Depuis plus d’un quart de siècle, les discours de haine islamophobes et les agressions contre les musulmans font partie du quotidien en Occident – y compris en Allemagne. Ce n’est pas un hasard. Pour les dirigeants, le racisme antimusulman est particulièrement utile, car il permet de créer à la fois un « ennemi extérieur » et un « ennemi intérieur ». Il peut ainsi être utilisé tant en politique intérieure (pour diviser la population et restreindre les droits fondamentaux) qu’en politique étrangère (pour légitimer la guerre). De plus, il s’articule particulièrement bien avec d’autres formes répandues de racisme – contre les Turcs, les Kurdes, les Arabes, les Nord-Africains, les Libanais ou les Palestiniens.
Guerre à l’extérieur, démantèlement des droits fondamentaux à l’intérieur
Après la chute du bloc socialiste en 1991, l’OTAN cherchait désespérément un nouvel « empire du mal » qui lui permettrait de justifier le réarmement et la guerre. La théorie de Samuel Huntington sur le « choc des civilisations » entre « l’Occident libre » et « l’islam arriéré » lui a fourni ce prétexte. Depuis lors, les impérialistes ont mené de nombreuses « guerres contre l’islamisme » en Afghanistan, en Iran, en Irak, au Yémen, au Liban, en Libye, au Mali, au Pakistan, en Palestine, en Somalie et en Syrie, qui concernaient avant tout le pétrole et la géopolitique.
Sur le plan de la politique intérieure, les musulmans ont été placés sous suspicion générale en tant que « terroristes » potentiels. La campagne de dénigrement médiatique et politique permanente a eu pour effet que, en Allemagne par exemple, la moitié de la population défend depuis des années des positions islamophobes.1 L’État a profité de cette campagne de peur pour restreindre les droits fondamentaux et renforcer la surveillance.
Division de la classe ouvrière
C’est surtout depuis la parution, en 2010, de l’ouvrage raciste et anti-ouvrier de Thilo Sarrazin (SPD), intitulé L’Allemagne court à sa perte, que la propagande antimusulmane est ouvertement utilisée pour détourner l’attention des conséquences sociales de la politique néolibérale des dirigeants – à savoir une pauvreté et une paupérisation toujours plus grandes. La campagne qualifiée de « débat Sarrazin » a depuis été suivie de nombreux autres faux débats racistes sur la pauvreté, la criminalité, la migration et l’islam.
Ce type de propagande raciste ne sert qu’à diviser les travailleurs selon des critères culturels, religieux, nationaux et « ethniques ».
La roulette des boucs émissaires
Pendant longtemps, le racisme en RFA s’est particulièrement dirigé contre les travailleurs immigrés turcs. Avec l’émergence de l’« islam » comme bouc émissaire, « les Turcs » sont devenus « les musulmans ». Cela ne signifie pas pour autant que le racisme anti-turc ait disparu. Au contraire, le racisme antimusulman s’adapte extrêmement bien à diverses situations, comme lors des campagnes contre les Nord-Africains après la « nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne » (2015) ou contre les « clans » libanais.
Il existe désormais également en Allemagne un racisme résolument antipalestinien. Celui-ci est profondément imprégné de motifs islamophobes, du fait de la présentation du « conflit palestinien » comme une guerre de religion et de la focalisation sur le Hamas « islamiste radical ». De plus, le racisme anti-palestinien pousse à l’extrême l’idée selon laquelle les musulmans seraient tous antisémites.
Par ailleurs, le racisme antimusulman touche non seulement les musulmans de fait, mais aussi de nombreuses personnes qui sont simplement prises pour telles en raison de leur apparence ou de leurs origines.
Terreur islamophobe
Depuis 2001 au plus tard, les musulmans en Occident sont exposés à un « profilage racial » massif. De plus, plus de onze agressions antimusulmanes sont recensées chaque jour en Allemagne : elles vont des insultes racistes à la profanation de cimetières et d’établissements islamiques, en passant par des incendies criminels contre des mosquées et des agressions physiques contre des musulmans.2
En 2009, Marwa El-Sherbini, alors enceinte, a été assassinée dans une salle d’audience de Dresde de 18 coups de couteau sous les yeux de son mari et de son jeune fils, parce qu’elle portait un voile. Marwa est considérée comme la première victime mortelle d’un racisme résolument antimusulman en Allemagne. Avant elle, les musulmans en RFA étaient principalement assassinés par des nazis en tant qu’« étrangers » ou « Turcs », notamment lors des incendies criminels de Duisbourg (1984), à Mölln (1992) et à Solingen (1993), ou par le réseau terroriste NSU (2000-2006). Les auteurs des tueries de Munich (2016), Halle (2019), Hanau (2020) et Magdebourg (2024), quant à eux, étaient également expressément motivés par l’islamophobie. Dans d’autres pays occidentaux également, le terrorisme islamophobe a fait de nombreuses victimes : en 2011 à Oslo et à Utøya, en 2015 à Chapel Hill (États-Unis), en 2017 à Londres et à Québec, en 2019 à Christchurch (Nouvelle-Zélande) et en 2021 à London, en Ontario (Canada).
