Supernova N 01, nouvelle série 2026
sur la question des luttes de libération national
Le marxisme-leninisme exige que, pour analyser le problème de l’oppression nationale, comme tout autre problème social, on le situe dans son cadre historique concret et que l’on tienne compte à la fois des particularités concrètes des mouvements nationaux des nations opprimées et des conditions du mouvement communiste et revolutionaire au niveau international dans l’époque historique concrète.
Cela implique, en premier lieu, qu’il faut distinguer clairement deux époques distinctes du capitalisme. D’une part, l’époque du capitalisme ascendant, de la lutte de la bourgeoisie contre le féodalisme et l’absolutisme. À cette époque, les nations se forment au sens moderne du terme, les mouvements nationaux de masse se constituent pour la première fois et les États-nations se créent. Cela répond à la nécessité pour la bourgeoisie d’établir et de délimiter son marché et de poser les bases d’un développement capitaliste indépendant et moderne. D’autre part, l’époque impérialiste, celle du déclin du capitalisme. Dans cette époque, dans tous les pays de la métropole impérialiste, la révolution démocratique-bourgeoise est déjà accomplie. Cependant, cela ne signifie pas que la question nationale et la lutte pour les garanties politiques démocratiques disparaissent.
Les mouvements de libération nationale en Corse, en Irlande, au Pays basque, en Catalogne, etc., qui se développent aujourd’hui en pleine époque impérialiste, dans un pays impérialiste et de la part d’une nation opprimée qui a déjà une économie capitaliste avancée et une classe nombreuse de travailleurs salariés, ne relèvent pas de la question nationale pendant l’époque ascendante du capitalisme, mais bien de l’impérialisme. Il s’agit de la lutte pour le droit à l’autodétermination de nations que les États impérialistes maintiennent sous leur domination contre leur volonté.
Ces considérations nous indiquent comment situer le cas des mouvements actuels de libération nationale au sein des métropoles impérialistes, où aucune révolution démocratique-bourgeoise n’est à l’ordre du jour. L’orientation la plus claire pour répondre à cette question nous est donnée par Lénine dans son ouvrage “À propos d’une caricature du marxisme et de l’“économisme impérialiste” (1916) et dans d’autres écrits de la même époque. Dans ces textes, Lénine critique Piatakov, Boukharine et d’autres sociaux-démocrates russes qui soutenaient que, dans l’époque impérialiste, la lutte pour la démocratie et le mot d’ordre du droit à l’autodétermination n’avaient plus de sens et affirmaient que la démocratie et l’autodétermination étaient désormais irréalisables.
Cette conception était idéologiquement analogue à celle défendue par les « économistes » entre 1894 et 1902 et avait déjà été soutenue, sous diverses formes et nuances, entre 1903 et 1913 par des opportunistes russes (Gvozdiev, Martov et Tchéidzé) qui continuaient à la défendre pendant la guerre. Les « économistes » russes des années 1894-1902 étaient un courant qui soutenait que les ouvriers devaient s’abstenir de la lutte politique, justifiant cela par des arguments basés sur les rapports économiques. En substance, ils concevaient de manière erronée la relation entre le mouvement politique et le mouvement économique de la société ; ils en avaient une conception schématique, déterministe et unidirectionnelle.
Selon Lénine, l’affirmation selon laquelle le droit des nations à l’autodétermination est irréalisable dans les limites du capitalisme peut s’interpréter dans un sens absolu, comme « économiquement impossible » (c’est-à-dire incompatible avec l’ordre économique), ou dans un sens relatif, comme « politiquement impossible » (c’est-à-dire contraire à l’orientation politique dominante). Dans le premier cas, cette affirmation est radicalement fausse, même d’un point de vue théorique. La domination du capital financier, comme celle du capital en général, ne peut être abolie par aucune transformation dans le domaine de la démocratie politique – domaine auquel appartient entièrement et exclusivement le droit à l’autodétermination –, mais uniquement par la rupture révolutionnaire des rapports de classe actuels, condition indispensable pour en finir définitivement avec toute forme d’oppression nationale.
