Entretien de Con-ciencia de Clase avec Leila Ghanem. Mars 2026

Les États-Unis seront chassés d’Iran, laissant derrière eux leur dignité et leurs bases

Con-Ciencia de Clase : La stratégie des États-Unis reste la même : d’abord, des sanctions pour affaiblir le gouvernement du pays qu’ils veulent attaquer ; ensuite, une attaque militaire. L’Iran a subi 47 ans de sanctions et non seulement il n’a pas succombé, mais il s’est préparé à une guerre de longue haleine contre les États-Unis et Israël. Comment cela a-t-il été possible ?

Il existe un proverbe persan qui se présente sous la forme d’une question et d’une réponse. Quelqu’un demande : « Comment définirais-tu un vrai Persan ? ». Et la réponse est : « Quelqu’un qui parle d’une chose tout en pensant à une autre, et dans son cœur il y en a encore une autre. Et il garde dans son sac un plan de secours au cas où toutes les possibilités précédentes auraient échoué ».

La patience n’est-elle pas la meilleure des vertus en Iran ? « La personnalité iranienne, qui a horreur du vide1, qui ne laisse rien au hasard, qui explore avec sagesse toutes les possibilités qui s’offrent à elle »2. « Il faut reconnaître que l’art, l’architecture, la littérature et la poésie reflètent bien cet esprit. Ne dit-on pas en Iran : « petit à petit, la laine devient un tapis » ? L’art des miniatures, de la mosaïque et des tapis les plus merveilleux n’est-il pas persan ?

L’impérialisme barbare attaque aujourd’hui un pays doté d’une civilisation millénaire, la terre des sept merveilles du monde. Arundhati Roy, l’écrivaine indienne (lauréate du prix Booker de littérature), s’indigne face à cette horreur et se demande : « Comment pouvons-nous laisser les barbares bombarder ces magnifiques villes, patrimoine de l’humanité, que sont Téhéran, Ispahan et Shiraz, après Bagdad et Beyrouth ? »

La personnalité de l’Iran, fondée sur sa résistance, lui a en outre permis de gérer sa mosaïque ethnique si diversifiée. Sa population, qui dépasse les 90 millions d’habitants, est composée de neuf nationalités, parmi lesquelles les Perses constituent la minorité la plus nombreuse, mais ne représentent que la moitié : (51 % de Perses, 24 % d’Azéris, 17 % de Kurdes, 3 % de Baloutches, 3 % de Turkmènes, 2 % d’Arabes et 2 % de Lurs…).

Depuis le début de la guerre menée par Israël et les États-Unis contre ce pays début mars, il est apparu clairement que les forces armées iraniennes ont tiré les leçons des erreurs commises lors de la guerre des 12 jours, améliorant leurs tactiques de combat et la gestion de leurs réserves de munitions et d’armement stratégique. Comme l’explique leur chef, ils ont opté pourune guerre de longue durée que leurs ennemis ne pourront pas supporter. «Nous nous sommes préparés à une longue guerre car nous savions que nous allions être attaqués et nous avions l’expérience de la guerre précédente».

« En termes militaires conventionnels, (l’Iran) ne gagne pas, mais il n’est pas non plus obligé de gagner de cette manière », a déclaré Narges Bajoghli, professeure associée d’études sur le Moyen-Orient à l’université Johns Hopkins, ajoutant que « toute la stratégie iranienne repose sur la guerre asymétrique, qui rend la poursuite du conflit plus coûteuse ». »

Les États-Unis et les pays arabes du Golfe ne peuvent « tolérer indéfiniment » la perturbation du commerce pétrolier et la hausse des prix, a déclaré Mme Bajoghli. « À quel moment diront-ils « ça suffit » ? Ce sont là les leviers sur lesquels l’Iran appuie. »

La structure de la pensée stratégique iranienne

Une comparaison entre l’Iran d’une part, et les États-Unis et Israël d’autre part, met en évidence une profonde différence dans les façons de mener la guerre, tant en termes de doctrine militaire que juridique.

Alors que le modèle américano-israélien pratique la doctrine de l’anticipation — ces pays fondent leurs guerres sur la logique des attaques préventives et sur le changement de l’équilibre des forces par la force —, l’Iran, au contraire, tend à adopter un schéma fondé sur la dissuasion plutôt que sur l’initiative.

Il convient de noter que le comportement de l’Iran s’est toujours caractérisé par la volonté d’éviter une guerre conventionnelle directe à grande échelle, préférant recourir à des réponses calculées visant à rétablir l’équilibre sans tomber dans une confrontation totale. Il s’agit toujours de l’idée de persévérance et de patience au service d’une bonne cause.

