Supernova n.01 2026
“Si l’on considère la guerre dans son ensemble, la guerre de manœuvre est la forme principale et la guerre de guérilla est la forme auxiliaire ; si l’on considère la guerre dans ses situations particulières, la guerre de guérilla est la forme principale et la guerre de manœuvre est la forme auxiliaire.“ Mao
Ce nouveau numéro inaugure la nouvelle série de la revue Supernova. Le choix de créer une nouvelle série est lié aux perspectives que nous pensons devoir donner a la revue et à la nécessaire critique et autocritique du travail politique et éditorial accompli par la rédaction jusqu’à aujourd’hui.
Les thèmes d’enquête et de recherche théorique de la revue restent les mêmes :
– Impérialisme et dimension métropolitaine française
– Composition de classe et organisation de l’autonomie prolétarienne
– La résistance et le rôle de militants politiques
Nous voulons, en tant que Supernova, mener une bataille idéologique et politique plus directe, qui se concrétise également sur le plan organisationnel, dans notre adhésion au Front anti-impérialiste1.
Nous agissons dans un contexte marqué par des processus de crise qui touchent la France, et les autres pays impérialistes sur le plan extérieur et intérieur :
Front extérieur : la crise d’hégémonie de l’impérialisme français, dans le cadre de la nouvelle concurrence mondiale et de la résistance anticoloniale et anti-impérialiste qui traverse ses colonies et anciennes colonies. La France est encore aujourd’hui l’un des principaux pays impérialistes, lié à l’OTAN, et représente l’une des forces principales au sein de l’UE. La France soutient directement le sionisme et les actions menées contre tous les pays qui ne sont pas alignés sur les États-Unis et le bloc de l’OTAN (Russie, Chine, Iran, Venezuela, Cuba, Yémen, Corée du Nord etc.). Les États-Unis et les principaux pays de l’UE représentent les forces impérialistes et constituent l’ennemi sur lequel nous devons concentrer nos forces.
Front interne : la crise sociale et politique qui a frappé la France a donné lieu à une situation inédite en termes de « gouvernance ». L’instabilité gouvernementale est le fruit de cette crise, qui reflète également une division de plus en plus profonde au sein de la bourgeoisie monopoliste impérialiste française. Ces divisions se recomposent toutefois dans le soutien à une économie de guerre de plus en plus dirigée contre la Russie et la Chine, dans la défense des intérêts hégémoniques de l’impérialisme français, et sous l’égide de l’OTAN et de l’Union européenne.
Une économie de guerre qui se manifeste également par le rétrécissement des espaces de démocratie et des garanties sociales qui touchent de larges couches de la population, en particulier les secteurs prolétariens des quartiers populaires et les ouvriers des métropoles. L’islamophobie, le racisme anti-immigrés, etc. sont autant d’éléments qui se polarisent dans une « guerre entre pauvres » de plus en plus intense et dans la propagande idéologique impérialiste.
L’économie de guerre et les coûts de la crise affectent également les couches moyennes et l’aristocratie ouvrière, ce qu’on appelle les « déçus de la mondialisation». Cela n’affecte toutefois pas encore le consensus autour de la « démocratie impérialiste » et les mécanismes de « conformisme » défendus par les secteurs libéraux, la gauche de l’OTAN2 et la vieille et la nouvelle droite.
L’absence de mouvements sociaux et politiques de protestation significatifs est certainement due à la peur sociale qui, pour la première fois, traverse massivement la France, mais il existe également de graves erreurs sur le plan subjectif (les cultures politiques de la gauche française). La gauche française est influencée et dominée par l’impérialisme. Une gauche qui désarme les mouvements sociaux et politiques par le biais de ses cultures libérales. Le repli du 10 septembre (entre la bureaucratie syndicale et le spontanéisme le plus naïf), la difficulté à assumer la résistance palestinienne (celle menée par les organisations palestiniennes) comme lutte politique des classes dominées et damnées au sein des métropoles impérialistes, l’incapacité dans les territoires à faire face aux problèmes qui traversent les secteurs populaires : la precarité sociale, la violence policière, le crime organisé, la consommation de drogue, etc. et la nécessaire autodéfense et coopération populaire. Ce sont là des contradictions qui ne peuvent être cachées.
C’est dans ce contexte qu’agissent aujourd’hui les subjectivités politiques de la gauche prolétarienne en France.
