La « phrase révolutionnaire » et l’anti-impérialisme

Des phrases enivrantes et séduisantes pour une partie de la population mécontente, principalement. Pleines de radicalité et d’esprit combatif, ces phrases sont justes dans l’ensemble, mais ne donnent aucune orientation concrète pour les mettre en œuvre dans notre contexte actuel. Une fois de plus, la « phrase révolutionnaire » se fait entendre dans la voix de certains groupes politiques qui se disent socialistes et qui prétendent se poser en avant-garde du prolétariat dans la lutte spécifique contre l’impérialisme américain qui agresse jour après jour notre souveraineté nationale et notre indépendance. L’agression des États-Unis contre le Venezuela au début de l’année soulève les questions suivantes : quelle est la position politique des groupes qui se disent socialistes à cet égard ? Quelle est la tactique à adopter vis-à-vis du gouvernement mexicain qui prétend défendre la souveraineté et désapprouver l’invasion ? Que devons-nous proposer au peuple mexicain ? Quelle est la tactique à suivre ? C’est à ce moment-là que nous courons le risque que notre volonté, notre colère et l’influence des idées petites-bourgeoises déterminent notre discours. C’est à nouveau le moment où s’exprime ce que Lénine a défini comme une « phrase révolutionnaire », et il vaut la peine de le citer : « La phrase révolutionnaire est la répétition des slogans révolutionnaires sans tenir compte des circonstances objectives dans le changement donné des événements, qui se produisent dans la situation du moment. Des slogans magnifiques, attrayants et enivrants, mais dépourvus de fondement : telle est l’essence de la phrase révolutionnaire ». Lénine, À propos de la phrase révolutionnaire. Lors de certaines des dernières marches de solidarité avec le Venezuela, il était courant d’entendre des idées telles que « il faut armer le peuple pour défendre la souveraineté du pays » ou « il faut créer des milices ouvrières pour nous défendre » ; dans un autre registre, il est mentionné qu’il faut promouvoir le front anti-impérialiste et que si nécessaire, il faut marcher avec le gouvernement mexicain et ses partis dans ce sens. Nous devons sans aucun doute défendre la souveraineté, le peuple doit participer à sa défense et s’organiser à cette fin, ce sont là des vérités évidentes à l’heure actuelle et en général. Cependant, « toute considération historique générale, appliquée à un cas particulier sans analyse spécifique des conditions propres à ce cas particulier, devient une phrase ». Lénine, Où est l’erreur ? Il est important de rappeler la vérité historique de la nécessité d’armer le peuple pour se défendre contre une invasion, comme nous l’enseigne l’histoire nationale, dont le meilleur exemple est celui des libéraux qui ont armé le peuple contre l’invasion française de 1861 à 1867. Mais le dire à ce moment-là sans expliquer cette voie et sans comprendre que ce gouvernement n’est pas le même gouvernement libéral dirigé par Benito Juárez, et que sa position politique à l’égard de l’impérialisme américain est de céder à ses exigences, c’est rester dans une vérité très générale, juste, attrayante, parfois magnifiquement présentée, mais sans possibilité de réalisation telle qu’elle est présentée. Citons à nouveau Lénine dans son rapport politique du Comité central du 7 mars 1918 : « Partant de cette vérité, vérité complètement abstraite, et nous orientant vers elle, nous devons veiller à ce qu’elle ne devienne pas avec le temps une phrase creuse, car toute vérité abstraite, appliquée sans être soumise à aucune analyse, devient une phrase creuse. » La base prolétarienne et la petite bourgeoisie, c’est-à-dire le peuple, peuvent être unies sur certains points et séparées sur d’autres, analysons : dans le cas de la nécessité de créer un front anti-impérialiste, la classe prolétarienne consciente et la petite bourgeoisie la plus progressiste sont d’accord, nous sommes unis, pour ainsi dire. Il est nécessaire de créer ce front pour la défense de la souveraineté ; mais si l’on pose la nécessité que le gouvernement participe à ce front et que ses activités et ses positions politiques soient en accord avec celles-ci, nous sommes profondément séparés. L’essence de notre division réside dans le fait que la classe prolétarienne ne peut se soumettre à la classe bourgeoise et petite-bourgeoise, car sa défense de la patrie et de la souveraineté n’est pas cohérente, elle est limitée et, en ce sens, faible. Seul un front anti-impérialiste dirigé par la classe prolétarienne sera capable de défendre la souveraineté, l’indépendance et le territoire national de manière cohérente, réelle et efficace. Mais cette vérité, si elle n’est pas expliquée et accompagnée de propositions, d’arguments et d’une mobilisation, est une vérité générale, abstraite et inadaptée à notre réalité concrète, c’est une phrase vide, une « phrase révolutionnaire » qui ne contribue pas à la croissance de la conscience prolétarienne de la classe ouvrière, à son organisation et à sa mobilisation permanente. Face à cette recrudescence de l’utilisation de la « phrase révolutionnaire », notre tactique consiste à faire ce que nous disons, à ne pas aller plus loin avec les mots que ce que nous faisons avec nos actes. Sans perdre notre indépendance dans l’agitation et la propagande, nous devons être à la hauteur de nos capacités dans les mobilisations, car nous ne pouvons pas non plus négliger les tâches qui nous permettent de nous lier largement aux masses dans un sens prolétarien et de lutter pour répondre à leurs revendications immédiates, tout en marchant et en luttant pour la démocratie populaire, le socialisme et contre l’impérialisme américain et la faible résistance du gouvernement actuel. Contre l’agression impérialiste, résistance populaire et socialiste !

Fragua, mars 2026 Mexique

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