Andoni Baserrigorri s’entretient avec Iñaki Gil de San Vicente sur l’actualité du marxisme
Le marxisme n’est pas un dogme unique, figé et fermé. Le marxisme est avant tout dialectique et il est soumis à toutes sortes d’actualisations analytiques. C’est ce que Lénine appelait « l’analyse concrète de la réalité concrète ».
Les analyses valables pour l’Europe occidentale ne conviennent peut-être pas à notre Amérique. Ou bien les analyses qui s’appliquent à la réalité de la République démocratique de Corée ne sont peut-être pas utiles pour le Pays basque. Chaque peuple a ses propres conditions, et c’est en fonction de ces conditions qu’il faut utiliser les analyses marxistes appropriées.
Nous avons souhaité dialoguer avec Iñaki Gil de San Vicente sur ces questions. Nous l’avons fait à plusieurs reprises sous différents formats, mais toujours sur des aspects géopolitiques. Cette fois-ci, nous souhaitons aborder l’actualité du marxisme.
Merci beaucoup, Iñaki, pour le temps que tu nous consacres ; chez Haize Gorriak, nous savons que tu es toujours très occupé et nous apprécions les efforts que tu fais pour répondre à ces questions.
Dans plusieurs textes, voire dans certains livres, tu as insisté sur l’importance de la dialectique… La dialectique revêt-elle toujours l’importance que tu lui accordes pour bien utiliser le marxisme dans l’analyse de nos réalités ?
Pour moi, l’une des meilleures façons d’expliquer sans détours ce qu’est la dialectique marxiste et à quoi elle sert est la phrase de George Sand avec laquelle Marx conclut sa critique cinglante du réformisme de Proudhon dans La Misère de la philosophie de 1847 : « Lutter ou mourir ; la lutte sanglante ou le néant. Tel est le dilemme inexorable. » Dans le cadre de la lutte des classes, et surtout sous sa forme de lutte de libération nationale et anti-impérialiste, la dialectique en action, son déroulement et sa progression implacable vers l’unité et la lutte des contraires qui caractérisent le problème dans lequel nous sommes plongés, cette dialectique nous conduit toujours au « dilemme inexorable » de devoir choisir entre « lutter ou mourir ».
Dans le cadre plus spécifique de la pensée, de la logique, de la philosophie, de la culture, des sciences, de l’épistémologie, etc., ainsi que de la créativité esthétique, la dialectique nous conduit elle aussi, tôt ou tard mais inévitablement, au « moment du choix », c’est-à-dire au moment où nous devons prendre des décisions risquées pour notre avenir. Étant donné que nous vivons dans un monde structuré par et pour l’oppression de la majorité par la minorité, étant donné que l’unité et la lutte des contraires régissent notre vie, il arrive toujours un moment où cette réalité objective engendre divers degrés de réponses subjectives qui peuvent finir par se heurter au pouvoir, la plupart d’entre elles étant timides, partielles, hésitantes et enclines à la capitulation réformiste ou défaitiste : très peu sont révolutionnaires dans un premier temps.
On me dira que pour en arriver là, la dialectique n’est pas nécessaire, qu’il suffit d’une cohérence personnelle et d’une pensée un tant soit peu critique. Et c’est là que réside le problème et le piège : le premier, le problème, consiste en ce que l’ignorance fonctionnelle qui nous est imposée nous fait croire que la dialectique est une invention inutile de philosophes abstrus qui divaguent avec une terminologie incompréhensible, invention dont se servent les bureaucrates de gauche pour nous amadouer avec leur beau discours. Le piège réside dans le fait que, une fois pris dans cet engrenage, nous rejetons la dialectique dans notre vie quotidienne et, surtout, nous ignorons qu’elle existe en tant que méthode qui nous aide à être libres. Ainsi, il arrive un moment où nous interrompons notre avancée vers la liberté parce que nous croyons avoir atteint le maximum des possibilités d’action et qu’à partir de cet instant, nous devons accepter la voie que le système nous offre, ou céder et capituler par crainte de la répression.
La dialectique, cependant, est objective car elle reflète le mouvement de la réalité, déterminé par le choc permanent et à divers niveaux des différences, des oppositions et des contradictions qui agitent cette réalité naturelle et sociale dont nous faisons partie. La dialectique subjective est la capacité humaine à connaître et à synthétiser théoriquement le mouvement de la nature. Plus encore, l’anthropogénie est elle-même une pure dialectique de la nature, indépendamment de notre connaissance subjective. Peut-être la première définition de la dialectique apparaît-elle dans l’Iliade, lorsque, après d’intenses débats entre les Troyens, on parvient à la conclusion qu’il faut opter pour le combat à mort afin de préserver la liberté de Troie. Selon cette première acception, la dialectique est le processus de pensée qui nous révèle que les contradictions ont atteint un tel degré d’antagonisme qu’il ne reste d’autre possibilité que celle résumée dans la phrase de George Sand, citée par Marx : « Lutter ou mourir ; la lutte sanglante ou le néant. Tel est le dilemme inexorable ».
Il est tout à fait compréhensible que toutes les classes dominantes dénigrent ou occultent la méthode dialectique, et que tous les réformismes l’excluent de leur action intellectuelle tout en réduisant le marxisme à l’un des nombreux courants idéologiques progressistes disponibles à bas prix dans les librairies. Les bureaucraties réformistes, toutes sans exception, excluent la dialectique des rares formations qu’elles proposent à leurs militants, cours qui visent à leur donner les compétences techniques de base pour gérer les institutions bourgeoises pendant une année électorale, au lieu de les former à une pensée révolutionnaire consciente que le socialisme et l’indépendance nationale de classe sont inaccessibles tant que l’on respecte la dictature du capital.
Pour conclure cette réponse : sans dialectique, il n’y a pas de marxisme classique, car elle est présente de manière explicite et implicite dans tous ses textes. Par exemple dans celui de 1847 évoqué plus haut et dans celui rédigé 25 ans plus tard, dans la célèbre Préface du Capital de 1872, où Marx définit en quoi consiste sa « méthode dialectique » :
« Ma méthode dialectique n’est pas seulement différente, dans son fondement, de la méthode de Hegel, mais elle en est directement le contraire. (…) J’ai critiqué l’aspect mystificateur de la dialectique hégélienne il y a près de 30 ans, alors qu’elle était encore à la mode. (…) Je me suis ouvertement déclaré disciple de ce grand penseur et j’ai même, dans certains passages du chapitre sur la théorie de la valeur, flirté avec sa manière particulière de s’exprimer.
La mystification dont a souffert la dialectique entre les mains de Hegel n’enlève rien au fait qu’il ait été le premier à exposer, dans toute leur ampleur et en pleine conscience, les formes générales de son mouvement. Chez Hegel, la dialectique est sens dessus dessous. Il faut la remettre sur pied pour découvrir le grain rationnel caché sous l’écorce mystique.
Sous sa forme mystifiée, la dialectique est devenue à la mode en Allemagne parce qu’elle semblait glorifier l’existant. Son aspect rationnel est un scandale et une abomination pour la bourgeoisie et ses porte-parole doctrinaires, car dans la conception positive de l’existant, elle inclut la conception de sa négation, de son anéantissement nécessaire ; car, en concevant chaque forme venue à l’existence dans le flux du mouvement, elle met également en lumière son aspect transitoire ; elle ne se laisse imposer par rien ; elle est essentiellement critique et révolutionnaire. »
Le marxisme est une méthode, pas un dogme, c’est clair… Selon toi, quel secteur social s’identifie au marxisme mais, en réalité, le détruit en l’utilisant comme un dogme ?
Il y a fondamentalement quatre secteurs qui se disent démocrates radicaux, qui citent et utilisent des concepts marxistes et vont même jusqu’à se déclarer officiellement marxistes, bien qu’en réalité ils les déforment et les dénaturent, surtout ils les détruisent.
L’un d’eux est l’industrie culturelle progressiste, qui publie des livres marxistes non pas comme des armes révolutionnaires, mais comme des marchandises idéologiques devant rivaliser sur le marché de la culture bourgeoise avec d’autres modes intellectuelles. C’est ainsi que se renforce le fétichisme de la marchandise, en réduisant le marxisme à une consommation de livres jetables qui sont à la mode à ce moment-là. Dans ce cas, Marx est réduit à quelque chose de pire qu’un dogme : il est directement détruit en étant dévalorisé au rang de marchandise.
L’expression « Marx se vend » refait surface sur le marché chaque fois qu’il y a de grandes crises, des conflits sociaux ou internationaux, etc. : des livres mis en avant par le marketing de la culture dominante, placés aux côtés d’auteurs réactionnaires, négationnistes ou simplement superflus. Le droit bourgeois à la liberté d’expression s’en trouve ainsi renforcé, car la « liberté d’achat » masque la dictature du capital exercée par le biais de son industrie politico-culturelle, qui publie ce qui lui convient. Cependant, des collectifs militants font fonctionner à la sueur de leur front des imprimeries rouges qui proposent leurs publications, sur papier ou au format numérique, sur des réseaux critiques et sur des marchés non soumis au profit commercial, mais à la prise de conscience révolutionnaire.
