La question de la révolution au Kenya
Le Kenya se trouve à un tournant historique décisif. Ce n’est pas un moment de calme. Ce n’est pas un moment de neutralité. C’est un moment où les contradictions s’exacerbent, où la crise s’aggrave, où la lutte s’intensifie. La question qui se pose à nous n’est pas de savoir si le changement viendra. La question est de savoir quel type de changement, mené par quelle classe, dans l’intérêt de qui.
Nous devons parler clairement. Le Kenya n’est pas une formation capitaliste indépendante au sens plein du terme. Le Kenya est une société néocoloniale et semi-féodale. Les apparences formelles de l’indépendance dissimulent une réalité plus profonde de domination. La souveraineté politique est vidée de sa substance par le contrôle impérialiste. La vie économique est subordonnée au capital étranger. La question agraire reste en suspens. Les masses de travailleurs et de paysans continuent de supporter le poids de l’exploitation.
C’est là le fondement matériel à partir duquel toute analyse politique correcte doit s’effectuer.
La contradiction centrale au Kenya aujourd’hui est celle qui oppose l’impérialisme, allié à la bourgeoisie compradore et aux éléments propriétaires fonciers, aux larges masses populaires, en particulier la classe ouvrière et la paysannerie. C’est autour de cette contradiction centrale que gravitent toutes les autres contradictions. La dissimuler revient à désarmer la lutte. La clarifier revient à faire avancer la révolution.
Par conséquent, le stade de la révolution n’est pas une question de spéculation. Il est déterminé par les conditions matérielles. Il est déterminé par la structure de l’économie, par les rapports de classe, par le développement historique de l’État. Le stade immédiat de la révolution kenyane est la révolution nationale démocratique.
Ce n’est pas un slogan. C’est une conclusion scientifique.
La révolution nationale démocratique vise à résoudre les tâches fondamentales laissées inachevées par la lutte anticoloniale. Elle vise à briser les chaînes de la domination impérialiste. Elle vise à éradiquer les relations féodales et semi-féodales dans les campagnes. Elle vise à établir une véritable souveraineté nationale et à jeter les bases de la construction socialiste.
Sans passer par ce stade, il ne peut y avoir d’avancée vers le socialisme. Sans résoudre ces contradictions, il ne peut y avoir de véritable émancipation des masses.
Camarades, le fleuve qui oublie sa source s’asséchera. Une révolution qui oublie son étape perdra son orientation.
C’est donc la responsabilité historique du Parti communiste marxiste du Kenya de saisir fermement cette étape, d’éduquer les masses sur sa nécessité et d’organiser les forces capables de la mener à la victoire.
Le caractère de classe de l’État kenyan
L’État kenyan ne se tient pas au-dessus des classes. Il ne joue pas un rôle de médiateur neutre entre riches et pauvres. C’est un instrument. C’est un instrument de domination de classe. La question est simple et décisive : quelle classe domine, et dans l’intérêt de qui le pouvoir est-il exercé ?
Nous devons y répondre sans crainte et sans compromis. L’État kenyan est un État néocolonial, dominé par une bourgeoisie compradore alliée à des éléments propriétaires fonciers et semi-féodaux, et subordonné à l’impérialisme. Telle est son essence. Tel est son caractère. Telle est sa fonction.
Mais le peuple ne doit pas seulement entendre cela. Il doit le voir. Il doit le reconnaître dans les réalités auxquelles il est confronté chaque jour.
Les ennemis cibles de la révolution kenyane sont au nombre de trois, unis au sein d’un seul système de domination.
Premièrement, l’impérialisme.
L’impérialisme se manifeste à travers la dette, la politique et le contrôle de l’économie. Les accords avec les institutions financières internationales imposent l’austérité. Les subventions sont supprimées. Les impôts augmentent. Les biens publics sont privatisés.
Regardez le prix du carburant. Chaque hausse du prix du carburant n’est pas simplement une fluctuation du marché. Elle reflète un système où les pressions extérieures, les contraintes de change et les cadres politiques élaborés en dehors du pays déterminent le coût de l’énergie. Quand le carburant augmente, les transports augmentent. Quand les transports augmentent, les denrées alimentaires augmentent. Le travailleur paie. Le paysan paie.
