Au cours de ces derniers mois, nous avons lancé sur notre site (revuesupernova.com) un projet intitulé « Agit-Prop ».
L’agitprop était l’abréviation de « agitation et propagande » (agitatsiya i propaganda), un terme né en Russie soviétique et lié à l’organisation du Parti communiste. Entre 1917 et 1925, l’agitprop bolchevique cherchait à faire sortir la politique des cercles restreints du parti pour l’amener dans les usines, les villages, les casernes et les rues. Pendant la guerre civile russe (1918-1921), des trains spéciaux destinés à la propagande et à l’éducation politique furent mis en place. Un train pouvait contenir : une imprimerie, des journaux et des tracts, des affiches, une bibliothèque, une salle de cinéma ainsi que des groupes d’agitateurs et de propagandistes. Le train se rendait dans une zone déterminée et les militants organisaient des réunions, des projections, des spectacles et distribuaient du matériel politique. L’idée était très concrète : au lieu d’attendre que la population se rende dans les centres politiques, c’était la propagande qui allait à la rencontre de la population.
L’agitprop avait deux fonctions complémentaires :
L’agitation : inciter les gens à agir politiquement, par le biais de discours, de manifestations, de slogans, de tracts, de journaux, de théâtre, etc.
La propagande : expliquer et diffuser des idées, des principes et des programmes politiques, en formant la conscience politique.
Au sein du Parti communiste russe (bolchevique), il existait des structures spécifiquement dédiées à l’agitation et à la propagande. Le système fut progressivement organisé et développé. Un exemple important fut le Glavpolitprosvet, l’organisme d’État chargé de l’éducation politique et culturelle, dirigé par Nadejda Krupskaya.
Pour nous, le projet « agitprop » est certes moins ambitieux que l’agitprop soviétique, mais il repose sur le même principe : comment parvenir à surmonter la barrière du « nouvel analphabétisme » et contrer les narrations et les idéologies dominantes. Agir est fondamental, mais cela vaut également pour la lecture et l’étude. Aujourd’hui, dans la modernité impérialiste, nous assistons à un nouvel analphabétisme de masse : tout devient « technique » ou lié au « particulier », au détriment de la vision d’ensemble. C’est également l’un des effets des cultures et idéologies postmodernes qui, au nom du « particulier », ont perdu de vue la dimension globale, ce qui se traduit sur le plan politique par l’incapacité à se doter d’un programme. Un autre facteur c’est le pouvoir de l’hégémonie culturelle exercé par l’impérialisme, qui domine la vie sociale et culturelle, qui favorise le conformisme, la passivité et la résignation.
Supernova est fondamentalement une revue théorique et d’enquête ; cependant, en tant que rédaction, nous pensons que la lutte idéologique signifie aussi parvenir à trouver des outils qui rompent avec le conformisme et donc avec l’analphabétisme moderne. Comment donc inciter les camarades, les prolétaires, à lire, à se réapproprier de l’arme de la critique ?Le projet “Agitprop”, consiste en la création et la publication quotidiennes de bandes dessinées (6 à 10 planches maximum) pour présenter des livres, des écrits, des biographies et des concepts du marxisme-léninisme, du mouvement anti-impérialiste et prolétarien. Peu de temps après le lancement de ce projet, nous avons pu constater qu’il commençait à porter ses fruits. Nous avons réussi à obtenir plus de 100 000 vues sur certaines « bandes dessinées », comme par exemple celle consacrée au concept d’accumulation capitaliste chez Karl Marx. Les bandes dessinées sont rédigées par la rédaction et leur conception graphique est assurée par l’IA. L’idée d’utiliser l’IA, en renversant son utilisation habituelle, nous est venue grâce aux camarades italiens de « Gli artisti che non abbiamo ». Un groupe de camarades qui produit de la musique « militante » à l’aide de l’IA (nous avons réalisé une interview de ce groupe dans le n° 1 de la nouvelle série de Supernova). Nous savons qu’il s’agit là d’une modeste tentative, mais elle a néanmoins réussi à dépasser les limites étroites dans lesquelles est aujourd’hui confinée la gauche prolétarienne et communiste.
Supernova, n.2 2026

