« Informez-vous, car nous aurons besoin de toute votre intelligence. Mobilisez-vous, car nous aurons besoin de tout votre enthousiasme. Organisez-vous, car nous aurons besoin de toute votre force. » Antonio Gramsci
En vue du congrès fondateur de la Jeunesse Communiste(avril 2026), tentative d’unification de certaines organisations de jeunesse (la LJR-JR et certains groupes indépendants de la Jeunesse Communiste), nous voulons apporter notre contribution, en tant que rédaction de Supernova, à ce rendez-vous important entre les forces de jeunesse de la gauche prolétarienne française.
Supernova soutient tous les processus réels d’unification des communistes et de la gauche prolétarienne en général sur le plan de la confrontation théorique, de l’action pratique et des moments organisationnels.
En ce sens, nous pensons que la proposition de construire une organisation nationale des jeunes communistes, indépendante du PCF, est un moment important de recomposition des forces de la gauche prolétarienne en France. Le rôle de ces camarades est important et ils ont une responsabilité envers l’ensemble du mouvement communiste. Cette tentative d’organisation des communistes n’est pas unique en France, nous signalons par exemple la naissance de l’Organisation Communiste de France (jeunessedumonde.fr) qui, même si elle repose sur des bases différentes, pose la question de la réorganisation du mouvement communiste et du militantisme communiste des jeunes camarades dans un sens clairement marxiste-léniniste. Une autre organisation qui se situe sur le même terrain est l’URC, la plus nombreuse parmi les organisations de la gauche prolétarienne aujourd’hui en France1.
Être communiste, être jeune communiste, signifie aujourd’hui affronter et traverser des contradictions importantes spécifiques aux métropoles impérialistes :
1. Une composition de classe liée au parasitisme impérialiste, avec une part importante de prolétaires sans réserve, concentrés dans les banlieues urbaines, touchés par tous les mécanismes de la précarité sociale. L’organisation du travail est internationale, mais elle se fragmente dans l’ubérisation du travail.
2. La crise et le déclin de l’impérialisme qui produisent une fascisation de la société « Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie bourgeoise, mais son évolution en temps de crise. » Bertolt Brecht. Qui prend vie non pas tant à partir de la présence de groupes néofascistes, mais à l’intérieur même des mécanismes étatiques. Nous assistons à une campagne de terreur de plus en plus féroce contre certaines couches des classes populaires, comme la campagne contre l’islamophobie. Nous assistons à un rétrécissement des espaces démocratiques et sociaux, tout cela dans le cadre de la « démocratie » impérialiste. La fascisation est aussi l’hégémonie culturelle impérialiste.
3. Un mode de production de plus en plus obsolète, avec une production volcanique et une anarchie du marché. Où la pénurie devient artificielle, liée à la division actuelle du travail. Cela impose une idée du socialisme adaptée au développement actuel des forces productives. Qui n’ait pas peur de la modernité, mais qui gouverne et oriente la modernité elle-même.
Pour assumer cela, il faut fuir les mythes du « passé » et les simples reproductions mécaniques de dynamiques qui ne trouvent pas de forme adéquate dans la métropole impérialiste. Nous écrivons cela parce que le problème n’est pas seulement une question de « ligne politique », il ne suffit pas de créer une organisation un peu plus à gauche que les précédentes… il faut une organisation de jeunes communistes qui soit adaptée aux défis imposés par la métropole impérialiste.
Construire une organisation signifie créer une unité qui soit cohérente avec un processus d’homogénéité idéologique, ce qui nécessite nécessairement des moments de confrontation et d’expérimentation communs, qui permettent aux camarades de vivre ce processus d’unité dans la réalité et non comme une simple énumération de principes. Il existe des questions qui ne peuvent trouver de synthèse que dans la pratique et la confrontation, et il serait puéril d’en faire des questions de division. Prenons par exemple des questions très éloignées l’une de l’autre, mais qui nous permettent de clarifier cette approche :
– la question syndicale et le mouvement étudiant. Il serait stupide de déclencher une bataille entre les syndicats étudiants. Dans ce cas également, le processus d’unification doit être basé sur l’action, l’intervention directe et l’enracinement des camarades, et non sur la défense d’un syndicat comme un groupe de supporters de football.. Il en va de même pour les syndicats de travailleurs, ou encore les collectifs de chômeurs et de précaires et les comités d’intervention territoriale.