Un autre secteur est celui du réformisme qualifié de « dur » par la presse bourgeoise, afin d’élargir l’offre politico-électorale de « gauche » sur le marché du vote et de lutter plus efficacement contre le mouvement révolutionnaire au sein du peuple travailleur. Pour expliquer un peu la différence formelle entre ces deux réformismes, il suffit de savoir que le premier nie l’exploitation sociale, la domination politique, l’oppression culturelle et nationale, le patriarcat réduit à une « perspective de genre », l’impérialisme, etc. Nous ne pouvons pas les analyser ici un par un, mais nous allons résumer l’essentiel de la déformation et de la négation pratique du marxisme qui les traverse tous avec plus ou moins d’intensité :
1) le marxisme reste valable uniquement en tant qu’une pensée progressiste parmi tant d’autres, et non en tant que praxis de la révolution communiste qui a perdu son sens historique ;
2) Le communisme est une utopie irréalisable ; seule la « démocratie avancée » peut résoudre les problèmes aigus qui nous étouffent. 3) La violence défensive, juste et révolutionnaire ne sert à rien, mais renforce au contraire le pouvoir ; seules la patience stratégique du pacifisme et du parlementarisme sont efficaces : « vote après vote ». 4) L’exploitation salariée, l’oppression politique, la domination culturelle, le patriarcat, les droits polysexuels, le racisme, etc. ne peuvent être surmontés qu’en obtenant d’immenses majorités légales et parlementaires qui, « vote après vote », abrogent les « anciennes » lois et élaborent les « nouvelles ».
5) L’oppression nationale ne se résout pas par l’indépendance ouvrière et anti-impérialiste, mais par des pactes internationaux qui en régulent les délais et les objectifs. 6) La débâcle socio-écologique ne se résout pas par la propriété socialiste de la nature et des forces productives, mais par des accords négociés avec les grandes entreprises et leurs États, accords supervisés par les institutions internationales. 7) Le matérialisme historique est faux car l’histoire est le résultat de la concorde et du consensus, et non de la lutte des classes. 8) La dialectique est fausse car la contradiction est insoluble au regard de la philosophie athée inhérente à son matérialisme : seules la foi et la spiritualité expliquent le « mystère et la contradiction de la vie ».
Un troisième secteur, plus restreint : celui des petits groupes de gauche militante qui s’autoproclament seule avant-garde dirigeante du prolétariat. Chacun d’entre eux se croit l’interprète authentique et exclusif du marxisme, tel qu’eux seuls croient savoir l’interpréter ; les autres sont des révisionnistes, des sectaires, des tacticistes, des opportunistes, etc. Il est vrai que ces derniers temps, sous la pression de la crise et des leçons du passé, bon nombre de ces groupes reconnaissent la nécessité de l’autocritique et de la lutte contre le dogmatisme. Mais l’attachement au dogme reste néanmoins très fort, tout comme l’interprétation littérale d’un texte sans tenir compte du contexte ni des changements.
Un quatrième et dernier secteur auquel on n’accorde pas suffisamment d’attention est ce mélange explosif de dogmatisme, de sectarisme, de bureaucratisme, de réformisme, etc., dissimulé derrière le verbiage creux des « nouvelles luttes » censées remplacer la classe ouvrière disparue et sa lutte des classes désormais révolue. Une multitude de petits groupes, d’ONG, de collectifs sociaux, etc., qui prolifèrent sous le couvert de la permissivité légale et, pour bon nombre d’entre eux, de subventions économiques opaques. Certains se qualifient même de « marxistes ». Au sein de ces petits groupes, la direction verticale et personnalisée est la norme, et la soumission au chef n’est pas rare.
À la lumière de ce tour d’horizon, nous pouvons affirmer que le dogmatisme consiste à annuler l’une des composantes de l’unité des contraires, de sorte qu’en ne laissant subsister que l’autre, nous rompons leur unité et leur lutte, nous annulons le développement de la connaissance et, par là même, nous dénaturons la vérité, la laissant pourrir sous forme de dogme. La vérité ne peut naître que du choc des contraires, qui s’enrichit au préalable de leurs différences et de leurs oppositions. La vérité n’existe jamais dans une seule composante de la contradiction, car elle serait tout au plus partielle et limitée.
La vérité est la dialectique entre le concret, l’objectif, l’absolu et le relatif. Les dogmatiques ignorent la dialectique de l’universel, du particulier et du singulier, de sorte qu’ils appliquent au singulier et au particulier une vision abstraite, statique et figée de l’universel, sans se rendre compte que la critique doit aussi – et surtout – se tourner vers l’universel, car c’est dans ce concept clé que réside l’une des plus grandes difficultés d’accès à la connaissance et à son enrichissement particulier et singulier.
Tout au long de l’histoire du XXe siècle, il y a eu différentes expériences socialistes dont la plupart ont malheureusement échoué… Penses-tu qu’il y ait eu de mauvaises applications du marxisme ou qu’il n’y ait tout simplement pas eu de socialisme dans certaines d’entre elles ?
Plutôt que de dire que la plupart des expériences socialistes ont échoué, je pense qu’il est plus réaliste de dire qu’elles ont été vaincues. La différence réside dans le fait que « s’être soldées par un échec » ne précise pas les raisons de cet échec ; cela constate un fait mais n’en explique pas la cause et ne peut donc pas proposer de solutions. Au contraire, dire qu’elles ont été vaincues, c’est aller directement au résultat de la lutte des classes dans ces expériences ; plus concrètement, c’est le nœud gordien : la politique qui a été menée et qui s’est soldée par une défaite.
Préciser cette différence entre « avoir échoué » et « avoir été vaincu » est important pour aborder la deuxième partie de la question. Si nous étudions les différentes défaites, nous constatons que, sous leurs formes particulières et singulières, se cache une série de raisons communes, fondamentales à toutes, que l’on peut qualifier d’universelles, et qui nous renvoient d’une manière ou d’une autre aux quatre grandes incompatibilités décisives entre le capitalisme et le socialisme qui se sont essentiellement cristallisées à la fin du XIXe siècle. Je dis « essentiellement » car chacune d’entre elles, et les quatre dans leur ensemble, expriment l’antagonisme absolu, nouveau dans l’histoire de l’humanité, entre deux modes de production : le mode capitaliste, qui semblait alors omnipotent dans son expansion à travers la planète, et le mode socialiste, qui n’existait même pas à l’état embryonnaire nulle part.
Il est vrai que la Commune de Paris de 1871 et d’autres expériences de moindre envergure avaient donné lieu à des ébauches empiriques montrant comment on pouvait progresser partiellement vers le socialisme dans des domaines sociaux très restreints. Mais c’est précisément sur cette question que s’est confirmé le potentiel créatif et heuristique de la dialectique du matérialisme historique : Marx et Engels, aidés par des collectifs militants, ont distillé la pratique dans l’alambic de la théorie en affrontant deux blocs idéologiques : le bloc réformiste issu du socialisme utopique, et le bloc bourgeois qui se développait depuis le XVIIe siècle. C’est ainsi qu’à la fin du XIXe siècle s’étaient déjà formées les racines marxistes profondes du choc insoluble entre le marxisme et le bloc bourgeois-réformiste, qui partageaient une identité de classe commune, comme le montrerait l’histoire de la lutte des classes.
Ces racines marxistes allaient s’étendre et se renforcer au gré des exigences de la lutte des classes mondiale, mais leur identité était déjà bien établie à la fin du XIXe siècle et reposait sur quatre points : la théorie de l’exploitation salariée, de la plus-value, de la valeur et du travail abstrait ;
la théorie de l’État en tant que quartier général de la classe bourgeoise, c’est-à-dire en tant que forme politico-militaire du capital ; la conception matérialiste de l’histoire en tant que produit de la lutte des classes et de la libération des peuples ; et la méthode dialectique qui insiste sur le fait que le mouvement du réel résulte de l’unité et de la lutte des contraires. Ces quatre éléments forment une totalité, de sorte que si l’un d’entre eux vient à manquer, non seulement les trois autres entrent en crise, mais c’est cette totalité, c’est-à-dire la marche vers le socialisme, qui est vaincue tôt ou tard.
Ne commettons pas l’erreur objectiviste et mécaniste de croire qu’il suffit d’appliquer ces quatre composantes de la totalité pour assurer la victoire du socialisme. Non. Dans chacune d’elles, et de manière décisive dans leur unité, la conscience révolutionnaire, la subjectivité critique et autocritique, ainsi que le désir et l’éthique jouent un rôle clé pour la victoire. Et au sein de cette dialectique, la conscience de la nécessité vitale de la prise et du maintien du pouvoir ouvrier, ainsi que celle de la politique en tant que quintessence de l’économie, s’imposent comme fondamentales. C’est-à-dire la participation dirigeante du peuple travailleur organisé en soviets, conseils, communes, coopératives, syndicats sociopolitiques, etc., unis dans l’autodéfense par la doctrine du peuple en armes.
Parallèlement à ces mesures, et avec la lucidité autocritique que la défaite peut survenir en raison de l’abandon ou du mépris de ces leçons historiques, le peuple travailleur doit imposer des mesures fondamentales telles que l’expropriation des capitaux, la socialisation des forces productives et la planification de l’économie, la liquidation des forces répressives et du système judiciaire bourgeois, la liquidation de la propriété bourgeoise de l’industrie politico-médiatique, la reconnaissance de l’indépendance des nations opprimées, etc. Comment mettre tout cela en œuvre ? C’est très simple : la dialectique entre démocratie et dictature l’explique parfaitement. La démocratie bourgeoise est la forme extérieure de la dictature du capital, tandis que la dictature du prolétariat est la forme extérieure de la démocratie socialiste.
Mais, enfin, nous ne devons pas non plus oublier trois réalités indéniables et interdépendantes : premièrement, qu’il s’agit d’une lutte des classes, et que par conséquent la bourgeoisie locale et l’impérialisme agissent de concert, tant sur le plan tactique que stratégique, pour détruire jusqu’à la racine cette tentative révolutionnaire afin qu’elle ne puisse plus jamais renaître.
