1) Dans le contexte français actuel, marqué par une économie de guerre et des politiques qui réduisent les espaces démocratiques et sociaux, les communistes sont indispensables. Gramsci, parlant des fascistes qui détruisaient l’Italie, prévoyait que ce seraient les communistes qui la reconstruiraient et la libéreraient, ce qui s’est produit grâce au mouvement partisan dirigé par le PCI. Quels sont vos objectifs et quelles sont les lignes directrices de votre organisation l’OCF, qui, pour nous, représente une heureuse nouveauté dans le panorama du mouvement communiste français ?
Plus que les communistes en eux-mêmes, c’est leur rassemblement et leur organisation dans un Parti communiste reconstruit qui est indispensable. Voilà le fil rouge de notre organisation, poursuivant par là le combat de le reconstruction communiste et de la renaissance léniniste en France. En travaillant à une structuration intelligente sur le territoire national pour donner de l’élan aux initiatives communistes dans nos cellules et sections, tout en œuvrant à construire un organe de presse d’envergure nationale pour traiter de l’actualité et de nos analyses de fond, nous tâchons de marcher sur nos deux jambes pour développer une ligne et un programme politique d’avant-garde « un pas seulement devant les masses », diffusée au plus grand nombre et particulièrement dans notre ancrage local dans les entreprises, les zones industrielles, les campagnes et les quartiers populaires, sans compter dans les organisations syndicales et associatives dans lesquelles nos militants donnent de leur temps. L’activisme n’est donc pas notre boussole et nous comptons bien travailler très prioritairement aux tâches de reconstruction du Parti communiste qu’il urge de faire émerger dans notre pays pour assurer l’indépendance politique du prolétariat en France.
2) La confusion au sein de la gauche et du mouvement communiste occidental est grande, conduisant à des positions absurdes, comme par exemple la défense des régimes fascistes en Ukraine, ou l’idée d’utiliser l’impérialisme pour combattre l’impérialisme. Quelle est votre analyse de la catégorie de l’impérialisme et comment analysez-vous aujourd’hui le débat et les conflits qui agitent le mouvement communiste international ?
Les conflits au sein du mouvement communiste international dureront et ne se résoudront pas tant que nos débats ne porteront pas sur la nécessité de reconstruire une véritable Internationale communiste, c’est à dire un quartier général international pour les communistes, ou encore autrement dit, le parti communiste d’envergure internationale permettant aux partis communistes du monde entier d’accorder leurs violons, ne pas se tirer dans les pattes, voire de se prévenir de toute dérive chauvine. L’organisation à l’échelle internationale des partis communistes ne doit cependant pas interdire, bien au contraire, notre propre organisation à l’échelle nationale, car cette échelle est toujours la réponse la plus pertinente pour l’organisation et la domination du prolétariat sur l’ensemble de la société, contre la mondialisation capitaliste. Quand bien même les capitalistes ont continentalisé et mondialisé leur domination et l’organisation de l’exploitation, « étouffant dans les frontières nationales » — comme le dit depuis des années désormais le MEDEF et le CAC40 en France —, la réponse des communistes ne peut seulement être parallèle comme le défendent notamment les courants trotskystes : OUI, il faut une organisation internationale des communistes, un « Parti communiste international », une nouvelle Internationale communiste; mais NON cette boussole ne se suffit pas à elle même au seul titre — très mal compris soit dit en passant — que « les prolétaires n’ont pas de patrie » car, contrairement aux capitalistes qui concentrent dans des mains toujours moins nombreuses le capital et les moyens de production en tous genres, le prolétariat lui n’a pas atteint le degré d’unité internationale qui serait dans ce cas nécessaire — degré de développement que le prolétariat n’atteindra pas avant de « conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe nationale (ou en classe dirigeante de la nation), se constituer lui-même en nation ». Voilà la tâche qu’il convient d’aborder urgemment pour éclairer les grandes dynamiques de luttes de notre pays des réalités de la mondialisation capitaliste et de l’impérialisme. Ce dernier, phénomène qui peut bien sur couver dans tout pays capitaliste mais qui est aujourd’hui largement développé et concentré dans le bloc atlantique (USA-OTAN-UE et leurs alliés israéliens, japonais, sud-coréens, australien etc) faisant de ce bloc l’ennemi principal des peuples du monde entier, trouverait alors en face de lui non pas seulement les très contradictoires BRICS+, mais le prolétariat et les travailleurs d’un maximum de pays de tous les continents, animés et guidés par les communistes du monde entier organisés dans cette nouvelle Internationale communiste. Celle-ci n’est d’ailleurs pas à confondre avec le tout autant nécessaire front anti-impérialiste regroupant plus largement l’ensemble des forces progressistes et patriotiques faisant face à l’UE-OTAN, de même qu’ils ne sont pas à confondre avec le front mondial pour la paix. Ces fronts peuvent d’ailleurs être davantage objectifs et « de fait » que rassembler réellement autour d’une table des forces parfois très opposés les unes des autres. C’est en articulant ces deux fronts sans les confondre, à une dynamique de reconstruction d’une Internationale communiste, que les dérives en tous genres seront résorbées.
