Lettre ouverte à l’ensemble de la gauche kenyane sur le financement impérialiste et la morale révolutionnaire
Par Booker Omole
Secrétaire général
Camarades,
La question qui se pose à nous n’est pas de savoir si l’argent peut être utilisé pour le travail révolutionnaire. La question est de savoir si ceux qui prétendent disposer de ressources impérialistes possèdent la conscience révolutionnaire, la fermeté idéologique et l’autorité morale nécessaires pour le faire sans devenir eux-mêmes des instruments de l’impérialisme.
Nombreux sont ceux, au sein de la gauche kenyane au sens large, qui soutiennent que les fonds impérialistes peuvent être utilisés de manière tactique à des fins progressistes ou révolutionnaires. Supposons, pour les besoins de la discussion, qu’une telle proposition soit envisageable. La charge de la preuve incombe alors non pas aux critiques révolutionnaires, mais à ceux qui avancent cette thèse.
Pour utiliser l’argent impérialiste, il faut d’abord être révolutionnaire.
Si l’argent impérialiste doit être employé au service de la politique révolutionnaire, alors ceux qui le reçoivent doivent se soumettre à une norme morale et politique infiniment plus élevée que celle exigée des organisations ordinaires. On ne peut revendiquer le privilège de gérer les ressources de l’ennemi sans accepter la discipline révolutionnaire la plus rigoureuse.
Le principe moral suivant devrait donc régir tout individu ou toute organisation qui prétend utiliser des fonds impérialistes pour le travail révolutionnaire.
1), l’indépendance politique absolue
Aucune organisation révolutionnaire ne devrait jamais modifier sa ligne politique, son orientation stratégique ou son programme pour s’adapter aux intérêts, aux sensibilités ou aux priorités de ses bailleurs de fonds. La politique révolutionnaire doit rester entièrement indépendante de toute considération financière.
Le jour où le financement déterminera la politique, l’impérialisme aura déjà gagné.
2), la transparence financière totale
Chaque shilling reçu au nom du peuple doit être justifié devant le peuple. Il ne peut y avoir ni donateurs secrets, ni accords cachés, ni opacité financière.
Ceux qui reçoivent des ressources impérialistes tout en exigeant la confiance politique des masses doivent se soumettre à une responsabilité publique totale.
Si l’argent n’est pas divulgué, la morale révolutionnaire est déjà compromise.
3), la simplicité révolutionnaire
Ceux qui reçoivent des fonds impérialistes au nom de la lutte ne doivent pas s’enrichir personnellement. Pas de mode de vie luxueux, pas de salaires exorbitants, pas d’ateliers incessants dans des hôtels coûteux, ni l’émergence d’une classe d’activistes professionnels vivant mieux que les ouvriers et les paysans qu’ils prétendent représenter.
Un révolutionnaire financé par l’impérialisme mais vivant comme un comprador n’est pas un révolutionnaire. Il n’est qu’un consultant au vocabulaire radical.
4), la discipline organisationnelle
Le financement impérialiste ne doit jamais déterminer les priorités organisationnelles. Si les masses ont besoin d’éducation politique tandis que les bailleurs de fonds exigent des rapports sur le climat, ce sont les masses qui doivent prévaloir. Si les travailleurs ont besoin d’un soutien à la grève tandis que les bailleurs de fonds préfèrent des projets de gouvernance, ce sont les travailleurs qui doivent prévaloir.
Le peuple doit toujours rester la principale base des révolutionnaires.
5), la pratique anti-impérialiste permanente
Ceux qui prétendent utiliser l’argent impérialiste à des fins tactiques doivent être les adversaires les plus farouches et les plus intransigeants de l’impérialisme, tant en théorie qu’en pratique.
Si le financement impérialiste adoucit l’analyse que l’on fait de l’occupation militaire, des sanctions, du néocolonialisme ou des gouvernements compradores, alors ce n’est pas nous qui utilisons l’argent impérialiste. C’est l’argent impérialiste qui nous utilise.
Plus la contradiction est grande, plus la vigilance révolutionnaire requise doit être grande.
6), le principe de la renonciation immédiate
Une organisation révolutionnaire doit posséder la maturité politique nécessaire pour rejeter des ressources dès l’instant où celles-ci menacent son indépendance idéologique. Aucune relation de financement ne vaut la peine de sacrifier les principes révolutionnaires.
Il faut toujours être prêt à rester pauvre plutôt que de devenir politiquement dépendant.
Il ne peut exister d’organisation révolutionnaire incapable de survivre sans l’argent des donateurs. Une telle organisation a déjà cessé d’être révolutionnaire.
7), la responsabilité devant les masses
Le juge ultime de la conduite révolutionnaire n’est pas la communauté des donateurs, les ambassades étrangères ou les institutions internationales. Ce sont les masses organisées des ouvriers et des paysans.
Les masses doivent poser des questions simples. Ce financement a-t-il renforcé la lutte des classes ? A-t-il produit une conscience révolutionnaire ? A-t-il construit des institutions durables du pouvoir populaire ? A-t-il approfondi la lutte anti-impérialiste ?
Si, après des décennies de financement, une organisation a produit des rapports au lieu d’une révolution, des ateliers au lieu d’une organisation et des carrières au lieu de cadres, le verdict de l’histoire est déjà écrit.
Camarades, l’argent n’a pas de conscience. Son caractère est déterminé par les relations sociales. L’argent impérialiste ne devient pas comme par magie révolutionnaire simplement parce qu’il passe entre des mains révolutionnaires. C’est la conscience révolutionnaire qui détermine si les ressources sont transformées en instruments de lutte ou si la lutte elle-même est transformée en une industrie.
Ceux qui prétendent que le financement impérialiste peut être utilisé à des fins révolutionnaires doivent donc accepter une norme morale plus élevée que tout le monde. Ils doivent être plus transparents, plus disciplinés, plus militants et plus intransigeants que les organisations qui ne reçoivent pas de telles ressources.
Sinon, leur argument n’est qu’un prétexte à l’opportunisme politique déguisé sous le langage de la souplesse tactique.
Le mouvement révolutionnaire a survécu aux prisons, à l’exil, à l’illégalité et à la pauvreté. Il n’a jamais survécu à la liquidation politique déguisée en pragmatisme.
Le principe moral est donc simple :
Si vous prétendez utiliser l’argent impérialiste pour le travail révolutionnaire, vous devez vivre, vous organiser et lutter d’une manière qui prouve sans l’ombre d’un doute que c’est vous qui maîtrisez politiquement cet argent, et non l’inverse.
Pour utiliser l’argent impérialiste, il faut d’abord être révolutionnaire. Sinon, c’est l’argent impérialiste qui vous utilisera.
Booker Omole
Secrétaire général
17 juillet 2026