Par conséquent, affirme Lénine, tout argument sur l’irréalisabilité, dans un sens économique sous le capitalisme, d’une des revendications de la démocratie politique n’est rien d’autre qu’une définition théoriquement inexacte des relations générales et fondamentales entre le capitalisme et la démocratie politique en général. Du point de vue politique, l’affirmation de l’impossibilité est inexacte et partielle, car, selon Lénine, non seulement le droit des nations à l’autodétermination, mais aussi toutes les revendications fondamentales de la démocratie politique sont « réalisables » même dans le cadre de l’impérialisme, mais sous une forme incomplète, déformée et comme une rare exception (par exemple, lorsque la Norvège s’est séparée de la Suède en 1905).
C’est dans ce cadre que se dessine, pour Lénine, le concept de « démocratie » comme la meilleure enveloppe de l’impérialisme. Lénine, tout en reconnaissant que ces revendications démocratiques sont difficiles à réaliser pour des raisons politiques ou qu’elles sont irréalisables sans une série de révolutions, n’en conclut pas que la gauche révolutionnaire doit renoncer à la lutte immédiate et résolue pour toutes ces revendications, y compris celle du droit à l’autodétermination. Selon lui, cette renonciation ne profiterait qu’à la bourgeoisie et à la réaction. Il soutient, au contraire, la nécessité de formuler et de mettre en pratique ces revendications, non pas de manière réformiste, mais de manière révolutionnaire ; de ne pas se laisser enfermer dans le cadre de la légalité bourgeoise, mais de le briser ; de ne pas se limiter aux interventions parlementaires et aux protestations verbales, mais d’entraîner les masses dans la lutte active, en élargissant et en ravivant la lutte pour chaque revendication démocratique fondamentale jusqu’à l’attaque directe du prolétariat contre la bourgeoisie, c’est-à-dire jusqu’à la révolution socialiste qui exproprie la bourgeoisie.
Avec cela, Lénine veut bien clarifier que toutes ces revendications, bien que difficiles à conquérir dans le cadre de l’impérialisme, et bien que limitées et précaires, restent néanmoins possibles à conquérir par la lutte révolutionnaire. Le cas de la séparation de la Norvège d’avec la Suède, conquise « sans guerre et sans révolution » et rendue possible par la ferme position internationaliste des ouvriers suédois et par la situation impérialiste internationale (la Grande-Bretagne, la Russie et l’Allemagne étaient toutes intéressées par l’indépendance norvégienne), est, selon Lénine, « une rare exception ».
Lénine indiquait également que la revendication de la libération immédiate des colonies, formulée à l’époque par toute la gauche révolutionnaire, était « irréalisable dans le cadre du capitalisme sans une série de révolutions ». Ce qui a été pleinement confirmé par le fait que ce fut la Révolution d’Octobre qui a donné une impulsion à la lutte anticoloniale et que, quelques années plus tard, la victoire de l’URSS sur le nazi-fascisme, la révolution chinoise et la constitution du camp socialiste ont modifié en faveur de la révolution et de la lutte de libération nationale le rapport des forces au niveau mondial. Malgré cela, les pays coloniaux ont dû prendre les armes et, dans la majorité des cas, mener une lutte sanglante et dure contre l’impérialisme.
Ces conceptions de Lénine s’opposent clairement aux thèses de ceux qui considèrent comme anachronique en Europe la lutte d’une nation opprimée par un État impérialiste pour le droit à l’autodétermination. Elles s’opposent aussi aux discours de ceux qui jugent impossible ou se montrent sceptiques quant à la possibilité qu’une petite nation opprimée puisse se soustraire à l’État et se séparer de la nation qui l’opprime. Pour Lénine, la clé pour que cette possibilité se transforme en réalité réside dans la lutte du peuple opprimé pour ce droit.
