les masses féminines et la stratégie communiste

Iniciativa Comunista (Espagne)

Extraits du document: Analyse matérialiste de la violence contre les femmes et les personnes lgtb+ une proposition communiste –

Avec le développement des différentes crises économiques, les conditions de vie des femmes travailleuses se sont détériorées et elles ont vu leur travail reproductif s’intensifier, accédant davantage que les travailleurs masculins à des contrats à temps partiel et temporaires dans des secteurs appauvris, ce qui contraste fortement avec les aspirations au progrès capitaliste des femmes occidentales. Ces contradictions au sein des masses féminines doivent être abordées avec prudence, sans tomber dans des essentialismes qui nous amènent à penser qu’il est impossible d’organiser les femmes ouvrières occidentales en tant que « nantis », et sans tomber dans l’opportunisme massiste qui ne cherche qu’à profiter de la conjoncture de crise sans tenir compte des limites de la société impérialiste. Sur ce point, il faut être très conscient que les droits des femmes, en particulier les droits reproductifs, ont été et seront l’objet d’attaques de la part des secteurs les plus réactionnaires, et qu’il est nécessaire de travailler à la création d’alliances dans les couches ouvrières pour faire face à ces agressions dans une perspective communiste.Ainsi, l’organisation révolutionnaire doit se faire l’écho des revendications progressistes issues de l’idéologie communiste, car elles reflètent un besoin politique évident et des exigences organisationnelles qui doivent être satisfaites en offrant à la fois des voies politiques pour renforcer les principes et l’organisation communistes, et des explications claires sur la violence contre les femmes. Notre objectif n’est pas seulement de dénoncer le fait que la situation des femmes n’est ni arbitraire ni fortuite, mais qu’elle trouve son origine dans la logique du mode de production capitaliste et dans sa sacro-sainte propriété privée, qui influe sur le fonctionnement des familles, du travail salarié et de l’État, mais aussi d’imposer un projet de société communiste, dans lequel la production sociale n’est pas dominée par l’accumulation incessante de capital, mais par les besoins humains. La difficulté pour les militantes consiste alors à relier les revendications progressistes à la conscience communiste à travers différentes tactiques, qui doivent être flexibles et répondre à la conjoncture du moment. Le militantisme communiste a la responsabilité de défendre les droits les plus fondamentaux et démocratiques des femmes et de mettre particulièrement l’accent sur la conquête de droits pour les femmes travailleuses qui peuvent entraîner une plus grande conscience politique, une capacité d’organisation et une indépendance économique, comme par exemple le droit à l’avortement universel, sûr et gratuit, indépendamment de la « situation administrative », l’augmentation des salaires et l’amélioration des conditions de travail dans les emplois très féminisés, la mise en place d’un système solide de « crèches » dans les quartiers ouvriers, l’amélioration des prestations de maternité et de paternité et des mesures de conciliation entre « vie professionnelle » et « vie personnelle ». Mais nous ne pouvons nous limiter à revendiquer des droits dans le cadre de la société capitaliste, nous devons renforcer ou promouvoir des espaces qui servent à la prise de conscience révolutionnaire. En tant que communistes, nous devons avoir notre propre programme, un programme marqué par la ferme conviction des principes révolutionnaires et anti-patriarcaux, sans que ceux-ci nous empêchent de travailler conjointement avec les espaces que notre classe crée intuitivement pour la défense de ses intérêts les plus immédiats. En ce sens, l’organisation communiste ne peut pas épuiser ses efforts à promouvoir l’autodéveloppement du féminisme, mais doit miser sur la création et le renforcement d’espaces politiques pour les femmes ouvrières. Autrement dit, nos principes doivent être fermes, mais la tactique pour les appliquer ne doit pas répondre à un schéma rigide, pouvant développer et renforcer des espaces d’unité communiste, anti-impérialiste ou des espaces de femmes ouvrières et travailleuses migrantes qui servent à la prise de conscience politique. L’objectif peut être tant d’organiser les femmes travailleuses sous les drapeaux communistes que d’amener les femmes organisées dans ces espaces de résistance à défendre, diffuser et appliquer la ligne communiste, l’idéologie révolutionnaire. Cela dit, il ne suffit pas aux communistes de participer à ces espaces, de contribuer à leur élan ou à leur survie, mais nous devons construire une véritable influence dans l’action et l’orientation par l’initiative et l’exemplarité d’un travail honnête et transparent. Il s’agit, en fin de compte, que l’organisation communiste ait une direction politique sur les espaces qu’elle promeut et les espaces de résistance, en particulier ceux des femmes ouvrières. Nous avons besoin d’espaces qui favorisent l’organisation des femmes selon les principes généraux de l’internationalisme et de la révolution, qui aident à relier leurs revendications particulières en tant que travailleuses aux axes politiques fondamentaux du socialisme. Les tâches de l’organisation communiste doivent être orientées tant vers l’organisation des femmes travailleuses ayant une certaine conscience de classe que vers l’organisation des militantes les plus avancées. Pour attirer certains profils de militantes, il faut se référencer politiquement et ne pas se limiter à se présenter comme les plus radicales de chaque front. Cela passe par une bonne analyse de la conjoncture, tant au niveau économique et social qu’au niveau particulier du territoire, afin de développer des agitations qui relient les besoins des femmes ouvrières à la nécessité de s’organiser politiquement dans le cadre d’un projet communiste. Il est également nécessaire de se référencer en favorisant les espaces capables d’agir et de travailler, en fuyant le présentiel dans les assemblées et les collectifs et les fronts où il n’y a pas de véritable lutte idéologique ni de progrès dans la conscience et la professionnalisation du militantisme féminin. Cela ne signifie en aucun cas que nous devons ignorer l’organisation et la réponse féministes ou l’organisation spontanée des femmes, car elles peuvent constituer une grande alliance dans les situations de réaction misogyne du fascisme, surtout si elles ont un pouvoir institutionnel. Nous ne pouvons ignorer l’agenda réactionnaire contre la classe ouvrière migrante et contre les droits reproductifs, sociaux et culturels des femmes, ni la répression étatique contre les fronts féministes de résistance. De même, les mouvements de résistance des femmes peuvent également resurgir face aux gouvernements sociaux-démocrates dans un contexte de guerre, car ceux-ci favoriseront les valeurs nationalistes et impérialistes contre les travailleurs migrants, mettront en place de plus en plus de coupes sociales au profit des budgets militaires et présenteront les valeurs familiales comme un rempart pour les femmes, comme le seul moyen de leur garantir protection, stabilité et survie économique. Cependant, il faut être conscient que ces réponses féministes, bien qu’elles puissent être attirées par le projet communiste, n’ont pas, intrinsèquement, de raison de soutenir un projet révolutionnaire, et doivent donc être considérées comme des alliances tactiques, car c’est la classe ouvrière qui a véritablement intérêt à saper les fondements de la société capitaliste et qui ne fera aucune concession. La bataille idéologique contre les propositions réformistes et social-démocrates doit être l’un des piliers de notre militantisme, en particulier dans le cadre de l’institutionnalisation des revendications féministes, car c’est là que l’État se présente comme l’agent politique neutre, objectif et rationnel. Et cette dénonciation doit se faire dans une perspective communiste, c’est-à-dire en dévoilant les véritables intérêts de la politique réformiste et des partis sociaux-démocrates, et en les opposant aux intérêts de l’organisation communiste. Par conséquent, les communistes ne se battent pas simplement pour défendre des droits fondamentaux, car ceux-ci sont des concessions conjoncturelles du pouvoir bourgeois, et leur existence dépend de l’opportunisme électoral, qui permet les avancées et les reculs du fascisme. Cette tâche de dénonciation de l’État bourgeois sert à éduquer la classe ouvrière qui fait excessivement confiance à la neutralité des institutions et à leur sens de la justice et de l’égalité, ainsi qu’à proposer un projet révolutionnaire capable de satisfaire les besoins des femmes ouvrières.