IMPÉRIALISME ET DIMENSION MÉTROPOLITAINE
La catégorie léniniste d’impérialisme doit être prise dans son sens le plus profond :
– dimension horizontale : lutte des classes (les classes)
– dimension verticale : théorie de la dépendance, de l’échange inégal, chaîne de valeur (nord-sud, centre-périphérie)
Chez Lénine, nous trouvons une combinaison de ces deux facteurs, trop souvent polarisés par les groupes de gauche et communistes, qui ne saisissent pas la dimension « globale » et dialectique qui lie ces deux éléments. Non pas comme une somme de facteurs, mais comme des éléments intégrés les uns aux autres. La nature de l’impérialisme fait nécessairement souffler des vents de guerre de plus en plus totaux, et parallèlement, la détérioration des conditions sociales et de travail des portions du prolétariat « sans réserve » en Europe et aux États-Unis s’aggrave. Car aujourd’hui, l’impérialisme, au lieu d’apporter des bénéfices à ces populations (« rente impérialiste », comme l’appelait Samir Amin), aggrave en fait leurs conditions de vie. Cela pourrait, utilisons nécessairement le conditionnel, favoriser les luttes anti-impérialistes sur les deux fronts de l’ordre mondial impérial, à l’intérieur et à l’extérieur des métropoles impérialistes, à condition que les mouvements, surtout dans les métropoles impérialistes, savent saisir ces dynamiques et regardent vers l’avenir en rompant avec le conformisme du présent et la gauche bourgeoise (la gauche de l’OTAN et toute l’idéologie qui y est liée).
L’analyse de l’impérialisme contemporain doit partir des États-Unis, car c’est là que se concentrent ses mécanismes de pouvoir, les institutions militaires, financières et monétaires qui détiennent le monopole, interdit aux « alliés » européens ou d’Asie orientale, c’est-à-dire aux pays soumis par la guerre (Allemagne, Japon, Italie), soit par la puissance économique et financière (France, Angleterre), et surtout refusé au « Sud du monde ». La Chine et la Russie sont des acteurs de la nouvelle concurrence mondiale, mais leur rôle ne peut être qualifié d’impérialiste, et elles subissent l’action des États-Unis et du bloc de l’OTAN, qui veulent maintenir leur hégémonie et leur contrôle mondial3.
L’action des États-Unis sur le « marché », les « règles économiques », le « droit international », les relations diplomatiques entre les États, etc., reflète la tentative d’empêcher l’implosion du cycle d’accumulation et de relancer l’économie américaine en difficulté dans le cadre de la nouvelle concurrence mondiale. Il est toutefois important pour nous d’affirmer un point central de l’analyse marxiste : dans l’impérialisme, les choix politiques deviennent de plus en plus « obligatoires », on parle de « politique » parce qu’en réalité tout est devenu «économie».
L’intensification du racisme, du sexisme, la militarisation du territoire, la déportation des migrants aux États-Unis, ne sont qu’en apparence un choix subjectif de l’administration Trump. La population américaine est profondément divisée, non pas entre les 1 % et les 99 %, mais entre les 20 % qui contrôlent la majeure partie de la consommation sur l’énorme marché intérieur (3/4 du PIB) et les 80 % dont le pouvoir d’achat stagne ou diminue. Les politiques fiscales sont mises en œuvre pour garantir la propriété et l’hyperconsommation de la tranche la plus riche de la population. Trump « politise » ce que le néolibéralisme a obstinément tenté, sans succès, de « dépolitiser » : l’usage de la force.