Nous ne sommes pas favorables à des mouvements qui cherchent à isoler davantage des parties de la population les unes des autres en jouant sur les différences héritées de l’histoire en termes de culture, d’habitudes, de religion, de langue, de niveau de développement, de type d’activité, etc. Au contraire, nous soutenons toute initiative qui permet et facilite un rapprochement libre et volontaire des différentes parties de la population, leur connaissance mutuelle et leur fusion plus poussée, afin qu’elles brisent, sur la base de leur expérience directe, les préjugés qui les éloignent et qu’elles créent ensemble et librement des relations de coexistence et de collaboration sur des bases absolument égales en dignité et totalement volontaires.
Cet objectif est conforme et favorise le développement maximum des forces productives et créatrices matérielles et spirituelles des hommes de tous les pays, et dans la pratique, il ne peut être pleinement et durablement réalisé que si l’on dépasse les rapports de production capitalistes, qui par nature mettent les individus, les groupes sociaux et les pays en opposition et en concurrence les uns avec les autres, et rendent antagonistes leurs intérêts légitimes respectifs. En général, pour le réaliser, là où nous héritons de l’histoire des liens imposés et maintenus par la force ou la tromperie, ces rapports doivent d’abord être dissous afin de pouvoir ensuite construire librement et volontairement de nouveaux rapports.
Cette position, marxiste-leniniste, nous distingue, des dogmatiques et des opportunistes qui voient dans la reconnaissance du droit des nations opprimées à l’autodétermination, c’est-à-dire le droit à la séparation, quelque chose de contraire à l’internationalisme prolétarien et à la révolution socialiste. Mais elle nous distingue aussi du nationalisme petit-bourgeois qui conçoit le droit à l’autodétermination comme une simple reconnaissance de l’égalité des droits de toutes les nations, en maintenant intact l’égoïsme national.
Au contraire, l’internationalisme prolétarien exige :
a) La subordination des intérêts de la lutte prolétarienne dans un pays aux intérêts de la lutte prolétarienne à l’échelle mondiale.
b) Que la nation qui triomphe de sa bourgeoisie soit capable et disposée à faire les plus grands sacrifices nationaux pour renverser le capitalisme à l’échelle internationale. En d’autres termes, pour les communistes, les intérêts de la démocratie dans un pays doivent être subordonnés à l’avancement de la révolution socialiste dans un ou plusieurs pays, ou à l’échelle mondiale.
D’autre part, la conception de la lutte pour la démocratie en général dans les pays impérialistes que Lénine expose en profitant de son discours sur le droit des nations opprimées à l’autodétermination, dément catégoriquement aussi ceux qui sous-estiment, nient ou déforment de manière opportuniste, par divers subterfuges, la possibilité que les masses populaires, que ce soit dans un régime de contre-révolution préventive ou dans un régime ouvertement fasciste, imposent à la bourgeoisie impérialiste, par la lutte, telle ou telle revendication démocratique, même temporairement, avec des résultats limités et précaires.
Toute la « démocratie », souligne Lénine, consiste en la proclamation et la réalisation de « droits » qui, en régime capitaliste, ne sont réalisables que dans une très faible mesure et sous une forme très relative ; mais sans cette proclamation, sans que la lutte pour ces droits soit menée dès maintenant et sans hésitation, sans que les masses soient éduquées dans la nécessité de telles luttes, le socialisme est impossible.
C’est pourquoi nous, devons, même dans les pays impérialistes, soutenir et nous mettre à la tête de la lutte pour la démocratie, aussi « incomplète et déformée » soit-elle, et, par conséquent, en particulier, soutenir le droit des nations opprimées à la séparation, pour favoriser la révolution socialiste. Sans une organisation réellement démocratique des relations entre les nations et, donc, sans la liberté de former un État séparé, il est impossible d’abattre la bourgeoisie impérialiste d’un pays donné et d’instaurer le socialisme.