Mais surtout, les nombreuses guerres impérialistes menées par l’Occident au Proche-Orient et dans certaines régions d’Afrique constituent de véritables génocides antimusulmans : à elles seules, les croisades américaines en Afghanistan, en Irak, au Yémen, au Pakistan et en Syrie, officiellement justifiées par le 11 septembre, ont coûté la vie à au moins 4,5 millions de personnes. 3La terreur sioniste en Palestine, au Liban, en Syrie et en Iran est elle aussi officiellement menée aujourd’hui sous le prétexte d’une « guerre contre le terrorisme islamiste ». Le racisme antimusulman est donc avant tout un racisme colonial qui prend sans cesse des formes génocidaires.
Sexisme et racisme colonial
Les femmes musulmanes portant le voile sont particulièrement souvent victimes d’agressions racistes : insultes, bousculades, crachats ou tentatives d’arracher le hijab font partie du quotidien de beaucoup d’entre elles en Allemagne. Dans les médias et en politique, en revanche, les femmes musulmanes ne sont toujours présentées que comme des victimes de leur propre famille, de leur culture ou de leur religion. Dans le même temps, elles sont souvent considérées elles-mêmes comme des « coupables », car elles ne voudraient soi-disant pas s’émanciper et incarneraient le « retard islamique ».
Les interdictions du voile, réclamées par certaines « féministes » bourgeoises et déjà en vigueur dans certains secteurs en Allemagne, sont particulièrement perfides. Il s’agit en réalité d’interdictions professionnelles de fait et d’une attaque massive contre l’autodétermination et la participation sociale des femmes. Au lieu de « libérer » les femmes musulmanes, on les pousse vers la dépendance et la pauvreté.
De plus, l’accent mis sur le voile s’inscrit dans une tradition coloniale : dès le XIXe siècle, alors qu’en Europe aucune femme n’avait encore le droit de vote, l’Occident se présentait comme le « libérateur » des femmes musulmanes. En Algérie, les femmes ont même été dévoilées par les colonialistes français dans le but de faire sensation – une pratique qui se poursuit aujourd’hui en France sous la forme d’interdictions du voile et du burkini.
L’armée sioniste célèbre les dérives particulièrement répugnantes de ce racisme sexualisé : elle viole quotidiennement des Palestiniens et exhibe sur les réseaux sociaux les sous-vêtements de femmes de Gaza déplacées ou assassinées.
Montée en puissance de l’AfD et compagnie
En politique, c’est surtout la « Nouvelle Droite » qui a profité de cette campagne d’incitation à la haine islamophobe ; celle-ci a largement remplacé l’antisémitisme par le racisme antimusulman et compte notamment l’AfD parmi ses rangs. Les médias bourgeois (notamment le Spiegel, le Focus, le Stern et la presse Springer) et les partis (CDU/CSU, FDP, SPD, Les Verts) lui ont ouvert la voie pendant des années en ayant déjà établi l’image de l’islam comme ennemi avant même que l’AfD ne fasse son apparition en 2013.
Mais le racisme antimusulman profite également à ces franges de l’extrême droite qui s’accrochent à leur antisémitisme, car l’attention du public se concentre désormais sur un « antisémitisme islamique » ou « lié à Israël », détournant ainsi l’attention de l’antisémitisme réel des fascistes. Et ce, bien que la grande majorité des délits antisémites soit encore commise par l’extrême droite.4
Division de la lutte anti-impérialiste
Au sein de la gauche politique également, il existe une islamophobie tantôt plus ouverte, tantôt plus subtile. L’exemple le plus flagrant est celui des soi-disant « anti-Allemands » – des sionistes militants issus à l’origine de la scène d’extrême gauche, qui se caractérisent par un racisme extrême à l’égard des musulmans et des Arabes.
Cependant, les préjugés et le chauvinisme antireligieux sont répandus même parmi les gauchistes anti-impérialistes et les communistes. Ils se manifestent par exemple par des diffamations à l’encontre de la résistance islamique palestinienne ou de l’Iran, qualifiés de « réactionnaires » voire de « fascistes », et entravent ainsi la lutte anti-impérialiste et pour la paix.
Luttons contre le racisme !
En tant que communistes, nous devons lutter contre toute forme de racisme et être fondamentalement solidaires de toutes les personnes concernées. La lutte contre le racisme fait partie de la lutte des classes, car comme l’a déjà constaté Malcolm X : « Il n’y a pas de capitalisme sans racisme. »
Pour nous, toute attaque contre nos camarades de classe musulmans est une attaque contre l’ensemble de la classe ouvrière. Nous devons repousser ces attaques avec détermination et défendre sans réserve les droits fondamentaux durement acquis – tels que le droit au travail, le droit des femmes à l’autodétermination ou la liberté d’opinion et de croyance !
Halte à la propagande antimusulmane ! Lutte contre l’impérialisme ! Vive la solidarité internationale !
kommunistische-organisation.de
1 https://kompetenznetzwerk-imf.de/ueber-das-kompetenznetzwerk/zahlen-und-fakten/
2 https://www.claim-organisation.de/aktuelles/news/bundesweites-lagebild-antimuslimischer-rassismus-2025-veroeffentlicht/
3 Stephanie Savell : How Death Outlives War. The Reverberating Impact of the Post-9/11 Wars on Human Health (15 mai 2023).
4 https://www.zeit.de/politik/ausland/2023-11/antisemitismus-straftaten-deutschland-frankreich
