L’histoire moderne et contemporaine du monde est, en fin de compte, l’histoire de l’oppression des travailleurs par les classes exploiteuses, mais aussi l’histoire de la lutte des classes, marquée par la résistance du prolétariat et sa lutte pour se libérer. Au cours de ces cent années marquées par les tempêtes, le sang et les larmes, les faits historiques incontestables ont maintes fois démontré une vérité révolutionnaire inébranlable : la dignité des prolétaires et les droits des travailleurs ne dépendent pas, ne serait-ce qu’un peu, de la miséricorde des classes exploiteuses, ni, ne serait-ce qu’un pouce, des aumônes de la classe dirigeante ! Toute lumière, tout droit, toute dignité ne peuvent provenir que de la lutte, de la conquête et de l’émancipation menées par le prolétariat lui-même !
Depuis des siècles, les classes exploiteuses n’ont cessé d’inculquer aux masses laborieuses des idées fausses visant à les abrutir, dans le but de dompter la volonté révolutionnaire de la classe prolétarienne. À l’époque féodale, la classe dirigeante prônait le « mandat céleste », trompant les pauvres en leur faisant attendre des fonctionnaires intègres et espérer un souverain éclairé, leur faisant ainsi placer leurs espoirs de survie dans la bonne conscience des classes exploiteuses. Quel en a été le résultat ? Les paysans se sont rebellés à maintes reprises, se sont soulevés à maintes reprises, mais n’ont finalement jamais osé s’attaquer aux fondements de la propriété privée, ni renverser la cage du système d’exploitation ; au bout du compte, cela n’a abouti qu’à des changements de dynastie, un changement de forme sans fond, et les masses laborieuses sont restées opprimées, pauvres et sans possibilité de s’émanciper.
Cette mentalité servile, qui consiste à espérer un « juge intègre », à attendre l’aumône et à compter sur les faveurs accordées, est le carcan spirituel qui enserre le cou des travailleurs depuis des siècles ; c’est le vice le plus arriéré et le plus fatal des petits producteurs !
Aujourd’hui, la société capitaliste a changé d’apparence, mais elle n’a jamais modifié la nature même de l’exploitation. La bourgeoisie invente les mensonges de la « bienveillance du système » et de la « démocratisation du capital » pour tromper le monde entier : tant que l’économie se développe et que le gâteau s’agrandit, les masses populaires pourront naturellement partager la richesse et jouir du bien-être. D’innombrables gens aveuglés se laissent berner par ces sornettes réformistes ; ils nourrissent naïvement l’illusion que les capitalistes auront un sursaut de conscience, que la classe exploiteuse cédera spontanément une partie de ses profits, et qu’en s’abstenant de lutter, de se battre et de remuer les fondements du système, ils pourront obtenir une équité et une stabilité durables.
C’est là une véritable anesthésie de classe ! Nous devons percer à jour la nature hypocrite de la soi-disant « société à haut niveau de protection sociale » d’Europe occidentale ! Les conditions de travail apparemment généreuses, la protection du travail bien établie et la sécurité sociale solide dont bénéficient aujourd’hui les travailleurs européens ne sont en aucun cas le fruit de la supériorité du système capitaliste, ni d’un élan de générosité de la part de la bourgeoisie, mais bien le résultat d’un compromis de classe obtenu au prix du sang et des sacrifices de la classe ouvrière, au cours de près de deux siècles de luttes acharnées !
Au début de l’industrialisation capitaliste, les capitalistes d’Europe occidentale régnaient en maîtres et s’adonnaient à une exploitation effrénée. Les travailleurs, réduits à l’état de bêtes de somme, travaillaient jour et nuit, mais subissaient une exploitation impitoyable, n’avaient pas de quoi se nourrir et leurs vies ne valaient pas plus que de l’herbe. Là où il y a exploitation, il y a résistance ; là où il y a oppression, il y a lutte ! Du mouvement luddite, au cours duquel les ouvriers britanniques ont brisé les chaînes du capital, au mouvement des Chartes, qui luttait pour les droits politiques des plus démunis ; des soulèvements armés des ouvriers allemands face à l’exploitation capitaliste à la grande tentative de la Commune de Paris de briser l’ancien appareil d’État et d’établir un pouvoir prolétarien ; de la Première Internationale, qui a uni les prolétaires du monde entier dans la lutte, aux innombrables pionniers ouvriers qui ont donné leur vie et versé leur sang pour la journée de travail de huit heures, le droit au travail et le droit à la survie.
Chaque loi du travail a été arrachée par la grève ; chaque système de protection sociale a été obtenu sous la pression de la lutte ; chaque droit des travailleurs a été conquis au prix d’un combat de classe !