Dans la lutte pour le socialisme que les masses ouvrières et populaires doivent mener contre la bourgeoisie impérialiste, la lutte pour la démocratie politique n’est pas seulement possible, mais aussi inévitable et nécessaire (une bataille centrale dans le contexte impérialiste français est celle contre l’islamophobie), bien que l’impérialisme tende vers la réaction politique la plus effrénée.
La révolution socialiste dans les États impérialistes européens, étant donné la multiplicité des intérêts, internes et internationaux, qui sont en jeu, l’absence d’un camp socialiste et l’exacerbation des contradictions impérialistes, n’a pas un parcours linéaire et ne sera pas faite uniquement par la classe ouvrière. C’est pourquoi, plus que jamais aujourd’hui, la conclusion à laquelle Lénine aboutissait en 1916 est pertinente :
« La révolution socialiste en Europe ne peut être qu’une explosion de la lutte de masse de tous et de chacun des secteurs opprimés et mécontents. Y prendront nécessairement part la petite bourgeoisie et les ouvriers arriérés – sans leur participation, aucune lutte de masse n’est possible, aucune révolution n’est possible. Ils apporteront dans le mouvement, cela aussi est inévitable, leurs préjugés, leurs fantaisies réactionnaires, leurs faiblesses et leurs erreurs. Mais objectivement, ils s’attaqueront au capital. L’avant-garde consciente de la révolution, le prolétariat avancé, exprimant cette vérité objective de la lutte de masses distinctes en apparence et par leurs mots d’ordre, bigarrées et apparemment sans liens entre elles, pourra les unifier et les diriger, prendre le pouvoir, s’emparer des banques, exproprier les trusts haïs de tous (bien que pour des motifs différents !) et appliquer d’autres mesures dictatoriales qui constituent, dans leur ensemble, le renversement de la bourgeoisie et la victoire du socialisme, victoire qui ne pourra pas se débarrasser immédiatement des scories petites-bourgeoises. »
La lutte pour le droit à l’autodétermination et l’égalité des droits des nations fait partie, comme le disait Lénine, de la lutte pour la démocratie et constitue la meilleure école pour que la classe prolétarienne puisse diriger les masses vers le renversement de l’État capitaliste, les éduquer dans la démocratie la plus conséquente et construire le socialisme.
Lorsqu’existent des forces nationales-indépendantes promotrices de la lutte pour faire valoir le droit à l’autodétermination, conformément à une aspiration largement répandue qui s’est manifestée de diverses manières et à diverses occasions au cours d’une longue période, les communistes doivent s’intégrer organiquement à ces projets et être capables, en ligne de tendance, de se placer à leur tête. En centrant leur action sur les intérêts spécifiques de notre classe, le prolétariat urbain moderne sans réserves, mais en même temps, capables grâce à cela de rassembler des forces plus larges.
Tel est le défi qui se présente aujourd’hui à nous dans les métropoles impérialistes. Pour le réaliser, il est indispensable que les forces de la gauche prolétarienne trouvent un plan d’action et d’organisation indépendant, capable de promouvoir une stratégie et une tactique adaptées sur le plan politique et social, à déployer au sein des mouvements de libération dans la lutte contre l’impérialisme.Un exemple que nous considérons en Europe comme allant dans ce sens est celui des Basques (Bultza Ehm-l , Euskal Herriko Marxista-Leninista)1, où la lutte pour l’indépendance des communistes (la construction d’un organisation de la gauche prolétarienne) est conjuguée à la lutte de libération nationale menée par les forces populaires.
La Corse
La Corse vit l’étonnant paradoxe d’être dirigée pour la première fois de son histoire moderne par une large majorité nationaliste, et de faire face à un renoncement historique de la Lutte de Libération Nationale. Comme ailleurs, plus encore qu’au Pays Basque ou en Catalogne où la lâcheté des bourgeoisies nationales est inversement comparable à leur puissance économique, la majorité nationaliste a abandonné le projet national au seuil du pouvoir.