Deuxièmement, que l’immense majorité des tentatives révolutionnaires ont eu lieu et se produisent encore dans des pays appauvris, pillés et disposant de peu de ressources, comme l’avait déjà prévu le marxisme dès le dernier tiers du XIXe siècle. À cela s’ajoutent les coûts colossaux en matière de défense que ces peuples doivent assumer pour ne pas être à nouveau exploités, au détriment d’améliorations urgentes dans d’autres domaines : en 1930, l’URSS accusait un retard de 50 à 100 ans par rapport à l’Occident ; consciente qu’elle serait tôt ou tard envahie par le capitalisme, elle décida de combler cet énorme écart en une décennie, en dix ans, afin de se réarmer le plus rapidement possible.
Et troisièmement, les chaînes mentales, subjectives et réactionnaires issues du passé mais qui perdurent longtemps dans le présent, manipulées par l’impérialisme pour créer des mouvements contre-révolutionnaires. Mais l’essentiel est que ces chaînes mentales sont quotidiennement renforcées par l’action dissolvante de la loi de la valeur, du marché en tant que régulateur et dictateur de la vie collective. Nous reviendrons plus tard sur ce troisième point lorsque nous aborderons le fétichisme de la marchandise, le cancer du marché et l’incompatibilité entre le socialisme et la loi de la valeur.
Tout ce qui précède explique les énormes difficultés que doivent surmonter les peuples travailleurs, ce qui favorise la lassitude, les erreurs, les trahisons et la bureaucratisation… et avec elles, les défaites. J’insiste : nous ne pouvons pas considérer chacune des parties que nous avons examinées comme totalement séparées, isolées les unes des autres ; elles forment une totalité que nous devons analyser dans ses composantes tout en la synthétisant dans son unité en mouvement permanent.
J’ai laissé plusieurs points en suspens car la question qui va suivre me permet de les développer plus en détail. Deux d’entre eux, étroitement liés, sont, d’une part, le dépassement de la vision du monde bourgeoise centrée sur le fétichisme de la marchandise, sur la dictature du marché et sur le mensonge selon lequel la liberté dépend de la propriété privée orientée vers l’accumulation et le consumérisme ; et d’autre part, et indissociable du précédent, l’action quotidienne du pouvoir populaire et de l’État ouvrier, avec sa planification socialiste, pour éradiquer le plus rapidement possible le marché dans son contexte donné, puis le dépasser historiquement à l’échelle mondiale de manière irréversible.
La Biélorussie, que je connais, la République populaire de Chine et le Vietnam appliquent des recettes de marché, mais dans le but de sauver le socialisme… Où penses-tu que se situe la limite de cette manière de procéder pour éviter l’émergence d’une nouvelle classe dirigeante qui aurait intérêt à revenir au capitalisme ?
Une leçon historique incontestable est que, de la même manière qu’aucune classe dominante ne cède pacifiquement et de bon gré son pouvoir, ses biens, son État et son armée à la classe qu’elle a exploitée et dominée jusqu’alors, de la même manière mais à l’inverse, toute classe dominante vaincue, expropriée par le prolétariat, organise dès le premier jour la contre-révolution pour reprendre le pouvoir et détruire définitivement le prolétariat.
Une autre leçon historique incontestable est que l’impérialisme, un État qui opprime et exploite d’autres peuples, ne leur accorde jamais de son plein gré l’indépendance socialiste, mais seulement l’indépendance formelle, apparente, dont nous parlerons plus tard. Ce n’est que grâce à la lutte de libération nationale de classe, dure et parfois désespérée, que ces peuples conquièrent au prix du sang leur indépendance socialiste, au cours d’une guerre de libération qui est une guerre de classes, une guerre sociale, au sein même du peuple. Mais cette indépendance socialiste n’est jamais acquise ; il faut toujours rester vigilant face à une contre-révolution interne soutenue, voire provoquée, par l’État anciennement occupant, par l’impérialisme. Si la nation perd à nouveau son indépendance socialiste, son avenir sera celui de la barbarie infligée par l’État qui est redevenu occupant.
Une troisième leçon de l’histoire est que la classe bourgeoise dans son ensemble met de côté ses divergences étatiques, nationales, culturelles, linguistiques, etc., et s’unit autour de sa propriété privée lorsqu’elle est menacée d’être socialisée par l’humanité travailleuse. Les différentes bourgeoisies poussent leurs classes ouvrières aliénées à s’entre-tuer pour sauver ou accroître les profits de leurs bourgeoisies respectives, mais dès que la classe ouvrière tente de socialiser les forces productives, la bourgeoisie s’unit pour étouffer la liberté dans le sang. Les bourgeoisies des nations opprimées trahissent leurs peuples pour négocier avec l’occupant, détournant la lutte pour l’indépendance vers le trou noir du parlement, de la loi et des promesses de l’envahisseur, en collaborant avec lui à la répression de ceux qui refusent de s’agenouiller.
Par conséquent, tout processus révolutionnaire doit se préparer avant la prise du pouvoir afin d’écraser la réaction bourgeoise inévitable, et ce d’autant plus s’il s’agit d’une lutte de libération nationale de classe dans laquelle la bourgeoisie hait davantage son propre prolétariat que l’occupant. Se préparer à l’avance signifie sensibiliser les militants à ce nouveau combat, avertir également le peuple ouvrier que la lutte se poursuivra après la première victoire, et surtout étudier en profondeur comment les bourgeoisies vaincues ont organisé les contre-révolutions, comment elles ont progressivement regagné le soutien de secteurs aliénés en manipulant les composantes irrationnelles, les peurs, le racisme, le patriarcat, etc., afin de saper de l’intérieur le nouveau pouvoir ouvrier.
À ce stade, nous devons savoir que la mobilisation ouvrière et populaire pour défendre les acquis est indispensable pour faire échouer toute tentative contre-révolutionnaire. Mais cette mobilisation doit s’accompagner d’une conscience de ce qu’est le capitalisme. Le point critique de toutes les expériences d’avancée vers le socialisme, en particulier dans les peuples appauvris, réside dans une orientation socio-économique et politique consciente visant à dépasser le capitalisme et à développer rapidement le socialisme à partir de conquêtes initiales décisives : démantèlement de l’État bourgeois et de son armée, création du peuple en armes et de l’État-Commune, socialisation des forces productives et de la Banque centrale, etc. La création de ces pouvoirs populaires indispensables, ainsi que d’autres, doit être assurée par la mobilisation ouvrière et populaire permanente afin de contrecarrer toute tentative contre-révolutionnaire, et par la lutte permanente contre la déshumanisation inhérente au marché.
Ce qu’on appelle le « socialisme de marché » est un contresens, un oxymore, qui ne peut être compris et résolu qu’à partir de la dialectique de la lutte des classes, c’est-à-dire en détruisant le marché et en avançant non seulement vers le socialisme, mais surtout vers le communisme. Ce point est essentiel : la loi de la valeur est une force destructrice invisible, mais matérielle et objective. La marchandise qui s’appuie sur elle réifie et dénature la personne, la réduisant à de l’argent, à l’équivalent général qui assimile tout au prix d’un simple écrou. Une personne transformée en écrou, en objet passif attendant que le marché, en tant que pouvoir absolu, lui impose un prix, ou pire, en un fanatique fasciste dont le prix dépend des crimes qu’il commet, est inconciliable avec le communisme.
Dans la mesure où le marché capitaliste subsiste au sein de la planification socialiste, dans cette même mesure, la reprise bourgeoise est inévitable, car elle dispose de l’énorme pouvoir de domination invisible et inconscient de la loi de la valeur, de la marchandise et de l’argent en tant qu’équivalent universel. Ce pouvoir invisible et inconscient était déjà ancré depuis des générations dans la personnalité collective aliénée des classes exploitées par des années d’éducation et de vie « normale » sous la dictature du capital. Ce pouvoir doit être rendu visible et combattu dans la pratique et au quotidien par le biais d’une nouvelle vie socialiste, critique et consciente. Si cela n’est pas réalisé ou si cette lutte ne reçoit pas la priorité qu’elle exige, la bourgeoisie vaincue commencera inévitablement à se rétablir.
Dans un discours disponible sur YouTube, Fidel rappelle que le socialisme n’est pas arrivé à Cuba sous l’escorte des chars soviétiques, et que cela le rend plus fort. Mais il y a eu d’autres expériences, comme en Yougoslavie ou en Albanie, où ce n’était pas non plus le cas et où les révolutions ont fini par échouer… Sans entrer dans une analyse minutieuse de chacune d’entre elles, peut-on parler d’un manque de dialectique et de compréhension de la réalité de la part des révolutionnaires locaux eux-mêmes, ce qui a fait échouer certaines de ces révolutions ?
Exactement, Fidel Castro nous amène à un point décisif sur lequel nous ne pouvons pas nous étendre pour l’instant. En effet, une grande partie de l’argument selon lequel « le socialisme a échoué » repose sur l’effondrement des pays d’Europe de l’Est libérés du nazisme par l’Armée rouge à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les partis marxistes étaient très faibles dans ces pays car les nazis les avaient persécutés sans merci, aidés par des collaborateurs internes. L’occupation nazie les a pillés et ruinés économiquement, et dès 1945, leur redressement économique a dû repartir pratiquement de zéro dans un contexte de guerre froide, de sabotages et de provocations impérialistes. L’aide soviétique était très limitée, bien que les réparations de guerre fussent modestes.
