Introduction
La Chine a réussi ce qu’aucun autre pays du Sud n’avait réussi auparavant : devenir un leader technologique dans un large éventail de secteurs, notamment les véhicules électriques, les drones, les batteries, les énergies renouvelables, les télécommunications et, de plus en plus, dans des domaines tels que l’industrie pharmaceutique et l’intelligence artificielle. Ces avancées technologiques, ainsi que le développement national autonome qui en découle, constituent un objectif stratégique auquel tout pays du Sud aspirerait comme aboutissement de son propre processus de développement.
De nombreuses études excellentes ont été menées sur l’histoire et les aspects technologiques de ce développement en Chine ; en particulier, on recommande « Briser la domination : comment la Chine ébranle l’hégémonie technologique américaine », de Bappa Sinha, publié par l’Institut tricontinental de recherche sociale. Cependant, ce développement technologique repose sur des processus macroéconomiques, des politiques et des stratégies indispensables à sa réalisation, qui constituent le thème central de cet article.
Indépendance nationale et voie de développement socialiste
Depuis la révolution de 1949, l’objectif fondamental de la République populaire de Chine a été le développement national avancé et l’indépendance, qui devaient être atteints par une voie de développement socialiste. Cela impliquait le rejet du paradigme créé par l’impérialisme et perpétué dans les politiques pratiques promues par le FMI, selon lequel les pays du Sud devaient adopter des politiques leur permettant de s’intégrer dans un système mondial où ils seraient producteurs de biens à faible valeur ajoutée, de matières premières et de produits manufacturés de faible ou moyenne technologie, tandis que les produits haut de gamme et de haute technologie de la chaîne de valeur resteraient dans le Nord.
Au contraire, le développement national de la Chine après 1949, dès ses débuts, s’est stratégiquement orienté vers l’atteinte de niveaux technologiques élevés et d’une forte valeur ajoutée, aussi lointain que cet objectif puisse paraître au début du processus de développement, alors que la Chine, après un siècle d’interventions étrangères, figurait parmi les pays les plus pauvres du monde, avec l’un des PIB par habitant les plus bas. Compte tenu de ce point de départ extrêmement bas — en termes relatifs, inférieur à celui de la plupart des autres pays du Sud à l’époque —, il a fallu des décennies pour atteindre cet objectif économique, mais l’objectif stratégique a été fixé dès le départ.
Pour atteindre cet objectif, comme le montre ce qui suit, deux processus macroéconomiques ont joué un rôle fondamental en Chine.
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La Chine a progressivement augmenté son niveau d’investissement par rapport au PIB. Entre 1962 et 2013, la part de la formation brute de capital fixe dans le PIB est passée de 15,4 % en 1962 à 44,1 % en 2013, ce qui représente une augmentation annuelle moyenne de 0,57 % maintenue pendant cinquante et un ans. Le niveau actuel est de 39,9 %, le plus élevé parmi les principales économies mondiales.
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La Chine a progressivement augmenté la part de la recherche et du développement (R&D) dans le PIB. Il s’agissait là d’une condition indispensable pour parvenir à un développement scientifique, technologique et innovant autonome. Pour les raisons analysées ci-après, cet objectif macroéconomique ne peut être atteint qu’au fil des décennies. En effet, il s’agit d’un processus qui se poursuit encore aujourd’hui en Chine.
Nous analyserons ci-après l’évolution politique et les rapports de classe socialistes qui ont rendu possible cette voie de développement. Toutefois, pour plus de clarté en ce qui concerne les processus spécifiquement économiques, ceux-ci seront abordés en premier lieu.
La socialisation croissante du travail
Ces deux processus étaient interdépendants et portés par un seul et même développement économique sous-jacent : l’analyse de Marx, qui constitue le fondement du matérialisme historique, selon laquelle le processus de développement économique, et à travers lui celui de la société humaine, est porté par la socialisation croissante du travail. Un aspect clé de cette socialisation croissante du travail réside dans le développement sans cesse accru de la science et de la technologie, ainsi que dans leur matérialisation croissante sous forme d’investissement. Cet investissement englobait à la fois la socialisation du travail au sein d’un cycle de production unique — le développement du capital circulant et des produits intermédiaires — et l’investissement fixe, c’est-à-dire la socialisation du travail dans la durée et à travers de nombreux cycles de production.
