Le trafic de drogue est devenu l’arme de prédilection des gouvernements colombien et USA pour tenter de dénaturer le caractère politique de l’ELN et les véritables raisons de sa lutte. C’est dans ce but qu’une guerre médiatique a été menée, dissimulant la stratégie d’une guerre contre-insurrectionnelle visant à favoriser le projet de domination impérialiste.
Introduction
En accusant à tort les paysans cultivateurs et l’ELN d’être responsables de ce phénomène, les États-Unis et les gouvernements colombiens dressent un portrait erroné de la situation, ce qui empêche d’élaborer une véritable alternative pour mettre fin au trafic de drogue. Le trafic de drogue est l’une des principales activités économiques garantissant une reproduction élargie du capital, avec des taux de rentabilité extrêmement élevés, et il est entièrement contrôlé par les États-Unis et leurs trois principales agences transnationales : la DEA, la CIA et le FBI. De plus, les États-Unis se sont autoproclamés juge suprême pour émettre des jugements moraux sur le trafic de drogue, ce qui leur permet de condamner, de certifier ou d’absoudre des personnes ou des pays en fonction de leurs intérêts économiques, politiques ou militaires.
Caractérisation
La Colombie n’est plus le seul pays où le trafic de drogue a imprégné les sphères sociales, économiques, politiques et militaires, et donc les structures mêmes du pouvoir de l’État. Les exemples récents sont le Mexique et l’Équateur.
En Colombie, le trafic de drogue est devenu, par décision politique de l’État, la principale activité économique ; en effet, en tant que premier exportateur mondial de cocaïne, il a fusionné les principaux groupes économiques nationaux avec le capital transnational et finance les paramilitaires pour mener la guerre contre la subversion et le terrorisme d’État, perpétuant ainsi le génocide au cours des quatre dernières décennies, ce qui a donné lieu à une symbiose d’intérêts oligarchiques, où le trafic de drogue s’est légalisé dans toutes les institutions de l’État, créant ainsi une narco-république.
Le gouvernement colombien a reconnu que, dans le pays, la culture, la transformation, le commerce et le transport de cocaïne se pratiquent depuis des décennies, sans qu’aucun gouvernement n’ait réussi à freiner ce phénomène, et encore moins à le surmonter. La Colombie étant le premier producteur mondial de cocaïne, son État et son gouvernement tirent profit de ce commerce.
Les pulvérisations de glyphosate et les éradications forcées des cultures illicites n’ont entraîné que des catastrophes environnementales et sociales, qui s’accumulent depuis des décennies.
Le recours inapproprié à des politiques exclusivement policières et répressives s’est en outre révélé unilatéralement permissif, dans la mesure où il ne s’attaque pas aux cartels de distribution dans les pays industrialisés consommateurs, pas plus qu’il ne s’attaque aux cartels de précurseurs chimiques et aux blanchisseurs d’argent de la drogue au sein du système financier international et dans les paradis fiscaux. L’ELN n’a aucun lien avec les cartels de la drogue, ni avec aucune étape de la chaîne du trafic de drogue : nous n’avons ni cultures, ni laboratoires, ni cuisines, ni pistes, ni itinéraires ; nous ne commercialisons pas de cocaïne dans le pays ni à l’étranger ; nous n’avons pas non plus quoi que ce soit à voir avec le commerce des précurseurs chimiques.
Politique de l’ELN
Telle est la politique définie démocratiquement lors de tous les congrès nationaux de l’ELN tout au long de son histoire. Il est interdit de s’associer à ce type d’activités ou de les mener, et toutes les structures respectent rigoureusement cette décision. Par conséquent, rien ne peut nous compromettre, car nous ne faisons ni ne ferons rien de ce dont on nous accuse.
La seule chose autorisée est la perception d’une taxe auprès des acheteurs, car ce sont eux qui tirent profit de cette activité commerciale menée sur les territoires où nos guérilleros exercent leur contrôle ; tout comme nous percevons des taxes sur les différentes activités économiques, à l’instar de ce que font les États pour se financer. Le trafic de drogue étant l’un des problèmes structurels du monde moderne et l’une des causes de la longue crise que traverse la Colombie, pour le surmonter définitivement, il doit être abordé comme l’un des thèmes essentiels à débattre dans le cadre de la construction d’un accord national avec la participation active de la société.
Proposition pour un règlement définitif
Pour élaborer une solution cohérente, nous devons commencer par reconnaître la nécessité d’un pacte de responsabilité partagée entre les pays producteurs et consommateurs de stupéfiants.
Il est important de souligner que, dans le cadre des efforts visant à trouver une issue définitive au trafic de drogue en Colombie, l’ELN entretient depuis plusieurs années des contacts avec la Commission mondiale sur les politiques en matière de drogues (CGPD), un organisme auquel participent d’anciens présidents et anciens premiers ministres de renommée internationale. Au sein de cette Commission (CGPD), nous avons trouvé des points de convergence essentiels pour la formulation d’une proposition visant à surmonter ce phénomène. Parmi les plus marquants, nous pouvons citer :
1) Commencer par transformer le régime mondial de prohibition des drogues,
2) Remplacer les politiques et stratégies en matière de drogues guidées par l’idéologie et la convenance politique,
3) Mettre fin à la criminalisation,
4) Respecter les droits humains des consommateurs de drogues, leur fournir des services de santé et des traitements,
5) Accorder ces mêmes garanties aux personnes impliquées dans les segments inférieurs des marchés illégaux de la drogue, tels que les agriculteurs et les petits vendeurs.
Comme nous pouvons le constater, il existe d’autres politiques bénéficiant d’un large soutien international qui s’écartent de l’approche erronée adoptée par les États-Unis face à ce phénomène, et qui a donc échoué.
De plus, nous devons reconnaître l’existence d’expériences menées dans d’autres pays où la légalisation de ces substances a été mise en œuvre, l’État assumant la responsabilité de la réglementation et du contrôle.
Sur la base des considérations qui précèdent, l’ELN propose que, dans l’élaboration de l’Accord national, qui abordera la question de l’éradication définitive du trafic de drogue, les éléments suivants soient pris en compte :
1) La légalisation des substances psychoactives, dans la mesure où elle mettra fin aux profits extraordinaires du trafic de drogue et à sa raison d’être.
2) Les toxicomanes doivent être traités comme des malades par l’État et non poursuivis comme des délinquants.
3) Les paysans qui travaillent dans les cultures illicites doivent se voir garantir des plans alternatifs de production alimentaire ou de matières premières industrielles, financés par l’État, afin qu’ils puissent subvenir à leurs besoins sans recourir aux cultures illicites.
4) La substitution des cultures illicites doit être concertée avec les communautés, l’éradication doit se faire manuellement et des plans de substitution des cultures par des produits propres à chaque région doivent être mis en place, en prévoyant une prise en charge sociale de la population en matière de voirie, de santé, d’éducation et d’électrification.
5) L’éducation et l’accompagnement dès le plus jeune âge et pendant la jeunesse, et non la répression, doivent constituer la politique préventive contre la toxicomanie.
Colombie… pour les travailleurs !
Pas un pas en arrière… la libération ou la mort !
Direction nationale
Ejército de Liberación Nacional
Avril de 2026, Colombie