Regardez les politiques fiscales dictées par les obligations liées à la dette. La TVA s’étend. Les prélèvements se multiplient. Le fardeau est reporté sur les masses tandis que le grand capital négocie des exonérations. C’est là le visage concret du contrôle impérialiste.
Deuxièmement, la bourgeoisie compradore.
Cette classe agit en tant qu’agent local de l’impérialisme. Elle domine le commerce d’importation, la finance, l’immobilier et les marchés publics. Elle accumule des richesses non pas par la production, mais par le courtage, la spéculation et le contrôle de la circulation.
Dans le secteur des carburants, une poignée d’entreprises dominent l’importation et la distribution, tirant profit de chaque ajustement. Dans les infrastructures, les contrats liés aux prêts étrangers enrichissent les intermédiaires locaux.
Dans les centres urbains, la spéculation immobilière fait grimper les coûts du logement tandis que les travailleurs sont repoussés vers des quartiers informels.
Cette classe s’enrichit sans construire la nation. Elle prospère grâce à la dépendance. Elle tire profit du fait que le Kenya importe ce qu’il pourrait produire.
Troisièmement, les propriétaires fonciers et les éléments semi-féodaux.
La question foncière reste en suspens. Les grands propriétaires fonciers continuent de détenir de vastes étendues, tandis que des millions de personnes se débattent sur de petites parcelles ou restent sans terre. Les injustices historiques n’ont pas été corrigées. Elles ont été réorganisées.
Des exemples sont visibles dans tout le pays. De grands domaines détenus par des familles ayant des liens politiques coexistent avec la soif de terre des paysans. Des terres publiques sont attribuées à des promoteurs privés. Des terres communautaires sont clôturées à des fins de spéculation. Des bidonvilles sont menacés d’expulsion au nom du développement.
Dans les zones rurales, les paysans sont pris au piège dans des arrangements d’exploitation, notamment l’agriculture contractuelle et la dépendance vis-à-vis des marchés, où ils supportent les risques sans contrôler le résultat.
Et tout cela est lié par l’usure.
L’usure a pris des formes modernes, mais son essence reste la même : l’exploitation de la détresse.
Par le biais de plateformes de prêt mobiles et de programmes de crédit tels que Watu Credit et d’autres systèmes de prêt numériques similaires, les travailleurs et les jeunes sont entraînés dans des cycles d’endettement à taux d’intérêt élevé. Un conducteur de boda boda achète une moto à crédit, mais les conditions de remboursement font que la majeure partie de son travail ne sert pas à son propre développement, mais au remboursement de sa dette. Un travailleur contracte un prêt mobile pour assurer sa survie de base, pour se retrouver face à des pénalités et des intérêts qui se multiplient en quelques jours.
Des programmes comme One Acre Fund, présentés comme un soutien aux agriculteurs, enferment souvent les paysans dans des cycles où les intrants sont fournis à crédit, mais où les conditions de remboursement et les structures de prix garantissent que le paysan reste dépendant. La récolte ne libère pas. Elle sert à rembourser la dette.
Les institutions de microfinance, les prêteurs informels et les systèmes de crédit numériques pénètrent tous les recoins de la société. La dette devient permanente. Les intérêts deviennent un fardeau quotidien. La survie elle-même devient une source de profit pour le capital.
Ce n’est pas de l’autonomisation. C’est du contrôle.
Ces forces sont interconnectées. L’impérialisme en définit le cadre. La bourgeoisie compradore en tire profit. Les éléments propriétaires fonciers maintiennent leur contrôle sur la terre. L’usure garantit que même la plus petite activité économique soit liée à l’extraction.
Autour d’eux se dresse l’appareil d’État. La police procède aux expulsions. Les tribunaux légitiment l’accaparement des terres. L’appareil administratif met en œuvre l’austérité. Lorsque les travailleurs protestent contre les prix élevés du carburant, la répression s’ensuit. Lorsque les paysans résistent à la dépossession, la force est déployée.
Ce n’est pas un échec. C’est un dessein.
