La société du spectacle…

Depuis l’époque d’Otpor et des « bombardements humanitaires » de l’OTAN sur la Serbie, le scénario se répète toujours de la même manière.

Depuis 30 ans, les ONG et les médias occidentaux attisent l’opinion publique à travers une nouvelle série télévisée, celle des « printemps colorés » présentés comme antitotalitaires.

Depuis 30 ans, la gauche de l’OTAN, qu’elle soit libérale ou radicale, fait sienne sans critique ce discours.

Nous l’avons vu contre la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Assad. Le scénario est toujours le même : « Le dictateur fou qui déteste la démocratie et viole les droits de l’homme. Le tyran qui persécute les minorités, les femmes, les étudiants, les homosexuels… »

Bien sûr, si le changement de régime réussit, dès le lendemain, toutes les ONG disparaissent et les médias cessent d’en parler. Personne ne s’intéresse plus à la persécution des femmes et des minorités dans la nouvelle Syrie aux mains du chef de l’État islamique Al-Jalani ou dans la nouvelle Libye des égorgeurs amis de l’Occident. La même chose que l’on vient de voir en Iran : une campagne martelante préparée par une mise en scène hollywoodienne savante et relayée par tous les médias, qui ne servait qu’à faire chauffer les moteurs des chasseurs-bombardiers américains.

Avec les progressistes dans la rue hurlant « Femme, Vie et Liberté » parmi les drapeaux à l’étoile de David et les portraits du Shah. En effet, dans ce caravansérail psychédélique, dans ce cirque spasmodique, ils ont même réussi à ressusciter le Shah de Perse. C’est une éternelle compulsion de répétition, le réflexe pavlovien d’une gauche apatride qui a complètement perdu la notion d’anti-impérialisme e de classe, au sens léniniste. La catégorie léniniste d’impérialisme doit être prise dans son sens le plus profond :

dimension horizontale : lutte des classes (les classes)

dimension verticale : théorie de la dépendance, de l’échange inégal, chaîne de valeur (nord-sud, centre-périphérie)

Chez Lénine, nous trouvons une combinaison de ces deux facteurs, trop souvent polarisés par les groupes de gauche et communistes, qui ne saisissent pas la dimension « globale » et dialectique qui lie ces deux éléments. Non pas comme une somme de facteurs, mais comme des éléments intégrés les uns aux autres.

Lorsque la Syrie est tombée sous l’emprise totale de l’impérialisme, affaiblissant ainsi la résistance palestinienne, la gauche occidentale, celle-là même qui brandissait les drapeaux palestiniens, s’est pliée au discours dominant, célébrant la victoire sioniste. Cette même gauche occidentale qui soutient les fascistes en Ukraine et évoque la possibilité d’utiliser l’impérialisme et le sionisme pour promouvoir la libération… comme dans le drame politique et humain du Rojava…

La ténacité de la résistance palestinienne, libanaise, yéménite et la victoire iranienne ont réussi à ouvrir des brèches, modestes mais réelles, dans le mur du conformisme impérialiste qui règne au sein de la gauche occidentale. Aujourd’hui, brandir un drapeau iranien en Occident est difficile, mais ce n’est plus impossible…

Il reste encore beaucoup à faire ; les attaques islamophobes perpétrées ces dernières semaines contre des cortèges brandissant des drapeaux palestiniens et iraniens, par des secteurs syndicaux et de la « gauche » trotskiste, nous montrent à quel point le néocolonialisme et la logique impérialiste elle-même sont présents au sein de la gauche occidentale. Ces manifestations de haine contre ceux qui soutiennent la résistance sont dues à certaines idéologies de « gauche » qui reflètent le point de vue des classes dominantes. C’est la nouvelle « aristocratie ouvrière », même si l’on ferait mieux de parler des classes moyennes, de la métropole impérialiste qui défend ses privilèges…

Dénoncer tout cela ne suffit pas, se libérer de la merde idéologique impérialiste, signifie s’organiser, avoir la capacité de mettre concrètement en place l’autonomie prolétarienne sur les lieux de travail, dans les quartiers populaires, dans les écoles, dans les prisons… Refuser la division entre bons et mauvais face à la répression… Saboter l’économie de guerre de l’impérialisme français, briser la domination de l’organisation du travail (de plus en plus inutile dans une société capitaliste vieillissante et malade). Cela reste la meilleure forme de solidarité et de coopération directe avec les peuples qui résistent dans le Sud.

John Brown

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