Le porte-parole de l’armée iranienne, Amir Akramina, a déclaré il y a quelques jours que « cinq décennies d’ordre régional dirigé par les Américains au Moyen-Orient se sont « effondrées aujourd’hui ».

Une tactique de guerre adaptée à un conflit de longue durée

Cette tactique, connue sous le nom de «gradualisme», consiste à ne pas dévoiler toutes les armes dont on dispose. Ainsi, durant la première semaine de la guerre, les munitions (missiles et drones) utilisées dans les opérations militaires contre Israël provenaient des stocks dits «des générations précédentes». À partir de la deuxième semaine, le 9 mars, l’Iran a utilisé pour la première fois des roquettes à fragmentation lors du bombardement de Tel-Aviv

Les rapports militaires indiquent que l’Iran utilise plusieurs missiles balistiques capables de transporter des ogives à sous-munitions, parmi lesquels des missiles des familles Khorramshahr, Imad, Qadr et Zulfiqar. Le missile Khorramshahr est considéré comme le plus dangereux dans ce domaine en raison de sa longue portée et de sa charge utile importante, puisqu’il peut transporter une ogive de une à deux tonnes et est capable de déployer un grand nombre de sous-munitions. Il a également été rapporté que certaines de ces ogives s’ouvrent à haute altitude, à environ 7 kilomètres au-dessus de la zone cible, dispersant les petites bombes qui couvrent une zone pouvant atteindre environ 8 kilomètres de diamètre, ce qui rend la portée du tir relativement large.

Quant à la difficulté d’interception de ce type de roquettes par Israël, le principal problème réside dans le moment où l’ogive s’ouvre et où un projectile se transforme en dizaines de petites cibles.

Ainsi, pour parvenir à une interception efficace, le missile doit être abattu avant de se désintégrer, c’est-à-dire à un stade précoce et à haute altitude, ce qui échappe au système israélien « Hitz/Arrow 3 », conçu pour ce type de menace.

Compte tenu de la distance qui sépare Israël de l’Iran, le grand défi pour l’Iran est d’éviter que son missile ne soit intercepté prématurément avant d’atteindre la phase de fragmentation, car les sous-bombes deviennent alors très petites, multiples et dispersées, ce qui affaiblit la capacité des radars et des systèmes conventionnels, y compris le Dôme de fer, à les contrer une par une.

À la lumière de tous ces faits, Israël et les États-Unis constatent que les roquettes à fragmentation iraniennes constituent une arme inattendue qui représente une grave menace physique et, en même temps, un outil de pression psychologique qui prolonge la durée du danger et l’étend géographiquement ; et que l’objectif n’était pas seulement d’infliger des pertes, mais aussi de « maintenir la population sous une pression constante ». »

La stratégie de l’Iran et les leçons du passé

Ce que nous observons aujourd’hui est le résultat de décennies de surveillance attentive, par l’Iran, des tactiques militaires américaines et occidentales en Afghanistan, en Irak, en Syrie et au Yémen, dans le but de développer une stratégie d’« usure intelligente ».

Cette supériorité qualitative trouve son origine dans une idéologie militaire fondée sur « une stratégie qui repose sur la création d’anticorps qualitatifs contre les armes ennemies ». Téhéran a remplacé les plateformes coûteuses et de grande taille, telles que les avions et les destroyers, par des drones aériens et aquatiques suicides et de reconnaissance. Ce changement radical a démontré sa viabilité absolue dans le conflit actuel avec l’Occident.

Con-Ciencia de Clase : Le génie de cette stratégie apparaît clairement lorsque l’on compare les chiffres et les budgets. Alors que le budget de la marine américaine pour 2026 avoisinait les 292 milliards de dollars, celui de l’Iran n’a pas dépassé les 7,9 milliards. Malgré ces dépenses démesurées, les États-Unis n’ont pas réussi à « sécuriser » le détroit d’Ormuz ni à l’ouvrir par la force. Ce déficit démontre que la marine américaine n’est qu’une flotte qui excelle dans le piratage de navires marchands et le harcèlement des États faibles, mais qui reste paralysée face à un pays qui a su identifier ses nombreuses faiblesses. Les 8 000 hommes que Trump envoie dans le détroit ne servent qu’à faire de la figuration, pas à mener une véritable guerre.

