L’avenir n’appartient pas à l’impérialisme. Il appartient à la classe ouvrière et aux peuples opprimés du monde entier (Kenya)

Booker Omole est le secrétaire général du Parti communiste marxiste du Kenya, un théoricien et organisateur marxiste-léniniste et maoïste ancré dans les luttes de la classe ouvrière et de la paysannerie pauvre kenyanes. Il a joué un rôle de premier plan dans la reconstruction du mouvement communiste au Kenya, en faisant progresser la ligne de la révolution démocratique nationale et en menant de front l’éducation idéologique, l’organisation des masses et la mobilisation anti-impérialiste. Connu pour sa position intransigeante contre la domination néocoloniale et le révisionnisme, il a été à l’avant-garde de la résistance politique, affrontant la répression d’État tout en continuant à organiser les travailleurs, la jeunesse et les forces progressistes en vue d’une transformation révolutionnaire.

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1. Histoire, formation et position idéologique du parti

Le Parti communiste marxiste du Kenya est né d’une nécessité, et non d’une commodité. Il a émergé des conditions concrètes de la société kenyane, une société enchaînée par la domination néocoloniale, étouffée par le capitalisme comprador et marquée par les tâches inachevées de la libération nationale. Notre formation est enracinée dans la lutte, dans le long arc allant de la résistance anticoloniale des Mau Mau à l’indépendance trahie de 1963.

Notre émergence est également indissociable de la rupture idéologique avec le Parti communiste du Kenya. Cette scission n’était pas une question de personnalités. C’était une question de ligne. C’était une question de révolution ou de réforme, de marxisme ou de révisionnisme. Au sein de cette lutte, un courant réactionnaire que nous avons identifié comme le « Gang des Deux », composé de Mwandawiro Mganga et Benedict Wachira, s’est imposé comme l’expression organisationnelle de l’opportunisme, prônant une ligne de collaboration de classe, de crétinisme parlementaire et de capitulation face à la politique bourgeoise. Nous avons rompu de manière décisive avec cette déviation. Nous avons refusé la liquidation. Nous avons refusé la capitulation. Nous avons choisi la voie de la reconstruction d’une véritable avant-garde révolutionnaire enracinée dans la classe ouvrière.

Nous sommes guidés par le marxisme-léninisme et enrichis par la pensée de Mao Zedong. Nous défendons le matérialisme historique comme boussole et la lutte des classes comme méthode. Nous ne traitons pas d’abstractions. Nous traitons des contradictions vivantes de la société kenyane, où l’impérialisme, les vestiges féodaux et le capitalisme bureaucratique forment un bloc réactionnaire contre le peuple.

Notre ligne stratégique est claire. Le Kenya a besoin d’une révolution démocratique nationale comme étape vers le socialisme. Cette révolution doit être menée par la classe ouvrière en alliance avec la paysannerie, la jeunesse et toutes les couches opprimées. Nous rejetons le révisionnisme. Nous rejetons l’opportunisme. Nous défendons la transformation révolutionnaire.

2. La situation de la classe ouvrière au Kenya

La classe ouvrière kenyane est assiégée, mais il faut la comprendre dans toute sa réalité matérielle. Elle reste relativement peu nombreuse, non par hasard, mais par conception. La domination impérialiste a freiné le développement industriel, réduit la capacité de production et confiné l’économie à la dépendance. Les industries sont faibles, fragmentées, voire totalement absentes. Il en résulte une classe ouvrière numériquement limitée, tandis que la grande majorité de la population, plus de soixante-dix pour cent, est repoussée vers l’arrière-pays rural, dans des conditions de retard imposées et maintenues par le système.

À la campagne, l’exploitation prend des formes multiples et brutales. Le prolétariat rural et la paysannerie pauvre sont soumis non seulement à l’exploitation du marché, mais aussi à des relations précapitalistes qui persistent sous le néocolonialisme. L’usure enchaîne le paysan à des cycles d’endettement. La rente en nature dépouille la récolte avant qu’elle ne nourrisse la famille. La rente en travail extrait un labeur non rémunéré. La rente en argent renforce l’emprise des propriétaires fonciers et des élites locales. Le paysan cultive, mais ne possède pas. Il produit, mais ne contrôle pas. Il vit, mais ne progresse pas.

