L’ennemi, c’est l’exploitation, pas l’immigration (Irlande)

Saoradh condamne sans réserve les actes racistes honteux qui ont eu lieu hier soir dans les six comtés occupés, notamment l’incendie odieux de logements appartenant à des minorités ethniques. Ces actes ne font en rien avancer la lutte de la classe ouvrière et ne servent qu’à terroriser des familles vulnérables.

Si la colère et la peur suscitées par les récents incidents violents, notamment l’agression d’un homme à Belfast, sont tout à fait compréhensibles, attribuer ces actes horribles à une culture ou à un statut d’immigrant spécifique revient à passer à côté de la réalité plus large et profondément préoccupante de la criminalité à Belfast et ailleurs en Irlande à l’heure actuelle.

Au lendemain de cette attaque, nous avons vu des éléments prévisibles tenter d’exploiter le traumatisme communautaire pour faire avancer des agendas clivants. Blâmer tout un groupe de personnes crée un faux sentiment de sécurité, en laissant entendre que la violence est un problème importé.

La réalité des six derniers mois, et même des dernières années, révèle une vérité bien plus dérangeante : la violence et les comportements antisociaux ont explosé à tous les niveaux, principalement sous l’impulsion de la population locale, mais ces incidents suscitent rarement le même niveau d’indignation culturelle.

Nous devons être honnêtes quant aux conditions matérielles auxquelles sont confrontées les communautés de la classe ouvrière. Considérez ce qui s’est réellement passé récemment dans les rues de Belfast et d’autres villes irlandaises. Les agressions à l’arme blanche et la possession d’armes chez les jeunes et les adultes locaux ont considérablement augmenté, souvent accueillies par un silence collectif plutôt que par des appels à la responsabilité culturelle.

Lorsque des éléments locaux se livrent à des agressions à l’arme blanche, au trafic de drogue et à la terreur des résidents vulnérables, il n’y a pas de mobilisations de masse ni d’appels à des punitions collectives. Ce double standard ne contribue en rien à rendre nos communautés plus sûres.

Pour vraiment comprendre cette crise, nous devons examiner les forces politiques macroéconomiques en jeu. Des villes et des villages dans de nombreuses régions du monde ont été dévastés par les guerres, les interventions étrangères et la poursuite d’intérêts géopolitiques et économiques. L’Irlande, qui devrait maintenir sa position de neutralité de longue date, est par conséquent confrontée aux conséquences humanitaires de ces conflits, alors que des personnes déplacées cherchent refuge face à la violence et à l’instabilité.

Parallèlement, la migration incontrôlée poussée vers l’Irlande depuis l’Angleterre, comme l’a déjà souligné un article d’opinion de Saoradh, est un facteur majeur de cet incident. Cette politique est mise en œuvre au mépris total des infrastructures des communautés ordinaires, créant un environnement sous haute pression.

Un autre aspect de cette crise qui ne peut être ignoré est le rôle de la spéculation privée au sein du système IPAS, ainsi que dans les hôtels et les logements collectifs (HMO) des trente comtés. Alors qu’on répète sans cesse aux communautés de la classe ouvrière que les ressources sont rares, les opérateurs privés continuent de générer des revenus considérables grâce à l’hébergement des demandeurs d’asile et des réfugiés. Les citoyens ordinaires sont laissés à eux-mêmes pour faire face aux conséquences d’une planification inadéquate, tandis que des intérêts privés tirent profit de politiques sur lesquelles les communautés locales n’ont que peu ou pas de contrôle démocratique.

De même, il existe un déséquilibre flagrant dans la manière dont les politiques d’hébergement sont mises en œuvre. On attend systématiquement des communautés ouvrières qu’elles absorbent les pressions liées à la croissance démographique et aux changements sociaux, tandis que de nombreuses zones aisées restent largement à l’écart de ces évolutions. Cette répartition inégale alimente le ressentiment et sape la cohésion sociale, donnant l’impression que les élites politiques et économiques imposent aux communautés des fardeaux qu’elles-mêmes n’ont pas à supporter.

Les gouvernements successifs n’ont pas non plus veillé à ce que les services publics suivent le rythme de l’augmentation de la population. La pénurie de logements, la surcharge des services de santé, le manque de places dans les écoles et l’insuffisance des ressources communautaires ont tous été laissés s’aggraver. Plutôt que d’investir dans les infrastructures nécessaires pour soutenir une population croissante, les autorités ont laissé la situation se détériorer, obligeant tant les résidents existants que les nouveaux arrivants à se disputer des ressources déjà rares.

Beaucoup de ceux qui arrivent en Irlande ont vécu le traumatisme et la dévastation liés à la guerre, au déplacement et à l’instabilité. Pourtant, l’État a systématiquement manqué à son devoir de fournir des structures de soutien adéquates à ceux qui souffrent des effets psychologiques du conflit et de la migration forcée. Dans le même temps, il a négligé les besoins des communautés censées s’adapter à ces politiques. Cette incapacité à planifier, investir et soutenir correctement toutes les personnes concernées ne fait qu’aggraver les tensions sociales et prive les personnes vulnérables de l’aide dont elles ont besoin.

La recrudescence de la violence à Belfast et ailleurs n’est pas une conséquence de la nationalité ou de la race ; c’est le résultat direct d’une négligence systémique, de l’échec des organismes publics et de l’érosion de la cohésion communautaire. Rejeter la faute sur les communautés minoritaires permet aux véritables responsables de la dégradation sociale, ainsi qu’aux institutions qui les ignorent, d’échapper à toute responsabilité.

Saoradh appelle à une réponse communautaire lucide et unifiée. Nous devons rejeter la rhétorique réactionnaire de ceux qui cherchent à diviser la classe ouvrière, et nous concentrer plutôt sur la reconquête de nos rues grâce à des initiatives solides menées par la communauté qui s’attaquent à la racine des comportements antisociaux et de la violence, quels qu’en soient les auteurs. Ce n’est qu’en s’attaquant aux causes sociales, économiques et politiques de ces problèmes que nous pourrons bâtir des communautés plus sûres et plus fortes pour tous.

saoradh.irish

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