– la question relative à la « violence de genre » (VG). Pendant trop longtemps, cette question grave a été vécue comme un moment de « bataille » et de « lutte » politique pour discréditer des groupes et des organisations. En ne prenant pas en compte la question fondamentale, l’individu et le collectif, où l’individu existe dans le collectif et non l’inverse, si l’on exclut ce concept simple, nous sommes en dessous du droit bourgeois… Mais pour y parvenir, nous pensons qu’il est nécessaire d’expérimenter des formes et des approches qui sont nécessairement différentes, et que seule la confrontation et l’évaluation des différentes approches peuvent aboutir à une formule d’acceptation collective, qui dépasse la banalisation d’une culture de violence et d’omerta qui traverse la société et donc nécessairement aussi les organisations communistes elles-mêmes.
– Le rôle de l’école et du savoir « bourgeois ». Dans un monde marqué par une prolétarisation des classes moyennes (et donc des étudiants issus de ces classes) et un accès de plus en plus précaire des classes populaires à l’éducation, la lutte pour le droit à l’étude semble déjà révolutionnaire, mais il est clair que s’arrêter à ce niveau ne produirait que du syndicalisme. Ouvrir une réflexion sur le rôle du savoir, c’est aussi renverser ses connotations de classe. Nous ne parlons pas ici de l’« éducation libertaire » élitiste, mais de l’éducation « négative », dans le sens où elle nie son rôle de classe et propose une autre approche, une participation directe des étudiants et du corps enseignant, chargés de devenir utiles au progrès et à la lutte des masses populaires, en renversant le savoir, en le mettant au service des masses elles-mêmes. Cependant, pour devenir concrètes, ces formules nécessitent un champ d’expérimentation très vaste !
Mais en même temps, il existe des questions fondamentales qui ne peuvent être vécues comme des approches différentes, mais qui sont des visions stratégiques différentes qui conduisent inévitablement les camarades à emprunter des trajectoires différentes. Dans ce cas, l’unité serait fictive et reproduirait les pires mouvements du gauchisme trotskiste qui, au nom de l’unité, pour remplir les sièges d’une conférence (ou les likes d’un post), accepte tout et tout le monde, pour ensuite penser à établir une hégémonie basée sur des interventions photocopiées, afin d’hypnotiser le public, comme une vision pauvre d’une église évangélique américaine…
Il y a pour nous des questions qui sont centrales en ce sens et qui donnent l’alpha et l’oméga à la stratégie et à la tactique des camarades qui interviennent aujourd’hui dans la métropole impérialiste : l’analyse de l’impérialisme et la question de la résistance
L’impérialisme
L’analyse de l’impérialisme contemporain doit partir des États-Unis, car c’est là que se concentrent ses mécanismes de pouvoir, les institutions militaires, financières et monétaires qui détiennent le monopole, interdit aux « alliés » européens ou d’Asie orientale, c’est-à-dire aux pays soumis par la guerre (Allemagne, Japon, Italie), soit par la puissance économique et financière (France, Angleterre), et surtout refusé au « Sud du monde ». La Chine et la Russie sont des acteurs de la nouvelle concurrence mondiale, mais leur rôle ne peut être qualifié d’impérialiste, et elles subissent l’action des États-Unis et du bloc de l’OTAN, qui veulent maintenir leur hégémonie et leur contrôle mondial. Pour Lénine, l’impérialisme n’est pas une politique ou une économie particulière, mais représente une dimension systémique où les contradictions deviennent de plus en plus « extrêmes ». Cela dit, nous ne qualifions pas la Russie et la Chine d’impérialistes, car leur développement n’est pas comparable à celui des États-Unis et des pays de l’OTAN. Il est en outre erroné de mettre de manière simpliste la Russie et la Chine sur le même plan, tant en ce qui concerne leur composition sociale interne qu’au niveau stratégique international.
L’action des États-Unis sur le « marché », les « règles économiques », le « droit international », les relations diplomatiques entre les États, etc., reflète la tentative d’empêcher l’implosion du cycle d’accumulation et de relancer l’économie américaine en difficulté dans le cadre de la nouvelle concurrence mondiale.
La distribution mondiale est comme un banquet où certains sont invités et d’autres sont la nourriture. Ces derniers n’ont pas leur mot à dire, même sur leur propre destin. Les pays du monde se partagent les profits entre eux, tout comme le font les propriétaires d’une entreprise.