Les indicateurs sur le terrain confirment la capacité de l’Iran à mener une guerre d’usure de plusieurs années3, alors que l’Occident n’a pas la capacité de tenir ne serait-ce que quelques mois. Chaque semaine de combats affaiblit les capacités militaires américaines et israéliennes et aggrave les répercussions économiques, ce qui met en évidence la fragilité du système prédateur occidental.

Con-Science de Classe : Que signifie l’assassinat d’Ali Larijani : le philosophe martyr ?

J’ai été personnellement ému par la mort de cet homme4, dont j’avais suivi de près l’œuvre philosophique incomparable ; une œuvre qui appliquait une méthode comparative entre les philosophes des Lumières et les philosophes orientaux afin d’en tirer les conséquences d’une pensée libérée de la domination occidentale.

L’auteur russe Alexander Dugin lui a rendu hommage dans une récente interview, le qualifiant de profond et de sage.

Il a déclaré avoir beaucoup appris de Larijani, non pas sur Kant, mais sur des philosophes orientaux tels que El-Sahar-Wardi, avec sa théorie sur le « dixième intellect » et sur « El-Malakout ». Dugin a déclaré que son traducteur avait du mal à rendre les expressions complexes utilisées par cet érudit.

Ainsi, Ali Ardashir Larijani5, loin des accusations sordides des Américains et des Israéliens6, appartient à une lignée de familles iraniennes d’élite engagées dans l’éducation et les sciences, diplômées tant des écoles théologiques chiites de Najaf et Qom que des universités de Harvard et Oxford. Cette double culture a permis à Larijani, l’un des symboles de la réussite dans ce domaine, de passer du statut de spécialiste d’Emmanuel Kant à celui de dirigeant occupant un poste clé dans la prise de décision7.

Cette dimension intellectuelle, selon Hassan Ahmadian8, lui a non seulement permis de mener des analyses théoriques, mais aussi de relier des concepts philosophiques à la realpolitik, ce qui se reflétait dans sa capacité à gérer des questions de sécurité complexes et à trouver un équilibre entre raison et tactique au sein du régime iranien.

En étudiant Descartes et ses «Règles», qu’il considère comme inachevées, il pousse la méthode plus loin. Non seulement en l’appliquant à l’être humain, mais aussi à l’État. Larijani estime que, si chez Descartes le doute conduit à la liberté de l’individu, pour nous, c’est la communauté qui prime, c’est la nation»9.

Il transpose la règle du «Doute» des modèles étrangers en un «Doute des valeurs occidentales». Larijani doutait des lois internationales «qui ne sont pas contraignantes de manière équitable», il doutait des récits historiques reconstruits par les vainqueurs.

Sa philosophie du doute, telle une lame, rompt avec l’imitation, avec la dépendance, pour s’engager vers une maîtrise totale de soi. L’État doit retrouver son esprit, reprendre son chemin sans maître extérieur.

Ali Larijani associait ce concept à la vision de l’État iranien après la révolution de 1979, sous la devise : « Ni à l’Est ni à l’Ouest. Construisons notre propre raison, notre propre force ». Il ne cessait de répéter deux recommandations : « Soyons patients. Soyons indépendants ».

Ali Larijani, qui occupait à sa mort le poste de secrétaire général du Conseil suprême, n’était donc pas seulement un responsable politique ou de sécurité, mais une figure aux multiples facettes alliant profondeur intellectuelle et expérience stratégique, ce qui faisait de lui un lien central entre les différents courants du régime iranien et les responsables clés. Cela lui a permis de maintenir les équilibres internes et externes, et de comprendre les dimensions du conflit dans la région d’une manière inhabituelle.

«Larijani est le trait d’union entre la raison et la décision», disent ses collègues ; il a occupé divers postes politiques et de sécurité, à commencer par la présidence de l’Assemblée consultative d’Iran pendant trois mandats consécutifs, en passant par la présidence de la Société de radio et de télévision, du ministère de la Culture et de l’Orientation islamique, pour finir par le secrétariat général du Conseil suprême de sécurité nationale.

Il a également servi dans les Gardiens de la Révolution depuis 1982, et est devenu commandant adjoint et responsable des activités médiatiques et culturelles des Gardiens. Mais, surtout, il était l’homme de confiance du leader de la révolution et son conseiller.

En assassinant Larijani, les États-Unis et Israël entendaient frapper au cœur du pouvoir décisionnel et menacer l’équilibre interne du régime, ce qui aurait pu ouvrir la voie à un changement dans l’équilibre des pouvoirs, voire provoquer le chaos.

