulation capitaliste, que nous, communistes, révolutionnaires et intransigeants, ont le devoir de faire valoir auprès des peuples – dans le feu de la lutte populaire – la nécessité urgente d’abolir la propriété bourgeoise, la propriété privée des moyens de production et de la terre – cette propriété qui est, par essence, la cruelle et impitoyable Eris1 moderne, la mère de toutes les injustices sociales de notre époque.

Dans la lutte pour le communisme s’établira naturellement une période de transition : le socialisme. Une période où le pouvoir ouvrier et populaire se crée par le bas, depuis le cœur même des masses ouvrières et populaires ; une période où l’on aspire, comme une nécessité historique, à la défaite définitive du pouvoir bourgeois. C’est au cours de cette période que les tâches démocratiques seront pleinement accomplies et exprimées dans le pouvoir populaire, dans nos soviets.

C’est alors que, le pouvoir bourgeois détruit, nous détruirons également la réaction bourgeoise. C’est sous le socialisme que s’effectue la répartition socialiste des richesses ; et que commence à se dessiner la société de l’avenir, la société sans classes : le communisme. On comprend par là que nous, communistes, ne luttons pas pour une démocratie en général (en définitive une sorte de concept fallacieux breveté par les philosophes et les politiciens bourgeois), mais pour la démocratie populaire, la véritable démocratie, qui est le pouvoir de ceux d’en bas, des peuples en lutte, et qui s’exprimera dans les grandes organisations ouvrières et populaires, c’est-à-dire dans nos soviets déjà mentionnés.

Nous ne devons pas non plus confondre cette période de transition avec le mot d’ordre, tout aussi fallacieux, de la lutte par étapes, un mot d’ordre qui caractérise le réformisme et le progressisme social-démocrate de ces temps troublés et qui s’obstine à nous faire croire que la première chose à faire serait d’industrialiser, et donc de prolétariser, nos régions pour ensuite, et seulement ensuite, aspirer à la révolution socialiste ; non, nous, les communistes, sommes convaincus que la lutte pour le socialisme, c’est maintenant ; car c’est maintenant que les peuples doivent, selon notre conception politique, lutter contre l’ordre bourgeois, contre la bourgeoisie et pour l’instauration de l’ordre socialiste.

En mettant en avant l’idée du communisme, nous, les communistes, devons également mettre en avant la figure du combattant communiste. Et pour cela, rien de mieux que de se référer à ce qu’ont stipulé nos classiques : les communistes constituent « la partie la plus résolue des organisations ouvrières de tous les pays, la partie qui pousse toujours les autres en avant ; théoriquement, ils ont sur le reste de la classe ouvrière l’avantage d’une vision claire des conditions, de la marche et des résultats généraux du mouvement ouvrier » (Manifeste communiste, Marx & Engels, 1848).

Nous comprenons également qu’en mettant en avant nos combattants, nous ne cherchons pas à personnaliser la lutte ; nous voulons seulement souligner que c’est en eux et en elles que se concentre le meilleur de notre classe, que c’est en eux et en elles que converge la volonté collective d’avancer sans compromis vers la conquête de l’avenir ; qu’en eux et en elles, il n’y a pas d’intérêts qui s’écartent des intérêts généraux de la société opprimée ; que tout comme eux et elles, nous admirons également tous nos combattants anonymes (partout sur la planète) qui ont donné leur vie ou une partie de leur vie dans la lutte pour l’émancipation de l’humanité.

Nous souhaitons ainsi préciser que nous ne recherchons pas de martyrs à commémorer ; que si nous admirons nos combattants pour leurs sacrifices, leur dévouement et leur cohérence, c’est parce que nous admirons inconditionnellement notre classe, c’est-à-dire l’ensemble du mouvement ouvrier et populaire.

C’est dans l’avancée de ce mouvement que se reflète clairement la figure du combattant, de ceux et celles qui sont et ont été l’avant-garde des luttes populaires ; c’est dans ce mouvement que le combattant ou la combattante communiste renaît. Le sacrifice de nos combattants et combattantes a toujours été proportionnel à la réaction bourgeoise ; et nous ne nous arrêterons pas tant que nous ne l’aurons pas vaincue.

Aujourd’hui, c’est la figure d’une grande combattante communiste qui nous rassemble ; celle d’une militante exemplaire et cohérente ; celle d’une camarade aguerrie dont la lutte intransigeante se poursuit au sein d’une des prisons de haute sécurité du Paraguay. Nous faisons référence à l’une des grandes militantes d’Amérique latine : Carmen Villalba.

L’ordre bourgeois craint ceux qui embrassent l’idéologie communiste ; et ce d’autant plus lorsqu’il s’agit d’une femme combattante. Sinon, on ne pourrait expliquer la haine avec laquelle la « justice » paraguayenne a persécuté et persécute Carmen Villalba.

