La liberté nationale n’est pas possible grâce au financement impérialiste
Celui dont tu prends les armes, c’est sa cause que tu défends
Dans le cadre du BOP élargi (Grand Projet pour le Moyen-Orient), tout le Moyen-Orient a été transformé en un bain de sang. La Syrie, dernière région à résister au Printemps arabe, en fait partie. Les politiques impérialistes en Syrie ont d’abord commencé avec des collaborateurs islamistes et se sont développées autour de politiques de formation et d’armement, mais au cours du processus, un rôle a également été attribué aux nationalistes kurdes. Conformément à ce rôle, le PYD-YPG, qui avait établi une certaine domination régionale, a été transformé en force terrestre.
En échange, qu’a obtenu le mouvement nationaliste kurde ? Le financement, la logistique, la protection politique du mouvement, ainsi que des salaires versés en dollars à ses membres…
Qu’ont donné les nationalistes kurdes en échange du financement, de la logistique et des salaires ? Ils ont cédé leur indépendance politique et organisationnelle, ainsi que les revendications nationales démocratiques du peuple kurde.
En Syrie, les événements se sont précipités avec le Printemps arabe des impérialistes et, à la suite d’un fait accompli, la révolution du Rojava a également été écartée. Dans la soi-disant coalition formée par les impérialistes contre l’EI et les islamistes, tous les impérialistes, les régressions arabes et le sionisme israélien ont pris place. Aux nationalistes kurdes, on a confié la mission d’être la force terrestre de cette coalition. Et en contrepartie, dans le cadre du « Fonds de partenariat contre le terrorisme (CTEF) », sous le prétexte de « former et équiper », on leur a accordé un soutien logistique, une formation militaire et un maigre salaire maudit.
La « coalition » a eu un effet tellement envoûtant que le mouvement nationaliste kurde s’est laissé emporter par l’illusion d’être considéré comme un partenaire stratégique des impérialistes, acceptant ainsi la mission impérialiste qui lui était confiée. Cela a donné naissance à des chimères tellement vaines qu’ils se sont condamnés à une arrogance sans limites, que l’on ne peut qualifier que d’aveuglement politique. Le mal de se considérer comme des partenaires de l’impérialisme a atteint un tel degré qu’ils ont commencé à formuler ouvertement des revendications telles que « l’État turc doit être exclu de l’OTAN », « il doit être exclu du processus d’adhésion à l’UE »…
Les allégations selon lesquelles les FDS, destinées à remplacer le PYD, ont été créées sous la direction du général américain Raymond Thomas, sont désormais un fait avéré, principalement en raison de la présence de R. Thomas en tant que porte-parole lors des débats budgétaires au Sénat américain. Les relations des impérialistes américains avec les FDS et les YPG ont été initiées et se sont poursuivies sous la direction des officiers du renseignement militaire américain en Syrie et en Irak.
Une anecdote tirée des réunions budgétaires du Sénat américain met clairement tout cela en lumière :
Lors de la réunion budgétaire de 2019, les sénateurs américains ont posé la question suivante au responsable du renseignement militaire américain en Syrie : « Quelles sont les chances des combattants du YPG face à l’armée turque qui se prépare à une opération dans le nord de la Syrie ? » Le colonel Caggins a répondu : « Si nous nous retirons, leurs chances sont nulles…
Nous pourrions être contraints de quitter la zone de sécurité, sous la pression des Turcs et avec l’accord du président Trump. Dans ce cas, notre plan consiste à déplacer le YPG plus au sud sans subir trop de pertes ».
Pour justifier le déplacement du YPG vers le sud, il ajoute : « Le président Trump avait approuvé le plan du Pentagone selon lequel la zone de sécurité pourrait être laissée à la Turquie pour d’autres calculs plus importants », montrant ainsi qui détient le pouvoir sur la FDS-YPG. C’est ainsi qu’en novembre 2019, ils ont déplacé les forces du YPG du nord de la Syrie vers la région pétrolière, leur ont confié la surveillance de ce pétrole et leur ont accordé une part déterminée des revenus. Bien sûr, pour ne pas froisser l’oligarchie turque, leur principal collaborateur dans la région, la décision est prise de ne pas faire participer le YPG aux réunions budgétaires du Sénat. Au lieu du Sénat, il a été décidé que les relations seraient menées par l’intermédiaire du Pentagone, où sont orchestrés les massacres des peuples du monde et planifiées les opérations secrètes.