Les élections ne modifient pas cette structure. Elles ne font que faire tourner les dirigeants au sein du même cadre de classe. Le langage change. Le système demeure.
Mais la révolution a ses forces.
La classe dirigeante est le prolétariat. Le travailleur des transports aux prises avec le coût du carburant. L’ouvrier d’usine confronté à de bas salaires. Le travailleur du secteur informel accablé par les dettes. Telles sont les forces capables de mener la transformation.
Le principal allié est la paysannerie. L’agriculteur lié par des prêts d’intrants. Le petit exploitant confronté à la pression foncière. Les pauvres des zones rurales luttant contre l’exploitation. Ceux-ci forment la large base de la révolution.
Ensemble, ils constituent l’épine dorsale.
D’autres forces peuvent être ralliées. Les étudiants confrontés au chômage. Les jeunes pris au piège de l’endettement. Les petits commerçants accablés par la fiscalité. Les intellectuels progressistes. Tous peuvent être entraînés dans la lutte. Mais la direction doit rester entre les mains du prolétariat, par l’intermédiaire de son parti d’avant-garde.
Nous devons rendre cette réalité incontestable.
Lorsqu’un conducteur de boda boda travaille jour et nuit uniquement pour rembourser un prêt, c’est de l’usure.
Lorsqu’un agriculteur récolte mais reste endetté, c’est de l’exploitation semi-féodale.
Lorsque les prix du carburant augmentent et que tout devient cher, c’est de l’impérialisme et la domination des compradores.
Lorsque des terres sont confisquées et que des communautés sont déplacées, c’est la domination des propriétaires fonciers.
Celui qui porte la lance ne la prête pas à ceux qui sont pourchassés. L’État qui sert l’oppresseur ne libérera pas les opprimés.
Par conséquent, la tâche qui incombe au Parti est claire. Dénoncer ces ennemis sous leur véritable jour. Organiser les masses là où elles luttent. D’unir les ouvriers et les paysans en une force consciente. Et de préparer le démantèlement de cet État et son remplacement par un nouveau pouvoir ancré dans le peuple.
Ce n’est qu’alors que les masses ne se contenteront pas de reconnaître le système. Elles se soulèveront contre lui. Elles le vaincront.
L’impérialisme au Kenya aujourd’hui
L’impérialisme n’est pas une abstraction. Ce n’est pas une force lointaine. Il est présent, actif et déterminant dans le façonnement de la vie politique et économique du Kenya.
Parler d’impérialisme, c’est parler de relations concrètes de domination, de contrôle sur la finance, sur la production, sur la sécurité, sur l’idéologie.
Au Kenya aujourd’hui, l’impérialisme opère à travers de multiples canaux, étroitement imbriqués, se renforçant mutuellement.
Premièrement, par le capital financier. Les leviers de l’économie ne sont pas entre les mains du peuple kenyan. Ils sont contrôlés par les institutions financières internationales, les banques étrangères et les multinationales. La dette devient une arme. Les prêts s’accompagnent de conditions. Les politiques sont dictées. L’austérité est imposée. La richesse publique est transférée entre des mains privées. Ce qui est présenté comme du développement est en réalité une dépendance accrue.
Deuxièmement, par le contrôle des secteurs clés. Les industries stratégiques, les infrastructures, les secteurs extractifs et les principales chaînes d’approvisionnement sont dominés par le capital étranger. La structure de production est faussée pour servir les marchés extérieurs. Les matières premières s’écoulent vers l’extérieur. Les produits finis affluent vers l’intérieur. Le cycle de dépendance se reproduit sans cesse.
Troisièmement, par le biais d’arrangements militaires et sécuritaires. L’impérialisme ne repose pas uniquement sur l’économie. Il repose sur la force, ou la menace de la force. La coopération militaire, les programmes de formation, le partage de renseignements et la présence de bases étrangères lient tous l’État kenyan à un système impérialiste plus large. Sous prétexte de sécurité, la souveraineté est compromise. La capacité répressive de l’État est renforcée, non pas pour la défense du peuple, mais pour la stabilité de l’ordre existant.