Son assassinat dépasse celui d’Ali Khamenei, le guide suprême, dont la mort est plutôt symbolique ; à 86 ans, l’homme n’exerçait plus aucun pouvoir réel et ne cessait de répéter que son souhait était de mourir en martyr. En effet, il a refusé de se cacher malgré les menaces directes de Trump, reprenant la phrase prophétique de l’imam Ali (qui est lui aussi mort en martyr) : « Tu me menaces de mort ! Par Dieu ! La mort est habituelle pour nous et notre salut est le martyre ».

Aujourd’hui, l’Iran, qui déteste le vide, prépare son nouveau leader. Le pouvoir de ce pilier de l’establishment depuis près de trois décennies s’est encore renforcé après la mort du guide suprême Ali Khamenei et du chef de la sécurité Ali Larijani, selon les experts. « C’est la personnalité qui, selon toute vraisemblance, est chargée de superviser l’effort de guerre et la stratégie », indique Farzan Sabet, chercheur à l’Institut de hautes études internationales et du développement de Genève, à l’AFP. Selon lui, il dispose de « solides liens entre les factions et les institutions », forgés au cours de ses passages au sein de la Garde révolutionnaire, à la tête de la police de Téhéran, à la mairie de la capitale et à la présidence du Parlement. Ce dernier multiplie ses interventions publiques. «Nous sommes engagés dans une guerre inégale, avec une configuration asymétrique ; nous devons agir et utiliser les moyens propres à notre culture, nos ressources et notre créativité», a-t-il récemment déclaré à la télévision iranienne.

Con-Ciencia de Clase : L’Axe de la Résistance a été gravement affecté par l’assassinat de ses principaux dirigeants : Suleimani, Nasrallah, Yahya Sinwar, Ali Khamenei et des dizaines d’autres. Que signifie pour l’Axe de la Résistance cette guerre que mènent les États-Unis et Israël contre l’Iran et aussi contre le Liban ?

Trump ne cesse de proclamer avec arrogance que le régime iranien est fini après avoir assassiné tous ses dirigeants. Son larbin israélien, le génocidaire de Gaza, Netanyahou, a déclaré jeudi 19 mars que l’Iran avait été « décimé », tandis que le chef de son armée a décrit la direction iranienne comme un « château de cartes qui s’effondre ».

Depuis des temps immémoriaux, l’impérialisme et le colonialisme considèrent les assassinats comme une doctrine bien établie et une arme stratégique. Selon une étude réalisée par Al Jazeera Net en 2020, en 71 ans, les Israéliens ont commis plus de 2 700 assassinats, soit une moyenne de 38 par an en Israël et à l’étranger. Cette étude n’inclut pas les assassinats, postérieurs au 7 octobre 2023, des dirigeants du Hamas et du Hezbollah. Les assassinats ne se limitaient pas aux commandants militaires et aux militants, ils touchaient également des dirigeants politiques, des scientifiques et des écrivains comme Ghassan Kanafani, assassiné en 1972.

Les deux résistances armées, libanaise et palestinienne, ont payé un lourd tribut : pratiquement tous les dirigeants du Hamas, du Fatah, du FPLP et du Hezbollah ont été assassinés. La perte de ces hommes courageux et dévoués a sans aucun doute affecté l’organisation, mais il ne fallait pas succomber à ces blessures.

En Iran, en quelques semaines de guerre, les attaques américaines et israéliennes ont tué de nombreux hauts responsables politiques et militaires iraniens, décapitant toute une partie de l’élite de la République islamique, mais malgré ces pertes considérables, la République islamique a réussi à remplacer rapidement les responsables assassinés, tout en poursuivant la guerre contre les États-Unis et Israël. Sa liste d’objectifs n’a pas été modifiée, ce qui désespère les assassins américains et israéliens.

Ce n’est pas une nouveauté dans le conflit entre l’Iran et l’impérialisme, surtout depuis le déclenchement de la révolution iranienne en 1979, qui a établi cinq principes :

Refuser d’entrer dans le giron des États-Unis, protecteurs du Shah

Construire sa propre défense militaire

Nationaliser le pétrole et industrialiser les dérivés du pétrole, en rejetant le monopole occidental

Se doter de l’arme nucléaire

Considérer la libération de la Palestine comme un devoir sacré. Et exporter la révolution comme modèle idéologique.

Depuis lors, l’Iran a été déclaré par l’impérialisme occidental et son larbin sioniste comme « l’empire du mal ». Et depuis lors, les dirigeants iraniens sont dans le collimateur des services secrets israéliens et américains.