Cette anecdote à elle seule suffit à prouver à quel point les FDS-YPG constituent un instrument de marchandage maudit.
COMMENT LES SALAIRES DES FDS-YPG SONT-ILS VERSÉS
Les budgets, qui ont débuté à 500 millions de dollars en 2018 et 300 millions de dollars en 2019, se sont poursuivis au fil des ans, bien qu’en diminution. Au cours des cinq dernières années, un budget de deux milliards de dollars a été alloué, y compris les paiements supplémentaires. Un budget de 130 millions de dollars a également été alloué pour 2026, dont la moitié correspond au montant des salaires versés aux membres des YPG.
Les responsables de l’élaboration du budget précisent également que la moitié de ces salaires est directement versée à l’organisation. Dans ce contexte, l’indépendance politique des échelons de commandement, qui perçoivent des sommes importantes, est ainsi totalement mise sous contrôle.
Le budget alloué par le Sénat américain n’est pas la seule source de revenus des YPG. En outre, un budget annuel de 200 millions de dollars provenant des pays du Golfe est également utilisé aux mêmes fins.
MAIS À COMBIEN DE PERSONNES CES SALAIRES SONT-ILS VERSÉS ?
Alors qu’en 2019, on parlait d’une armée de trente-huit mille personnes, dont quinze mille très bien formées, les années suivantes, notamment avec l’arrivée de Brett McGurk à la tête de l’organisation, ce nombre a été gonflé pour atteindre 80 000 à 90 000, ce qui a permis d’augmenter les primes supplémentaires. Brett McGurk et son équipe ont ainsi détourné des sommes colossales sur leurs propres comptes grâce à ces soldats fictifs, et les nationalistes kurdes en ont également profité de diverses manières.
Ainsi, la corruption ne s’est pas limitée à la mise sur la table des négociations des revendications démocratiques du peuple kurde, mais s’est également propagée au sein même de celui-ci.
Une autre dimension de cette corruption concerne les primes versées en plus des salaires. Ces primes sont elles aussi liées à la « performance ». Par exemple, la prise des régions pétrolières, la victoire remportée au prix de près de dix mille martyrs lors de l’opération de Raqqa, voilà des exemples de « performances » qui mériteraient d’être récompensées.
Mais alors, que vend-on dans ces salaires et ces primes financées ? Il ne fait aucun doute que ce qui est mis en jeu ici, c’est l’honneur, l’espoir et le sang du peuple kurde. La collaboration avec l’impérialisme, la dépendance à son égard, entraînent la corruption et la pourriture.
Ces paiements, qui ne peuvent être officiellement justifiés, sont effectués par des méthodes de « trésorerie » utilisées pour le financement d’opérations secrètes.
Ils sont donc exposés à toutes sortes de corruption et d’abus. Que se passera-t-il lorsque ce flux d’argent se tarira ? Ces paiements, devenus une source de subsistance, pour quel idéal, quelle hiérarchie et quel espoir nourriront-ils la loyauté ? À qui ira cette loyauté : à la direction de l’organisation ou à celui qui verse l’argent ?
LE MOUVEMENT NATIONALISTE KURDE S’EST-IL DÉGRADÉ, MAIS PAS SES SUIVEURS ?
