Interventionnisme USA. Trump et ses sbires. Spoliation, répression et exploitation

Dans la seconde moitié des années 1970, les États-Unis ont mis en œuvre, soi-disant en secret, le Plan Condor, une politique agressive de répression, de terrorisme d’État et de contre-insurrection contre les peuples d’Amérique latine. En termes simples, les États-Unis et plusieurs dictatures du continent ont mis en commun leurs appareils militaires et répressifs pour lutter contre le communisme. C’était l’époque des luttes populaires acharnées, des révolutions, des guérillas et des organisations sociales de masse. Dans le cadre de ce plan, plusieurs dictatures d’Amérique ont, de manière coordonnée, persécuté, enlevé, fait disparaître, torturé et assassiné des militants sociaux. Parmi les gouvernements qui ont pris part à cette politique criminelle figurent la dictature argentine dirigée par Videla, celle de Pinochet au Chili, celle de Stroessner au Paraguay, celle de Banzer en Bolivie et celle de Bordaberry en Uruguay. On ignore le bilan humain du Plan Condor, mais certains chercheurs évoquent jusqu’à 80 000 morts et 400 000 personnes emprisonnées et torturées. Nous parlons aujourd’hui du Plan Condor car nous venons d’assister à une sorte de réédition.

Il s’avère que le 7 mars, M. Trump a rencontré, sur son terrain de golf à Miami, des représentants de 12 pays d’Amérique latine. Cette réunion a été baptisée « Shield of the Americas » (Bouclier des Amériques) ou, plus officiellement, « Coalition anti-cartels des Amériques ». Selon le gouvernement américain, il s’agit d’un programme militaire de coopération multinationale visant à coordonner les efforts en matière de sécurité et à lutter contre le crime organisé, en particulier les cartels de la drogue. C’est ce que dit l’empire, mais la réalité est tout autre, car ce même empire est le principal instigateur, gestionnaire et bénéficiaire du trafic de drogue. Historiquement, les grands cartels du monde ont été créés par les puissances impérialistes. Sous ce prétexte éculé des cartels terroristes, Washington développe une économie illégale qui alimente son capital financier par le biais du soi-disant blanchiment d’argent, tout en créant politiquement un ennemi intérieur, relativement contrôlé, à qui imputer la responsabilité de divers problèmes, et qui lui sert en outre de prétexte à l’intervention étrangère. Par exemple, parmi les présidents à la solde de Washington convoqués à cette réunion à genoux, on trouve plusieurs qui font l’objet d’accusations ou ont des liens avérés avec le trafic de drogue, entre autres turpitudes personnelles :

Les présidents à la solde de Washington convoqués

Nayib Bukele, du Salvador, fasciste aux prétentions dictatoriales, lié au crime organisé et emprisonnant ses dissidents ainsi que la population migratoire que Washington lui envoie.

Javier Milei, d’Argentine, sioniste exacerbé, accusé de fraude et de corruption, en plus d’être coupable de coupes sévères dans les dépenses publiques, de réformes régressives pour la classe ouvrière et de répression contre son propre peuple, y compris les personnes âgées.

Daniel Noboa, de l’Équateur, accusé du meurtre du candidat de l’opposition pendant la campagne électorale ainsi que de trafic de drogue, en plus d’être un répresseur, un tortionnaire et un proscripteur des partis d’opposition.

José Antonio Kast, président élu du Chili à l’époque, défenseur de la dictature pinochetiste, dont son frère était un proche collaborateur, et fils d’un militant nazi.

Rodrigo Paz, de Bolivie, fils et petit-fils de dictateurs à la solde des États-Unis.

Santiago Peña, du Paraguay, accusé d’enrichissement illicite, de blanchiment d’argent, de trafic d’influence et admirateur avoué du dictateur Stroessner.

Nasry Asfura, du Honduras, accusé de détournement de fonds, de blanchiment d’argent et de fraude, et explicitement soutenu dans sa campagne par Trump.

Luis Abinader, de la République dominicaine, accusé de blanchiment d’argent et de trafic d’intérêts, avec l’intention d’envahir Haïti.

Irfaan Ali, du Guyana, dont le gouvernement est en conflit avec le Venezuela au sujet de la région d’Essequibo, riche en pétrole.

Ainsi, ce sont les gouvernements subordonnés à l’empire, de nature criminelle, d’extrême droite et fasciste, qui ont été convoqués au sommet. En effet, la partie la plus pourrie de l’Amérique se soumet à la Maison Blanche. Outre la prétendue lutte contre le trafic de drogue, Trump a été ouvertement honnête quant à ses autres objectifs : combattre la présence économique de la Chine et de la Russie dans la région et la migration des masses appauvries vers les États-Unis. Comment combat-on ces prétendus problèmes, selon l’empire ? C’est simple, par la militarisation.

Comme nous l’avons souligné dans fragua, le retrait des États-Unis de notre hémisphère répond à leur crise en tant qu’hégémon ; c’est-à-dire à leur crise face à la perte de leur place de puissance planétaire. Cela révèle un objectif économique non déclaré lors du sommet des genoux à terre : s’assurer le contrôle des ressources stratégiques du continent : les hydrocarbures vénézuéliens et canadiens ; le lithium bolivien, argentin et chilien ; les minerais et les terres rares au Groenland et au Brésil ; l’eau douce en Amazonie et dans les régions limitrophes du Venezuela et de la Colombie ; et même les terres de Patagonie en tant qu’enclave sioniste ; etc. Cette liste, bien sûr, n’est pas exhaustive. Il en découle un objectif politique : étouffer les tentatives souverainistes des pays d’Amérique latine, par la voie militaire si nécessaire, comme ce fut le cas avec l’enlèvement de Maduro au Venezuela.