Les figures clés assassinées jusqu’à présent dans cette guerre

Avant l’attaque contre les installations nucléaires iraniennes ou la guerre des 12 jours (du 13 au 24 juin), 17 ingénieurs nucléaires iraniens ont été assassinés par le Mossad à l’intérieur du pays. Les services secrets israélo-américains ont créé une cellule spéciale pour mener à bien cette mission. C’est également à Bagdad qu’ont été assassinés le grand général Qasem Soleimani, le président Raisi et son ministre des Affaires étrangères, Abdallah Nahian, très engagé dans la lutte pour la Palestine. La guerre des 12 jours a commencé par le grand massacre du Conseil des ministres et de l’état-major des forces armées.

Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, numéro un du pouvoir iranien depuis 1989, a été assassiné le premier jour de la guerre, le 28 février, lors d’une attaque sur Téhéran qui a également coûté la vie à plusieurs membres de sa famille. Son fils Mojtaba, bien que blessé selon l’administration américaine, a survécu et lui a succédé en tant que nouveau chef suprême, mais il ne s’est pas encore exprimé en public10.

Il est évident, surtout en matière de stratégie militaire, que l’assassinat de dirigeants ou la perpétration de massacres contre la population civile (le massacre des enfants de l’école de Minab, pour ne citer que quelques exemples) par l’ennemi reflète son échec dans les affrontements sur le terrain et son incapacité à atteindre ses objectifs déclarés.

Il est vrai que l’ennemi tire parti de sa supériorité aérienne et de son contrôle de l’espace aérien iranien et libanais pour assassiner des dirigeants et commettre des massacres, mais l’intensité de ces assassinats suscite actuellement un débat très sérieux tant à Téhéran qu’à Beyrouth ; C’est Ali Larijani qui a ouvertement évoqué des défaillances en matière de sécurité, dans une interview accordée à Al Jazeera avant sa mort :

«Même s’il est aujourd’hui admis et justifié qu’il n’existe pas de solution rapide au problème de la domination aérienne ennemie et à l’inefficacité des avions antiaériens actuellement utilisés, il sera au moins facile pour les dirigeants d’élaborer des plans alternatifs et intelligents pour protéger les dirigeants au sommet de la pyramide du pouvoir et éviter ou minimiser le nombre de victimes parmi la population ». Aujourd’hui, plusieurs possibilités offertes par la vaste géographie de l’Iran sont envisagées pour mener à bien cette tâche, notamment l’évacuation des dirigeants de la capitale, Téhéran, et la mise à disposition d’abris pour la population civile. Cela inclut l’utilisation du vaste réseau de métro de Téhéran, qui a une capacité de trois millions de passagers par jour et se trouve à des profondeurs adaptées à un usage temporaire.

Con-Ciencia de Clase : Comment expliquez-vous que les Kurdes et l’Azerbaïdjan aient résisté aux pressions des États-Unis et aient refusé d’attaquer l’Iran ?

Ni les Kurdes, et encore moins les Azerbaïdjanais, n’ont pour objectif de prendre le pouvoir en Iran ; si les Kurdes représentent entre 7 % et 17 % de la population, selon les fluctuations de leurs déplacements pendant les guerres, les Azerbaïdjanais représentent 3 % et sont bien intégrés dans les rouages de l’État, mais aussi dans la hiérarchie religieuse de Qom. Le guide suprême lui-même, Ali Khamenei, était azéri. Ces deux minorités sont donc chiites ; les Kurdes d’Iran sont des chiites faylis et non des sunnites comme les Kurdes d’Irak et de Syrie.

L’un des facteurs qui a influencé la position des Kurdes iraniens est la déception des Kurdes syriens, trahis par les Américains. Le spécialiste de la question kurde chez Orient 21, Chris der Hond, révèle dans sa chronique que les cinq factions de l’opposition kurde ont pris la décision commune de ne pas céder aux pressions américaines, allant même jusqu’à dénoncer l’attaque américano-israélienne.

La nouveauté réside dans la position de Masoud Barazani à Erbil, qui a désobéi à ses maîtres américains et a appelé les Kurdes d’Iran à la prudence. Reste à savoir s’il a été motivé par cela ou par la crainte des missiles lancés contre les bases américaines.

Con-Ciencia de Clase : Pourquoi l’opposition iranienne reste-t-elle silencieuse ou soutient-elle son gouvernement ?