La machine étatique-capitaliste ne délègue plus le recours à la violence extrême aux fascistes ; elle l’organise elle-même, ayant peut-être tiré les leçons de l’autonomie prise par le nazisme dans la première moitié du XXe siècle. Le racisme structurel qui caractérise le capitalisme – aujourd’hui concentré contre les musulmans – a été indécemment masqué par les Israéliens et par tous les médias et les classes politiques occidentales. Là encore, il n’y a pas vraiment besoin de nouveaux fascistes, car ce sont les États, surtout européens, qui l’ont alimenté depuis les années 80 (alors qu’aux États-Unis, il est endémique, au cœur même de l’exercice du pouvoir) . Le racisme est profondément ancré dans la démocratie et le capitalisme depuis la conquête des Amériques, car l’inégalité y règne, et l’un des principaux moyens de la légitimer est précisément le racisme. Les nouveaux “fasciste”4 sont marginaux par rapport aux fascismes historiques et, une fois au pouvoir, ils s’alignent immédiatement sur le capital et l’État, se limitant à intensifier la législation autoritaire et répressive et à agir sur l’aspect symbolique et culturel. Trump (ou Milei en Argentine) incarne parfaitement l’image du «capitaliste fasciste» car il représente un segment de la classe capitaliste et agit en conséquence. La bourgeoisie monopoliste impérialiste est divisée, tant aux États-Unis qu’en Europe. Entre l’ancienne vision néolibérale née dans les années 90 après la victoire des États-Unis sur l’URSS, issue des idéologies postmodernes et liée à la fin de l’histoire, et une autre partie de la bourgeoisie monopoliste attentive aux nouveaux scénarios de la concurrence mondiale et aux processus de crise en cours. La crise a polarisé toutes les classes, jusqu’à leur intérieur. Les actions de Trump n’ont que peu ou pas de lien avec le folklore fasciste historique lorsqu’il opère au niveau «géopolitique», visant à sauver le capitalisme américain de l’implosion, tout en imposant une trajectoire « fasciste » à tous les aspects de la société américaine. Trump combine parfaitement capitalisme et fascisme. Le capitalisme n’a plus besoin de confier le pouvoir à des régimes fascistes historiques, comme il le faisait autrefois, car la démocratie a été vidée de sa substance depuis les années 1970 (Commission trilatérale)5. C’est une coquille vide qui peut être utilisée de n’importe quelle manière. Elle produit, de l’intérieur de ses propres institutions – tout comme le capitalisme le fait de l’intérieur de la finance et de l’État, de l’intérieur de son administration et de son armée – la guerre.
Tout cela se reflète également dans les pays impérialistes européens. Où l’économie de guerre devient le pivot de l’action pour contrer la crise. Dans notre dimension métropolitaine, l’impérialisme français est le premier ennemi sur lequel concentrer notre résistance. Ceux qui pensent opposer la France aux États-Unis, ou utiliser l’État français6 pour la résistance et le sabotage de l’économie de guerre, travaillent simplement pour l’impérialisme français… et son idéologie, en participant au renforcement des mouvements réactionnaires de masse qui traversent aujourd’hui l’Europe et les États-Unis.
Lénine a qualifié le capitalisme impérialiste de réactionnaire, contrairement au capitalisme concurrentiel, dans lequel Marx voyait encore des aspects « progressistes ». La financiarisation et l’économie de la dette ont construit un monstre qui combine capitalisme, démocratie et fascisme, ce qui ne pose aucun problème aux classes dominantes. La seule utilisation que l’on puisse faire de cette phase est de renverser la guerre contre les peuples et les classes populaires, non pas en demandant la paix, mais en construisant la résistance contre l’impérialisme, comme un acte concret de pouvoir populaire.
LA COMPOSITION ACTUELLE DES CLASSES ET L’ORGANISATION DE L’AUTONOMIE PROLÉTARIENNE
Agir dans une métropole impérialiste signifie être confronté à une composition de classe déterminée où le poids des mécanismes de la finance et du parasitisme économique, propres à l’impérialisme, est au centre de tout. Cela impose une réflexion sur ce qu’est aujourd’hui la production7, la soi-disant « ubérisation de l’économie »8 et la relation même entre l’homme et la machine à travers l’automatisation et l’IA. La polarisation sociale se manifeste par la prolétarisation des classes moyennes, qui restent toutefois étroitement liées à la « démocratie impérialiste », et par l’élargissement de la partie du prolétariat dé-intégrée, concentrée dans les quartiers populaires où le chômage et la précarité sociale sont les éléments principaux. Un prolétariat dé-intégré du pouvoir central de l’État, mais soumis à sa violence : « légale » de la part des forces de police, et « illégale » de la part du crime organisé. Un prolétariat « sans réserve » qui subit l’hégémonie impérialiste, avec sa logique de mort et d’anéantissement, brisant tous les mécanismes collectifs que les masses populaires se donnent pour résister et vivre.
Le poids des classes moyennes et de l’aristocratie ouvrière au sein des mouvements sociaux et syndicaux est très fort et reflète également les orientations idéologiques qui se donnent. Le développement d’idéologies impérialistes spécifiques est lié, dans son sens le plus profond, aux processus de crise qui touchent aujourd’hui les classes et les États.