Quatrièmement, par le biais de l’idéologie. Le contrôle n’est pas seulement matériel. Il est aussi mental. Les médias, l’éducation et les institutions culturelles reproduisent les valeurs de l’impérialisme. Ils prônent la soumission comme du pragmatisme. Ils présentent la dépendance comme une fatalité. Ils occultent la réalité de l’exploitation. De cette manière, la domination est normalisée.
Nous devons être clairs. L’impérialisme s’adapte. Il change de forme, mais pas d’essence. Là où il régnait autrefois par une administration coloniale directe, il règne désormais par la domination financière, l’influence politique et des intermédiaires locaux. Le drapeau a peut-être changé, mais la structure demeure.
Et pourtant, au sein de ce système, les contradictions s’accentuent. Plus l’impérialisme exploite, plus il s’expose. Plus il domine, plus il suscite de résistance. Les travailleurs voient leur travail exploité. Les paysans voient leurs terres transformées en marchandises. Les jeunes voient leur avenir bafoué.
La tâche ne consiste donc pas simplement à dénoncer l’impérialisme, mais à s’organiser contre lui. À en dévoiler les mécanismes. De construire la résistance à chaque point de pénétration. D’unir tous ceux qui peuvent l’être contre lui, sous la direction de la classe ouvrière.
Sans affronter l’impérialisme, il n’y a pas de souveraineté. Sans vaincre l’impérialisme, il n’y a pas de démocratie. Sans briser le contrôle impérialiste, il n’y a pas de voie vers le socialisme.
Puis nous allons vers la campagne, vers la terre où la majorité vit et travaille, où la question de la révolution devient concrète, immédiate, inévitable.
La persistance des relations féodales et semi-féodales
La question agraire reste au cœur de la révolution kenyane. Ce n’est pas une question secondaire. Ce n’est pas une relique du passé. C’est une contradiction vivante qui façonne les conditions de vie de millions de paysans et détermine l’orientation de la lutte.
Nous devons le dire clairement. La question agraire au Kenya n’a pas été résolue. La spoliation coloniale n’a pas été abolie sur le fond. Elle a été réorganisée. Elle a été redistribuée au sein d’une élite restreinte. Les larges masses paysannes n’ont pas reçu de terres. Elles ont reçu des promesses.
Les grands domaines persistent. La concentration foncière persiste. Dans de nombreuses régions, l’accès à la terre reste précaire, inégal et régit par le pouvoir plutôt que par la justice. La paysannerie est fragmentée, accablée par la dette, exposée aux fluctuations du marché et de plus en plus poussée vers des formes de survie précaires.
C’est ce qui définit les conditions semi-féodales de la période actuelle. Non pas la reproduction exacte des anciennes formes, mais leur transformation sous la pression du capitalisme et de l’impérialisme. Les anciennes relations se combinent avec de nouvelles formes d’exploitation. La rente, l’usure et la dépendance vis-à-vis du marché s’entremêlent. Le paysan produit, mais ne contrôle pas le produit. Le paysan travaille, mais reste pauvre.
Dans le même temps, l’impérialisme pénètre dans les campagnes. La terre devient une marchandise pour la spéculation, pour l’agriculture d’exportation, pour les intérêts étrangers. Ce qu’on appelle investissement signifie souvent dépossession. Ce qu’on appelle développement signifie souvent déplacement.
Il en résulte une crise qui s’aggrave dans la vie rurale. Les jeunes sont chassés de la terre. La migration augmente. Le travail informel se développe. Le lien entre la ville et la campagne se resserre, non pas par le développement, mais par des difficultés partagées.
C’est pourquoi la question agraire ne peut être reportée. Elle ne peut être contournée. Elle ne peut être résolue dans le cadre du système existant.
La Révolution nationale démocratique doit placer la terre au centre de ses préoccupations. « La terre à celui qui la cultive » n’est pas un slogan. C’est une nécessité. Sans cela, l’alliance entre la classe ouvrière et la paysannerie ne peut être consolidée. Sans cela, la base matérielle de l’exploitation féodale et semi-féodale reste intacte.