En neuf ans de pouvoir, et malgré une assemblée locale où les organisations dites nationalistes représentent 68% de l’assemblée, où le parti au pouvoir a la majorité absolue des sièges, on peut dire qu’elle n’a pour ainsi dire rien obtenu.
Loin de la voie referendaire adoptée en Kanaky, de la double nationalité ou de la dévolution britannique des nations sans Etat écossais ou nord-irlandais, la Corse elle, n’a littéralement rien obtenu. Les revendications minimales, acceptées communément et consensuellement dans l’île sous la pression de l’aile la plus droitière du Mouvement National, ne sont toujours pas à l’ordre du jour: à ce jour en Corse, la langue corse n’existe pas officiellement, elle n’a pas d’enseignement obligatoire, le peuple corse n’a ni existence ni élections propres, il n’y a ni pouvoir législatif, ni police, ni justice, ni armée bien entendu.
De toutes les îles de la Méditerranée, la Corse est la seule à ne pas être dotée d’un statut d’autonomie en bonnes et dues formes. Ce non-statut, au-delà de ce qu’il révèle sur la France, révèle aussi pourquoi les communistes doivent brandir le drapeau corse. Il ne s’agit pas -que- d’une question morale mais bien des tâches des révolutionnaires à l’heure du réarmement français face au déclin de l’impérialisme français.
L’aspiration nationale en Corse n’est pas qu’une souhaitable écharde dans le soulier français. La Corse, outre d’être une île de culture non française, est ‘una nazione vinta ch’hà da rinasce”, comme le disait la revue A Cispra en 1914. Elle était un pays indépendant né d’une révolution quand elle fut sauvagement envahie par la France en 1768, elle a connu une administration nationale, pour devenir une périphérie militaire des intérêts français en méditerranée. Traquée par les voltigeurs et des malfrats en uniforme, sous-développée, sa population n’a dû son salut qu’à l’exil économique, et l’intégration de l’administration (régalienne principalement) française, et une large participation à l’entreprise coloniale en Afrique et en Asie, ponctuée par l’echange du sang corse contre des pensions de guerre.
Territoire doté d’un peu de tout mais impropre aux grandes aventures minières, il est généralement épargné d’un colonialisme intérieur du fait des faibles intérêts des grandes entreprises françaises, non sans quelques tentatives notables (projets de “régénérescence de la race” sous l’ancien régime, colonies de peuplement, implantation de 40000 pieds-noirs dans le territoire et spoliation des terres de la plaine dans les années 60). En résulte l’absence d’une bourgeoisie de grands propriétaires métropolitains et ségrégationnistes.
L’économie de la Corse s’est donc, après l’échec de l’installation des pieds-noirs, principalement tournée vers le tourisme, économie représentant 39% du PIB de l’île, fragile, saisonnière, instable, mais surtout comme toute économie installée en Corse passant par le prisme d’une société claniste et de TPE. L’autre secteur important, celui du service public et de l’administration (37% de l’emploi), permet de maintenir l’entretien du transport, des services de santé – dans un territoire où les arrivées de métropolitains (pinzuti) est souvent de troisième âge. La population, assez stable, est gonflée par une arrivée de près de 4000 pinzuti chaque année, participant à la précarisation du marché du travail dans un territoire où les salaires sont parmi les plus bas en France, les prix sont les plus hauts, et le prix du mètre carré au plus haut juste derrière l’Ile de France.
Par cette situation, la corse reste un terrtoire morcelé, avec beaucoup de propriétaires, dont l’intégration à l’économie française s’est faite dans les 50 dernières années par et pour le toursime français. Tout y est absurde, l’île est dotée de 4 aéroports, 6 ports internationaux, mais a pu se retrouver tout un hiver sans connexion avec la Sardaigne, distante de 13km. La balance commerciale, très négative, est révélatrice de la faiblesse des échanges avec l’Italie qui reste le voisin naturel de l’île.