Mais l’une des grandes failles du socialisme en URSS et en Europe de l’Est fut qu’il ne parvint pas à dompter d’abord, puis à détruire le monstre capitaliste qui sommeille dans la marchandise, dans une économie anarchique soumise à la loi de la valeur et à la nécessité aveugle du profit maximal du propriétaire privé de l’atelier, de la ferme, de la petite usine, etc. , ce qui était autorisé dans ce qu’on appelait le « socialisme de marché ». La NEP de 1921 s’y est essayée et y est parvenue pendant quelques années, mais dès 1925, les problèmes ont refait surface, ce qui a conduit, en 1929, à un retour à la planification de l’économie, en surmontant la résistance farouche d’une bourgeoisie renaissante au prix d’une lutte des classes acharnée. Cependant, dès le début des années 70, l’économie a commencé à ralentir pour diverses raisons, parmi lesquelles l’incompatibilité entre le marché renaissant et la planification socialiste. Les débats à ce sujet, qui avaient refait surface peu avant la mort de Staline en 1953, se sont étendus à tous les pays socialistes, y compris à Cuba entre 1962 et 1965.
En réalité, l’économie soviétique fonctionnait très bien malgré les mensonges occidentaux, mais elle a commencé à rencontrer quelques problèmes à mesure que la faction représentée par Brejnev, à partir de 1964, contrôlait de moins en moins la lente montée en puissance d’une bureaucratie qui tirait de plus en plus profit de la soi-disant « deuxième économie » qui avait renaît après la Seconde Guerre mondiale. L’économie privée légale en URSS, reconnue par la loi, est devenue illégale car elle rapportait davantage à ses propriétaires.
Un phénomène similaire à ce qui s’était produit lors de la deuxième phase de la NEP, à partir de 1925. Ce fut une dégradation lente mais inexorable, car il n’y eut pas d’intervention radicale du PCUS pour l’étouffer dans l’œuf comme en 1929. Ce n’est que vers 1980 que les institutions commencèrent à s’inquiéter de cette « deuxième économie », à mesure que s’aggravaient les problèmes découverts en 1973.
La soi-disant « double économie » favorisait la formation d’une nouvelle bourgeoisie qui s’alliait à la bureaucratisation. En leur temps, Lénine et d’autres bolcheviks avaient combattu avec acharnement la convergence entre les nouveaux bureaucrates, les anciens fonctionnaires tsaristes, les bourgeois et les paysans riches. Un demi-siècle plus tard, ce phénomène refaisait surface. À tout cela s’ajoute la pression brutale, sans cesse croissante, de la menace militaire impérialiste et de sa guerre économique, scientifique, etc. C’est alors qu’un large secteur du PCUS, notamment ses dirigeants, a soutenu la perestroïka. Après des mesures qui ne renforçaient pas la planification ni n’annulaient le marché privé, l’attaque en règle a commencé en 1987 avec un démantèlement très rapide des piliers du socialisme soviétique. Par exemple, en 1988, une liberté totale fut accordée aux coopératives, y compris celles du commerce extérieur ; cette loi, conjuguée à d’autres, permit à la nouvelle bourgeoisie de s’organiser publiquement et officiellement en tant que classe sociale prête à prendre le pouvoir, les nouveaux « népmen » fusionnant avec la bureaucratie. Le marché capitaliste s’était imposé face à la planification socialiste de plus en plus affaiblie. L’implosion de l’URSS allait se produire très peu de temps après, en novembre 1991, lorsque le PCUS fut interdit.
La Yougoslavie lutta farouchement contre le nazisme, obligeant celui-ci à détourner des troupes d’autres fronts pour continuer à la piller. Dans les années 1950, la primauté du plan sur le marché était officielle, mais on reconnaissait le pouvoir d’intervention des « conseils d’usine », qui instauraient peu à peu davantage d’autogestion dans leurs entreprises et coopératives. À partir de 1965, l’autonomie du marché, des entreprises et des coopératives s’est intensifiée ; celles-ci se faisaient concurrence pour un plus grand enrichissement de chacune d’entre elles, mais en 1971, il fallut revenir à l’« autogestion planifiée » pour mettre un terme net aux injustices sociales qui s’étaient multipliées en l’espace de cinq ans seulement. Cependant, en 1975, on admit que l’autonomie des régions était également une autonomie du marché, de sorte que chaque région et chaque entreprise pouvaient agir comme elles l’estimaient bon. L’unité supranationale s’en trouvait ainsi affaiblie, tandis que le pouvoir du marché se reconstituait.
La crise de 1980, qui n’était que l’effet différé de la crise capitaliste de la première moitié des années 70, a exacerbé ces problèmes tout en mettant en lumière l’énorme dette croissante de la Yougoslavie auprès des banques impérialistes, qui allait devenir insoutenable en l’espace de quelques années. L’impérialisme savait par quelles failles et comment attaquer pour démanteler la Yougoslavie, mais il lui fallut néanmoins plusieurs guerres atroces dans les années 1990 pour la détruire.
L’Albanie, l’un des pays les plus pauvres d’Europe en 1940, voire le plus pauvre, a suivi une voie opposée à celle de la Yougoslavie et à celle des réformes économiques soviétiques successives qui s’ouvraient peu à peu au marché. Son autarcie économique et son modèle extrême de « socialisme dans un seul pays » ne résultaient pas seulement d’une décision interne, mais aussi du blocus impérialiste impitoyable et des divergences théoriques successives avec la Yougoslavie, l’URSS et la République populaire de Chine. La planification a permis de grands progrès socio-économiques, avec des améliorations substantielles des conditions de vie de la population, mais, une fois encore, au milieu des années 1980, des difficultés sont apparues, non seulement d’ordre économique, mais aussi liées à la capacité des communistes à diriger une société qui avait considérablement changé entre 1945 et 1985. L’implosion de l’URSS et de l’Europe de l’Est a ébranlé l’Albanie et, en 1991, les élections ont été remportées par un parti conservateur bénéficiant d’un soutien massif de la part des impérialistes.
Et Cuba ? L’indépendance socialiste cubaine a été le résultat d’une guerre de libération anti-impérialiste qui a brisé tous les schémas du soi-disant « marxisme occidental », lequel s’était initialement opposé à la lutte total pour l’indépendance du peuple cubain. Le socialisme cubain a été et reste une réussite, une conquête interne, et non externe, et cela est fondamental pour comprendre pourquoi Cuba résiste tant à l’impérialisme malgré sa politique d’asphyxie économique totale. Le peuple cubain a tiré lui-même les leçons de son histoire, et non de l’histoire inventée par l’Europe et les États-Unis. En découvrant par lui-même sa propre histoire, le peuple travailleur met en place les mesures socio-économiques, politiques, internationalistes, culturelles et éthiques et morales dont il sait qu’il a besoin. Parmi celles-ci, les réformes successives de la planification économique visant à limiter le marché pour se défendre contre les attaques croissantes des États-Unis. Le peuple cubain sait par sa propre expérience que l’entrée du capitalisme sur son île signera la mort de la nation ouvrière cubaine ; c’est pourquoi il résiste désespérément au triomphe du marché et à la défaite de la planification.
En appliquant la méthode dialectique telle que tu la définis, comment interprètes-tu ce qui s’est passé au Venezuela à partir du 3 janvier 2026 ?
Examinons très rapidement le cas du Venezuela. Pour faire court, la « révolution bolivarienne » a été une révolution politico-radicale, non socialiste au sens plein du terme, bien qu’elle ait remporté des victoires indéniables telles que la nationalisation du pétrole, la nouvelle doctrine militaire non contrôlée par les États-Unis, la création de milices bolivariennes, une forte planification étatique, de grandes avancées sociales et la promotion des communes, la relance de l’unité de Nuestramérica et de l’anti-impérialisme, l’intégration des peuples autochtones, etc., tout en respectant les piliers du capitalisme. Cette contradiction entre un bolivarisme radical mais non socialiste, et encore moins communiste, et un respect suicidaire du capital, est à l’origine de la victoire de Washington depuis le 3 janvier 2026.
L’afflux de devises pétrolières facilitait ces politiques mais permettait en même temps l’émergence clandestine d’une « bolibourgeoisie » composée de secteurs bourgeois et petits-bourgeois initialement progressistes qui avaient rejoint le mouvement bolivarien. Le coup d’État fasciste manqué de 2002 et la victoire sur la dure grève pétrolière organisée par l’impérialisme et la grande bourgeoisie vénézuélienne ont radicalisé le peuple, ce qui a convaincu cette « bolibourgeoisie » cachée de l’intérêt de se rallier à la force du peuple, surtout en voyant que Chávez voulait proclamer en 2005 le contenu socialiste. Mais la crise de 2008 et son impact particulièrement destructeur au Venezuela, à partir de la crise bancaire de 2009 et de la chute des devises depuis 2010, ont commencé à mettre au jour les intérêts initiaux de cette « bolibourgeoisie ».
Peu avant d’être assassiné en mars 2013, Chávez a durci l’offensive « La Commune ou rien » dans le cadre de la stratégie du « changement de cap » visant à redresser l’orientation et le rythme du processus bolivarien. Il devait percevoir la situation comme très grave pour lancer cette offensive contre les tendances déchirantes, sachant qu’il lui restait peu de temps à vivre. Aujourd’hui, malheureusement, nous comprenons tout le sens de ses dernières interventions et décisions. Une prémonition ? L’assassinat du Commandant a également mis en évidence la coordination croissante de la « bolibourgeoisie », qui a compris dès lors que la phase 2002-2013 était terminée, et qu’une nouvelle phase, décisive pour la prise du pouvoir politique, commençait. Bien que de justesse, Maduro a remporté les élections de 2013, battant le triomphalisme de la réaction qui croyait que le bolivarisme s’effondrerait avec la mort de Chávez. En réponse, et pour remonter le moral de la droite, l’administration Obama a déclaré en 2015 que le Venezuela constituait une « menace nationale » pour les États-Unis.