Ce sont ces processus économiques qui sous-tendent à l’augmentation du pourcentage d’investissement dans l’économie, ainsi qu’à la « composition organique du capital » croissante, analysée par Marx. Les faits historiques à ce sujet ont été analysés dans mon article « 250 ans de composition organique croissante du capital : la véracité des affirmations de Marx, Smith et Keynes ».
Science, production et développement centré sur l’humain
Mais cette socialisation croissante du travail ne se produit pas uniquement de manière isolée dans les domaines de la science, de la technologie et de la production. Marx analyse l’interaction croissante entre ces deux domaines, en particulier dans la matérialisation de la science et de la technologie sous forme d’investissements fixes.
Cela explique pourquoi ces deux aspects économiques du développement de la Chine ont été indispensables à son succès et à leur interdépendance. Cela démontre la validité de l’analyse de Marx.
Cette analyse marxiste explique également d’autres caractéristiques du développement de la Chine. L’augmentation du niveau des investissements fixes par rapport au PIB a été considérable, atteignant une hausse cumulée de 28,7 %, soit plus du double. Elle s’est toutefois opérée progressivement : comme indiqué ci-après, avec une augmentation moyenne de 0,57 % du PIB annuel. Il n’y a pas eu de hausse soudaine, extrêmement rapide et significative de la part des investissements dans le PIB.
Outre les raisons techniques et administratives, telles que l’impossibilité de gérer de manière optimale de fortes hausses soudaines de l’investissement, il existait des motifs plus fondamentaux. Dans une perspective marxiste, comme expliqué plus loin, le développement est centré sur les personnes. Autrement dit, l’objectif du développement n’est pas la croissance abstraite du PIB ni le développement de l’industrie, mais l’amélioration durable la plus importante possible des conditions de vie de la population. Les personnes, et surtout la classe ouvrière, constituent l’instrument le plus puissant pour le développement de la production.
D’un point de vue stratégique, la croissance la plus rapide possible du PIB et de la consommation, base matérielle du bien-être de la population, ne sont pas des objectifs contradictoires. Au contraire, il existe une forte corrélation positive entre le taux de croissance du PIB à moyen et long terme et le taux de croissance de la consommation. Cependant, à court terme, une contradiction peut apparaître.
La consommation et l’investissement, pris ensemble, représentent 100 % de l’économie nationale. Par conséquent, augmenter la part de l’investissement dans le PIB implique nécessairement de réduire la part de la consommation. La croissance accrue de la consommation, générée par la croissance plus rapide du PIB résultant de cet investissement, met un certain temps à contrebalancer cet effet et à favoriser une augmentation plus rapide du niveau de vie. Cela se produira à court terme si la baisse initiale de la part de la consommation dans le PIB est faible.
Une fois ce processus enclenché, un cercle vertueux s’installe : l’augmentation de la part de l’investissement dans le PIB conduit à une croissance plus rapide du PIB, ce qui, à son tour, stimule une croissance plus rapide de la consommation et renforce le soutien politique. Toutefois, cependant, si l’augmentation de la part de l’investissement dans le PIB est trop rapide, cela provoquera une baisse si marquée de la part de la consommation qu’elle réduira le niveau de vie et détruira le soutien à court terme.
La Chine n’a pas pu éviter ces choix. Contrairement aux mythes répandus, y compris dans certains milieux de gauche, le développement économique rapide de la Chine a été financé principalement par l’investissement national, et non par l’investissement étranger. Par conséquent, l’augmentation lente mais soutenue de la part de l’investissement dans le PIB constituait la bonne stratégie politique et économique. Elle a permis une amélioration constante du niveau de vie moyen ainsi qu’une réduction de la pauvreté, créant ainsi un soutien politique en faveur du gouvernement et de la politique économique. Cette priorité stratégique accordée à l’augmentation constante de la part de l’investissement dans le PIB, mais de manière modérée et contrôlée, est un aspect clé que tout gouvernement progressiste doit étudier.