L’Iran savait depuis des années que les services secrets israéliens, américains et occidentaux en général tentaient de s’infiltrer dans la société iranienne pour y créer des divisions, considérant le tissu social comme le maillon faible du pays. Les objectifs déclarés de l’impérialisme ne visent pas seulement le programme nucléaire ou les missiles balistiques ; ils veulent anéantir le régime en décapitant ses dirigeants, mais aussi en fragmentant le territoire. Toutes les opérations israéliennes de ces deux dernières semaines visaient les commissariats, les bassigh (comités populaires de recrutement) et l’organisation civile des quartiers, afin de créer les conditions propices à une explosion sociale alimentée par des années de blocus et d’austérité.

Mais, comme cela s’est produit pendant la guerre des 12 jours, portée par un sentiment patriotique, l’opposition (à l’exception des partisans de Rida Bahlawi, fils du Shah) s’est unie aux masses pour condamner l’agression sioniste-impérialiste.

Abbas Khameyar, ancien diplomate iranien, a assisté aux grandes manifestations rassemblant un million de personnes à Téhéran, bravant l’aviation des ennemis barbares et sanguinaires, ce qui témoigne de la grandeur et du courage du peuple iranienqui, dit-il, à l’instar de ses dirigeants, ne craint pas la mort ; et ajoute : «Il ne fait aucun doute que ces scènes comptent parmi les premiers chapitres de l’histoire des luttes des peuples en quête de liberté »

Et il poursuit : «Parmi les merveilles qui ont marqué les pages de l’histoire contemporaine de l’Iran, surtout au cours de ces quarante-sept années d’événements intenses, on trouve rarement un événement comparable à ce que nous vivons aujourd’hui, qui émerveille le spectateur et l’invite à une profonde réflexion».

Des scènes qui se sont répétées dans tout le pays, de la campagne aux grandes villes. Un peuple qui offre non seulement sa poitrine, mais tout son être face aux armes les plus meurtrières, affirme une volonté qui transcende la peur et la mort et se dresse face au feu et au fer, les poings levés.

Pour le sociologue Houssein Moussawi, « ces images rappellent sans aucun doute les soulèvements populaires de l’époque de la révolution de 1979 ; ceux qui ont vécu ces moments passionnés sont profondément conscients de cette expansion historique ». Il souligne que, malgré les manifestations populaires qu’a connues l’Iran récemment, avant et après la guerre des 12 jours, « une unité s’est forgée entre le peuple et les forces armées, comme si un seul murmure résonnait dans le pays : “Vous protégez les fronts et nous défendons les places des villes” ».

Cependant, ce sentiment patriotique ne signifie pas que la contestation sociale ne va pas se poursuivre dans le pays. Les revendications sont justes, l’angoisse est réelle, l’austérité économique provoquée par le blocus a créé en Iran un réseau de corruption qui a atteint l’administration elle-même, générant du favoritisme et un enrichissement injustifié et incontrôlé. Cette situation est devenue une question d’ordre public et fait l’objet de débats au sein même du pouvoir.

L’État a eu recours à des bons d’aide pour faire face à l’urgence, mais cela n’est manifestement pas suffisant. Il est indispensable d’ouvrir le débat avec les jeunes à l’université et dans les comités de quartier, comme le réclament les réseaux sociaux.

En Iran circule la certitude que « Rien ne peut vaincre l’Iran, sauf l’Iran lui-même ». Il est temps de sortir de cette impasse pour protéger cette victoire remportée contre l’impérialisme, qui rend ce peuple fier d’avoir défié « l’Empire du Mal » et son avant-poste dans la région. Des informations nous parviennent des cercles du pouvoir indiquant que Mojtaba Khamenei a manifesté sa volonté d’assumer cette mission.

Con-Ciencia de Clase : Aujourd’hui, le détroit d’Ormuz semble être une arme stratégique de grande importance ; pourrait-il être l’un des facteurs déterminants pour décider qui seront les vainqueurs et les vaincus dans cette guerre ?

Dans l’équilibre stratégique, l’Iran a réussi à exercer un contrôle effectif sur le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 20 % des exportations mondiales de pétrole, 30 % du gaz liquéfié et 30 % du gaz naturel. La capacité de l’Iran à le contrôler équivaut à l’effet de tout un arsenal militaire, une arme aux répercussions immédiates et futures qui provoque une paralysie du système économique mondial et une première attaque contre le système du pétrodollar. Ce blocus des puissances occidentales inflige des souffrances existentielles similaires à celles infligées à la région pendant 150 ans de colonialisme. Comme le souligne une analyse publiée dans Le Grand Continent, en contrôlant ce passage, les États-Unis empêchent la Chine de le contrôler à leur place.