La lutte dans les campagnes doit donc être organisée, consciente et soutenue. La paysannerie doit être mobilisée, non pas comme une force passive, mais comme un participant actif au processus révolutionnaire. Ses revendications doivent être formulées. Ses organisations doivent être construites. Son lien avec la classe ouvrière doit être renforcé.
Ignorer la question agraire, c’est affaiblir la révolution. La résoudre, c’est s’attaquer à l’un des piliers centraux de l’oppression.
Nous passons alors de l’analyse concrète au niveau de la stratégie. Pas de déclarations vagues, mais une clarté scientifique. Pas de confusion, mais une orientation. La révolution doit se connaître elle-même.
La révolution démocratique nationale comme étape stratégique
La question de l’étape est la question de l’orientation. Sans clarté sur l’étape de la révolution, tous les efforts se dispersent, tous les sacrifices se dissipent, toutes les luttes risquent d’être détournées.
Nous devons être fermes. La révolution kenyane se trouve au stade de la révolution nationale démocratique. Ce n’est pas une question de préférence. Ce n’est pas une question de rhétorique. Elle est déterminée par les conditions concrètes de notre société, par le poids de l’impérialisme, par la persistance des relations semi-féodales, par les tâches de libération inachevées.
Qu’est-ce que cela signifie ?
Cela signifie que l’objectif immédiat de la révolution n’est pas encore la construction directe du socialisme. Cela signifie que la première tâche consiste à briser les chaînes qui entravent la nation, à déraciner les structures qui étouffent les masses, à préparer le terrain sur lequel le socialisme pourra être construit.
La révolution nationale démocratique est donc anti-impérialiste. Elle vise à mettre fin à la domination étrangère sous toutes ses formes : économique, politique, militaire et culturelle. Elle affirme la souveraineté nationale non pas comme un slogan, mais comme une réalité concrète.
Elle est également anti-féodale. Elle vise à abolir les vestiges et les manifestations des relations féodales dans les campagnes. Elle vise à résoudre de manière décisive la question agraire, à remettre la terre entre les mains de ceux qui la travaillent, à libérer les forces productives freinées par des structures obsolètes et oppressives.
En même temps, elle est démocratique. Elle vise à élargir la participation des masses à la vie politique, à démanteler l’appareil répressif qui défend le pouvoir de l’élite, et à établir des organes du pouvoir populaire enracinés dans l’alliance des ouvriers et des paysans.
Mais nous devons être précis. Cette démocratie n’est pas la démocratie creuse de la bourgeoisie, où le peuple vote mais ne gouverne pas. C’est une nouvelle démocratie, dirigée par le prolétariat, guidée par son parti d’avant-garde, et orientée vers la transition finale vers le socialisme.
C’est là que réside la question décisive de la direction.
La Révolution démocratique nationale ne peut aboutir à la victoire que si elle est dirigée par la classe ouvrière. Sans direction prolétarienne, la révolution sera capturée, édulcorée ou trahie par des fractions de la bourgeoisie qui craignent la mobilisation des masses plus qu’elles ne s’opposent à l’impérialisme.
C’est pourquoi le rôle du Parti communiste marxiste du Kenya est central. Il doit apporter une clarté idéologique. Il doit organiser les masses. Il doit forger des alliances, mais ne jamais céder la direction. Il doit unir tous ceux qui peuvent l’être, tout en conservant son indépendance et son initiative.
Les tâches de cette étape sont interdépendantes.
Obtenir une véritable indépendance.
Résoudre la question agraire.
Développer une économie autonome.
Construire des organes du pouvoir populaire.
Jeter les bases du socialisme.
Ce ne sont pas des tâches distinctes. Elles forment un seul et même processus, une seule et même lutte, un seul et même mouvement en avant. Camarades, celui qui connaît le chemin peut guider les autres à travers la forêt. Le Parti doit connaître le chemin. Le Parti doit diriger.
Sans cette étape, il n’y a pas d’avancée. Sans l’accomplissement de ces tâches, il n’y a pas de socialisme. Sans clarté, il n’y a pas de victoire.