L’une des définitions les plus succinctes de l’opportunisme est « celui dont les actes ne correspondent pas à ses paroles ». Dans le cadre du débat « Rojava est-elle une révolution ou non ? », il convient d’élargir cette définition à « celui dont ce qu’il voit ne correspond pas à ce qu’il veut voir ». En réalité, il n’y a pas non plus d’innocence sous forme de nostalgie de ce qu’on voudrait voir. Car ceux qui affirment que « Rojava est une révolution » savaient très bien qu’il n’y avait pas de révolution, que leurs discours révolutionnaires n’étaient qu’une simple démagogie…
La question de savoir si Rojava est une révolution ou non… s’est aujourd’hui clarifiée dans la vie quotidienne, d’une manière que personne ne peut nier. Ceux qui se sont empressés de créer une perception de révolution ont été confrontés, même si c’est de manière douloureuse, à la réalité que les faits et la vérité ne peuvent être effacés par la seule intention.
La perception de la révolution du Rojava était la méthode la plus couramment utilisée par le mouvement nationaliste kurde et la gauche opportuniste qui le suit pour étouffer tous les débats et polémiques politiques. On a tenté de dissimuler ainsi les politiques capitulardes et de droite du mouvement nationaliste kurde. Cela a permis de faciliter davantage son intégration dans l’ordre établi.
Les politiques de flagornerie des nationalistes kurdes et de l’opportunisme à leur suite envers l’impérialisme américain, la réaction arabe et le sionisme israélien ont également été dissimulées derrière les débats sur le Rojava. Or, l’enseignement de la théorie marxiste-léniniste est clair : soit on porte le caractère anti-impérialiste, populaire et révolutionnaire de la nation opprimée, soit on reste bourgeois, confiné dans les frontières nationales, et on montre une tendance à la conciliation avec le système impérialiste. Il est impossible que les nationalistes kurdes et la gauche opportuniste ignorent cette réalité, compte tenu de leurs origines de classe. En d’autres termes, ils ont sciemment poursuivi cette politique et ont délibérément imposé leurs politiques de capitulation aux rangs du peuple.
Une réalité est évidente : les groupes opportunistes de notre pays… en particulier les groupes se présentant comme MLKP ou « ibrahimistes », ces petits groupes qui n’ont jamais vraiment fait leur place à aucune étape de la lutte des classes dans notre pays et qui ont cherché à éviter de payer le prix, ont tenté de tirer profit du projet du Rojava en s’attribuant des appellations bien trop ambitieuses pour leur envergure.
La situation dans laquelle se trouvent aujourd’hui ces mouvements, qui prétendent exister depuis cinquante ans avec leurs prédécesseurs, est désolante. Au cours de ces cinquante années, alors que les peuples d’Anatolie perdaient parfois des dizaines de martyrs chaque jour, que les massacres de masse perpétrés par le mouvement fasciste civil se poursuivaient et que le peuple était livré à lui-même face aux juntes, l’opportunisme, qui n’a pas pris les armes ni combattu, établit soi-disant des commandements avec les Rojavas et s’acquitte de ses devoirs d’internationalisme.
Le simple fait que ceux qui ne mènent pas de lutte armée dans leur propre pays acceptent la formation d’agents américains dans des régions sous protection américaine suffit à lui seul à mettre en évidence la situation dans laquelle l’opportunisme s’est enfoncé.
Le fait que ceux qui ont pris parti aux côtés des nationalistes kurdes dans leurs attaques contre le mouvement révolutionnaire, et qui ont ainsi affiché leur camp, tentent de s’imposer au Rojava en collaboration avec l’impérialisme américain, les gouvernements arabes collaborationnistes et réactionnaires et Israël, relève d’une pourriture qui va bien au-delà de la simple décadence. Dans notre pays, l’opportunisme a toujours été ainsi. Quand il faut payer le prix, il s’enfuit, il n’est pas là. Ils sont les premiers à exploiter les valeurs révolutionnaires quand il le faut. Alors que la situation des FDS-YPG, dont le rôle en Syrie est aujourd’hui très clair, est évidente, ils n’ont pas moins de responsabilité qu’eux.
Ce que font ou ne font pas ces grands commandants là-bas est également évident. Les opportunistes suiveurs font partie de ceux qui acceptent volontairement la protection de la coalition américaine. Ces suiveurs ne doivent pas oublier les cris qu’ils poussaient encore hier. Hier encore, alors qu’ils s’efforçaient de dénoncer à tout va ceux qui ne qualifiaient pas le Rojava de révolution, on doit s’interroger sur leur silence après le rattachement du Rojava à Colani. On doit s’interroger sur la manière dont les États-Unis peuvent leur demander de jouer un rôle en Iran.