Prenons comme exemple l’ambivalence de la culture postmoderne et le racisme identitaire. Ces deux éléments fortement opposés sont en réalité équivalents, nés comme des produits spécifiques de la crise qui frappe le capitalisme et de la lutte de l’impérialisme pour maintenir son hégémonie sur les classes populaires dans les métropoles impérialistes et les peuples opprimés par le néocolonialisme. Le premier, partant de la perception individuelle, en arrive à tout fragmenter, réduisant l’expérience vécue à une dimension purement personnelle, où l’affirmation de son propre vécu suffirait à créer un consensus et une résistance, en se basant sur le plan collectif sur l’idée d’un lobby d’intérêts. Le second repose sur une perception éphémère d’ensembles identitaires collectifs, créés avec l’illusion de se protéger du mal, qui est toujours perçu comme extérieur à la communauté. L’utilisation obsessionnelle qui est faite aujourd’hui du terme « culture judéo-chrétienne » pour désigner les racines européennes. Derrière cette définition se cache non seulement l’ancien racisme colonial, il existe une véritable construction d’une histoire « fantastique », compte tenu de l’opposition radicale en termes historiques que la tradition chrétienne a eue avec le judaïsme… Le mythe de la dimension locale à défendre n’est pas nouveau, pensons à l’ancien fascisme italien qui rêvait de la Rome impériale, construisant des palais en papier mâché, alors que le monde était sous la domination de l’Union Jack et de l’Oncle Sam…
Il faut comprendre que tous ces éléments coexistent et traversent la composition des classes : le genre, l’identité nationale et « raciale », l’âge, etc. Ne pas tenir compte de ces éléments serait une erreur d’un point de vue politique, tout comme les présenter comme des éléments de division. Des termes tels que l’intersectionnalité ou la convergence des luttes renvoient toujours à un plan d’égalité et d’horizontalité qui n’existe pas dans la lutte des classes. C’est une vision liée à la « démocratie impérialiste » et au « libéralisme »9, expression culturelle de certaines classes qui ne peuvent concevoir la résistance, en termes politiques et militaires, effrayées par la guerre entre les classes… Notre objectif est la recomposition de la classe prolétarienne, sa capacité à exercer une hégémonie et une force contre les classes dominantes.
Mettre au centre l’organisation de l’autonomie prolétarienne signifie avoir comme référence le mouvement ouvrier et en particulier les « prolétaires sans réserve » en général, et donner l’hégémonie et la force à cette classe, dans la lutte contre l’impérialisme sur le front interne et externe.
Des lieux de travail aux quartiers populaires, des écoles aux prisons, dans les syndicats, dans les comités de quartier, dans les mouvements, dans les associations culturelles et sportives, etc., être capable de relier les aspects de la lutte : politique, économique, social, culturel. Mettre au centre la dignité, la solidarité, la dimension collective, la résistance, contre l’hégémonie culturelle impérialiste, qui prône le conformisme, l’égoïsme, l’individualisme et l’hédonisme.
L’autonomie prolétarienne comme refus de la logique de la gauche bourgeoise :
1 ceux qui pensent qu’un changement de gouvernement peut contrer la bourgeoisie monopoliste impérialiste. Il ne faut pas pour autant penser que toutes les forces politiques sont identiques, mais le parlementarisme n’a jamais réussi à déterminer des changements de ligne politique, si ce n’est en utilisant une force sociale et populaire sur le territoire qui exprimait un pouvoir et une résistance populaires.
2 ceux qui proposent des assemblées générales de citoyens, en insistant sur la question de la participation et de la démocratie, en pensant que la « société civile » est automatiquement de gauche… sans considérer cela comme un terrain de bataille, où les mouvements réactionnaires de masse eux-mêmes, les courants libéraux, sont capables de créer une hégémonie, un consensus et une participation. Pour reprendre une expression du communiste italien Gramsci, il y a une sous-estimation du concept d’« hégémonie » et des « rapports de force » de Lénine… .
3 ceux qui parlent de révolution, d’insurrection, de guerres populaires, chaque jour, en les plaçant évidemment toujours dans un espace-temps indéfini (lié à des temps millénaires). La résistance n’est pas un moment mais un processus. Accumuler de la force ne signifie pas attendre l’heure x, mais accumuler de l’expérience, des capacités, des outils, agir en transformant ce qui nous entoure et en nous transformant nous-mêmes.
4. ceux qui parlent de révolution, d’insurrection, de résistance comme d’un jeu, comme d’une fête… manifestant de manière ostentatoire l’abrutissement auquel nous sommes soumis dans les métropoles impérialistes. Pour paraphraser le vieux Koba… On ne peut pas résister en portant des gants de soie…
L’autonomie prolétarienne signifie, dans son sens le plus profond, la capacité des classes populaires à faire de la politique, en s’affranchissant du point de vue bourgeois grâce à l’organisation, la solidarité, la coopération et la résistance !