Le rôle du prolétariat et du parti d’avant-garde
L’histoire ne se fait pas toute seule. Elle se fait par la lutte. Elle se fait par les classes. Elle se fait par l’action consciente de ceux qui comprennent leur position et leur tâche.
Dans la révolution kenyane, la force motrice doit être le prolétariat. Ce n’est pas une question de sentiment. C’est une question de science. La classe ouvrière, de par sa position dans la production, de par son organisation collective, de par son absence de propriété dans le système existant, est la seule classe capable de mener la lutte jusqu’à son terme.
D’autres classes peuvent résister à l’impérialisme. Des sections de la petite bourgeoisie peuvent s’opposer à certains aspects de la domination. Même des éléments de la bourgeoisie nationale peuvent, par moments, entrer en contradiction avec le capital étranger. Mais aucune de ces classes ne peut mener la lutte jusqu’au bout. Leurs intérêts sont limités. Leur vision est restreinte. Leur engagement est instable.
Seul le prolétariat n’a rien à perdre que ses chaînes. Seul le prolétariat a l’intérêt et la capacité d’éradiquer l’exploitation sous toutes ses formes.
Mais le prolétariat n’agit pas spontanément en tant que force révolutionnaire. Sans organisation, il reste fragmenté. Sans idéologie, il reste vulnérable. Sans direction, il peut être induit en erreur.
C’est pourquoi le parti d’avant-garde est indispensable.
Le Parti communiste marxiste du Kenya n’est pas un observateur. Il n’est pas un commentateur. Il est le détachement organisé et conscient de la classe ouvrière. Il porte la théorie de la révolution parmi les masses. Il unit les luttes dispersées dans une seule direction. Il transforme le mécontentement en pouvoir.
Le Parti doit éduquer. Encore et encore, éduquer. Il doit organiser. Patience, systématiquement, organiser. Il doit mobiliser. Audacieusement, résolument, mobiliser.
Par le biais des syndicats, des organisations paysannes, des structures de jeunesse et de femmes, par tous les canaux possibles, le Parti doit s’enraciner parmi les masses. Pas au-dessus d’elles. Pas en dehors d’elles. Parmi elles.
En même temps, le Parti doit maintenir une fermeté idéologique. L’opportunisme est un danger. Le révisionnisme est un danger. Le « tailisme » est un danger. Suivre les masses sans les diriger, c’est abandonner la révolution. Transiger sur les principes pour un gain temporaire, c’est affaiblir la lutte.
Diriger, c’est faire preuve de clarté. Diriger, c’est faire preuve de discipline. Diriger, c’est avoir la capacité d’unir, mais aussi le courage de lutter quand c’est nécessaire.
L’alliance entre la classe ouvrière et la paysannerie est l’épine dorsale de la révolution. Mais cette alliance doit être dirigée. Elle doit être guidée. Elle doit être organisée en une force capable d’affronter l’État et ses soutiens impérialistes.
Par conséquent, la tâche du CPMK n’est pas seulement de participer à la lutte, mais de la diriger. De sensibiliser les masses. De forger l’unité. De préparer les masses non seulement à résister, mais à prendre le pouvoir.
Nous passons alors de la ligne générale aux tâches concrètes. Une révolution qui ne traduit pas la ligne en action devient un slogan. Un parti qui n’agit pas devient un spectateur.
Tâches anti-impérialistes et anti-féodales dans la période actuelle
La période actuelle exige une clarté d’action. Pas des efforts dispersés, mais une avancée coordonnée. Pas d’hésitation, mais une initiative fondée sur une analyse correcte. Les tâches qui s’imposent au Parti découlent directement des conditions que nous avons exposées. Elles doivent être entreprises avec discipline, avec urgence, avec persévérance.
Premièrement, la tâche de construire la force organisée des masses. La révolution ne se fera pas par des déclarations. Elle sera faite par un peuple organisé. Le Parti doit approfondir son travail parmi les ouvriers, les paysans, la jeunesse et les femmes. Les syndicats doivent être renforcés. Les associations paysannes doivent être développées. La jeunesse et les femmes doivent être amenées à participer activement à la vie politique. Chaque lutte, aussi modeste soit-elle, doit être rattachée à la ligne révolutionnaire plus large.