L’opportunisme croit pourtant qu’il n’a pas perdu sa vigilance. L’histoire n’oubliera pas non plus leurs réponses frivoles, telles que « Nous utilisons des Kalachnikovs là-bas, nous utilisons d’anciennes armes soviétiques », adressées aux révolutionnaires qui critiquaient le fait qu’ils s’arment avec des armes américaines. Ils utilisent des Kalachnikovs… Mais ces armes ont déjà été collectées par les États-Unis dans les anciens pays du Pacte de Varsovie et distribuées à toutes les organisations régionales des Frères musulmans au Moyen-Orient dans le cadre du programme « Train and Equip ». Ces armes et munitions collectées dans les anciens pays du Pacte de Varsovie sont rassemblées à la base de l’OTAN de Ramstein, en Allemagne, puis transportées par des avions de la CIA vers leurs utilisateurs finaux afin de massacrer les peuples du monde.
L’opportunisme sait d’où proviennent ces armes qu’ils ont entre les mains. Il sait qu’ils ont établi des « commandements de guérilla » sous la protection du parapluie américain qu’ils appellent « coalition ». Ils savent très bien que tout leur est fourni par les États-Unis, que leur formation individuelle est dispensée par des agents américains. Bien qu’ils sachent tout cela, ils n’ont aucune intention d’adopter une attitude autocritique. Voilà ce qu’est l’opportunisme.
CELUI QUI PAYE FAIT LA LOI
C’est l’impérialisme qui paie, et c’est lui qui fait la loi. Faire comme si l’impérialisme n’existait pas ne fait pas disparaître la réalité de l’impérialisme. On ne peut légitimer la collaboration avec l’impérialisme en comparant l’oligarchie à l’impérialisme avec la démagogie du « mari tyrannique, mari démocrate ». Tenter de légitimer les coûts naturels de la lutte nationale par de tels discours féodaux primitifs revient à bafouer l’honneur national du peuple kurde, qui en paie le prix réel.
Dans le cadre de la collaboration de l’oligarchie turque avec l’impérialisme et du processus d’adhésion à l’OTAN, le discours américain qualifiant l’armée turque de « soldats à 70 cents » constituait une insulte flagrante aux peuples d’Anatolie.
Ce discours est également devenu le symbole du processus de recolonisation. Le fait que les nationalistes kurdes soient des soldats gagnant entre 100 et 150 dollars par mois, ou entre 400 et 800 dollars selon leur grade, n’est en soi pas très différent de la collaboration honteuse de l’oligarchie.
Ceux qui pensaient que le « mari démocrate » se tiendrait aux côtés du « mari tyrannique » dans la guerre l’ont pris bien plus au dépourvu et se sont, en réalité, dépouillés de leur indépendance politique et idéologique. L’impérialisme a utilisé le peuple kurde en Syrie, sous le prétexte de la « révolution du Rojava », pour modifier les équilibres régionaux à son avantage.
Alors qu’il est évident que l’impérialisme s’est à nouveau installé au Moyen-Orient via la Syrie pour mener des politiques de redéfinition conformes à ses intérêts géopolitiques, principalement dans le cadre du BOP, et que l’oligarchie en est le collaborateur de premier plan et le coprésident du BOP, ceux qui pensaient que l’impérialisme sacrifierait l’oligarchie pour ses propres intérêts étaient voués à une grande défaite.
CELUI QUI PAYE A DIT LA LOI DANS LES RÉGIONS PÉTROLIÈRES DE SYRIE
Les États-Unis ont utilisé les YPG pour mettre en œuvre leur politique d’implantation dans les gisements pétroliers syriens via la prise de Deir ez-Zor et de Raqqa. Le peuple kurde a payé un lourd tribut à cette guerre du pétrole, avec près de dix mille martyrs.