3) Il existe aujourd’hui plusieurs organisations communistes, à gauche du PCF et de FI. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à créer une nouvelle organisation communiste en France ?
Nous avons tous participé jusqu’à la fin de l’année 2025 au développement du PRCF. Nous y étions adhérents, pour certains d’entre nous des membres de la direction nationale. Mais cette exigence de développement et de reconstruction d’un Parti communiste en France, que nous impose en réalité l’état du pays et du monde, s’est heurtée à de plus en plus nombreuses difficultés et refus d’avancer. Puisque ces difficultés ont finalement débouché sur notre exclusion, il n’était à ce moment-là pas concevable pour nous d’abandonner le combat qui nous amené il y a plusieurs années au PRCF. L’OCF s’est ainsi construite, sur l’application et la poursuite de ce combat. Ce résultat peut paraître amère, mais nous ne craignons et ne cédons pas aux discours alarmistes sur la « division des forces communistes ». L’essentiel étant d’être au clair avec notre but — la reconstruction du Parti communiste ancré dans le monde du travail, dans la classe ouvrière, dans la ruralité et les quartiers, et non pas la construction d’un groupuscule d’activiste — d’étudier, de travailler, de critiquer et d’appliquer encore et encore les méthodes les plus adaptées, d’en tirer des bilans et de les affiner en conséquence, afin que l’ensemble nous apporte des résultats. En tenant bon de cette manière, nous perdons certes quelques « activistes » mais nous œuvrons en contrepartie à gagner une foule de travailleurs et d’honnêtes intellectuels.
4) Nous vivons dans une organisation du travail très différente de celle du passé, où l’impérialisme a accéléré ses mécanismes parasitaires et où la financiarisation et l’« ubérisation » de l’économie dominent aujourd’hui. Comment lancer aujourd’hui un processus de recomposition de classe dans le contexte actuel, et comment intervenir ?
C’est une question cruciale pour nous. Nous tâchons d’y travailler en ce moment même. Il est clair que l’abandon des cellules du Parti communiste, au profit d’un municipalisme bien peu efficace, a accéléré la désorganisation du prolétariat et du monde du travail, désorganisation favorable au parasitisme et à l’ubérisation. Il nous faut retrouver la boussole de ces cellules d’entreprise. Mais doit on se cantonner à une entreprise ? Faut il élargir ces outils à des zones industrielles entières ? A des corps de métier localement ? Il y a sans doute de nombreuses manière de faire qui, en réalité, ne s’opposent pas, mais doivent s’articuler intelligemment pour redonner une vie politique et d’avant-garde aux travailleurs tout en développant leur conscience de classe et leurs capacités à diriger demain le pays.
5) Il existe de multiples formes de conformisme et de travail stéréotypé parmi les communistes. Pensons à la relation entre les jeunes et les anciens camarades, à la manière de discuter et de mener les batailles idéologiques (qui prennent souvent des tons extrêmes et absolus). Si l’homogénéité idéologique est indispensable, il est clair qu’il ne s’agit pas d’un « verbe », mais d’un processus qui naît dans le travail et dans l’idéologie collective. Quelles sont vos réflexions à ce sujet ?
J’ai récemment écrit dans Jeunesse du monde mon point de vue sur la manière d’utiliser notre média national. Je ne pense pas y avoir inventé quoi que ce soit, mais rappeler que notre « organe de presse » doit pouvoir accueillir des travaux de prospection sur l’actualité et les grandes questions nationales et internationales qui intéressent les communistes sans forcément que notre parti ait arrêté une position définie sur tel ou tel sujet. Au contraire que la prospection doit pouvoir aider notre parti, en temps voulu, à arrêter une position si besoin. Je crois que l’« organisateur collectif » doit ainsi fonctionner et que c’est de cette manière que nous effacerons les mauvaises méthodes de part et d’autres entre jeunes et moins jeunes. De même c’est ainsi que nous pourrons animer réellement la bataille idéologique en s’émancipant des questions du type « c’est quoi la ligne sur le sujet ? ». J’espère dans tous les cas que cette première réflexion en amènera d’autres et permettra de construire une véritable dynamique d’avant-garde.
Gilliatt De Staerck secrétaire général de l’OCF
