Organisation
Sous le capitalisme, il existe une multitude d’histoires de personnes qui, faute d’être organisées, subissent la violence d’un système inégalitaire, vorace et impitoyable. Un système où règnent la spoliation, l’individualisme, l’égoïsme et la mesquinerie. Nous sommes nombreux à avoir déjà connu le désespoir, la violence structurelle, familiale, économique, etc., et, avec ce fardeau sur les épaules, nous avons décidé de lutter pour la justice et la défense des droits de l’homme.
De nombreuses personnes peuvent nous inspirer par leur exemple de force, de courage et de conviction politique pour résister à la souffrance et surmonter la violence issue de la répression politique ; elles peuvent nous inspirer par la manière dont elles redonnent un sens à leur vie pour rester idéologiquement fermes et ne pas perdre espoir ; pour continuer à lutter pour un monde juste où la répartition des richesses profite à tous. Il nous arrive parfois de lire ou d’entendre parler de ces expériences qui suscitent en nous l’admiration, le respect, l’émerveillement, etc. Mais nous devons également nous demander : leur expérience nous aide-t-elle à renforcer nos convictions idéologiques et politiques ? Nous encourage-t-elle à surmonter les obstacles ou les doutes que nous inspire la crainte de prendre des décisions justes ou erronées dans notre action au sein de la lutte ?
Organisation populaire
Après avoir pris connaissance de certains témoignages de femmes et d’hommes qui ont participé à la lutte pour un monde juste, qui ont subi la répression dans leur chair, qui ont enduré des pertes, la prison ou la séparation d’avec leurs enfants, leurs parents ou leurs conjoints, il est inévitable de se demander si nous devons passer de l’admiration à l’action. Nous devons veiller à ce que leurs expériences nous renforcent pour esquisser la vie que nous souhaitons construire et pour laquelle nous luttons.
Nous découvrons les expériences de femmes et d’hommes à travers les livres ; nous prenons pour modèles de nombreuses histoires admirables, même si, parfois, nous pouvons avoir le sentiment qu’il est impossible de les égaler. Nous les considérons comme des personnes extraordinaires et inaccessibles ; certaines le sont effectivement, mais pas inaccessibles, en raison du degré d’engagement dont elles font preuve en faveur de la transformation sociale. D’autres histoires ne figurent pas dans les livres ; elles se construisent dans la lutte quotidienne et permanente. Ce sont des femmes et des hommes qui ont été les victimes directes de la répression politique et qui cherchent le moyen de continuer à renforcer leurs convictions idéologiques. Dans cet article, nous rendons hommage à leur courage et à leur force d’âme qui, sans aucun doute, nous encourageront à tracer notre propre chemin dans la lutte contre le capitalisme.
Lors des activités précédant la commémoration de la Semaine internationale des personnes détenues et disparues, organisée depuis 16 ans par les organisations membres de la Campagne nationale contre les disparitions forcées au Mexique. Un sit-in a été organisé devant la Cour suprême de justice de la nation (SCJN) dans le but de mettre en lumière les revendications qui n’ont pas été prises en compte par les gouvernements du PAN, du PRI et de Morena, qui se contentent de faire semblant d’y répondre. On peut citer, à titre d’exemple, l’absence de progrès dans l’exécution de l’arrêt de la SCJN concernant le recours direct en révision n° 51/2020 dans l’affaire des détenus disparus Gabriel Alberto Cruz Sánchez et Edmundo Reyes Amaya, qui a déjà fait l’objet de 25 réunions avec la Commission spéciale de recherche (CEB), sans que des avancées significatives aient été réalisées.
Il en va de même pour la demande de libération d’Higinio Bustos Navarro, détenu à Veracruz, dont le cas a été transmis au Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire, qui a rendu l’avis n° 41/2025 déclarant sa détention arbitraire et demandant à l’État mexicain de réparer le préjudice en le remettant en liberté. À ce jour, le gouvernement fédéral n’a toujours pas manifesté la volonté de donner suite à l’avis des experts internationaux.