Sans nous attarder ici sur ce qui aurait dû être fait à l’époque, par exemple dans les thèses qui prônaient une mobilisation massive du bolivarisme socialiste et communaliste, à la fois comme réaffirmation face à la menace impérialiste et face à la force de plus en plus perceptible de la « bolibourgeoisie », dont certains secteurs nouaient déjà des relations avec les bourgeoisies anti-chavistes. En 2014, des provocations et des « guarimbas » contre-révolutionnaires ont été organisées, qui se sont intensifiées en 2017, auxquelles le gouvernement de Maduro a répondu par des manœuvres qui divisent la droite mais qui, dans le même temps, restreignent progressivement la capacité d’auto-organisation du peuple. L’inquiétude des chavistes de la première heure face aux nouvelles voies ouvertes par le gouvernement explique les démissions qui se multiplient depuis 2018, tandis que circulent des données sur la détérioration des revenus du peuple.
Le boycott criminel de l’OMS et de l’impérialisme, visant à empêcher l’arrivée à temps des vaccins contre la Covid-19 – vaccins pourtant déjà payés –, radicalise à nouveau les secteurs populaires qui s’étaient détournés du régime, même si, en réalité, la politique de Maduro s’alignait peu à peu sur les exigences impérialistes : en 2021, l’aide vénézuélienne à Cuba, par exemple, avait été réduite à moins de 20 % de son niveau initial, malgré l’aide solidaire apportée par l’île au Venezuela. Cette même année, les négociations avec les États-Unis, menées par Delcy et Jorge Rodríguez, Diosdado Cabello et Padrino López, s’intensifient. Delcy assiste d’ailleurs depuis lors aux réunions avec le patronat qui avait organisé le coup d’État de 2002 et toutes les manœuvres réactionnaires qui ont suivi.
En mai 2022, la presse impérialiste applaudissait à tout rompre les lois du gouvernement Maduro qui subordonnaient l’économie du pays à la dictature du dollar : cela creusait ainsi la brèche dans l’idéologie bolivarienne, par laquelle s’engouffraient à flots de nouvelles formes de fétichisme de la marchandise qui désintégraient le pays de l’intérieur, désorientait le chavisme populaire et enhardissait l’ensemble du bloc bourgeois. Fin 2022, on débattait pour savoir quel était le modèle économique bolivarien, de plus en plus impuissant face au pouvoir de la « bolibourgeoisie » et du marché, ce qui se traduisait par une montée de la corruption, par exemple : les arrestations de plus d’une dizaine de hauts responsables du ministère du Pétrole en mars 2023, alors qu’on savait qu’une réunion secrète avait eu lieu au Qatar entre Caracas et Washington en juin 2023, puis une autre en septembre de la même année. En octobre également, deux accords ont été signés à la Barbade avec l’opposition « démocratique ».
La dollarisation, associée à d’autres mesures visant à renforcer le marché capitaliste face à l’économie communale, commence à porter ses fruits et, à partir de l’été 2023, l’économie bourgeoise entame sa reprise, renforçant ainsi la position du gouvernement lors des élections décisives de juillet 2024, où s’affrontent deux projets : celui de l’opposition, avec un programme brutalement néolibéral, et celui du gouvernement, avec des propositions mixtes qui, en plus de défendre les acquis sociaux fondamentaux indéniables qui subsistent encore, promet de récupérer celles qui ont déjà été perdues et d’en gagner d’autres grâce à l’élan de la reprise économique de plus en plus visible dans la rue. Dans les cercles politiques, on évoque les pressions exercées au préalable par les bourgeoisies latino-américaines pour que Maduro ne soit pas le candidat à la présidence de la liste chaviste, mais une autre personne plus malléable et acceptable aux yeux des États-Unis. En août 2024, l’Union européenne avertit que le peuple vénézuélien en paiera les conséquences s’il n’y a pas de « transition démocratique » rapide confiant le pouvoir à l’opposition réactionnaire qui avait perdu les élections un mois auparavant.
Pendant ce temps, les données sur la reprise économique bourgeoise continuent de s’accumuler : celle-ci atteint, début 2025, une croissance d’un peu plus de 7 % du PIB selon les estimations officielles, une amélioration confirmée par la CEPAL à la mi-décembre 2025, qui affirme que le Venezuela est le pays affichant la plus forte croissance de Notre-Amérique, des chiffres qui inquiètent également les Yankees, bien que des réunions entre Caracas et Washington aient lieu cette année-là. Parallèlement à cette amélioration, en juin 2025 est rendu public l’accord d’association stratégique avec la Russie, qui porte un coup sérieux aux plans des États-Unis non seulement dans la région mais aussi à l’échelle mondiale, car c’est à ce moment-là que des rapports internes du Pentagone et de la Maison Blanche reconnaissent qu’il ne leur reste plus que six ans de réserves de pétrole. Plus significatif encore, en novembre de cette même année 2025, parallèlement à ces nouvelles, le Pentagone déploie des navires de guerre et 4 000 marines à quelques milles des côtes vénézuéliennes.
C’est précisément à ce moment-là, le 18 décembre 2025, que la presse impérialiste révèle les trois plans de l’administration Trump élaborés au cours de son précédent mandat pour prendre le pouvoir au Venezuela : un soulèvement réactionnaire, un coup d’État de palais ou une occupation rapide par les Yankees du palais présidentiel. D’autres possibilités ne sont pas non plus écartées, dont certaines portent sur une « solution négociée » avec un exil doré pour Maduro ; la nécessité d’une « purge limitée » est également évoquée.
Le 3 janvier 2026, les États-Unis envahissent le Venezuela avec le soutien de traîtres vendus à l’étranger, bombardent Caracas et ses environs, assassinent plus d’une centaine de soldats et de civils, dont 32 membres de la garde cubaine qui défendaient le président Maduro et Celya, sa compagne. Après une défense acharnée, Maduro et Celya sont enlevés et emmenés aux États-Unis. À l’exception des deux premières heures et dans des lieux très localisés, il n’y a eu aucune résistance. Les Yankees sont entrés comme ils l’ont voulu et aussi loin qu’ils l’ont voulu, ils ont fait ce qu’ils ont voulu, ont emporté ce qu’ils ont voulu et sont restés là où ils avaient prévu de rester.
Que s’était-il passé ? Pourquoi n’y a-t-il pas eu de résistance immédiate, ni même de résistance ultérieure, alors que depuis 1999, la République bolivarienne avait affirmé presque quotidiennement que toute invasion serait repoussée par une résistance populaire désespérée, quelle qu’en soit la durée ? Où est passée cette belle phrase prononcée en public par Hugo Chávez en 2008 : « Allez vous faire foutre, sales Yankees !!! » ? Nous ne pouvons pas nous étendre sur les réponses ; nous exposerons donc quelques thèses et terminerons par une citation d’un révolutionnaire que nous admirons.
Première thèse : le peuple vénézuélien a mené une lutte de guérilla acharnée dans les années 1960, qui a laissé un héritage de leçons très valables pour l’avenir. En 1989, le peuple travailleur s’est soulevé lors de l’héroïque Caracazo contre l’exploitation insupportable qu’il subissait, faisant des milliers de morts : ce fut le premier soulèvement de masse contre le néolibéralisme. En 2002, le peuple ouvrier, avec notamment les femmes comme force motrice, est descendu dans les rues du Venezuela pour écraser le coup d’État fasciste, puis a remporté la « guerre du pétrole ». Par la suite, à maintes reprises, le peuple travailleur s’est levé pour défendre la révolution politique chaque fois qu’elle a été attaquée, faisant preuve de détermination lors des « guarimbas » fascistes. Cependant, depuis le 3 janvier 2026, il reste passif, acceptant le pillage impérialiste puis, depuis juillet, la présence des sionazis génocidaires au Venezuela sous prétexte d’une aide humanitaire suite au tremblement de terre.
Deuxième thèse : le « changement de cap » de 2012 est arrivé trop tard ; il n’a pas pu redresser la barre, même s’il a pu, comme nous l’avons vu, retarder la réorganisation de la bourgeoisie. La séparation de facto entre politique et économie, c’est-à-dire le respect de la propriété bourgeoise, même si celle-ci devait coexister dans certains domaines avec les communes et une certaine planification d’État, assurait au moins trois atouts à la bourgeoisie : premièrement, la facilité de coordination interbourgeoise à l’intérieur et à l’extérieur du Venezuela, largement affranchie du contrôle politique officiel bolivarien ; deuxièmement, la pérennité de l’industrie politico-médiatique bourgeoise avec son pouvoir d’aliénation dans la vie quotidienne ; Et troisièmement, sous-jacente à tout cela, la tendance objective au renforcement du fétichisme de la marchandise en tant qu’arme réactionnaire dévastatrice contre laquelle seule l’intensification permanente de la lutte révolutionnaire est valable ; or, au sein de la « bolibourgeoisie », des propositions ont émergé visant à réduire progressivement la présence des symboles de Bolívar et de Chávez, ainsi qu’à abandonner les références au socialisme.
