Fuerza Acción Revolucionaria (Chili)
La raison qui justifie l’existence d’un parti ne se limite pas au besoin exclusif de notre classe d’avoir sa propre expression organique. Au contraire, l’idée de parti émerge dans le but de défendre et/ou de représenter les intérêts particuliers d’une classe donnée, de fractions de classe ou d’un ensemble de celles-ci à un moment historique donné. Par conséquent, sa science et son applicabilité sont transversales. En ce sens, il est important de comprendre que la germination et le développement des partis ne sont rien d’autre que l’expression du développement de la lutte des classes, c’est-à-dire une représentation historique et matérielle des contradictions et de leur mode d’expression dans la lutte politique. Dans ce cadre, nous pouvons dire que la théorie des partis n’est pas une théorie exclusive aux partis de gauche, mais une théorie historiquement transversale aux luttes de pouvoir entre différentes classes ou fractions de celles-ci. Le parti, en tant qu’expression organique maximale d’une classe, démontre par son existence le développement propre de l’organicité, de la cohésion et de la convergence des intérêts de celle-ci. À son tour, il démontre son intention de lutter pour l’hégémonie politique ; un parti aura toujours une stratégie de pouvoir. D’autre part, il est clair qu’un parti, pour se définir comme tel, n’a pas besoin d’être soumis à la légalité en vigueur, c’est-à-dire qu’il peut se situer à l’intérieur ou à l’extérieur de la structure légale des partis, car le problème de la légalité, dans le cadre de la démocratie bourgeoise, est une question de stratégie ou de tactique, et ne représente en aucun cas un degré plus ou moins élevé de maturité, de cohésion ou d’organicité d’une classe donnée. Cela dit, il convient de souligner que ce qui différencie fondamentalement un parti d’un autre, c’est son programme et sa stratégie qui, dans la mesure où ils sont cohérents, déterminent les méthodes et la structure organique, ce qui lui confère à son tour une cohésion et lui permet d’agir en tant que corps. En d’autres termes, le caractère révolutionnaire d’un parti ne réside pas dans les méthodes, les actions ou la structure en elles-mêmes, mais dans le programme et la stratégie définis. Ainsi, le programme et la stratégie sont deux aspects essentiels pour un parti et permettent, dans la mesure où ils représentent véritablement les intérêts de la classe, de créer une cohésion entre la masse et ses instruments organiques, en orientant la lutte et en devenant un catalyseur de la conscience de classe.
Le parti révolutionnaire de la classe ouvrière
L’absence d’un parti révolutionnaire au Chili n’est pas seulement le résultat de la fragmentation organisationnelle de notre classe ou de l’absence d’une classe pour elle-même. Elle résulte également de la grande difficulté qu’ont eue les organisations révolutionnaires à progresser dans cette voie en raison du manque de continuité organique des expériences politiques révolutionnaires des années 70-80, de la faible expérience militante des dirigeants des organisations actuelles, de la grande dispersion des efforts organiques, ainsi que des thèses postmodernes qui remettent en question l’idée de parti ou relativisent son rôle. Cependant, après la révolte populaire, la nécessité de forger la construction du parti revêt l’une des tâches les plus importantes à accomplir, surtout compte tenu de l’absence d’une alternative révolutionnaire pour notre classe et que cela a entraîné une profonde dispersion des masses, tant sur le plan organisationnel que politique, ce qui a finalement permis aux partis bourgeois eux-mêmes de sortir de la situation insurrectionnelle grâce à l’accord « pour la paix ». Aujourd’hui, après cette expérience tant des masses que des révolutionnaires, nous avons assisté à un processus indéniable de maturation au sein du peuple qui, bien qu’il soit encore naissant, ouvre de nouveaux défis, parmi lesquels figure la construction du parti pour la révolution. En ce sens, la construction d’un parti révolutionnaire est le résultat d’un processus dialectique entre la maturation de la lutte des classes et le développement des instruments politiques. Dans ce même contexte, la cohésion, la conscience et l’unité de la classe constituent un objectif permanent du parti dans la mesure où elles permettent la maturation des conditions de la lutte des classes, tandis que le parti existe, se renforce et se développe dans la mesure où la cohésion, la conscience et l’unité existent. Cette relation dialectique réside dans la capacité du parti à marquer la croissance et la maturation de sa classe, ainsi que dans la capacité de la classe à stimuler le développement de son parti.