CELUI QUI PAYE A DIT LA DERNIÈRE PAROLE À AFRIN
Le nationalisme kurde, qui n’a pas vu que l’attaque de l’oligarchie contre Afrin ne se démarquait pas des politiques impérialistes, préparait le peuple kurde à la résistance ; tandis que l’impérialisme disait à la révolution du Rojava « Allez un peu plus loin », et une partie de la soi-disant révolution a été abandonnée sans aucune résistance.
Comment cela s’est-il produit ? C’est précisément au moment où le YPG-SDG affirmait qu’il défendrait Afrin de toutes ses forces que le Sénat américain débattait du budget alloué à la Syrie et au Rojava, et que la confirmation d’un budget de 225 millions de dollars pour le Rojava était en cours. Face à la menace de retrait des combattants des champs pétroliers vers Afrin, les États-Unis ont déclaré, en évoquant les 225 millions de dollars du dernier budget : « Nous n’avons rien à voir avec ceux qui vont à Afrin »… Et Afrin a été livrée à l’oligarchie en échange de ce budget.
CELUI QUI DONNE L’ARGENT A SOUFFLÉ DANS LE SIFFLET DANS LES ZONES DE SÉCURITÉ LE LONG DE LA FRONTIÈRE
L’oligarchie est l’ennemie de tous les peuples d’Anatolie. Mais elle est encore plus l’ennemie du peuple kurde. C’est pourquoi elle allait vouloir étouffer une « révolution kurde » juste à ses portes. L’oligarchie a dit aux États-Unis : « Dites-leur de s’éloigner de trente kilomètres de la frontière », et la « Révolution du Rojava » a quitté les zones frontalières, abandonnant le terrain de la révolution.
Le sifflet a retenti une fois de plus contre le peuple kurde. Car l’impérialisme ne pouvait en aucun cas se passer de son plus fidèle collaborateur, l’oligarchie turque.
CELUI QUI PAYE A ÉGALEMENT SOUFFLÉ DANS LE SIFFLET POUR JOLANI
L’oligarchie et l’impérialisme ont renversé le régime BAAS en Syrie pour le remplacer par des islamistes qu’ils pourraient mieux manipuler.
L’impérialisme a une fois de plus utilisé le peuple kurde comme levier pour les changements géopolitiques dans la région et a remplacé le drapeau de la « Révolution du Rojava » par celui des islamistes. Il a imposé la collaboration avec Colani. Le YPG-SDG a accepté cette politique impérialiste, infligeant ainsi une nouvelle humiliation au peuple kurde.
Le sifflet a une fois de plus sonné au détriment du peuple kurde. Car la nouvelle cible de l’impérialisme était l’Iran. Et il avait besoin tant du peuple kurde que des islamistes pour attaquer l’Iran.
« ROJAVA » EST UNE HYPOTHÈQUE SUR LES REVENDICATIONS NATIONALES DU PEUPLE KURDE
Rojava était, dès le départ, un projet dont le financement, la logistique et la formation étaient assurés par l’impérialisme. Le nationalisme kurde, en raison de ses préférences de classe, a une fois de plus accepté de se faire le complice des politiques impérialistes. Et une fois de plus, la perspective révolutionnaire maintes fois prouvée dans la vie quotidienne selon laquelle « la libération d’une nation opprimée est indissociable de la lutte contre l’impérialisme » a été bafouée ; on a misé sur la collaboration.
ROJAVA ÉTAIT-ELLE UNE RÉVOLUTION ?
L’impérialisme va armer, assurer la logistique, fournir l’argent… Mais cela ne suffit pas, il va aussi assurer la formation, et cette soi-disant révolution apportera la liberté au peuple kurde, n’est-ce pas ? Ce n’est pas le cas. Ni l’impérialisme ni le révolutionnarisme n’ont changé. Soit on est révolutionnaire et on s’oppose à toute politique impérialiste, soit on ne l’est pas. Il n’y a pas de troisième option.