CONSTRUIRE
LE FRONT ANTI-IMPÉRIALISTE
Il ne suffit pas d’identifier un contexte, il faut comprendre ce que signifie aujourd’hui construire la résistance et quel est le rôle de la gauche prolétarienne.
Aujourd’hui, intervenir signifie agir dans un territoire où l’ennemi, l’impérialisme, est hégémonique (sur le plan social, culturel et économique) sur les lieux de travail, dans les quartiers populaires, dans les écoles, dans les prisons…
Lutte idéologique : contrer l’idéologie et donc les coutumes de la pourriture impérialiste au sein des masses populaires. La théorie marxiste-léniniste, en tant que théorie du prolétariat et des peuples opprimés, contre l’idéologie des classes dominantes (libéraux, gauche bourgeoise, réactionnaires et fascistes divers) . Le marxisme-léninisme en tant que science, et donc comme toute science en développement constant. Le marxisme-léninisme en tant que prise en compte de l’histoire du mouvement communiste et révolutionnaire. Cela signifie savoir saisir le présent, la tête tournée vers l’avenir, mais en même temps être capable de faire la synthèse et le bilan de ce qu’a été le mouvement communiste et international. Il faut être capable de rompre avec la « nostalgie », mais il faut comprendre l’importance qu’ont eue le socialisme réel10 et les expériences de la gauche prolétarienne et révolutionnaire qui, au sein des métropoles impérialistes, se sont fixé comme objectif concret la rupture révolutionnaire, non pas comme slogan, mais comme pratique « de resistance »11. Plus généralement, avec tous ceux qui se sont confrontés à l’organisation de l’autonomie prolétarienne et à la résistance contre l’État impérialiste, en reliant théorie et pratique.
Lutte politique : la lutte politique signifie résistance. Résistance contre l’économie de guerre de l’impérialisme français et de l’OTAN, et contre son « néocolonialisme » et son racisme. Résistance comme lutte organisée pour la dignité, les intérêts et les garanties des masses dans les quartiers populaires, sur les lieux de travail, dans les écoles, dans les prisons. Résister comme défense et soutien à la lutte anti-impérialiste qui libère les pays du jeu français au Sahel et dans les « colonies ». Résister, c’est prendre le drapeau de la Palestine comme drapeau des masses opprimées dans le monde. Résister, c’est refuser la logique des bons et des méchants lorsqu’on est attaqué par la répression de l’État impérialiste. Résister, c’est soutenir les prisonniers politiques révolutionnaires et leur identité politique. Pour résister, il faut être capable de « faire le ménage », c’est ainsi que nous pourrons envisager de résister à l’impérialisme. La lutte contre la drogue et contre tous les marchés de la mort et de la violence qui dominent les quartiers populaires est nécessairement un terrain sur lequel la résistance démontre concrètement sa force. Il est significatif que les « révolutionnaires » pensent lutter contre l’État impérialiste sans se poser la question de la construction de l’action, de la force et de la discipline populaire. Le début du film La Bataille d’Alger… est plus évocateur que mille discours sur ce point…
La résistance comme capacité d’organisation et de transformation des masses populaires, dans le sabotage de l’organisation du travail capitaliste et dans la lutte contre l’État impérialiste. La résistance comme transformation socialiste des masses dans l’action et dans la dimension collective.
Dimension organisationnelle : construire le Front anti-impérialiste, de la gauche prolétarienne et anti-impérialiste. Comme espace d’organisation et de confrontation entre le prolétariat métropolitain et les peuples opprimés. Le Front anti-impérialiste, né sous l’impulsion des camarades anatoliens du Front populaire (organisation de la gauche révolutionnaire anatolienne), se situe exactement à ce niveau. Les points caractéristiques qui distinguent cette expérience sont: « les mouvements révolutionnaires engagés dans l’idéologie marxiste-léniniste et la lutte armée. La principale stratégie de l’impérialisme consiste à éliminer cette menace. Une fois cette menace éliminée, l’impérialisme américain n’aura plus aucun obstacle à surmonter. C’est pourquoi la résistance est nécessaire ! »12.