Si, au sein d’une société, les individus ne sont pas égaux, il en va de même pour les différents pays du monde. Les forts s’imposent aux faibles et le lien qui les unit est l’hégémonie, qui divise le monde en pays dominants et dominés. Par exemple, certains imposent des sanctions et d’autres sont sanctionnés. L’hégémonie ne découle pas de la différence entre un mode de production et un autre. Tout comme une petite entreprise est aussi capitaliste qu’un monopole, un pays opprimé est aussi capitaliste qu’un pays oppresseur. Ce qui rend les pays hégémoniques, c’est leur puissance militaire, soutenue par leur puissance économique. Ainsi, depuis 1945, le dollar a financé l’installation de bases militaires américaines dans le monde entier, et pas seulement dans les pays du « Sud ». À son tour, le dollar est l’une des expressions du capital financier contemporain. Mais les menaces et les pressions sont tout aussi importantes que la force militaire. La plupart du temps, elles sont secrètes, ce qui représente un grand avantage pour les impérialistes, car cela leur permet de dissimuler leur véritable nature politique. C’est ce que le président Theodore Roosevelt proposait au début du siècle dernier : « Parlez doucement, portez un gros bâton et vous irez loin ». Le concept d’hégémonie, inhérent à l’impérialisme, révèle l’absurdité de ceux qui assimilent certains pays à d’autres simplement parce qu’ils sont capitalistes, et qui parlent d’une « lutte » entre la Russie et la Chine et les grandes puissances impérialistes. Il n’y a pas de « pression de force », pas de « partage du monde » et pas de « sphère d’influence ». La Russie et la Chine ne sont pas au même niveau que les grandes puissances impérialistes2. Aucune des deux n’est un pays impérialiste. Elles ne se partagent le monde avec aucune puissance impérialiste ; au contraire, elles sont elles-mêmes l’objet de ce partage. Elles ne sont pas à l’offensive et n’aspirent pas à remplacer les États-Unis, le Royaume-Uni ou la France. De plus, avec d’autres pays, elles s’opposent à l’impérialisme parce qu’elles en ont été historiquement les deux boucs émissaires, une situation qui n’a absolument pas changé depuis 1917 et 1949 respectivement. Sur la scène internationale, certains pays forment des alliances pour exercer leur domination, tandis que d’autres le font pour tenter de résister aux pressions. Certains forment des blocs comme l’OTAN, d’autres ont créé le Mouvement des pays non alignés, ou actuellement les BRICS.
Cela ne signifie pas prendre parti pour l’un contre l’autre, mais assumer notre rôle de communistes. Au sein de la métropole impérialiste française, cela signifie une lutte intransigeante contre l’impérialisme français et les pays de l’OTAN, en dehors de cela, il n’y a que de l’opportunisme…
Garder des ambiguïtés sur ces questions conduit nécessairement à des courts-circuits qui reproduisent les pires spirales de la gauche occidentale, cette même gauche occidentale qui a été complice de l’hégémonie impérialiste au cours des 30 dernières années… celle qui poursuit les fascistes en Ukraine, qui justifie les alliances tactiques avec le sionisme et les États-Unis, celle qui soutient les peuples mais seulement lorsqu’ils reflètent leurs modèles de comportement (le manque d’empathie envers la lutte héroïque des peuples du Sahel, menée par le président du Burkina Faso, en est un exemple parmi d’autres…).
Il faut nécessairement repartir de l’analyse léniniste, ce qui signifie comprendre le sens profond des catégories et ne pas s’arrêter à une lecture stéréotypée.
La catégorie léniniste d’impérialisme doit être prise dans son sens le plus profond :
–dimension horizontale : lutte des classes (les classes)
–dimension verticale : théorie de la dépendance, de l’échange inégal, chaîne de valeur (nord-sud, centre-périphérie)
Chez Lénine, nous trouvons une combinaison de ces deux facteurs, trop souvent polarisés par les groupes de gauche et communistes, qui ne saisissent pas la dimension « globale » et dialectique qui lie ces deux éléments. Non pas comme une somme de facteurs, mais comme des éléments intégrés les uns aux autres. La nature de l’impérialisme fait nécessairement souffler des vents de guerre de plus en plus totaux, et parallèlement, la détérioration des conditions sociales et de travail des portions du prolétariat « sans réserve » en Europe et aux États-Unis s’aggrave. Cela pourrait, utilisons nécessairement le conditionnel, favoriser les luttes anti-impérialistes sur les deux fronts de l’ordre mondial impérial, à l’intérieur et à l’extérieur des métropoles impérialistes, à condition que les mouvements, surtout dans les métropoles impérialistes, savent saisir ces dynamiques et regardent vers l’avenir en rompant avec le conformisme du présent et la gauche bourgeoise (la gauche de l’OTAN et toute l’idéologie qui y est liée).