La bourgeoisie corse, qui n’a pas pu se former sur place durant la phase positive du développement capitaliste en Europe, le fait dans la phase actuelle, son rôle devenant immédiatement parasitaire. Elle a construit des réseaux importants dans le commerce international entre la France et ses colonies africaines (intermédiaires de ventes militaires, infrastructures, cocaïne), tandis qu’en Corse elle vit de la spéculation sur les sols et l’immobilier.
Les multinationales se sont largement désintéressées du territoire, mis à part quelques rares occasions assez révélatrices, comme l’accord passé entre l’Etat Français et la Montedison italienne pour déverser des déchets industriels dangereux sur les côtes corses dans les années 70.
Voilà pour ainsi dire ce que la France avait à offrir à la Corse: être une périphérie d’un Empire en perte de vitesse, tandis que les emplois dans les colonies se faisaent de plus en plus rares. C’est dans cette société arriérée qu’est né le Mouvement de Libération National Corse. Il est, de la “Déclaration de Beyrouth” aux organisations armées, intrinsèquement lié à l’histoire des luttes anticoloniales et aux vagues de luttes anti-impérialistes en France. De l’organisation au nom même de la branche armée, en passant par les cibles politiques, il est né des défaites de l’Empire français, a grandi des espoirs des mouvements arabes et panafricains, pour être progressivement intégré par les échecs des luttes et la répression. La solution nationale répondait à des problématiques que la société corse dans ses archaïsmes ne pouvait pas affronter seule. En soi la libération nationale n’est jamais une finalité: elle est la forme que prend la lutte des classes dans des pays où la tutelle impérialiste empêche le cours normal du capital. La Corse connaît une rapide modernisation des anomalies liées à son statut de périphérie: fin de la paysannerie, effondrement du pastoralisme, polarisation des populations sur les deux ou trois villes du territoire, tandis que 40% des maisons sont désormais des résidences secondaires, enfin et surtout saisonnalité impliquant le recours massif à un prolétariat d’importation saisonnier ne résidant pas à l’année sur place.
Le nationalisme corse, dirigé par l’autonomisme bourgeois, n’est pas en mesure de répondre à ces problèmes. Sans l’arme de la nation, sans perspective d’affrontement avec le pouvoir impérialiste, il s’affaiblit et voit grandir en son sein la paranoïa de son propre affaiblissement: n’avouant pas ses renoncements et se gargarisant de ses victoires électorales, il ouvre sa clientèle à une droite “corsiste” qui ne peut être que nationaliste française, impérialiste, sioniste, bref, pro-américaine.
Pour nous, il n’est pas question de choisir un camp entre les deux faces de cette même pièce. Droite “corsiste” ou autonomistes, c’est en dernière instance la voie de l’intégration à l’agenda français qui se dessine. Si la première prend les habits de la réaction la plus méprisable pour des raisons bien ancrées dans l’histoire de la Corse française – du fait de la conjonction des intérêts de Bolloré en Afrique avec la voyoucratie corse-, la seconde est bien aujourd’hui au pouvoir et collabore avec les autorités françaises. Tout militant révolutionnaire en Corse ne saurait éviter la question nationale. Les militants que la SDAT vient interpeler de bon matin sont systématiquement ceux qui ont fait le choix de soutenir ou d’embrasser le chemin de la lutte militaire contre l’Etat français. Nos tâches en Corse sont de restaurer la Lutte de Libération Nationale, de refuser un autonomisme dont personne ne veut réellement, ni l’Etat, ni la bourgeoisie corse. A l’heure où l’Etat français se prépare à un affrontement militaire et à réduire le financement des infrastructures qui font vivre la Corse, où les peuples d’Afrique donnent coup sur coup contre la Françafrique, il est temps de reprendre la voie de l’émacipation pour la république corse.
1Interview a Euskal Herriko Marxista-Leninista (Euskadi) revuesupernova.com/interview-a-euskal-herriko-marxista-leninista-euskadi/