La bourgeoisie n’a jamais renoncé de son plein gré à l’exploitation, ni cédé de son plein gré ses intérêts. Ce qu’on appelle « protection sociale », « garanties » ou « concessions » ne sont que des compromis passifs, des concessions par la force des choses et des solutions de fortune auxquels la classe dominante a été contrainte, après que la vague révolutionnaire de la classe ouvrière se fut déchaînée et que la lutte des classes eut atteint son paroxysme, afin de préserver les fondements de la propriété privée et de retarder l’effondrement du système !
Ces réformes de fortune constituent des moyens utilisés par le capital pour maintenir la stabilité, et non la libération fondamentale du peuple travailleur ! Tant que le terreau de la propriété privée des moyens de production subsiste, tant que la bourgeoisie continue de contrôler la production, la distribution et l’appareil d’État, les droits des travailleurs n’ont ni racines ni source. En période de prospérité économique, le capital distribue des miettes pour endormir les masses ; dès qu’une crise économique survient, il réduit immédiatement les prestations sociales, exploite la main-d’œuvre et répercute la crise, réduisant en un instant à néant tous les droits accordés par charité.
Cela confirme profondément la loi d’airain du marxisme-léninisme : les droits accordés par charité sont des droits factices, tandis que la dignité conquise est la dignité de classe ! Les réformes ne peuvent sauver le prolétariat, et les rafistolages ne peuvent changer la nature même de l’exploitation !
Le sophisme le plus absurde qui soit est celui qui consiste à « ne faire grandir que le gâteau, sans changer la manière de le répartir ». La contradiction fondamentale du capitalisme réside dans le conflit entre la socialisation de la production et la propriété privée des moyens de production. Peu importe la taille du gâteau, peu importe l’abondance des richesses : tant que le pouvoir de répartition restera fermement entre les mains du capital, tant que le système d’exploitation n’aura pas été éradiqué, la grande majorité des fruits du travail ne sera que saccagée et accaparée par une minorité d’exploiteurs. Les prolétaires, qui créent toute la richesse au prix de leur sang et de leur sueur, ne peuvent finalement qu’être exploités de leur plus-value ; ils travaillent toute l’année sans pouvoir maîtriser leur propre destin.
Sans l’abolition de la propriété privée, tout développement est au service de la classe exploiteuse ; sans la maîtrise de la propriété collective, aucun dividende ne revient au prolétariat ! La libération du prolétariat est la mission historique du prolétariat lui-même ; il n’y a absolument aucun sauveur, aucun bienfaiteur !
La véritable libération ne consiste en aucun cas à mendier la clémence de la classe dominante, ni à se contenter des miettes que le capital daigne nous accorder, ni à se complaire dans les réformes partielles du capitalisme. La véritable libération, c’est une révolution idéologique de soi-même, qui consiste à abolir radicalement la mentalité servile consistant à espérer des faveurs, à attendre l’aide sociale et à dépendre des puissants, pour instaurer une prise de conscience de classe totale ; La véritable libération, c’est la lutte solidaire de la classe : les prolétaires doivent s’unir et oser mener une lutte résolue contre toutes les forces d’exploitation ; la véritable libération, c’est la transformation radicale du système : briser l’ancien système d’exploitation, établir la propriété collective des moyens de production, permettre aux travailleurs de prendre le contrôle de l’économie et de s’exprimer sur le plan politique, afin de réaliser véritablement le pouvoir des travailleurs !
Toute idée consistant à espérer un élan de conscience de la part de la classe exploiteuse n’est qu’un chimère idéaliste ; toute réforme s’éloignant de la lutte des classes et de la révolution des modes de propriété n’est qu’une supercherie hypocrite. La dignité : on la conserve en luttant, on la perd en ne luttant pas ; les droits et intérêts : on les obtient en se battant, on les perd en ne se battant pas !
En adoptant une position prolétarienne inébranlable, nous devons toujours garder à l’esprit qu’il n’y a jamais eu d’empereurs divins, ni de justice accordée par grâce. Le pays du peuple travailleur, c’est à nous de le conquérir ; les droits du prolétariat, c’est à nous de les conquérir ; la libération de l’humanité tout entière, c’est à une révolution radicale qu’elle doit ; Ce n’est qu’en défendant notre position de classe, en préservant les fondements de la propriété publique et en conservant à jamais notre esprit de lutte que nous pourrons nous libérer définitivement du joug de l’exploitation et reconquérir la dignité et les droits véritables, permanents et inaliénables qui reviennent aux travailleurs !
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