Pourtant, au cœur de cette réalité réside une force décisive. La paysannerie, vaste et tenace, constitue la force physique de la révolution. C’est le réservoir d’énergie, la grande masse qui, lorsqu’elle est organisée et dirigée par la classe ouvrière, peut balayer l’ancien ordre. Sans la paysannerie, il n’y a pas de révolution. Avec la paysannerie, armée de conscience et d’organisation, aucune force ne peut lui barrer la route.

La lutte des classes n’est pas une théorie au Kenya. C’est une réalité vivante et palpable. Elle se déroule dans les usines, dans les plantations, dans les rues et dans les villages. Les travailleurs se soulèvent en grève contre les bas salaires, contre la précarité, contre le vol de leur travail.

Des actions syndicales aux débrayages spontanés, la classe ouvrière s’affirme, même dans des conditions de répression et de fragmentation.

À la campagne, les contradictions s’exacerbent. Les paysans résistent à l’accaparement des terres, résistent aux expulsions, résistent à la domination des propriétaires fonciers et de l’agro-industrie. Les soulèvements localisés, la résistance communautaire et les luttes organisées pour la terre et les moyens de subsistance se multiplient. La colère est profonde. La patience s’amenuise.

Ces luttes peuvent sembler dispersées, mais elles sont reliées par un fil conducteur. Elles expriment la même contradiction fondamentale entre les masses et le système qui les exploite. La tâche qui incombe aux révolutionnaires est claire. Unir ces luttes. Leur donner une direction. Transformer la résistance dispersée en une force consciente et organisée, capable de faire avancer la Révolution démocratique nationale.

Les problèmes les plus urgents restent le chômage, la précarisation du travail, la hausse du coût de la vie, la dépossession des terres et l’érosion des services sociaux. La santé et l’éducation ont été marchandisées. Le logement est inabordable. La faim n’est plus une exception. Elle devient la norme.

Sur le plan politique, les masses sont confrontées à une crise de représentation. Les partis bourgeois n’offrent aucune solution. Ils recyclent leurs promesses tout en aggravant l’exploitation. Le peuple cherche. Il s’interroge. Il apprend à travers la lutte que le problème n’est pas tel ou tel politicien. Le problème, c’est le système lui-même.

3. Situation du mouvement ouvrier et des syndicats

Le mouvement syndical au Kenya a une histoire militante, écrite dans le sacrifice et la lutte, mais aujourd’hui il est alourdi par la bureaucratisation et la collaboration de classe. Une couche d’aristocrates du travail a émergé au sein de la direction syndicale, coupée de la base, isolée par des privilèges, et liée matériellement et politiquement à l’État et au capital. Cette couche parle le langage des travailleurs, mais agit dans l’intérêt du compromis. Elle craint la lutte. Elle craint les perturbations. Elle craint le pouvoir indépendant des masses.

De nombreux dirigeants syndicaux ont été absorbés par l’appareil d’État ou cooptés par le capital. Au lieu de mobiliser les travailleurs, ils les pacifient. Au lieu d’organiser des grèves, ils négocient des reculs. Ce à quoi nous assistons n’est pas simplement de la faiblesse, mais une contradiction au sein même du mouvement, entre l’instinct de lutte des travailleurs et les tendances conservatrices de certaines franges de la direction.

Les syndicats existent, mais leur force est inégale. Dans certains secteurs, ils restent actifs, mais dans beaucoup d’autres, ils sont déconnectés de la base. Les travailleurs sont souvent laissés à eux-mêmes pour lutter, s’organiser spontanément, résister sans structure ni continuité.

Pourtant, l’histoire ne s’arrête pas là. Sous cette couche d’opportunisme, le véritable mouvement de la classe ouvrière continue de se développer. Notre parti intervient précisément à ce niveau. Nous allons vers les travailleurs, non pas en tant qu’observateurs, mais en tant qu’organisateurs. Nous construisons par la base.

Sur le front de mer de Mombasa, parmi les dockers et les travailleurs portuaires, nous menons un travail patient et persévérant, en nous organisant contre la précarisation, contre l’exploitation par les monopoles maritimes et contre les conditions brutales imposées à ceux qui gèrent le poumon de l’économie. Là-bas, la lutte est acharnée, car les travailleurs s’opposent directement aux réseaux commerciaux impérialistes et à leurs agents locaux.

