J’espère que lorsque vous recevrez ma lettre, cette bataille aura déjà été remportée et, si tel est le cas, que cette réflexion servira d’exemple pour d’autres cas et d’autres occasions, qui se présenteront malheureusement tant que nous subirons le joug de cet État.
J’écris ces lignes le jour où le prisonnier politique Marcos Martín Ponce a entamé une grève de la faim pour que sa compagne, la prisonnière politique gravement malade María José Baños, reçoive des soins médicaux dignes de ce nom. Car non seulement ils refusent de la libérer, au mépris de leur propre législation, mais en plus ils ne la transfèrent pas à l’hôpital en ambulance compte tenu de son état de santé fragile. Ils veulent la menotter les mains dans le dos, avec la douleur et le risque que cela implique pour une personne qui peut à peine se tenir debout et qui pèse 42 kg.
Toute personne qui se considère comme antifasciste, démocrate ou défenseur d’un minimum d’humanité devrait se demander comment on peut tolérer qu’une détenue soit maintenue dans un état digne de nombreux prisonniers des camps de concentration nazis. Il faut se demander pourquoi un gouvernement qui se targue d’être progressiste cautionne cela en toute connaissance de cause. Car ce cas, comme tant d’autres, montre explicitement quel genre d’État nous opprime. Il nous invite donc également à prendre conscience qu’il est bien plus impitoyable que ne veulent le croire même les secteurs dotés d’une certaine conscience. Quand il faut en arriver là pour qu’ils respectent leur propre légalité, cela devrait être clair et nous pousser à une autre réflexion : comment faire face à la violation de ce qui est le plus élémentaire.
Pour imposer des atrocités comme celle dont est victime María José Baños, le régime est bien organisé avec ses forces répressives, ses juges, ses gardiens de prison et ses médias de désinformation. Il consacre d’énormes efforts pour que cela soit possible, ce qui nous rappelle également que ce n’est qu’en nous organisant et en nous battant que nous pourrons remporter des victoires. Ce n’est qu’en inondant les rues de lutte. Solidarité ou complicité.
Pablo Hasel. Prison de Lladoners. 25 février 2026
CELA NE LEUR SUFFIT PAS
À María José Baños
Cela ne leur suffit pas
après plus de trois décennies
passées en prison,
après avoir détruit
ta santé à cause de leurs conditions.
Cela ne leur suffit pas
de t’avoir poussée
au bord de la mort,
avec ces jours interminables
de torture et d’agonie.
Ces psychopathes
qui n’atteignent même pas
le fond de ton cœur,
ne se contentent pas
de la criminalisation
diffamatoire et de la dissimulation
de l’extermination.
Cela ne leur suffit pas car ces avides
n’ont pas obtenu
la capitulation tant convoitée.
C’est pourquoi, pour nous,
il ne peut nous suffire
d’une solidarité au compte-gouttes,
d’une admiration passive
ou d’une complainte résignée
et nous devons crier « ASSEZ ! ».
Aller de l’avant avec ton courage
et celui des autres qui se dressent,
pour que jamais rien de semblable
ne puisse se reproduire
et que seule la dignité collective suffise.