Le parti de masse
Pour qu’un parti révolutionnaire puisse être la synthèse des intérêts de la classe, il doit être capable d’interpréter ses états d’âme, ses intérêts immédiats et à long terme, ses principales contradictions, etc. Cela nécessite inévitablement un « parti ancré dans les masses », c’est-à-dire avec une ligne politique transversale à sa stratégie et à sa tactique, soutenue par la relation dialectique avec la classe qu’il représente, basée sur le développement qualitatif en tant que classe. Il convient de souligner que cela diffère totalement de la conception du « parti de masse », où le rôle réifié de cette dernière réduit la relation parti-masse à la recherche d’un élargissement de la portée du parti à l’adhésion passive de la masse indépendante, qu’elle soit intégrée sous forme de « militante » ou non.
Le parti des cadres
Le parti composé de militants qui représentent le meilleur de la classe dans son développement politique, social, organique et moral, est ce qui caractérise un parti de cadres. C’est une qualité de tout parti prêt à se battre sérieusement pour le pouvoir. La formation de ces cadres est une tâche fondamentale du parti, car forger leurs qualités est essentiel à la survie, à la continuité et au succès du projet de la classe. Par conséquent, le parti révolutionnaire doit préparer ses militants à devenir des cadres qui se distinguent par :
1) Des professionnels qui placent au centre de leurs priorités, de leurs réflexions et de leurs projections leur action politique et organique, faisant de la révolution leur principale profession, c’est-à-dire se consacrant à la tâche révolutionnaire, indépendamment de leur rôle fonctionnel dans la société (étudiant, travailleur, etc.) ;
2) Communistes, qui ont la conviction et la pleine conscience des aspirations supérieures de leur classe, de la nécessité pour la classe ouvrière de conquérir le pouvoir et de l’objectif ultime de la révolution communiste : parvenir à une société sans classes, où il n’y a ni accumulation de richesse, ni propriété privée des moyens de production. C’est-à-dire la compréhension et la conviction des aspects essentiels du projet politique du parti révolutionnaire ;
3) Des politiciens, capables de comprendre et d’interpréter clairement la situation actuelle de la lutte des classes, les tâches et les priorités du parti, dotés d’une vocation pour le pouvoir, d’une capacité créative et d’une initiative politique leur permettant de répondre aux tâches immédiates et à moyen terme ;
4) Des militaires, dotés d’une capacité de combat et d’une disposition à la lutte, maîtrisant et préparés aux méthodes de conspiration, de sécurité et d’autodéfense, comprenant les aspects essentiels de la stratégie révolutionnaire et le rôle du travail militaire dans celle-ci, et la tâche de construire un parti capable de mener le combat sur tous les terrains – où le militaire joue un rôle décisif.
Il convient de souligner que ces éléments sont complémentaires et ne peuvent être hiérarchisés, car ils sont tous également importants pour le développement intégral du militant. De même, il est important de comprendre que le cadre est une aspiration permanente, c’est-à-dire qu’il n’est jamais achevé dans son développement et qu’il peut toujours atteindre un degré de croissance supérieur. D’autre part, il est très important de comprendre que tous ces éléments sont insuffisants si la morale révolutionnaire, pierre angulaire du développement de tout militant révolutionnaire, n’est pas forgée. La nécessité de former un parti de cadres est complémentaire à l’idée d’un parti « ancré dans les masses », car elle conçoit ce dernier comme composé des sujets les plus qualifiés de la classe, mais aussi comme ayant un lien politique dialectique étroit avec la classe qu’il représente.
Centralité et démocratie au sein du parti
Il est essentiel d’assurer la cohésion interne de l’ensemble du parti pour atteindre les objectifs fixés. Nous parlons de centralité comme de l’orientation nécessaire au sein de l’organisation pour garantir son action en tant que corps. Elle découle des aspects politiques stratégiques centraux, c’est-à-dire du programme et de la stratégie, et imprègne l’ensemble des décisions de l’organisation. Cela ne signifie pas que l’expression concrète du programme ou de la stratégie soit la même dans chaque espace. Au contraire, la dialectique de la pratique politique réside dans la créativité et la capacité de synthèse du militant dans son travail concret, comme un exercice qui nourrit le projet politique dans son ensemble. D’autre part, les instances d’exercice démocratique au sein du parti donnent vie à la synthèse entre théorie et pratique révolutionnaire. Elles sont fondamentales pour corriger ou réorienter la tactique politique. La démocratie interne n’est pas la même chose que l’opinologie ou la bilatéralité. Ces pratiques, plus propres aux organisations artisanales, reproduisent la décomposition organique qui empêche leur croissance réelle, car elles suppriment le débat politique au profit des « ragots » ou des « commentaires de couloir » en dehors des espaces organiques formels, contribuant peu ou pas du tout au développement politique de l’organisation. Le concept de démocratie ne fait pas non plus référence à l’assemblée ou à l’horizontalité, davantage liées à des organisations dépourvues de vocation de pouvoir, car celles-ci remplacent le problème de la démocratie en tant qu’exercice politique intrinsèque à la vie d’un parti par le problème de la méthode, comme si leur simple existence résolvait autre chose que la simple subjectivité de « paraître démocratique ». En effet, le problème de la méthode est loin d’être le problème de la démocratie interne, et il est encore plus loin d’être le mécanisme permettant de le résoudre.