En tant que Supernova, nous sommes attentifs à tous les moments d’organisation, de confrontation, d’expérimentation, en France, produits par les partis, les organisations, les groupes, les collectifs de la gauche prolétarienne13, mais en même temps, nous avons dû constater une dose d’infantilisme, de conformisme, de libéralisme et de « nostalgie » au sein du mouvement de la gauche prolétarienne. Nous-mêmes n’avons pas été immunisés contre ces tares. C’est pourquoi nous avons fait le choix organisationnel de participer à la construction du Front anti-impérialiste, car il est essentiel de relier, au sein de la métropole impérialiste, le front extérieur au front intérieur. En nous confrontant et en nous organisant avec les organisations de résistance à l’impérialisme au niveau international, du Moyen-Orient à l’Afrique, de l’Asie à l’Amérique du Sud…
Assumer un travail organisationnel et donc collectif, capable de dépasser le localisme et les tares de la « gauche radicale occidentale » polarisée entre « informalité libérale » et « formalité stéréotypée ». S’organiser au sein du Front anti-impérialiste ne signifie pas envisager d’utiliser artificiellement des programmes et des modèles spécifiques à d’autres contextes. Les caractéristiques des métropoles impérialistes doivent nécessairement avoir leur propre programme. La contribution de notre revue a toujours été orientée dans ce sens, à savoir s’adapter au contexte spécifique dans lequel nous vivons et intervenons. Et c’est là que réside notre contribution au Front anti-impérialiste.
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site web du Front anti-impérialiste: anti-imperialistfront.org Une page en français et plusieurs réseaux sociaux sont également disponibles.
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Nous utilisons ce terme pour désigner de manière générique la gauche occidentale, avec tous ses paradigmes libéraux, postmodernes, etc.
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Pour Lénine, l’impérialisme n’est pas une politique ou une économie particulière, mais représente une dimension systémique où les contradictions deviennent de plus en plus « extrêmes ». Cela dit, nous ne qualifions pas la Russie et la Chine d’impérialistes, car leur développement n’est pas comparable à celui des États-Unis et des pays de l’OTAN. Il est en outre erroné de mettre de manière simpliste la Russie et la Chine sur le même plan, tant en ce qui concerne leur composition sociale interne qu’au niveau stratégique international.
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Politiciens d’extrême droite ou directement les néofascistes
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La Commission trilatérale (Trilatérale) est une organisation privée créée en 1973 à l’initiative des principaux dirigeants du groupe Bilderberg e du Council on Foreign Remations parmi lesquels David Rockefeller, Henry Kissinger et Zbigniew Brzezinski. Cet commission va a marquer le point de départ de la guerre idéologique moderne: la défense de l’impérialisme par des moyens militaires, culturels, etc. contre toutes les expériences de résistance et de pouvoir populaire.C’est la formalisation d’une élite technique au service des classes dominantes et de l’impérialisme lui-même.
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Au niveau du « système », nous sommes dans une production volcanique et un marché anarchique, ce qui rend la pénurie un facteur artificiel produit non pas par des éléments naturels, mais par la division actuelle du travail.
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“Du génocide à Gaza au réchauffement climatique et à l’ubérisation du travail”, Ricardo Antunes, 2025, revuesupernova.org
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L’ouvrage de Mao « Contre le libéralisme », publié en 1937, est, par sa simplicité et sa clarté, un outil indispensable pour comprendre les tares de l’idéologie archaïque, bourgeoise et impérialiste. Mao, style communiste, Contradiction Editions, 2022
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Nous parlons principalement de la contribution de l’URSS et des pays du bloc socialiste, avant la vague révisionniste qui a suivi la mort de Staline, de la Chine populaire, de l’Albanie socialiste, de Cuba et des expériences populaires et anti-impérialistes qui ont traversé et traversent l’Afrique, l’Asie et l’Amérique du Sud. Nous n’avons aucun culte à défendre, mais il est clair que pour nous, elles représentent des expériences concrètes où les masses populaires se sont organisées et ont pris des formes collectives. Les limites de ces expériences ne doivent jamais nous faire oublier qu’elles ont représenté une rupture concrète avec l’impérialisme. Il faut regarder vers l’avenir, mais leur contribution reste un exemple nécessaire dont il faut nécessairement partir.
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Pour la France, nous avons publié avec notre maison d’édition une anthologie sur les expériences françaises en matière de lutte armée et de violence révolutionnaire : Frédéric Oriach, La lutte armée, Contradiction Edition, 2024.
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Dans ce contexte, l’URC et la LJR-JR et la nouvelle Organisation Communiste de France (OCF) comptent parmi les acteurs les plus intéressants et les plus actifs de la gauche prolétarienne française actuelle.