Dès le début, les nationalistes kurdes, en tant que mouvement réformiste armé, ont tenté de faire avaler au peuple toute politique non de classe en utilisant des discours du type « c’est une tactique, camarade, une tactique ». Ce qui se passe en Syrie et au Rojava n’est pas une relation tactique, mais une dépendance stratégique. Le fait de se soumettre à l’orientation politique de l’impérialisme en échange d’un financement continu de sa part n’a rien à voir avec la tactique.
Les politiques pragmatiques du nationalisme kurde l’ont non seulement éloigné de l’anti-impérialisme, mais l’ont également entraîné dans un processus de collaboration. Or, la politique révolutionnaire et patriotique est claire et simple : « La libération nationale n’est pas possible en se raccordant à l’artère financière de l’impérialisme, mais en coupant cette artère »… L’aide militaire de l’impérialisme est un outil destiné à accroître son influence politique. Lorsqu’elle est mise en œuvre par les États, elle s’inscrit dans le cadre du néocolonialisme ; lorsqu’elle est dirigée contre les mouvements nationaux, elle ne signifie rien d’autre, toujours sur la base du néocolonialisme, que la mise sous gage du mouvement national.
La dépendance économique du mouvement nationaliste kurde vis-à-vis de l’impérialisme signifie qu’il ne s’appuie pas sur la force matérielle de sa propre base sociale, mais qu’il établit au contraire un lien organique avec le centre impérialiste.
Dans ces conditions, il ne peut être indépendant dans ses décisions stratégiques. Concrètement, cela signifie qu’il ne peut formuler une revendication d’indépendance fondée sur des revendications nationales. En d’autres termes, il s’agit de l’autodestruction de sa propre raison d’être. Lorsque cette revendication disparaît, la seule option qui reste est de jeter les bases d’une subordination au service des intérêts régionaux de l’impérialisme.
Ce lien économique est une dépendance institutionnalisée. En effet, lorsque toutes ses dépenses sont couvertes par un budget voté par le Sénat américain et que tous les besoins de l’organisation, du commandant au soldat, sont ainsi satisfaits, elle cesse même d’être un sujet politique indépendant.
La relation salariale développée par les nationalistes kurdes avec les États-Unis et le financement de la Direction des opérations spéciales sont, sur le fond, identiques. L’impérialisme américain utilise ces versements de salaires, tantôt pour organiser la contre-guérilla dans les pays concernés, tantôt, comme dans le cas du Rojava, pour asseoir sa domination sur la région. Sur le fond, il vise à établir une influence militaire et politique par le biais de l’exportation de capitaux, fondement du néocolonialisme.
EN CONCLUSION ;
La liberté nationale n’est pas possible grâce au financement impérialiste, mais grâce à la force matérielle du peuple et à la solidarité internationaliste. Les politiques pragmatiques des nationalistes kurdes ont entraîné une logique d’utilisation réciproque. L’impérialisme se retirera d’Afrin quand on lui dira de le faire, l’État turc se retirera quand on lui dira que sa présence à la frontière dérange, et le jour venu, le peuple kurde conclura un accord avec les forces islamistes qui sont ses propres bourreaux quand on lui dira de le faire… Et le jour venu, lorsqu’on lui demandera de se soumettre sans condition à l’oligarchie et de s’autodissoudre, il s’y conformera également. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. Concrètement, cela revient à condamner le destin du peuple kurde à ses ennemis jurés et à ses meurtriers sanguinaires. Les louanges de Bahçeli à l’égard du « Leader fondateur » comme le fait de caresser la photo de Sırrı Süreyya sont le résultat de ces politiques. Plus exactement, c’est le résultat de l’absence de politique des nationalistes kurdes, qui se débattent dans l’impasse du nationalisme.
Le ralliement aux politiques impérialistes n’est pas resté un simple écart, il a également créé une dépendance organisationnelle. Le fait que le financement de la guerre et de l’organisation soit assuré par l’impérialisme et que ses propres cadres et combattants deviennent des employés salariés de celui-ci revient, sur le plan organisationnel, à se placer sous la tutelle de l’impérialisme.