La jeunesse
Toute élaboration politique juste doit partir des faits et des êtres réels et agissants, c’est-à-dire des groupes sociaux, des classes et fraction de classe, et de leur degré d’antagonisme réel ou potentiel avec l’ordre bourgeois et ses Autorités. C’est pour cette raison que la catégorie « jeunesse » est vide en elle-même. La « jeunesse » conçue comme une généralité est un mythe bourgeois. Un mythe essentiellement réactionnaire et consumériste y compris lorsqu’il s’agit de porter des révoltes contre des pouvoirs établis. On le voit avec la fameuse Gen Z qui a été médiatiquement glorifiée en 2024 et 2025 comme le fer de lance de « nouvelles révolutions » brandissant le drapeau du manga One Piece de l’Indonésie au Pérou, du Népal à Madagascar. Le remplacement de figures et de symboles historiques de la lutte des peuples par des symboles pop et fictifs est déjà un mauvais indice. Et de fait, les foules de la Gen Z, leurs soulèvements nourris par l’oppression et leurs conditions de vie précaires et instables, peuvent et ont pu être utilisées pour des menées réactionnaires au même titre que le cycle des « révoltes arabes » commencée en 2011 3. On sait qu’ici, dans la métropole impérialiste, un usage réactionnaire du mouvement de la jeunesse immigrée a été mis en place par le gouvernement social-démocrate des années 1980 qui a créé à cette fin SOS Racisme et son antiracisme apolitique afin de diviser et d’édulcorer les revendications des jeunes arabes et noirs des marches de 1983 et 1984 et surtout de marquer une rupture « générationnelle » avec les luttes ouvrières des OS et d’autres ouvriers immigrés. C’est un fait qu’aujourd’hui, la plupart des mouvements estampillés « Gen Z » ont eu pour finalité de renforcer l’impérialisme et son produit phare : la Démocratie de l’Empire du Bien. Mais d’autre part, cela montre aussi l’intensité des luttes qui se mènent pour orienter ou désorienter les mouvements de jeunesse dans un contexte de crises de l’hégémonie des bourgeoises dans les centres du capitalisme mondial. Plus que la dimension jeune et sa mystique dépolitisante, le cœur de la question est celui de la place de la jeunesse prolétarienne et de son programme indépendant. La mise en avant de la jeunesse doit donc dépasser le constat sociologique banal de son enthousiasme révolté et de sa capacité à être une force sociale capitale dans les luttes politiques. Il faut savoir en quoi et comment son soulèvement et son organisation peuvent renforcer les luttes de classes pour le socialisme. Sur ce point, nous héritons il est vrai de vastes expériences de mouvements de jeunesse structurés par l’ancien mouvement communiste. Il est nécessaire toutefois d’appliquer l’analyse marxiste scientifique à la réalité actuelle. Tout change selon des lois qu’il nous fait découvrir et appliquer. L’expérience du mouvement communiste historique nous apprend beaucoup de choses mais pas comment agir ci et maintenant car aucun centre impérialiste n’a connu de révolution socialiste. Quels sont les points cruciaux pour organiser aujourd’hui dans une métropole impérialiste les forces subjectives d’une jeunesse révolutionnaire ? L’essentiel nous semble être le travail persévérant et patient pour connaître, rallier et organiser les masses capables de renverser la bourgeoisie impérialiste de France. « Être comme un poisson » dans l’eau signifie aujourd’hui vivre, travailler, penser dans le prolétariat, partager les idées et la culture des masses populaires, en en promouvant le meilleur, et créer ainsi des espaces et des bastions de culture anti-impérialiste et révolutionnaire en dehors des centres villes et des universités.