Parmi les travailleurs des zones franches d’exportation, les conditions sont encore plus dures. Ces zones sont des enclaves de surexploitation, où les droits du travail sont bafoués, les salaires maintenus au niveau du strict minimum de subsistance et la répression constante. Ici, nous nous organisons discrètement mais fermement, en développant la conscience, en reliant les luttes immédiates sur les salaires et les conditions de travail à la lutte politique plus large contre l’impérialisme et le néocolonialisme.

Notre approche n’est pas d’abandonner les syndicats, mais de les transformer. Nous allons vers les travailleurs. Nous nous organisons par la base. Nous mettons en place des comités de base. Nous dénonçons la trahison là où elle existe. Nous nous unissons là où l’unité sert la lutte. Nous insistons, encore et encore, pour que les syndicats retrouvent leur caractère de classe en tant qu’organes de lutte, et non instruments de compromis.

4. Répression d’État et résistance révolutionnaire

Notre parti a été confronté à des arrestations, du harcèlement, de la surveillance et des agressions physiques répétées. Ce n’est pas le fruit du hasard. C’est systématique. L’État craint l’organisation. Il craint la clarté. Il craint un peuple qui comprend son pouvoir et commence à agir en conséquence.

Je ne parle pas de manière abstraite, mais d’après mon expérience vécue. Il y a eu des tentatives directes d’atteinte à ma vie, y compris une attaque à mon domicile, un acte destiné à m’intimider et à me réduire au silence.

Il y a également eu une attaque ciblée contre un véhicule du parti, une attaque non seulement contre des biens, mais contre le travail collectif et le mouvement qu’il représente. Plus récemment, j’ai été enlevé, soumis à la torture, puis relâché à titre d’avertissement. Mais de telles actions ne suscitent pas la peur. Elles suscitent la clarté. Elles révèlent la véritable nature de l’État en tant qu’instrument de domination de classe, et non en tant qu’arbitre neutre.

Au niveau local, la répression est souvent menée par des éléments anticommunistes connus au sein de l’appareil de sécurité. Le commandant du poste de Mlolongo, Peter Mugambi, a constamment agi comme un agent de persécution contre nos camarades, recourant au harcèlement, aux arrestations arbitraires et à l’intimidation pour perturber nos efforts d’organisation. Ce ne sont pas des incidents isolés. Ils s’inscrivent dans un schéma plus large où l’appareil d’État est déployé pour réprimer l’activité révolutionnaire tout en protégeant les intérêts du capital et de l’impérialisme.

Nos camarades ont été pris pour cible parce que nous disons la vérité sans crainte. Nous organisons les pauvres. Nous dénonçons l’impérialisme. Nous refusons de nous plier.

Mais la répression ne nous affaiblit pas. Elle nous endurcit. Chaque attaque révèle plus clairement aux masses la nature de classe de l’État. Chaque acte de violence dissipe l’illusion de neutralité. Chaque arrestation, chaque passage à tabac, chaque acte d’intimidation approfondit la conscience politique et élargit le cercle de la résistance.

Les révolutionnaires ne se forgent pas dans le confort. Ils se forgent dans la lutte. Et au Kenya aujourd’hui, cette lutte s’intensifie.

À nos camarades d’Anatolie et du monde entier, la solidarité doit être active. Faites connaître nos luttes au sein de vos organisations. Menez des campagnes internationales. Dénoncez la répression. Échangez vos expériences. Renforcez l’internationalisme prolétarien non pas comme un slogan, mais comme une pratique vivante. Une blessure infligée à l’un est une blessure infligée à tous.

5. L’impérialisme en Afrique de l’Est et au Kenya

L’impérialisme en Afrique de l’Est n’a pas pris fin avec la descente des drapeaux coloniaux. Il a simplement changé de forme. Hier, il régnait par l’intermédiaire de gouverneurs. Aujourd’hui, il règne par la dette, les accords militaires, les réseaux de renseignement, les multinationales et les élites compradores locales.

Le Kenya est un nœud clé de ce système. Il accueille une présence militaire étrangère importante par le biais d’accords formels et d’installations stratégiques liées aux puissances impérialistes. Ces arrangements sont présentés comme une « coopération en matière de sécurité », mais en réalité, ils ancrent davantage le Kenya dans des architectures militaires mondiales qui servent des intérêts stratégiques extérieurs plutôt que la souveraineté du peuple.