Deuxièmement, la tâche de faire progresser l’alliance ouvriers-paysans. Cette alliance n’est pas automatique. Elle doit être forgée consciemment. Les luttes dans les usines et celles dans les campagnes doivent être unifiées. Les revendications des travailleurs doivent refléter les besoins de la paysannerie. Les revendications de la paysannerie doivent être reprises par la classe ouvrière. Ce n’est que par cette unité que la révolution pourra déployer toute sa force.
Troisièmement, la tâche de s’opposer à la pénétration impérialiste à tous les niveaux. Là où l’impérialisme s’installe, la résistance doit suivre. Dans l’économie, dénoncer les accords d’exploitation, les pièges de la dette et la domination étrangère sur les secteurs clés.
En politique, il faut révéler l’influence des intérêts étrangers dans l’élaboration des politiques. En matière de sécurité, il faut s’opposer aux accords qui compromettent la souveraineté. Le peuple doit voir clairement qui en profite et qui en souffre.
Quatrièmement, la tâche de traiter la question agraire dans la pratique. Le Parti doit s’enraciner dans les luttes rurales. Il doit formuler des revendications pour la redistribution des terres, la sécurité d’occupation, l’allègement de la dette et la fin de l’exploitation. Il doit aider à organiser les paysans pour qu’ils défendent leurs droits et remettent en cause les relations injustes.
Cinquièmement, la tâche de la lutte idéologique. L’impérialisme ne gouverne pas uniquement par la force. Il gouverne par les idées. Le Parti doit contrer les discours de soumission, d’inévitabilité et de défaite. Il doit élever la conscience. Il doit apprendre aux masses à voir le système tel qu’il est. Sans clarté idéologique, l’organisation s’affaiblit. Sans éducation politique, les acquis sont remis en cause.
Sixièmement, la tâche de forger l’unité entre toutes les forces anti-impérialistes et anti-féodales. L’unité est nécessaire, mais elle doit être fondée sur des principes. Le Parti doit s’unir à tous ceux qui peuvent l’être contre l’ennemi principal, tout en conservant son indépendance et son leadership. L’unité sans clarté mène à la confusion. L’unité avec clarté mène à la force.
Septièmement, la tâche de préparer des formes de lutte plus élevées. Chaque action, chaque campagne, chaque organisation doit contribuer à renforcer les capacités des masses. La lutte se développe par étapes. Ce qui commence par la résistance doit se transformer en pouvoir organisé. Ce qui commence par la protestation doit déboucher sur la transformation.
Ces tâches ne sont pas distinctes. Elles forment une seule et même ligne de marche. En négliger une, c’est affaiblir l’ensemble. Les mener de front, c’est renforcer la révolution.
Le Parti doit agir. Agir de manière cohérente. Agir correctement. Agir en unité avec les masses.
Ensuite, nous élargissons notre perspective. La lutte kenyane n’est pas isolée. C’est un front au sein d’un champ de bataille plus vaste. Pour comprendre notre chemin, nous devons le situer dans le mouvement de l’histoire à travers le continent et le monde.
Le Kenya dans la lutte africaine et mondiale
Le Kenya n’est pas une formation isolée. Il est lié à un système continental et mondial de domination impérialiste. Ce qui apparaît comme une question nationale fait, en substance, partie d’une contradiction internationale entre l’impérialisme et les peuples opprimés du monde.
Partout en Afrique, le même schéma se répète. Une indépendance formelle sans véritable souveraineté. Des ressources abondantes côtoyant une pauvreté de masse. Des promesses de développement, une dépendance avérée. Du nord au sud, d’ouest en est, l’impérialisme adapte ses méthodes mais conserve son objectif : contrôle, extraction, domination.
Dans ce contexte, le Kenya occupe une position stratégique. C’est un lieu de pénétration économique, un nœud de coordination militaire et sécuritaire, un terrain où les puissances impérialistes cherchent à exercer leur influence et à tirer profit. Cela rend la lutte kenyane à la fois plus complexe et plus importante. Ce qui se joue ici a des répercussions au-delà de nos frontières.