Certains gouvernements latino-américains, comme ceux du Mexique, du Brésil, de la Colombie, de Cuba, du Venezuela et du Nicaragua, étaient absents de la réunion. L’interprétation immédiate est que les absents sont des gouvernements anti-impérialistes, nationalistes, souverainistes, populistes ou de gauche, entre autres adjectifs. Cela, sans être tout à fait faux, nécessite une analyse plus approfondie pour chaque cas.

Dans le cas du Venezuela, par exemple, après l’enlèvement de Maduro, les relations entre le chavisme au pouvoir et la Maison Blanche semblent instables, car elles sont le fruit d’une grave agression militaire. Au moment de la conférence, Trump a tweeté pour saluer Delcy Rodríguez, présidente par intérim du Venezuela, pour son travail en collaboration avec les États-Unis. En réponse, Delcy a réitéré sa volonté de continuer à construire des relations avec l’empire. Ainsi, pour l’instant, la subordination vénézuélienne à l’empire par la force est une réalité.

La Colombie et le Brésil, bien qu’absents de l’événement, sont des pays qui ne s’opposent pas ouvertement à l’empire et qui, dans les faits, lui sont relativement complaisants. Ainsi, un jour, on voit Petro tenir un discours lyrique et combatif contre Trump, et le lendemain, on le voit sourire à la Maison Blanche. De son côté, les désaccords entre Lula et Washington ont porté sur la question des droits de douane. Lula a évité de rendre visite à Trump, mais dans ses déclarations, il a affirmé défendre la souveraineté tout en se montrant disposé à négocier ses minerais critiques et ses terres rares. De même, il convient de rappeler que le Brésil a empêché l’entrée du Venezuela au sein des BRICS.

Par ailleurs, n’oublions pas que le bolsonarisme (qui se serait tranquillement rendu au terrain de golf de Trump) compte près de 60 millions d’électeurs, soit la moitié du corps électoral brésilien.

Parmi les absents, le cas cubain est préoccupant en raison de la guerre économique en cours, qui se traduit principalement par le blocus des hydrocarbures. Sur le plan politique, le gouvernement révolutionnaire et socialiste cubain est celui qui s’oppose le plus ouvertement à la logique capitaliste impérialiste des États-Unis, et c’est aussi celui qui a le plus longtemps résisté non seulement à la guerre économique, mais aussi aux tentatives d’invasions armées comme celle de la Baie des Cochons, dont on célèbre le 65e anniversaire en avril. Au moment où nous terminons cet article, Díaz-Canel a annoncé le début de négociations avec Washington et proposé la libération de 51 prisonniers d’intérêt américain. La crise énergétique s’aggrave sur l’île et les prochaines semaines seront décisives.

Quant au Mexique, comme nous l’avons analysé dans fragua, nous observons une politique de contenance, opposée à l’empire sur le plan idéologique et discursif, mais manifestement subordonnée sur le plan économique, comme en témoigne la défense par le gouvernement mexicain du T-MEC. Lors de l’événement « Escudo de las Américas », Trump a déclaré que le Mexique est l’épicentre de la violence des cartels et que ceux-ci dirigent le pays, tout en adressant des compliments superflus à Sheinbaum. Bien sûr, outre la subordination économique exprimée dans le T-MEC, il existe dans notre pays des ressources stratégiques qui présentent un intérêt pour les États-Unis.

Sans entrer dans des spéculations ni dans des analyses cinématographiques ou complotistes, ce que nous pouvons analyser, c’est le schéma d’escalade des États-Unis en Amérique latine : provocations verbales, changement de nom du golfe du Mexique, droits de douane, ingérence dans les processus électoraux, libération d’anciens présidents trafiquants de drogue, bombardements de bateaux, enlèvement du président vénézuélien, bombardements contre des civils, envoi de groupes de mercenaires à Cuba, blocus énergétique, bombardements contre des groupes criminels sur le sol équatorien.

L’interventionnisme politique américain

Compte tenu de cette escalade, l’interventionnisme politique, économique et militaire américain contre l’Amérique latine est une réalité, qui répond d’ailleurs à des causes structurelles. Malheureusement, tout indique qu’il va s’intensifier au cours des prochaines décennies, au-delà des partis et des noms qui se succèdent à la présidence. Mais nous avons gardé un aspect de l’analyse pour la fin. Les médias ont tendance à analyser ces réalités sous l’angle géopolitique, c’est-à-dire entre gouvernements ; mais ce qu’ils omettent, ce sont les implications pour les peuples et leurs expressions organisées. L’objectif économique de l’empire, qui est de s’assurer l’accès aux ressources naturelles, signifie la spoliation pour les peuples. L’objectif politique de subordination des gouvernements latino-américains signifie la répression pour les peuples. La retenue diplomatique et le discours souverainiste, associés à une subordination économique, à la manière de Sheinbaum, signifient pour le peuple mexicain une précarisation. Et en somme, la politique impérialiste dans son ensemble signifie la désorganisation du peuple et la contre-insurrection. C’est une réalité qui ne doit pas nous pousser à cesser de lutter ; au contraire, les organisations populaires doivent trouver dans cette réalité les réponses pour lutter avec encore plus d’ardeur. !

Organización de Lucha por la Emancipación Popular (mexique)

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