Parallèlement, les préparatifs et les manœuvres diplomatiques s’intensifient autour d’engagements impérialistes et néocoloniaux de haut niveau, notamment le sommet Afrique-France prévu à Nairobi. De tels rassemblements ne sont pas des événements diplomatiques neutres. Ce sont des arènes où l’on réorganise l’influence, renouvelle la dépendance économique et renforce l’alignement militaire et politique entre les classes dirigeantes africaines et les anciennes puissances coloniales. L’expansion de nouveaux cadres de coopération militaire et sécuritaire entre la France et le Kenya y est étroitement liée ; ceux-ci approfondissent le partage de renseignements, la formation et la coordination opérationnelle sous le prétexte de la lutte contre le terrorisme et de la stabilité régionale.

Dans toute l’Afrique de l’Est, les classes dirigeantes s’intègrent de plus en plus dans une architecture sécuritaire néocoloniale commune. Les renseignements sont échangés entre les États. Les forces de sécurité se coordonnent par-delà les frontières. Les méthodes répressives sont partagées et reproduites. Dans la pratique, cela signifie que les mouvements de protestation, les grèves et les soulèvements populaires se heurtent non seulement à une répression nationale, mais aussi à des réponses sécuritaires régionales coordonnées. Les peuples opprimés d’un pays sont de plus en plus considérés comme une menace régionale par des régimes interconnectés agissant à l’unisson pour défendre le système.

L’économie du Kenya reflète cette même structure de dépendance. Les zones dites industrielles, en particulier dans la zone industrielle de Nairobi, ne fonctionnent pas comme de véritables centres d’industrialisation nationale. Au contraire, elles sont de plus en plus dominées par des entrepôts, des centres de distribution et des réseaux de stockage orientés vers l’importation de marchandises étrangères. Cela reflète une réalité plus profonde. Le développement capitaliste lui-même a été freiné et déformé par l’impérialisme. Plutôt que de construire une base industrielle autonome, l’économie est structurée autour de la consommation, de l’importation et de la dépendance.

Dans les campagnes, le latifariat persiste et s’aggrave dans un contexte néocolonial. De vastes étendues de terres sont contrôlées par une élite restreinte, tandis que la majorité est contrainte à des modes de survie précaires. L’usure domine la vie rurale. Les paysans sont pris au piège dans des cycles d’endettement, contraints d’emprunter à des taux abusifs, qu’ils remboursent par leurs récoltes, leur travail ou en s’endettant davantage.

Ce système de surexploitation combine les vestiges de relations semi-féodales avec la domination financière moderne, enfermant les masses rurales dans des couches d’oppression.

Il est important de comprendre que même le développement capitaliste au Kenya a été systématiquement entravé par l’impérialisme. Plutôt que de permettre l’émergence d’une bourgeoisie nationale indépendante capable de mener une transformation industrielle, l’impérialisme a imposé la dépendance, fragmenté la production et redirigé l’accumulation vers le commerce, l’immobilier et la spéculation financière.

Au niveau régional, ces contradictions sont exacerbées par des conflits en cours tels que la guerre au Soudan. Cette guerre n’est pas simplement interne. Elle est imbriquée dans des rivalités régionales, des interventions extérieures et une concurrence impérialiste pour l’influence stratégique, les ressources et les couloirs commerciaux. La souffrance du peuple soudanais est ainsi intensifiée par un système plus large dans lequel des forces réactionnaires externes et internes interagissent pour prolonger l’instabilité à des fins de gains politiques et économiques.

Dans ce contexte, l’Afrique de l’Est n’est pas une zone de développement souverain. C’est un espace contesté de pénétration impérialiste, de coordination néocoloniale et de résistance populaire. La tâche du mouvement révolutionnaire est de mettre clairement en lumière ces structures et d’organiser les masses pour qu’elles s’en affranchissent complètement.

6. Évolutions au Sahel occidental

Les événements au Burkina Faso, au Mali et au Niger reflètent une crise profonde de la domination impérialiste. Les masses, en particulier la jeunesse et certaines franges de l’armée, rejettent l’ancien ordre lié au contrôle étranger.