L’Iran possède la quatrième plus grande réserve prouvée de pétrole au monde, avec environ 200 milliards de barils, et les plus grandes réserves de gaz naturel de la planète. Malgré le blocus, l’Iran exporte entre 1,1 et 1,5 million de barils par jour, dont près de 90 % sont destinés à la Chine, son principal acheteur, en dehors du circuit du dollar. Il s’agit d’un affront géopolitique et économique que Washington ne pouvait pas laisser perdurer indéfiniment.

Le véritable objectif de cette guerre pour Trump est le contrôle des ressources énergétiques dans un contexte de rivalité mondiale avec Pékin.

Con-Ciencia de Clase : Quelle importance revêt la lutte de l’Iran contre l’impérialisme et le sionisme pour tous les opprimés du monde ? Pouvons-nous affirmer, comme Miguel Urbano, que lorsqu’un peuple lutte pour sa souveraineté contre toutes les grandes puissances du monde, il incarne la lutte de toute l’humanité pour sa libération ?

Il est indéniable que la bataille que mène courageusement l’Iran contre la guerre barbare américano-sioniste marquera l’histoire et nous enseignera plus d’une leçon :

Elle apporte de l’espoir à tous les pays du Sud quant à la possibilité de lutter contre l’injustice et l’arrogance de l’oligarchie financière et militaire. Le fait que l’Iran soit resté inébranlable et ferme malgré un rapport de forces défavorable, et sans le soutien extérieur d’aucun pays allié en dehors de l’Axe de la Résistance, constitue un fait sans précédent.

L’expérience iranienne a démontré à quel point les possibilités de nos peuples sont vastes pour défier un système impérialiste qui nie aux peuples le droit de se libérer de la dépendance économique et politique.

Ce qui a permis à l’Iran de défier ses ennemis, ce n’est pas seulement l’affirmation de sa souveraineté politique et de son identité nationale et culturelle, mais aussi sa capacité à développer son industrie, à disposer de technologies et à acquérir une souveraineté économique ; ce qui lui a permis d’être maître de son destin et de ses décisions ;

Le fait que l’acquisition de technologies, même de pointe, s’effectue grâce aux capacités locales, malgré le blocus, ouvre la voie à un avenir qui rompt avec la terreur impériale fasciste. Il s’agit donc d’une technologie acquise par la force de la décision et non concédée par les prédateurs. Pénétrer les couches du Dôme de fer et surpasser les capacités du Patriot, du David’s Sling, du Thaad et d’autres systèmes antimissiles est, selon les stratèges, digne des épopées d’Homère.

L’une des stratégies de l’Iran consiste à transformer sa situation géographique et ses ressources énergétiques en une arme redoutable. Depuis Mossadegh (assassiné par les Américains pour avoir nationalisé le pétrole), l’Iran estime que, plutôt que « d’être du pétrole et du gaz que nous craignons et cherchons à protéger, cela peut devenir une arme que d’autres craindront si elle fait l’objet de perturbations ou de sabotages ».

La force de l’exemple le plus marquant que l’Iran offre au Proche-Orient réside dans le fait qu’il est le seul pays de la région (parmi les puissances régionales : la Turquie, l’Égypte, l’Irak et l’Arabie saoudite) à ne pas abriter de bases américaines. La guerre qui fait rage démontre que les États-Unis ne viennent pas au secours de leurs laquais, mais les utilisent à leurs propres fins ; aujourd’hui, ces bases ont été pulvérisées par la force des attaques de missiles balistiques et autres lancées par l’Iran.

Conclusion

L’Iran a-t-il, dans cette guerre, malgré la perte de ses dirigeants et les sacrifices de son peuple, accompli la prophétie du président chinois Xi Jinping, qui répète depuis des années : «Voici que l’Orient se lève et que l’Occident décline » ?

Cette prophétie n’est pas de la propagande pour lui, mais plutôt une analyse froide d’un modèle économique qui «a choisi la guerre plutôt que l’humain, la domination militaire plutôt que la prospérité sociale».

La Chine, qui n’a envahi aucun pays depuis des décennies, a construit des infrastructures, des universités, des hôpitaux et une classe moyenne. Les États-Unis ont construit des drones, des bombes guidées et des bases militaires dans 80 pays.