Troisième thèse : en ce qui concerne le Venezuela, la stratégie impérialiste consiste à lui soutirer jusqu’à son dernier souffle et à détruire jusqu’à la racine l’idéal bolivarien. Étant donné qu’une invasion classique exigerait de nombreuses ressources et le soutien des bourgeoisies latino-américaines au cours d’une très longue guerre au résultat épuisant et incertain, qui s’étendrait à toute l’Amérique latine ; et compte tenu de la faiblesse croissante des États-Unis, Washington a décidé, pour l’instant, de menacer, de soudoyer et de corrompre le secteur dominant de la « bolibourgeoisie », en comptant sur la passivité lâche ou intéressée du reste de la « bolibourgeoisie », ainsi que sur le soutien enthousiaste du bloc bourgeois dans son ensemble. Nous disons « pour l’instant » car les États-Unis ont un autre plan, plus sauvage encore, si celui-ci échoue, comme nous le verrons plus loin.
Quatrième thèse : Les causes de la passivité du peuple face à l’invasion yankee sont désormais compréhensibles : D’une part, la pourriture idéologique inhérente à la dictature du capital qui, si elle n’est pas combattue radicalement, dénationalise le peuple, l’asservit mentalement et en fait une cible passive et pacifiée. Cette pourriture jaillit des entrailles du capital, mais elle est accélérée par le réformisme, les collaborationnistes et les bureaucraties. D’autre part, cette pourriture dissout la conscience du gros du parti et de ses organisations, engendre l’obéissance et la soumission au sein des bases, affaiblissant ainsi leur esprit critique et leur initiative, toujours indispensables. Enfin, à mesure que la crise s’aggrave, que les menaces et les dangers s’intensifient, la confusion des bases et des secteurs militants s’accroît d’autant, car ils ne reçoivent pas d’ordres précis sur ce qu’ils doivent faire au moment critique.
Cinquième thèse : La stratégie impérialiste s’est intensifiée et accélérée avec l’arrivée de Trump à la Maison Blanche en janvier 2025, car la techno-oligarchie, Wall Street et le Pentagone voyaient le pouvoir américain reculer de toutes parts, et constataient que la politique de Biden ne parvenait pas à enrayer ce déclin. La résistance électorale de Maduro, la reprise économique et les négociations internationales entamées dès 2023, l’accord stratégique avec la Russie, etc., constituaient un danger croissant pour les États-Unis, car ils pouvaient permettre à la « bolibourgeoisie » et à d’autres secteurs bourgeois de jouer plusieurs cartes à la fois pour prendre leurs distances avec le chavisme, développer le capitalisme et maintenir une certaine façade d’indépendance nationale. Ce bloc vénézuélien souhaitait continuer à prendre ses distances avec le chavisme, et la prospérité économique, les nouvelles relations internationales, la « protection » russe et, par extension, chinoise, etc., lui apportaient de nombreuses garanties à cet égard.
Sixième thèse : À mesure que l’année 2025 avançait, les États-Unis se trouvaient confrontés à une situation de plus en plus pressante : ils devaient piller le Venezuela au plus vite, mais la « bolibourgeoisie » se renforçait grâce à la bonne santé de l’économie, aux relations internationales, les accords avec la Russie et, par extension, avec la Chine, etc. Le Pentagone savait qu’après une invasion et/ou un coup d’État, l’extrême droite pourrait peut-être garantir le pillage yankee par la terreur, mais que tôt ou tard, le peuple tout entier se soulèverait, ce qui entraînerait alors une guerre incontrôlable à moyen et long terme. Il fallait donc, au moins dans un premier temps, un autre point d’ancrage interne, un autre collaborateur, et il a négocié avec la « bolibourgeoisie » qui lui garantissait l’ordre et la soumission. Une partie du peuple bolivarien tente de résister à l’envahisseur dans un premier temps, mais reçoit l’ordre de ne pas le faire. Le peuple encaisse les coups sans protester.
Nous sommes tout à fait d’accord avec ce qu’a écrit Juan Contreras le 12 avril 2026 : « L’histoire nous enseigne que face à la botte de l’envahisseur et à la trahison de la bourgeoisie, la seule réponse possible est l’organisation populaire et l’approfondissement du socialisme. »
De nombreux mouvements révolutionnaires, comme celui du Venezuela que tu viens d’évoquer, ainsi que des expériences socialistes ont échoué parce que le réformisme s’est immiscé jusque dans les moindres recoins. Parmi eux, malheureusement, le MLNV au sein duquel nous avons tous deux milité. Dans quelle mesure cela constitue-t-il une leçon et met-il en évidence l’importance de la vigilance révolutionnaire ?
Les leçons tirées de la trahison d’une partie du peuple vénézuélien sont sans appel, mais nous devons mener une étude concrète sur le cas de l’Euskal Herria. Sans même remonter à l’histoire fondamentale du réformisme, qui nous enseigne que, depuis les premières oppressions, il a toujours existé des courants estimant qu’il était possible d’atténuer la douleur de l’injustice par des réformes lentes et progressives qui affaibliraient tant le pouvoir oppresseur que, finalement, la liberté viendrait comme un fruit mûr tombant de l’arbre de lui-même. L’opium religieux jouait un rôle clé dans cette foi naïve, et continue de le faire en partie, même s’il existe des groupes très minoritaires qui croient que leurs dieux les sauveront s’ils passent à l’action.
Mais le réformisme dans la société bourgeoise possède une caractéristique qui lui est propre, car sa raison d’être réside dans le fétichisme parlementaire, le fétichisme de la démocratie et du droit abstrait. Le réformisme existait déjà dans le socialisme utopique dès les années 1830, qui proposait de convaincre les banquiers et les États de subventionner financièrement les coopératives, les communes, les phalanstères, les mutuelles, etc., afin d’ouvrir ainsi une « troisième voie » entre le capitalisme et le socialisme. La soi-disant « question sociale » est apparue dans le dernier tiers du XIXe siècle, dans les réflexions bourgeoises sur la manière d’intégrer – « d’embourgeoiser » – le prolétariat par des réformes tout en réprimant le socialisme. Puis, à la fin du XIXe siècle, comme nous l’avons vu au début, le choc antagoniste entre le fétichisme réformiste et le communisme s’est achevé sur le plan théorique.
Mais bien que l’essence du réformisme demeure, la bourgeoisie, ses intellectuels, ses usines à modes idéologiques, ses partis et syndicats, ses services secrets, etc., ne cessent de créer de nouvelles formes et de réadapter les formes classiques. Rappelons les quatre points irréconciliables entre réformisme et révolution qui étaient déjà apparus à la fin du XIXe siècle. En Espagne et en France, la pénétration du réformisme a suivi des rythmes différents en raison des contextes respectifs de la lutte des classes, mais à la fin des années 1960, ces rythmes se sont harmonisés sous l’effet de la crise du capitalisme de cette époque : il a été démontré que la pratique des PC français et espagnol était réformiste, ce que l’eurocommunisme a confirmé.
En Euskal Herria, la situation était différente car l’oppression nationale de classe détermine tout. Le soi-disant PC d’Euskadi était, depuis la fin des années 50, un pilier unioniste espagnol du « democraticisme » bourgeois face à la dictature franquiste, et non un moteur de la révolution socialiste, et encore moins indépendantiste. À quelques nuances près, les deux premières grandes scissions de l’ETA, les maoïstes et les trotskistes, ont conservé l’idéal révolutionnaire mais ont rompu avec le contexte socio-historique objectif qui détermine que la lutte des classes au Pays basque revête la forme d’une lutte de libération nationale de classe. Les troisième et quatrième grandes scissions, LAIA et les Commandos autonomes, ont abordé la lutte contre l’oppression nationale de classe sous des angles différents.
Le germe du réformisme actuel remonte à la fondation d’Euskadiko Ezkerra en 1977 et, à partir de là, il se concrétise en absorbant progressivement des éléments d’autres réformismes « basques » issus de la social-démocratie et de l’eurocommunisme. Naturellement, ce processus s’accompagne de ruptures internes et même d’un retour vers une ETA unifiée de la part de secteurs qui l’avaient précédemment quittée. En quelques années, EE a dérivé vers une intégration progressive dans le réformisme étatiste, avant de se dissoudre en 1993 au sein du PSOE. L’implosion de l’URSS et le sentiment de défaite définitive du socialisme ont renforcé l’émergence de courants postmodernistes, postmarxistes, post-impérialistes, etc., fertilisant le terrain avec des engrais idéalistes tels que la « révolution radicale » laclausienne, la version de Podemos du « signifiant vide », et ainsi tout un spectacle impressionnant de « nouveautés » qui masquaient la férocité brutale d’un capitalisme rongé par la crise de 2007 et qui multipliait les guerres impérialistes comme seule alternative.
C’est au cours de cette période d’irruption des nouveautés les plus sauvages du capitalisme pour sortir de la crise génétique et structurelle de 2007, que sa troisième Grande Dépression a débuté, que, par divers chemins, certains des courants évoqués plus haut ont commencé à converger vers la gauche abertzale de l’époque, facilitant ainsi l’émergence de tendances réformistes qui avaient toujours existé en son sein mais qui, dès lors, pouvaient apparaître publiquement. Or, nous devons en être conscients et ne jamais l’oublier, que ce processus a été facilité par la répression contre-insurrectionnelle systématique menée par les États espagnol et français contre Euskal Herria, ainsi que par les changements structurels dans la dialectique de la lutte des classes introduits par le capitalisme non seulement depuis le milieu des années 70 et imposés à Hego Euskal Herria par l’État espagnol avec le soutien inconditionnel de la bourgeoisie locale, mais aussi accélérés au cours des crises partielles successives jusqu’à ce qu’elles aboutissent à un saut qualitatif en 2007.