Ces évolutions expriment une affirmation puissante de la souveraineté, de la dignité et du contrôle sur les ressources nationales. Le Parti communiste marxiste du Kenya reconnaît et soutient ces ruptures en tant qu’actes d’affirmation nationale contre la domination impérialiste, et en tant qu’expressions de la résistance patriotique venant d’en bas et d’en haut. Dans le même temps, nous soulignons que la lutte ne peut se limiter au seul réalignement politique. Elle doit progresser vers une transformation qualitative de la société, où la classe ouvrière et la paysannerie pauvre assument la direction stratégique, et où la lutte passe d’une affirmation défensive à une rupture révolutionnaire offensive visant le socialisme.

Sans une direction révolutionnaire claire, enracinée dans la classe ouvrière et la paysannerie, il existe un risque de déviation, où de nouvelles couches dirigeantes pourraient remplacer les anciennes sans transformer fondamentalement les rapports de production. La souveraineté sans transformation sociale reste incomplète. La libération sans socialisme reste fragile.

Nous notons également que l’impérialisme, après avoir subi de sérieux revers et une humiliation politique dans certaines régions du Sahel, tente désormais de consolider à nouveau son influence ailleurs sur le continent, en particulier en Afrique de l’Est. Cela inclut un repositionnement diplomatique et militaire intensifié, notamment à travers des initiatives telles que le sommet Afrique-France prévu à Nairobi, et l’approfondissement des cadres de coopération militaire et sécuritaire entre Paris et Nairobi. Ces développements représentent une tentative de réaffirmer une influence stratégique, de reconstruire des alliances fracturées et de stabiliser l’autorité impérialiste en déclin par le biais de nouvelles formes de partenariat avec les classes dirigeantes locales.

Dans ce contexte, la tâche des révolutionnaires en Afrique de l’Est devient plus pressante et plus urgente. Les avancées au Sahel doivent être étudiées, défendues et développées davantage, mais aussi dépassées par des niveaux plus élevés d’organisation et de lutte des classes. Le Parti communiste marxiste du Kenya soutient que la véritable souveraineté ne peut être garantie que par l’offensive stratégique de la classe ouvrière, la mobilisation de la paysannerie en tant que force décisive et la construction d’une voie révolutionnaire vers le socialisme.

Nous observons ces luttes avec à la fois solidarité et lucidité critique. L’anti-impérialisme doit être indissociablement lié à la lutte des classes. Sinon, il reste partiel, réversible et vulnérable à de nouvelles formes de domination.

Parlons du pacifisme des mouvements anti-guerre dans les pays impérialistes, parlons de la troisième guerre mondiale en cours selon notre analyse, principalement en Iran, en Palestine et en Ukraine, parlons de la mer de Chine méridionale, parlons du front taïwanais, parlons des guerres impérialistes en Afrique.

7. Crise de l’impérialisme et solidarité internationale

L’impérialisme est en crise, mais il ne s’effondre pas de lui-même. Il devient plus agressif précisément parce que sa domination mondiale est remise en cause. Il mène des guerres, impose des sanctions, orchestre des coups d’État et intensifie l’exploitation afin de retarder son déclin et de réaffirmer son contrôle sur un système mondial fragmenté mais résistant.

Nous vivons une période qui présente les caractéristiques d’une confrontation impérialiste généralisée, une forme de guerre mondiale en développement qui s’exprime sur de multiples théâtres d’opérations.

Selon notre analyse, cela inclut les guerres en cours en Palestine, où un projet colonial de colonisation est maintenu par la violence militaire directe ; la confrontation impliquant l’Iran, où les sanctions, les opérations secrètes et les menaces militaires s’inscrivent dans une stratégie prolongée de déstabilisation ; et l’escalade des tensions en Asie de l’Est, notamment en mer de Chine méridionale et à Taïwan, où l’encerclement militaire, les déploiements navals et les revendications stratégiques concurrentes reflètent l’intensification de la pression et de la rivalité impérialistes.

Sur le continent africain, de multiples guerres et conflits militarisés continuent d’être façonnés et prolongés par des intérêts extérieurs et des alliances au sein de la classe dirigeante locale. Du Soudan au Sahel en passant par la Corne de l’Afrique, ces conflits ne sont pas isolés. Ils sont les manifestations interconnectées d’un système mondial en crise, où les puissances impérialistes se disputent des couloirs stratégiques, des ressources et une influence politique, souvent par l’intermédiaire de forces mandataires et de régimes compradores locaux.