Au contraire, pour aborder la question de la démocratie, il est indispensable de prendre en considération l’existence d’un parti qui développe une pratique politique cohérente, capable de synthétiser l’organisation, de tester sa tactique et de contribuer à la réorienter si nécessaire. De même, dans la mesure où les militants s’approprient consciemment le projet politique dans son ensemble, ils sont capables de le nourrir et de l’approfondir, exerçant ainsi leur engagement envers le parti, la classe et son projet. La fausse dichotomie entre centralité et démocratie, propre au manque de compréhension dialectique des problèmes du parti, a empêché de comprendre que l’unité qui constitue cette relation (ce que nous entendons par centralisme démocratique) entre la direction centralisée selon les principes programmatiques, stratégiques et organiques, et la capacité à mener un débat ouvert et rigoureux, en mettant à l’épreuve les thèses politiques de l’organisation, tant dans l’étude que dans l’exercice quotidien de la pratique politique, est d’une importance vitale pour construire un parti révolutionnaire. Sans cette relation dialectique, sans l’évaluation de ses parties, nous mettons en péril la capacité du parti à aborder correctement ses tâches stratégiques et donc à remporter la victoire.
Conditions pour la gestation du Parti
Comme nous l’avons mentionné précédemment, le parti, en tant qu’expression organique de certaines classes ou fractions de classe pour la conquête du pouvoir, a toujours existé. Cependant, notre classe n’a pas toujours été dotée d’un parti représentant ses intérêts, soit parce que le développement de la lutte des classes n’a pas permis la cohésion et le développement de sa conscience, soit parce que l’hégémonie de l’ennemi a empêché, par sa domination idéologique ou par la coercition, l’existence d’un tel parti. La gestation du parti de la classe ne relève pas seulement d’une décision organique, mais aussi du développement qualitatif du peuple travailleur, où l’instrument révolutionnaire assume la responsabilité de contribuer à la maturation de la lutte des classes, tandis que, à son tour, le développement de celle-ci accentue la nécessité de plus en plus impérieuse de construire un parti et de le préparer à orienter le peuple vers la victoire. En ce sens, outre son aménagement interne, l’instrument révolutionnaire doit concentrer ses efforts sur la création des conditions qui le poussent à franchir le pas vers la construction du parti. Formation élargie de la force sociale révolutionnaire : il ne suffit pas de croître organiquement si l’on ne développe pas et n’accumule pas la force sociale révolutionnaire, qui naît de l’insertion et de l’organisation des secteurs les plus avancés du peuple travailleur et qui constitue, à son tour, les bras du parti, pour la lutte politico-idéologique, au sein du mouvement de masse. La force sociale révolutionnaire est vitale pour le déploiement et la consolidation du complexe partisan, dans la mesure où elle permet de multiplier les efforts organiques, d’amplifier la voix du parti et de compter sur une avant-garde de travailleurs qui assume un rôle dynamisant au sein de la classe. Amplitude de la lutte des classes : les expressions d’organisation et de lutte de la classe ouvrière ont non seulement le défi de se multiplier, mais aussi d’avoir une portée et une profondeur toujours plus grandes. Ce développement dépasse souvent l’initiative du parti lui-même, car la dynamique de la lutte des classes dépasse de loin la capacité de portée de l’instrument révolutionnaire. Néanmoins, il est de notre devoir de promouvoir et de jalonner des processus qui permettent à la lutte des classes de mûrir, grâce au rôle protagoniste des masses. Pour cela, il est indispensable de mettre en place des organisations de masse aussi larges que possible, avec une grande flexibilité et mobilité dans l’action. Il faut éviter le retranchement territorial par une sorte de foquisme appliqué à la construction, ou pire encore, par des pratiques volontaristes et marginales qui ne sont que des exercices testimonials ou des actions dignes de n’importe quel réseau caritatif religieux. Expérience de lutte : L’éducation politique des masses, leur qualification et le développement de leur conscience de classe, plutôt que d’être la conséquence d’un processus de formation théorique ou des slogans déployés dans la propagande, sont le résultat de l’expérience de lutte du peuple travailleur. Cette expérience doit donc être encouragée, guidée, réfléchie, systématisée et agitée par le parti dans le cadre de l’histoire de la lutte de notre classe, de manière à enrichir le corpus d’expériences qui permettent sa maturation et apportent de nouveaux enseignements pour affronter les luttes futures.