Tout au long de cette période, la formation théorique marxiste, systématique et constamment actualisée, a progressivement disparu au sein des différentes organisations de la gauche abertzale. Pour diverses raisons, la prise de conscience théorique de ce qu’était et de la manière dont s’incarnait alors la dialectique de la lutte nationale de classe du peuple travailleur s’est progressivement effacée. Le plus grave dans tout cela, c’est que cet affaiblissement s’est produit alors que le capitalisme se lançait dans une contre-offensive impérialiste à partir de 2001, au milieu de crises économiques successives qui s’aggravaient dans certaines parties du monde depuis les années 90, et qui, comme nous l’avons dit, ont débouché sur la catastrophe de 2007-2008, dont les effets n’ont cessé de s’aggraver jusqu’à aujourd’hui.
La leçon que nous devons tirer non seulement de l’expérience basque et vénézuélienne, mais aussi de l’expérience mondiale, est qu’une formation théorique marxiste constamment actualisée en fonction des changements les plus récents du capitalisme est une nécessité permanente, en particulier l’enseignement de la méthode dialectique et de son application dans la pratique, car ce n’est qu’ainsi qu’on peut l’apprendre.
Mao nous a dit que la question nationale chez les peuples opprimés se manifeste dans la lutte des classes. Dans quelle mesure cette phrase est-elle d’actualité, d’autant plus si l’on considère que de nombreux peuples sont à la fois oppresseurs et opprimés ? La résistance iranienne est-elle un exemple de l’importance des luttes de résistance nationale, tout comme peut l’être celle de la Russie ?
Mao est parvenu à cette conclusion juste en s’appuyant sur sa propre expérience autocritique, mais aussi sur les leçons tirées des thèses de l’Internationale communiste à ce sujet. Dans le marxisme de la fin du XIXe siècle, les luttes nationales en Pologne, en Irlande, en Inde, en Algérie, en Chine, etc., ainsi que le développement même du matérialisme historique et dialectique, avaient allumé la flamme de la recherche théorique, mais il restait encore beaucoup à améliorer, comme l’absence d’études rigoureuses sur l’Amérique latine, etc. Le développement de l’impérialisme depuis le début du XXe siècle a entraîné une multiplication des oppressions nationales et a, dans le même temps, confirmé définitivement que, dans tout État doté d’un nationalisme officiel, il existait deux nations antagonistes, la nation ouvrière et la nation bourgeoise : l’unité et la lutte des contraires au sein de la nation officielle.
La troisième Grande Dépression se caractérise par le fait que le capital financier-spéculatif à haut risque jouit d’une impunité totale pour pénétrer dans n’importe quel État, le piller et s’en aller en le laissant endetté pendant des années, ou, si cela ne l’intéresse pas, il dispose de la puissance militaire et politique de l’impérialisme pour menacer ces États, les contraignant à accepter des conditions draconiennes qu’il n’accepterait pas autrement. Si cela se produit avec des États formellement libres, les nations opprimées sont totalement sans défense à double titre : en raison de l’oppression nationale même qu’elles subissent de la part des États qui les occupent, et en raison de l’impunité du capital transnational qui, avec la passivité ou le soutien de l’État occupant, porte un préjudice particulier aux les nations opprimées, en profitant de leur impuissance.
La masse croissante de capital fictif fait en outre que les sentiments et les consciences collectives et individuelles sont soumis à de nouvelles pressions dues à l’insécurité sociale que génère ce capital fictif, en raison du caractère imprévisible de son comportement et de la difficulté à contrôler sa marche erratique lorsqu’on ne dispose pas du pouvoir politique nécessaire pour y parvenir. Tout cela fait que la contradiction entre expansion et contraction, inhérente au concept simple de capital, est aujourd’hui bien plus aiguë qu’il y a un demi-siècle, lorsque la bourgeoisie a commencé à déréglementer, à briser les chaînes qui retenaient le monstre fétichiste qui s’agite sous l’emprise de la loi de la valeur. C’est l’une des raisons profondes pour lesquelles l’irrationalisme, le fascisme, le négationnisme, etc., ont tendance à se développer, mais aussi les sentiments nationaux des peuples opprimés. C’est là une autre des raisons qui expliquent que certaines bourgeoisies de pays moyens et petits établissent des alliances pour freiner le pouvoir financier impérialiste et ouvrir de nouvelles voies commerciales.
Prenons les cas de l’Iran et de la Russie. Le premier, l’Iran, montre qu’un pays capitaliste doté d’un pouvoir politico-religieux et culturel incompréhensible au regard du dogme eurocentrique affronte et vainc l’impérialisme à maintes reprises depuis les années 1970, surmontant toutes les brutalités et toutes les formes de guerre du Pentagone, de Tel-Aviv et de Bruxelles. La bourgeoisie iranienne pro-occidentale est très affaiblie et ne bénéficie que d’un faible soutien social, malgré les mensonges de la presse occidentale. La bourgeoisie iranienne non pro-occidentale souhaite et a besoin de s’intégrer au plus vite au bloc eurasien et de renforcer ses relations avec les peuples qui, d’une manière ou d’une autre, résistent à l’impérialisme. La culture politico-religieuse du chiisme persan considère comme l’une de ses valeurs centrales la défense de la justice et la lutte anti-impérialiste. Contrairement aux mensonges occidentaux, l’Iran est l’un des pays musulmans les moins rigoristes et où le respect des droits de l’homme est appréciable, bien supérieur à celui de nombreux autres États capitalistes.
Le second, la Russie, est également un pays capitaliste dont la faction bourgeoise corrompue, mafieuse et pro-occidentale a été purgée et extrêmement affaiblie depuis le début du XXIe siècle par la faction bourgeoise qui a compris que l’Occident voulait balkaniser son pays, un objectif déjà fixé depuis le début du XXe siècle. La balkanisation de la Russie signifiait la fin de cette faction bourgeoise, mais aussi la fin de la Russie elle-même. Dans les années 2000, la Russie s’est tournée vers la Chine et l’Asie pour se remettre des attaques de l’OTAN. Dans les années 2010, cette intégration s’est accélérée, tandis que le pays retrouvait la mémoire des 27 millions de victimes du nazisme, mémoire que la perestroïka et l’ivrogne Eltsine avaient tenté de détruire. Tant en Russie qu’en République populaire de Chine, en République populaire de Corée, au Vietnam, en Iran, en Afrique du Sud, en Palestine et dans bien d’autres pays encore, le présent se vit dans le souvenir quotidien des atrocités impérialistes. La force politique des communistes russes fait pression pour que le sentiment national se réaffirme dans son anti-impérialisme.
Les pressions des États-Unis, qui s’intensifient à mesure que ce pays perd de son pouvoir, mettent en difficulté de grands et moyens États du bloc lui-même, comme le Canada. Le Mexique, l’Inde, la Colombie, l’Arabie saoudite, le Japon, l’Australie, le Brésil, la Turquie, l’Égypte, etc., ainsi que l’Union européenne. Les pressions yankees répondent à la logique capitaliste aveugle de l’accumulation élargie, de la concurrence interbourgeoise et du caïnisme entre factions du capital face à la baisse tendancielle du taux de profit moyen mondial. Les bourgeoisies de ces États se divisent en factions ayant des intérêts propres face à leur dépendance structurelle vis-à-vis des États-Unis. Chaque faction cherche à s’approprier sa part du marché et du taux moyen de profit, ce qui l’amène à créer sa propre version du nationalisme bourgeois pour manipuler « sa » classe ouvrière.
Ce qui sous-tend la résistance d’un nombre croissant de peuples opprimés, voire les hésitations et les doutes d’un nombre croissant d’États face à l’impérialisme et à la Maison Blanche, c’est précisément l’exacerbation de leur inhumanité totalitaire qui engendre de nouvelles méthodes de pillage, d’exploitation et de brutalité. Les arrangements conclus par bon nombre d’entre eux avec les États-Unis pour atténuer autant que possible leurs sanctions en témoignent. Mais nous ne devons pas nous faire de vains et illusoires espoirs que ces bourgeoisies qui résistent un peu, pour l’instant, à l’Occident soient radicalement démocratiques au point de finir par préférer le socialisme au capitalisme. Non. Ces bourgeoisies nouent des alliances pour mieux négocier avec l’impérialisme, non pas pour le vaincre et encore moins pour en finir avec le capitalisme. La trahison du bolivarisme chaviste et communal par la « bolibourgeoisie » vénézuélienne en est peut-être l’exemple le plus récent.
En définitive, la troisième Grande Dépression capitaliste attise des tensions et des affrontements entre bourgeoisies que nous devons étudier en détail, tout en favorisant, d’un autre côté, la prise de conscience des nations ouvrières à deux niveaux : celui des nations opprimées par des États occupants, qu’ils soient impérialistes ou non, et celui des nations qui ne sont pas opprimées au niveau national. Dans les deux cas, la seule issue pour la nation ouvrière est la révolution socialiste.
Avons-nous, nous, la classe ouvrière, les couches populaires et les peuples, des raisons d’espérer en l’avenir et de croire qu’il sera socialiste ?