Notre camarade est une prisonnière politique, membre de l’Armée du peuple paraguayen (EPP). Sa tendance clairement communiste l’a conduite à se former sur le plan politico-militaire dans le but évident de s’opposer à l’ordre oppressif du Paraguay. Elle a été faite prisonnière en 2003, alors que le Paraguay était gouverné par l’ineffable petit tyran Mario Abdo Benitez. Condamnée à 15 ans de prison et à trois ans supplémentaires en vertu d’une mesure préventive imposée par l’État patronal. Depuis les prisons, elle s’est distinguée par son courage et son inébranlable élan de vie.

En 2004, elle a mené une évasion, avant d’être rattrapée une semaine plus tard ; cette évasion, que nous saluons avec honneur, démontre amplement l’attitude d’une véritable communiste : car si les conditions s’y prêtent, l’évasion est, pour les révolutionnaires, un devoir de plus. En 2018, au mépris de toutes les normes pénales du Paraguay et en violation des traités internationaux relatifs aux droits de l’homme que l’État prétend reconnaître, Carmen a été condamnée, par ce même État, à 17 ans de prison, suite à la réouverture de l’affaire de 2004, pourtant prescrite. Par un subterfuge totalement illégal et illégitime, on l’accuse non plus de « résistance », mais de « tentative d’homicide ».

Il convient également de noter que l’État patronal a décidé qu’elle purgeerait ses premières années de détention au sein de l’Agrupación Especial de la Policía, une prison réservée exclusivement aux détenus de sexe masculin.

Les tentatives de la briser physiquement et psychologiquement ne s’arrêtent pas là. La famille de Carmen a subi toutes sortes de persécutions, ce qui a poussé une grande partie de ses membres à demander l’asile en Argentine. Le 30 mai 2010, Néstor Oviedo Villalba, 12 ans, fils de Carmen et d’Alcides Oviedo, a été assassiné après avoir été aspergé d’un poison toxique, fait survenu à Clorinda, dans la province de Formosa, en Argentine, à seulement 200 mètres de Puerto Elsa, au Paraguay.

Cet acte terrible et criminel démontre que les États exploiteurs jouissent d’une impunité extraterritoriale ; que pour ces États, il n’y a pas de frontières lorsqu’il s’agit de réprimer les militants sociaux. En 2020, une partie de la famille a décidé de se rendre au Paraguay pour rendre visite à ses proches, aucun obstacle juridique ne s’opposant à ce voyage. Le 2 septembre 2020, un commando de la Force opérationnelle conjointe (FTC) des forces armées paraguayennes a attaqué le groupe familial et blessé Lilian Mariana et María Carmen Villaba Ayala, nièces de Carmen, ainsi que sa fille Carmen Oviedo Villalba, Lichita, sœur de Néstor.

Lilian Mariana et María Carmen, âgées de 11 ans, ont été torturées, abusées sexuellement et mutilées, puis présentées à la presse vêtues de tenues militaires, c’est-à-dire de faux uniformes de guérilleros ; un subterfuge lâche et fallacieux, typique d’ailleurs des sbires au service des maîtres du Paraguay.

Le 30 novembre de la même année, Lichita, âgée de 14 ans, qui avait pu se mettre à l’abri après les événements du 2 septembre, a été enlevée par la FTC ; on ignore toujours où elle se trouve. Des témoins auraient affirmé que les militaires l’ont emmenée vivante. Laura Villalba, sœur de Carmen, a été arrêtée le 23 décembre par la même FTC, accusée de « terrorisme ».

Nous, communistes, luttons aujourd’hui pour la libération de Carmen et de Laura et pour que Lichita réapparaisse vivante. Nous luttons et nous lutterons pour que justice soit rendue à la famille Villalba. Qu’aucun crime ne reste impuni.

Carmen Villalba est un véritable exemple de lutte pour les combattants communistes.

Nous estimons que le mouvement ouvrier et populaire d’Amérique latine a une dette envers elle ; car par son dévouement et son intransigeance cohérente, elle nous montre l’essence même de l’être révolutionnaire.

Nous, communistes, admirons et souhaitons atteindre ce niveau de dévouement, car ce n’est qu’avec un tel niveau de dévouement que nous pourrons ouvrir les portes de l’avenir.

Depuis Socorro Rojo, Nuestra América, nous considérons que la Révolution socialiste a besoin, pour la défaite définitive de l’infamie capitaliste, de combattants profondément engagés dans la cause ; exactement comme l’a été notre camarade Carmen Villalba.

Nous savons, en tant que communistes, que la lutte n’a jamais été facile, mais en nourrissant nos convictions, nous atteindrons notre objectif : une société sans classes. On nous accusera de terrorisme, de subversion ou d’apologie de la violence. Peu importe : d’ici, nous disons à la bourgeoisie, à ses sbires et à ses mercenaires : votre accusation est notre défense.

Liberté pour Carmen Villalba !

Nous exigeons que Lichita soit retrouvée vivante, maintenant !

Mars 2026

Socorro Rojo, Nuestra América

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