L’antifascisme
Le fascisme est la dernière option de la bourgeoisie monopoliste lorsque ses institutions classiques du parlementarisme ne permettent plus de gérer « pacifiquement » les contradictions de son régime. Il n’y a donc pas de raison d’opposer comme deux réalités antagonistes absolues le fascisme et la démocratie bourgeoise. On doit même insister aujourd’hui sur le fait que le processus de fascisation s’est développé historiquement et se développe encore plus aujourd’hui au sein des institutions bourgeoises libérales. Dans les conditions des années 1930-1940 la ligne du VIIème Congrès de L’internationale Communiste a permis la mise en place de front unis et des fronts populaires afin de combattre le plus largement possible l’arrivée des forces fascistes au pouvoir et surtout de les vaincre une fois celles-ci parvenues au pouvoir dans une série de pays. Cette stratégie a fait progresser le mouvement socialiste, après la Seconde Guerre mondiale, la moitié de l’Europe était socialiste. Cependant, la politique du « front » a permis à d’autres forces communistes telles que le PC français et le PC italien, organisations hégémoniques dans la lutte partisane, de se replier vers des solutions de compromis et d’opportunisme4.
La Chine rouge à travers le Front Uni antijaponais puis la guerre révolutionnaire de libération a été parmi les forces qui ont permis que le drapeau communiste s’implante sur 1/3 du globe. Cette politique du Front sera utilisée selon une application spécifique au contexte vietnamien et cubain, et reprise par les principales organisations de guérilla marxiste et anti-impérialiste, comme dans le cas du Front populaire de libération de la Palestine5 .La politique du Front a donc non seulement une fonction défensive, mais aussi offensive. Les communistes ne sont pas démocrates, même s’ils luttent pour la démocratie. C’est l’une des leçons les plus précieuses que nous enseigne le passé. Et c’est précisément sur ce point que les mouvements marxistes-léninistes se distinguent des courants libertaires ou réformistes.
L’antifascisme historique victorieux s’exprime par un front uni dirigé par le prolétariat révolutionnaire et non par une défense étroite de la démocratie bourgeoise.
Les autres expressions de l’antifascisme courent toujours le risque réformiste de ne pas se battre pour la seule alternative durable au fascisme : la révolution socialiste. Aujourd’hui les forces classiques de la social-démocratie (PS et PCF) ne sont pas celles d’une implantations ouvrière large mais d’un soutien à l’ordre républicain, à son ordre répressif et aux guerres impérialistes. Nous rejoignons les camarades de Euskal Herriko Marxista-Leninista (Euskadi)6 lorsqu’ils affirment qu’aujourd’hui La lutte contre le fascisme est la lutte contre le capital qui le finance, contre l’État qui l’applique, contre l’impérialisme qui le soutient et l’utilise. Comme le disait Bertolt Brecht, « être contre le fascisme sans être contre le capitalisme, se rebeller contre la barbarie qui naît de la barbarie, équivaut à réclamer une part du veau et à s’opposer à son sacrifice ». Après les évènements de Lyon et la dénonciation par les Autorités et les courants bourgeois des « antifas » et de leur violence, rappelons-nous ce que disait Staline : « le fascisme est l’organisation de combat de la bourgeoisie qui s’appuie sur le soutien actif de la social-démocratie. La social-démocratie est objectivement l’aile modérée du fascisme. … Le fascisme est un bloc politique informel de ces deux organisations principales ; un bloc qui est né dans le contexte de la crise de l’impérialisme après la guerre et qui a pour but de combattre la révolution prolétarienne ». Le moment que nous vivons n’est pas celui de l’opposition fascisme-antifascisme comme le pensent certains courants de la gauche « radicale ». C’est une situation qui concerne des questions plus fondamentales que le combat physique contre les illuminés de la race pure et les culs-bénits des catholiques nationalistes en guerre sainte permanente. En fait, la destruction des lieux de socialité populaire, les lois sur la sécurité intérieure et sur le séparatisme, la poursuite de ceux qui défendent la cause palestinienne, toutes les mesures de destruction de la démocratie sociale viennent de forces plus installées et autrement plus puissantes que les troupes de choc et la cohorte de nervis et d’assassins néo-nazis ou néofascistes. Ces groupes sont d’ailleurs des variables d’ajustement fonctionnelles, mises en lumière, utilisées puis cornérisées pour leurs « débordements » et éventuellement interdites par l’arc du bloc bourgeois RN-macronistes-PS qui mène une politique de criminalisation de toutes les expressions de lutte indépendantes de l’ordre du capital. Le développement ces dernières années d’un antifascisme de petits groupes qui au sein des ultras ou en dehors ont développé une culture spécifique liée à des luttes de territoire de centres villes a été à la fois une initiative nécessaire mais qui se révèle aussi limitée dans la lutte contre la fascisation réelle. Nous ne condamnons aucune autodéfense, bien au contraire. Mais ce qui limite principalement le mouvement antifa, outre son absence de large base sociale, c’est de savoir pourquoi il se bat. Il n’y a pas en son sein de conscience des racines du fascisme dans l’impérialisme lui-même. On a pu voir ainsi ses dernières années des antifas enthousiasmé par le « combat » de Zelensky, comme on peut voir en Allemagne des anti-deutsch brandir de façon « rebelle » des drapeaux d’Israël en s’enrobant d’un discours antifa. Le combat antifasciste se doit d’être révolutionnaire sinon il n’est rien.