Sit-in, membres du Front national de lutte pour le socialisme
Pendant toute la durée du sit-in, des membres du Front national de lutte pour le socialisme (fnls), issus de différents États du pays, ont été chargés de participer aux activités organisées à Mexico (distribution de tracts, brigades d’information, interventions politiques lors de forums). Parmi les participants se trouvaient deux camarades, dont l’une est victime de persécutions politiques depuis 2018 de la part des autorités du Michoacán, ce qui l’a contrainte à abandonner le projet de vie qu’elle avait, à se séparer de sa famille et de ses camarades de l’organisation dans cet État. Depuis huit ans, elle vit dans l’incertitude juridique et en situation de déplacement forcé. C’est une femme qui ne cesse d’étudier, qui puise sa force dans la vie collective avec ses camarades, toujours souriante malgré la fatigue et les défis que lui imposent ses nouvelles tâches. L’autre camarade, âgée de seulement 25 ans, a perdu son mari, Pablo Gómez Sánchez, un camarade exécuté extrajudiciairement en novembre 2024, lors d’une journée de sensibilisation au Chiapas. Un nom de plus qui s’ajoute à la liste des victimes, celles que nous ne devons pas oublier et pour lesquelles nous devons lutter afin d’honorer leur mémoire.
Elle a un regard curieux, avide d’apprendre tout ce qui lui permettra de mieux développer son engagement militant ; ses yeux expriment la tristesse face à cette perte ; ses camarades de l’organisation lui ont confié cette mission dans le but de l’aider à apprendre à vivre avec la douleur, en lui faisant prendre conscience que sa vie continue et qu’elle a encore beaucoup à apporter. Son organisation considère comme un principe fondamental l’accompagnement spécialisé pour surmonter les effets de la violence politique, ainsi que la prise en charge collective dont elle et sa famille ont besoin. Cela fait à peine six ans qu’elle a rejoint le FNLS. Elle est arrivée dans une communauté organisée avec 15 membres de sa famille ; après quelque temps, elle a été la seule à décider de continuer à s’engager politiquement. Elle est arrivée sans conscience politique et sa curiosité l’a amenée à s’interroger sur la signification de la lutte socialiste ; cela a éveillé en elle une vie qu’elle ne connaissait pas et qui a donné un nouveau sens à son existence. Aujourd’hui, elle est accueillie par une communauté et une organisation qui la traitent comme une camarade et s’efforcent de l’aider à s’occuper de ses jeunes enfants afin qu’elle puisse participer aux activités. Ses camarades ont estimé qu’elle avait besoin de reprendre des forces pour surmonter sa douleur et tisser de nouveaux liens affectifs qui lui donneraient le soutien nécessaire pour aller de l’avant. Une fois les activités terminées à Mexico, elle dresse elle-même le bilan et entrevoit de nouvelles tâches qu’elle souhaite mener à bien pour contribuer à la lutte organisée.
Il faut que sa douleur se transforme en force pour vaincre le capitalisme qui, quelles que soient l’idéologie ou les croyances, détruit les espoirs de lutter pour un monde plus juste ; une force qui lui permette de poursuivre les idéaux de son mari et de tous ses camarades.
Pour beaucoup d’entre nous, la violence structurelle a laissé des traces qui s’atténuent grâce à une prise en charge adaptée et à la construction de nouvelles relations politiques et affectives, qui nous permettent de ne pas perdre espoir. La lutte pour un monde plus juste et socialiste nous permet de contribuer à ce que d’autres personnes ne vivent pas les mêmes expériences et de semer l’espoir par l’organisation.
Nous ne devons pas oublier nos prisonniers, nos morts, ni les disparus ; nous ne pouvons pas et ne voulons pas trahir leur mémoire, empreinte de cohérence et de courage.
Lutter, lutter avec dignité, aux côtés du peuple organisé, lutter jusqu’à la victoire !