Principes et objectifs

1. Nous considérons que la violence patriarcale est l’expression du modèle productif dominant, même si les manifestations de violence contre les femmes peuvent se présenter avec une certaine autonomie dans la sphère plus culturelle et idéologique de la société.

2. Les femmes de la classe ouvrière jouent un rôle particulier dans la reproduction générationnelle de la main-d’œuvre, car aucune société ni aucun mode de production ne peut survivre s’il ne garantit pas la reproduction des individus, de la classe ouvrière.

3. La délocalisation de la production et la surexploitation de la main-d’œuvre féminine des femmes des zones rurales du Sud, mécanisme fondamental qui a permis au capital occidental d’augmenter ses profits, ne pourront être détruites sans l’organisation révolutionnaire de la classe ouvrière sous la bannière de l’internationalisme prolétarien.

4. L’affaiblissement ou le renforcement de la sphère reproductive et de la famille ouvrière dépend de l’organisation communiste et des conquêtes du mouvement ouvrier, c’est pourquoi la famille et le travail domestique sont des terrains politiques où se déroule la lutte des classes.

5. La nécessité d’une mobilisation féminine exige que les rangs communistes proposent un programme révolutionnaire pour les femmes qui ne se contente pas de faire l’apologie des familles ouvrières. L’idéal socialiste doit retrouver l’idée de la production domestique comme production sociale collective et se concentrer sur l’abolition du travail domestique privé des femmes ouvrières, ce qui entraînera la disparition de la famille en tant qu’unité de reproduction sociale privée de main-d’œuvre exploitable.

6. Le rôle des communistes est de canaliser ces prises de conscience collectives vers la construction d’une classe révolutionnaire. Nous devons construire une véritable unité au-delà des conglomérats forcés et conjoncturels, dans notre tâche ferme de reconstituer le Parti communiste et de servir de véritable guide au mouvement révolutionnaire.

7. Ainsi, les femmes comme les hommes doivent participer sur un pied d’égalité à l’organisation d’avant-garde. La direction politique non mixte et l’autonomie de ces espaces reposent essentiellement sur leur capacité à appliquer et à développer la ligne politique commune dans tout ce qui concerne la lutte des femmes, ainsi que la promotion des cadres féminins, en particulier des cadres dirigeants.

8. Promouvoir des espaces pour les femmes ouvrières où le communisme et l’anti-impérialisme servent de pivot pour rassembler les femmes militantes et pour le projet d’unité communiste. Les espaces féministes ne sont pas les fronts automatiques de la militance anti-patriarcale. De même, l’agitation spécifique pour les femmes ouvrières est fondamentale.

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