La résistance
Résistance contre l’économie de guerre de l’impérialisme français et de l’OTAN, et contre son « néocolonialisme » et son racisme. Résistance comme lutte organisée pour la dignité, les intérêts et les garanties des masses dans les quartiers populaires, sur les lieux de travail, dans les écoles, dans les prisons. Résister comme défense et soutien à la lutte anti-impérialiste qui libère les pays du jeu français au Sahel et dans les « colonies ». Résister, c’est prendre le drapeau de la Palestine comme drapeau des masses opprimées dans le monde. Résister, c’est refuser la logique des bons et des méchants lorsqu’on est attaqué par la répression de l’État impérialiste. Résister, c’est soutenir les prisonniers politiques révolutionnaires et leur identité politique. Pour résister, il faut être capable de « faire le ménage », c’est ainsi que nous pourrons envisager de résister à l’impérialisme. La lutte contre la drogue et contre tous les marchés de la mort et de la violence qui dominent les quartiers populaires est nécessairement un terrain sur lequel la résistance démontre concrètement sa force. Il est significatif que les « révolutionnaires » pensent lutter contre l’État impérialiste sans se poser la question de la construction de l’action, de la force et de la discipline populaire. Le début du film La Bataille d’Alger… est plus évocateur que mille discours sur ce point…
La résistance comme capacité d’organisation et de transformation des masses populaires, dans le sabotage de l’organisation du travail capitaliste et dans la lutte contre l’État impérialiste. La résistance comme transformation socialiste des masses dans l’action et dans la dimension collective. Là où l’individu se transforme en collectif lui-même. Et c’est là la forme la plus radicale de résistance, qui effraie les patrons et leurs serviteurs.
Pour finir, nous saluons une nouvelle fois les camarades qui participeront à la fondation de la Jeunesse communiste française, et nous soutiendrons leurs efforts.
Supernova, revue marxiste-léniniste
revuesupernova.com
1 Il existe également l’UC, Reconstruction communiste, le PCOF, le PRCF, le PCRF et l’OCML. Il existe également des groupes plus ou moins informels de communistes marxistes-léninistes au sein du PCF-MJCF et de La France Insoumise elle-même.
2 n.º 9 Con-Ciencia de Clase. El imperialismo es un sistema de dominación mundial – J.M.Olarieta, revuesupernova.com/limperialisme-est-un-systeme-de-domination-mondiale/
3 Signalons ces deux documents, l’un de l’organisation mexicaine OLEP, Organización de Lucha por la Emancipación Popular (revuesupernova.com/la-lutte-des-classes-et-la-generation-z/) , et l’autre de la DEV GENC, l’organisation de la jeunesse révolutionnaire anatolienne (revuesupernova.com/ce-nest-pas-un-conflit-entre-generations-mais-une-lutte-des-classes/).
4 L’évolution des deux principaux partis communistes occidentaux est évidemment imputable non seulement à des choix subjectifs, mais aussi à des rapports de force précis. De plus, lorsqu’on parle du Parti communiste français et italien, il ne faut pas oublier qu’il s’agissait de véritables partis ouvriers, qui représentaient les masses populaires, où coexistaient des positions et des pulsions différentes, du chauvinisme de l’aristocratie ouvrière à l’autonomie ouvrière et l’anti-impérialiste.
5 Les expériences les plus avancées de la révolution bolivarienne, du point de vue des masses populaires, ont été réalisées par le “Front”.
6 Le fascisme est la contre-révolution permanente, Bultza Ehm-l (Euskadi), revuesupernova.com/le-fascisme-est-la-contre-revolution-permanente/