Éléments qui constituent notre conception du parti révolutionnaire
Parti de combat : dans la lignée du marxisme insurrectionnel, nous comprenons l’importance de forger un parti capable de mener la guerre révolutionnaire, telle qu’elle s’exprime dans notre stratégie insurrectionnelle de masse. À partir de là, nous devons comprendre que le parti est un organe qui conspire pour faire face aux forces ennemies de la bourgeoisie. Forger un parti de combat nécessite non seulement le développement de la capacité militaire du parti, ni l’application de méthodes conspiratives, mais aussi la constitution d’une structure, d’un commandement, d’un mode de vie militant, d’une discipline militante qui soit cohérente avec notre stratégie et qui garantisse la continuité du projet révolutionnaire. Un parti avec une cohésion idéologique et une flexibilité tactique : Notre conception du parti repose sur l’idée qu’il n’y a au centre de celui-ci qu’une seule ligne politique, une seule stratégie et un seul objectif. Cela signifie que nous rejetons l’idée d’un parti de tendances, ou l’existence de positions ou d’idéologies diverses en son sein. Nous comprenons qu’il y a toujours une lutte idéologique au sein du parti, principalement avec les déviations bourgeoises ou petites-bourgeoises qui peuvent se produire, mais cette réalité est combattue en purifiant le parti, en éduquant les cadres et en renforçant notre projet révolutionnaire. D’autre part, cette cohésion idéologique et politique s’exprime dans la pratique militante avec une grande flexibilité, afin de répondre de manière créative et rapide aux changements de la situation politique et de l’état d’esprit des masses. La tactique n’est donc pas un corps théorique, mais un pari sur la manière de mener à bien, en fonction de la réalité concrète, un plan d’action concret. Elle est toujours soumise à l’enrichissement de notre cheminement, c’est-à-dire liée à la tâche de mettre en œuvre notre plan stratégique dans le présent. Le parti et ses dirigeants ne peuvent pas être un obstacle, au contraire, ils doivent promouvoir, par la qualification militante et le développement continu de l’analyse de la situation politique, le dynamisme de leurs structures afin de prendre des virages tactiques chaque fois que cela est nécessaire. Stratégie de pouvoir : tout parti révolutionnaire doit avoir une stratégie de pouvoir. Cela signifie prendre position sur la voie à suivre pour conquérir le pouvoir politique. En d’autres termes, une organisation ou un parti dépourvu de stratégie – propre aux organisations artisanales ou aux structures mineures – ou qui esquisse sa stratégie de manière superficielle et sans aucune base matérielle, est condamné à une stagnation structurelle. La spécialisation des cadres : notre conception du parti, bien que reposant sur la thèse selon laquelle le parti révolutionnaire doit être un parti de cadres, reconnaît que les cadres ne se forgent pas spontanément et ne deviennent pas tels simplement parce qu’ils sont militants. Notre pari est que chaque militant se développe en tant que cadre révolutionnaire, capable de répondre aux différentes dimensions mentionnées dans les points précédents. Cependant, nous sommes conscients que chaque militant a des capacités particulières et qu’il lui sera difficile de se développer dans toutes les tâches avec la même habileté. C’est à partir de cette réalité que nous avons pris la décision de construire un parti de cadres spécialisés, où chaque camarade accomplit les tâches dans lesquelles il peut développer au maximum ses capacités individuelles au service du projet et des défis du parti. Le rôle du militant : le militant est la pierre angulaire de notre conception du parti, c’est pourquoi chaque camarade est indispensable à notre organisation, car ce n’est que grâce à son action politique que le parti s’incarne au sein du peuple. Le militant est donc l’organe qui donne vie au parti, d’où notre intérêt particulier pour son développement et sa qualification. Selon notre conception du parti, la vie de chaque militant n’est pas dissociée entre le personnel et le politique, car la vie de chaque camarade doit être une expression cohérente de notre idéologie et de notre morale révolutionnaire. En définitive, chaque militant est un propagandiste de notre projet et doit donc vivre et agir en cohérence avec celui-ci.