La main-d’œuvre salariée, directement ou indirectement, c’est-à-dire la classe prolétarienne, constitue la grande majorité de la population mondiale. Dans le capitalisme actuel, dans les pays impérialistes, le prolétariat représente entre 85 % et 90 % de la population, ce qui correspond également à la composition de classe au Pays basque. Quelle importance cela revêt-il ? Une importance capitale. Le syndicat ELA nous explique qu’entre 2008 et 2025, dans le Sud du Pays basque, il y a eu un transfert d’environ 2 milliards d’euros des poches de plus en plus vides des travailleurs vers les fortunes bourgeoises de plus en plus gonflées : au cours de ces années, dans la Communauté autonome du Pays basque (CAPV), la part des salaires dans le PIB est passée de 49, 3 % à 47,8 %, et en Navarre, de 48,5 % à 46,6 %. Selon des études officielles de la CAPV publiées en mars 2026, la paupérisation sociale est passée de 4 % en 2018 à 6,1 % en 2024. Ce sont des « études » réalisées par le pouvoir, et nous devons en tenir compte. Mais il existe des zones riches au Pays basque, où il y a moins de prolétaires et davantage de bourgeois, tandis qu’à l’inverse, d’autres comptent davantage d’ouvriers appauvris et moins de bourgeois ; ces zones-là sont davantage surveillées par les forces répressives car leur dignité est plus grande : la lutte de classe nationale y est plus intense.
L’un des problèmes qui se pose à nous lorsque nous lisons ces « résultats objectifs » et d’autres encore, fabriqués par les « sciences sociales » impérialistes, est celui des concepts antagonistes de « pauvreté » selon la bourgeoisie et d’« appauvrissement » ou de paupérisation absolue et relative utilisés par le marxisme. Mais nous ne pouvons pas nous étendre ici sur ces conflits et d’autres affrontements frontaux entre la théorie marxiste et l’idéologie bourgeoise, ni sur d’autres notions indispensables pour comprendre ce qu’est le prolétariat, telles que la théorie du salaire ; le travail productif et improductif ; la valeur, la plus-value et la plus-valeur ; la loi de la valeur, le travail abstrait ; le taux de plus-value, le taux d’exploitation ; la valeur d’usage, la valeur d’échange ; la marchandise, l’aliénation et le fétichisme ; la conscience en soi et la conscience pour soi ; l’armée industrielle de réserve ou le taux de chômage ; la précarité et la précarisation ; la surexploitation des femmes travailleuses, en particulier migrantes ; l’exploitation des nations opprimées ; l’État, la Commune, le Soviet, le peuple en armes, et bien d’autres encore.
Ces concepts, parmi d’autres, sont nécessaires pour comprendre la structure des classes sous le capitalisme et, par là même, la lutte des classes qui s’y déroule en permanence. Nous voulons dire que pour répondre à ta question, nous devons recourir au marxisme dans son ensemble, et ne pas nous limiter aux clichés de la sociologie bourgeoise, comme le fait le réformisme. Le cœur de la réponse à ta question réside donc dans les enseignements que nous apportent le matérialisme historique et la théorie marxiste de la crise révolutionnaire.
La lutte pour le socialisme est mondiale, universelle, mais elle s’adapte aux conditions de chaque pays ; c’est donc dans les luttes particulières que se vérifient certains de ces enseignements, mais pas tous. D’autres, moins nombreuses, se vérifient dans des luttes singulières. Cependant, l’ensemble des concepts marxistes, dont nous avons cité certains ici, est nécessaire pour comprendre ce qu’est le mode de production capitaliste, comment il se maintient et comment on peut le détruire.
C’est cette valeur universelle du marxisme, avec ses spécificités propres mais intégrées dans cette totalité, qui constitue la raison la plus puissante qui nourrit l’espoir d’un avenir socialiste. La critique pratique du concept de valeur, déterminant dans le capitalisme, surgit et resurgit dans chaque lutte ouvrière et populaire, même si elle n’est pas directement salariale et même si ces luttes sont séparées par des milliers de kilomètres entre des pays très différents. Qu’il s’agisse d’une mobilisation contre la montée du racisme et du fascisme en Suède, d’une défense radicale des terres communales de la nation mapuche en Patagonie, la lutte nationale anti-impérialiste très prometteuse du Sahel, en passant par une grève de 300 millions de travailleurs en Inde contre le néolibéralisme impitoyable de leur gouvernement, jusqu’aux manifestations australiennes contre la visite de sionazis génocidaires dans leur pays.
Le concept marxiste de valeur, tout comme sa loi générale sur l’accumulation du capital et sa loi tendancielle sur la baisse du taux moyen de profit, sans oublier le concept marxiste de praxis, pour ne pas s’étendre sur les autres, relient objectivement et subjectivement la Suède, la Patagonie, le Sahel, l’Inde et l’Australie, ainsi que l’Euskal Herria, bien évidemment. Seules les personnes malveillantes et/ou ignorantes, ainsi que les réformistes, nient cette objectivité, c’est-à-dire cette dialectique des contradictions qui déterminent le capitalisme et qui provoquent diverses luttes, affrontements, insurrections, guerres justes et révolutions. Comme nous l’avons dit plus haut, l’impérialisme exacerbe ces divers conflits sous leurs multiples formes extérieures, mais unis par l’exploitation capitaliste.
Le lien objectif est indéniable, mais le lien subjectif, surtout lorsque ces luttes et d’autres se déroulent dans des pays, des cultures, des secteurs économiques, etc., très différents, exige une étude plus approfondie. Par exemple, les guerres anti-impérialistes justes menées par la Russie et l’Iran, les grèves internationales contre Amazon et d’autres multinationales américaines et européennes, les mobilisations des pompiers à Madrid et dans d’autres villes, les nombreuses manifestations internationales contre les bases militaires américaines, et bien d’autres exemples encore, nous montrent que la combativité ouvrière n’a pas disparu. Il s’agit, premièrement, de découvrir quels objectifs à long terme les unissent ; deuxièmement, de déterminer comment les coordonner et les diffuser ; troisièmement, d’avancer vers d’autres objectifs plus nécessaires : comme la lutte contre la propriété privée et contre le pouvoir du capital ; et quatrièmement, de démontrer que, qu’on le veuille ou non, nous agissons et réfléchissons à un projet socialiste et communiste. Nous le faisons avec plus ou moins de rigueur, et même si nous le nions, car à ce stade de l’histoire, nous devons dire que toutes – toutes – les modes réformistes et toutes les utopies socialistes ont échoué.
C’est la sagesse et l’expérience criminelle du ministre de la répression du chancelier allemand von Bismarck, à la fin du XIXe siècle, qui sous-tendaient son adage selon lequel « sous toute grève ouvrière bat le cœur de la révolution socialiste ». Si, jusqu’à présent, aucun gouvernement social-démocrate de l’État espagnol n’a abrogé la réforme sauvage du travail imposée par la pire droite espagnole en 2012, ni la loi néofasciste « bâillon » de 2015, pour n’en citer que deux, c’est parce que la bourgeoisie espagnole sait qu’elle doit maintenir et renforcer les mesures de répression anti-ouvrières et antipopulaires. Lorsque le pouvoir judiciaire américain cautionne la quasi-totalité des innovations antisocialistes de Trump, sous le silence des démocrates, c’est parce que la techno-oligarchie et la bourgeoisie dans son ensemble savent que le spectre du communisme hante à nouveau les esprits. Lorsque Europol rend compte de la radicalisation de la jeunesse ouvrière basque, c’est parce qu’elle sait que l’oppression objective se transforme en conscience subjective.
Pour conclure, nous avons évoqué la praxis révolutionnaire comme un concept fondamental pour comprendre l’espoir, l’illusion et l’optimisme révolutionnaires, la valeur de l’axiologie, de l’éthique et de la morale communistes, ainsi que les affectivités « démercantilisées » qui ne considèrent pas les personnes comme des marchandises, des objets passifs à vendre sur le marché capitaliste, car la praxis elle-même, la praxis, est une force libératrice objective et matérielle, dès lors qu’elle a pénétré la conscience humaine et l’enrichit par l’étude permanente de la théorie et de la philosophie marxistes.
Dans « Que faire ? », écrit par Lénine en 1902, alors que la révolution socialiste semblait encore au-delà de l’horizon du possible, son auteur écrit : « Il faut rêver ! ». Les rêves, les illusions et les espoirs rouges, réalistes et matérialistes, et donc conscients des lois tendancielles et des contradictions objectives du capitalisme, sont des forces matérielles qui ont pris et prennent les armes dans les révolutions nécessaires et les guerres défensives justes. L’une des forces de l’athéisme communiste découle de cette matérialité immanente à l’espèce humaine, à son anthropogenèse. Ces forces conscientes savent que les défaites sont possibles et probables dans certaines conditions, mais cette certitude n’est ni défaitiste ni pessimiste, car elles savent que la praxis exprimée par Goethe – « Au commencement était l’action » – nie à la racine la charge réactionnaire et passive de l’apôtre Jean lorsqu’il dit : « Au commencement était le Verbe ».
Tant que notre action s’imposera face au « verbe » criminel de l’impérialisme, nous garderons espoir, et le socialisme et le communisme ne seront pas réduits à de simples utopies, mais nous les verrons pour ce qu’ils sont : une nécessité de survie. Mais même si nous n’y parvenons pas dans un premier temps, l’humanité ne cessera de tenter de prendre d’assaut le ciel. Nous essaierons une fois, et des millions de fois, et l’optimisme plein d’espoir fait et fera partie intégrante de notre théorie et de notre éthique.
C’est tout, eskerrik asko, et comme toujours, nous te remercions pour tes précieuses contributions. Chacun dans son domaine d’activité, avec sa réalité et ses possibilités, sur la voie de la construction d’un Euskal Herria indépendant, féministe… et communiste. Sur ce chemin, nous nous croiserons plus d’une fois. Jotake !