Sur la question de l’Ukraine, notre position est qu’il ne s’agit pas, par essence, d’une guerre interimpérialiste, mais d’une guerre par procuration motivée par l’expansion de l’OTAN et l’encerclement impérialiste occidental contre l’État russe. Elle reflète une stratégie plus large de confinement géopolitique et de pression militaire, l’Ukraine servant de champ de bataille immédiat à cette confrontation. Dans le même temps, nous reconnaissons que la classe ouvrière de tous les pays impliqués supporte le fardeau de cette guerre, et que ses intérêts ne sont représentés par aucune des classes dirigeantes, quel que soit le camp.

Au sein même des pays impérialistes, une grande partie du mouvement anti-guerre dominant est marquée par le pacifisme et l’appel à la morale plutôt que par une analyse matérialiste et une lutte politique organisée. Bien que ces mouvements expriment une opposition sincère à la guerre, ils évitent souvent de s’attaquer au caractère de classe de l’impérialisme. Ils appellent à la paix sans démanteler le système qui produit la guerre. En conséquence, ils sont incapables de transformer le sentiment des masses en une force organisée capable de mettre fin à l’agression impérialiste. Sans perspective révolutionnaire, le pacifisme devient une soupape de pression plutôt qu’une arme de lutte.

Le Parti communiste marxiste du Kenya soutient que l’impérialisme ne peut être réformé ni restreint moralement. Il doit être vaincu par la lutte organisée de la classe ouvrière et des peuples opprimés du monde entier. La voie à suivre consiste à construire dans chaque pays des mouvements révolutionnaires forts, enracinés dans les masses, disciplinés dans leur organisation et clairs dans leur idéologie.

La solidarité internationale doit donc être organisée, coordonnée et fondée sur des principes. Elle doit aller au-delà des déclarations, au-delà des gestes symboliques, et se traduire par une action commune, une lutte partagée et des fronts unifiés contre l’impérialisme.

Nous devons relier les luttes entre elles. Les travailleurs d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Europe, d’Asie et d’Amérique latine ont un ennemi commun. Lorsque nous reconnaissons cette unité matérielle et que nous agissons en conséquence de manière organisée, le rapport de forces commence à basculer.

La crise de l’impérialisme est mondiale. La réponse doit être tout aussi mondiale, consciente et révolutionnaire.

8. Remarques finales

L’histoire n’est pas écrite par des spectateurs. Elle est écrite par ceux qui luttent.

Le Kenya est à la croisée des chemins. L’Afrique est à la croisée des chemins. Le monde est à la croisée des chemins.

Nous le disons avec conviction. Les masses ne sont pas vaincues. Elles se soulèvent. Elles apprennent. Elles s’organisent.

Nous exprimons notre solidarité militante aux travailleurs et aux pauvres de Turquie, aux ouvriers d’usine, aux dockers, aux ouvriers du bâtiment, aux jeunes dans les rues qui refusent de se taire face à l’exploitation et à la répression. Nous reconnaissons dans vos luttes nos propres luttes. Des géographies différentes, un seul ennemi de classe.

Nous honorons la mémoire de Bekir Kilerci, qui continue de vivre dans la continuité de la lutte. La vérité ne réside pas seulement dans ce qui lui a été fait, mais dans le chemin qui se poursuit au-delà de lui, porté par ceux qui refusent de capituler. Nous marchons sur cette même route, aux côtés de la mémoire révolutionnaire de Mahir, İbo, Deniz, aux côtés de Fidel et du Che, aux côtés des enfants de Palestine qui jettent des pierres contre l’empire, aux côtés des travailleurs de l’expérience soviétique, aux côtés des Communards de Paris qui ont montré que même le ciel peut être conquis par la classe ouvrière.

Nous marchons avec le poids et la responsabilité de l’histoire sur nos épaules.

Comme le dit votre tradition révolutionnaire, ceux qui ne peuvent pas prendre le risque de se battre pour leurs propres idéaux finiront par vivre sous les idéaux des autres.

L’avenir n’appartient pas à l’impérialisme. Il appartient à la classe ouvrière et aux peuples opprimés du monde.

En avant, toujours. La victoire est certaine.

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