Il a fallu 25 ans d’occupation en Afghanistan aux Yankees pour « remplacer les talibans par des talibans ». Ils se retireront d’Iran après avoir dépensé des milliards et des milliards, laissant derrière eux leur dignité et leurs bases militaires dans le Golfe ;

Trump et Netanyahou nous ont menacés de bouleverser les équilibres dans la région, mais ce sont désormais les pays qui les défient et les résistances armées de la guérilla qui décideront du cours de l’Histoire.

cncomunistas.org

note

  1. Toutes les œuvres d’art (tableaux, panneaux, tapis…) sont signées au dos ; il n’y a pas de place pour la signature au recto.

  2. Abdel Kader Fayez, dans une interview pour Podcast-Iran sur YouTube

  3. Selon un décompte du cabinet danois Risk Intelligence, auquel Le Monde a pu avoir accès, 1 155 attaques iraniennes ont été perpétrées contre Israël et les pays du Golfe au cours des trois dernières semaines. Près de 140 cas ont été enregistrés à Bahreïn, 132 au Qatar et 218 au Koweït, tandis que les chiffres dépassent les 300 aux Émirats arabes unis (EAU) et les 340 en Israël. L’Arabie saoudite, avec 31 attaques sur son territoire…

  4. Je l’ai rencontré par hasard à Beyrouth, près de la tombe de Nasrallah, venu lui rendre hommage, pleurant en toute humilité comme ses nombreux amis.

  5. Il est né à Najaf en 1958 et est retourné avec sa famille en Iran en 1961, où il a terminé ses études primaires et secondaires dans la ville de Qom, ainsi que son baccalauréat à l’école Haqqani. Il a obtenu une licence en mathématiques et en informatique à l’université Sharif, avant d’étudier la philosophie occidentale à l’université de Téhéran.

  6. On l’a faussement présenté comme l’homme de la répression de l’opposition

  7. 7 Outre sa thèse sur le philosophe allemand Emmanuel Kant, Larijani a écrit plusieurs ouvrages sur la philosophie des sciences et la métaphysique, parmi lesquels « La méthode mathématique de la philosophie, la métaphysique et la science kantienne », « La précision dans la philosophie des témoins » et « Les questions de l’auteur dans la philosophie de Kant ».

  8. Universitaire et auteur iranien.

  9. Article paru en février 2022 dans « Madarates philosophique » sur la pensée de Larijani, signé par Ali Moussawi ;

  10. Voici la liste des derniers dirigeants assassinés au cours des 20 derniers jours, entre le 28 février et le 20 mars : 1- Le commandant en chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour, ancien chef des forces terrestres des Gardiens, n’avait pas dirigé l’armée idéologique de la République islamique jusqu’en juin 2025, date à laquelle il a succédé à Hossein Salami. Tué pendant la guerre de 12 jours entre Israël et l’Iran. Mohammad Pakpour est mort le premier jour de la guerre et a été remplacé par l’ancien ministre de l’Intérieur et de la Défense, Ahmad Vahidi.3 – Le conseiller du Guide suprême Ali Shamkhani, pilier des forces armées depuis les années 80, a été assassiné le premier jour de la guerre. Il a eu droit à des funérailles publiques à Téhéran.4-4- Le ministre du Renseignement 4- Esmayl Khatib a été tué lors d’une attaque israélienne à Téhéran le 18 mars. En poste depuis 2021, il était accusé par les organisations de défense des droits de l’homme d’avoir joué un rôle clé dans la répression des manifestations.5 – Le ministre de la Défense, Aziz Nasirzadeh, vétéran de la guerre Iran-Irak, a également été tué lors d’une frappe aérienne le premier jour de la guerre. 6- Le commandant des Bassidj, Gholam Réza Soleimani, a été tué lors d’une attaque le 17 mars. Cette milice, qui recrute essentiellement des jeunes et agit comme une organisation idéologique intégrée dans toutes les institutions et toutes les couches de la société iranienne, 7 – de la guerre. 8 – Le porte-parole des Gardiens de la Révolution, Ali-Mohammad Naïni, a été assassiné dans la nuit du vendredi 20 mars. Juste avant que sa mort ne soit confirmée, l’agence de presse Fars avait publié un communiqué citant Naïni, qui affirmait que la production iranienne de missiles méritait « une note parfaite » et se poursuivait malgré la guerre. 9- Le chef du bureau militaire du Guide suprême, Mohammad Shirazi, a été assassiné le premier jour de la guerre. Il avait pour mission cruciale de coordonner les différentes branches des forces de sécurité au sein du bureau du Guide suprême.10- Le chef d’état-major des forces armées, Abdolrahim Mousavi, tué le premier jour de la guerre, n’avait pris ses fonctions qu’en juin 2025, après la mort de son prédécesseur Mohammad Bagheri pendant la guerre des 12 jours.

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