Dans le même temps, la résistance s’intensifie. Les travailleurs font grève. Les paysans s’organisent. Les jeunes se rebellent contre le chômage et l’exclusion. À travers le continent, on observe un rejet croissant des arrangements néocoloniaux. L’ancien ordre est de plus en plus remis en question. La légitimité des régimes compradores s’affaiblit.
Ce n’est pas un hasard. L’impérialisme est en crise. Ses contradictions s’exacerbent à l’échelle mondiale. La concurrence entre les puissances impérialistes s’intensifie. Les conflits s’étendent à travers les régions. Ce à quoi nous assistons, ce ne sont pas des guerres isolées, mais des théâtres interconnectés d’une lutte plus large pour le redécoupage et le contrôle.
Dans cette situation qui se dessine, la question de l’alignement international devient décisive.
La révolution kenyane doit s’aligner fermement sur le front anti-impérialiste mondial. Elle doit construire une solidarité avec les luttes en Afrique, en Amérique latine, en Asie occidentale, en Asie dans son ensemble. L’ennemi est coordonné. La résistance doit être coordonnée.
Mais l’internationalisme n’est pas une abstraction. Il part de la lutte concrète chez nous. Un mouvement révolutionnaire fort au Kenya renforce la lutte continentale. Un mouvement affaibli l’affaiblit.
La tâche est donc double. Approfondir la lutte nationale. Et la relier consciemment au mouvement international contre l’impérialisme.
La victoire d’un peuple en inspire un autre. Les avancées dans un pays font pencher la balance ailleurs. La lutte est interconnectée.
Le Kenya ne doit pas rester en marge. Il doit faire partie du front qui avance.
Conclusion : La voie à suivre
La révolution n’est pas une question de sentiment. C’est une question de nécessité née des conditions matérielles. Le Kenya s’inscrit dans un système de domination impérialiste et d’oppression de classe interne. Ce ne sont pas des distorsions temporaires. Ce sont des réalités structurelles. Pour y faire face, il faut de l’organisation, de la clarté et un engagement sans faille.
Nous avons identifié l’étape. La révolution démocratique nationale est la voie immédiate à suivre. Nous avons identifié les ennemis. L’impérialisme, la bourgeoisie compradore et les vestiges des relations féodales. Nous avons identifié la force motrice. La classe ouvrière, en alliance avec la paysannerie, organisée et dirigée par son parti d’avant-garde.
Mais l’identification ne suffit pas. La question décisive est la pratique.
Les tâches qui nous attendent sont claires. Organiser les masses. Renforcer l’alliance ouvriers-paysans. Affronter la pénétration impérialiste sous toutes ses formes. Résoudre la question agraire dans la pratique. Faire progresser la clarté idéologique. Construire l’unité sans renoncer à la direction. Préparer les masses à des formes de lutte plus élevées.
Il n’y a pas de raccourci vers la libération. Il n’y a pas de sauveur extérieur. Il n’y a que la lutte organisée, guidée par une théorie correcte, enracinée dans les masses et menée avec discipline.
L’histoire nous enseigne une leçon immuable. Les opprimés ne gagnent pas leur liberté en attendant. Ils la gagnent en luttant, en s’organisant, en persévérant à travers les difficultés et les sacrifices jusqu’à ce que le rapport de forces soit transformé.
Comme le dit le proverbe, un voyage de mille kilomètres commence par un seul pas déterminé. Mais c’est la succession de pas, fermes et organisés, qui permet d’atteindre la destination.
Le Parti communiste marxiste du Kenya doit donc approfondir son travail, renforcer ses structures et rester fermement ancré dans les masses. Ce n’est qu’ainsi que la révolution pourra passer de la possibilité à la réalité.
Le chemin est long. La lutte est dure. Mais la direction est claire.
En avant vers la révolution démocratique nationale.
En avant vers la libération de la classe ouvrière et de la paysannerie.
En avant vers la défaite de l’impérialisme et de toutes les formes d’exploitation.
Par Booker Omole
Secrétaire général
Parti communiste marxiste du Kenya
9 mai 2026
