Zombies du monde entier, unissez-vous !

La gauche occidentale est totalement dominée par la culture et la politique de l’impérialisme. Quelles que soient ses variantes, nostalgiques ou modernes, c’est une gauche bourgeoise qui défend bec et ongles les privilèges que l’impérialisme lui a accordés. Incapable de se connecter ou d’éprouver la moindre empathie pour la résistance que mènent actuellement les peuples du Sud contre l’impérialisme dal Sahel all’Iran, ecc…

Mais sa nature de classe se dessine encore plus clairement lorsqu’il analyse ce qu’est aujourd’hui le prolétariat au sein de la métropole impérialiste.

Les nostalgiques, qui imaginent une classe ouvrière disciplinée, au travail, laïque, etc. – une image davantage liée au délire corporatiste du régime de Vichy qu’à la lutte des classes, magmatique et chaotique. On pense à une classe ouvrière principalement liée aux usines, à des contrats à durée indéterminée. En réalité, cette classe s’inscrit dans un modèle d’organisation du travail flexible et précaire, où l’« auto-entrepreneuriat » et l’« ubérisation » « dissimulent » des formes de domination de l’organisation capitaliste du travail encore plus perverses.

Les modernes, refusant la définition même de la classe, redécouvrent l’individu pourri avec ses pulsions animales, modernes mais en même temps très anciennes, capables en somme de redécouvrir les vieilles idéologies libertaires et libérales de la société bourgeoise… En niant la fonction de la lutte des classes, sa dimension historique, on nie la possibilité même de renverser les rapports de force, célébrant ainsi la domination des classes bourgeoises… de plus en plus inutiles dans un capitalisme de plus en plus vieux et malade…

Ces deux approches ont un point commun : la haine envers les classes populaires, envers le prolétariat métropolitain lui-même, considéré comme une masse de délinquants, de chômeurs et de travailleurs précaires, dont on sait qu’ils n’ont aucune envie de travailler ni d’étudier… incapable de s’organiser et de résister…

Tout cela alors que les mouvements réactionnaires de masse se font de plus en plus agressifs au sein de la métropole impérialiste, et l’économie de guerre de l’impérialisme s’efforce par tous les moyens de terroriser et d’empêcher la moindre forme de résistance et d’organisation populaire, même la plus spontanée.

Le 40e congrès du PCF est un congrès de “vivants”, qui incarne l’une des nombreuses facettes de la gauche bourgeoise occidentale. Le principal ennemi du PCF semble être LFI. Ses polémiques, ses attaques contre LFI, ne sont pas seulement instrumentalisées, mais aussi erronées… La défense de la « classe ouvrière » face au « populisme » de LFI est en réalité la défense du vieux syndicalisme de l’aristocratie ouvrière, aujourd’hui en crise profonde. Un horizon culturel qui ne s’adresse qu’aux classes moyennes imprégnées de rhétorique « nationaliste » et « productiviste », dans un monde où l’anarchie du marché et le volcan de la production ont tout englouti. La centralité ouvrière réside dans son influence effective sur la société, à travers les formes organisationnelles de la résistance, et non dans la rhétorique productiviste. Dans un monde où l’automatisation de l’organisation du travail domine la production elle-même, le communisme dans la métropole ne consiste pas à revenir à la production locale, mais à briser l’organisation du travail et à maîtriser la modernité et l’avenir d’un monde de plus en plus automatisé.

Pour le prolétariat, la politique ne se résume non seulement à faire du syndicalisme, pas plus qu’elle ne se limite au bulletin de vote (ni à la vente d’un journal ou à un « like »…), mais c’est la capacité à se doter d’un programme capable de concilier les aspects légaux et illégaux de la lutte des classes, en adoptant un point de vue politique face à toutes les classes. Marx est important, c’est notre invariante, mais c’est la politique de Lénine, cette capacité à transformer la théorie en un explosif matériel, qui constitue la « politique ». Non pas le Lénine embaumé dans les livres et l’iconographie, mais le Lénine qui offre des pistes pour construire la résistance sur les lieux de travail, dans les quartiers populaires, dans les écoles, dans les prisons. Le Lénine de la guerre partisane….

Cela ne se fait pas en se contentant de proclamer l’existence d’un groupe ou d’un parti (qu’il soit légal ou illégal), mais en conciliant concrètement l’organisation de l’autonomie prolétarienne avec le développement de l’organisation communiste. En dehors de cela, il n’y a que la vieille politique des rackets, des sectes et du mythe intellectualiste issu de cette petite bourgeoisie qui pullule surtout dans les groupes étudiants…

Nous connaissons très bien les limites de LFI, dont l’horizon ne dépasse pas celui d’un écharpe tricolore, mais pour critiquer cette expérience, nous ne voulons pas adhérer au discours de la gauche bourgeoise nostalgique, de ces gens bien vivants mais qui vivent perpétuellement dans le passé… Au contraire, nous reconnaissons à LFI, dans certains contextes métropolitains, une cohérence qui fait défaut à tant de groupes en perpétuelle révolution…

Au sein de la métropole impérialiste, les communistes doivent impérativement se réapproprier une stratégie et une tactique qui placent au centre la résistance, la capacité d’organisation de l’autonomie prolétarienne, un lien entre l’anti-impérialisme des peuples du Sud et la lutte pour les garanties du prolétariat métropolitain contre l’organisation capitaliste du travail et son État impérialiste. Rompre avec l’idéologie impérialiste, ses différentes formes de drogue et ses dépendances, briser le mur du conformisme de la gauche bourgeoise… Une gauche prolétarienne qui n’a pas peur d’affirmer que le communisme n’est pas une idée, mais la capacité d’organisation, de résistance et d’exercice du pouvoir.

La gauche bourgeoise est bien vivante, avec ses drogues, ses fêtes, ses rituels, son moralisme libéral et libertaire, son conformisme ; quant aux prolétaires, ils sont morts…

Nous sommes les zombies… Les zombies, les prolétaires, cette foule de morts-vivants qui peuplent les métropoles impérialistes, désordonnés, chaotiques, « à la fois connectés et déconnectés » de l’organisation despotique du travail… Zombies du monde entier, unissez-vous, nous n’avons que des chaînes à briser…

Toute société vit et se développe parce qu’elle s’inscrit dans un mode de production historiquement déterminé : là où il n’y a pas de production, là où il n’y a pas de travail organisé (même de manière élémentaire), il n’y a pas de société, il n’y a pas de vie historique. La société moderne a vécu et s’est développée  jusqu’à la phase actuelle parce qu’elle adhérait à un système de production : ce système de production historiquement déterminé par l’existence de deux classes, la classe capitaliste, propriétaire des moyens de production, et la classe ouvrière, au service de la première, asservie à celle-ci par le lien du salaire et par la menace imminente de mourir de faim. Au stade actuel, la classe capitaliste est représentée par une couche… d’avant-garde, la ploutocratie ; la ligne de développement historique de la classe capitaliste est un processus de corruption, un processus de décomposition.” Antonio Gramsci

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