La Chine et le développement international
Naturellement, même à son niveau le plus élémentaire, si l’on considère les aspects politiques et leurs interrelations de classe, la Chine possède des caractéristiques que d’autres pays du Sud ne peuvent imiter mécaniquement ; en particulier, son immense population, la deuxième plus importante au monde, contribue à l’ampleur de son économie et à l’avantage qui en découle grâce à la taille de son marché intérieur. Cela lui a permis de dépasser les États-Unis non seulement en termes de pourcentage d’investissement par rapport au PIB, mais aussi en termes de montant total d’investissement dans l’économie. Cependant, la dynamique fondamentale de l’économie chinoise, qui peut servir d’exemple à d’autres économies, réside dans l’analyse de Marx sur la socialisation croissante du travail.
De plus, le niveau de R&D par rapport au PIB de la Chine, le plus élevé de tous les pays en développement, ne peut être atteint rapidement ; il a fallu des décennies pour y parvenir. Cet objectif est toutefois indispensable pour tout pays aspirant à un développement national indépendant. Par conséquent, tout comme dans le cas de la Chine, sa réalisation nécessitera une longue période, mais il s’agit d’un objectif stratégique décisif.
Comme nous le verrons plus loin, les politiques grâce auxquelles la Chine a réalisé cet extraordinaire progrès technologique sont de nature universelle, et non purement nationale. Elles constituent une confirmation éclatante de l’analyse de Marx, selon laquelle la socialisation croissante du travail est le moteur du développement économique historique et le socialisme est la voie la plus efficace pour garantir ces avancées.
L’article présenté ci-après, dont la version originale en chinois a été publiée sur guancha.cn, prend pour exemple les remarquables avancées technologiques de la Chine. Cependant, les processus en jeu, bien que leur combinaison spécifique ne soit pas nécessairement la même, s’appliquent à tous les pays, en particulier au Sud global. La Chine ne représente pas seulement une avancée économique matérielle gigantesque pour le Sud global, mais elle repose également sur des processus économiques, analysés par Marx, de nature générale, bien que leur combinaison spécifique, et donc leur articulation, soit unique à chaque pays. Ces processus macroéconomiques, comme cela a été souligné, sont les suivants :
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L’objectif doit être d’augmenter la part de la R&D dans l’économie. Pour des raisons objectives, cela ne peut se faire rapidement et doit donc s’inscrire dans une politique à long terme qui s’étendra sur plusieurs décennies.
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L’objectif doit être d’atteindre progressivement un niveau élevé d’investissement fixe par rapport au PIB ; là encore, il s’agit d’un processus qui, pour des raisons tant économiques que politiques, comme cela a déjà été mentionné, ne peut se réaliser rapidement et qui doit donc également s’inscrire dans une politique stratégique à long terme.
Tels sont les fondements macroéconomiques d’une voie nationale et indépendante vers un développement de qualité toujours croissante. Il s’agit là d’une conclusion claire et concrète qui ressort du développement et des avancées technologiques de la Chine. Les conditions politiques de ce développement seront analysées plus loin.
La réussite technologique sans précédent de la Chine
Pour comprendre l’ampleur historique de la réussite de la Chine, qu’aucun autre pays en développement n’avait sans doute jamais atteinte, en devenant un leader technologique dans un large éventail de secteurs, il convient de souligner que, si certains pays en développement, tels que les « Tigres asiatiques », avaient connu une croissance quantitative rapide, bien que moins accélérée et soutenue que celle de la Chine, cela s’est produit dans un contexte où ils ne jouissaient pas d’une indépendance nationale, mais restaient subordonnés à l’impérialisme, au sein d’une frontière technologique mondiale préexistante, définie de l’extérieur. Aujourd’hui, la Chine s’est imposée comme une référence technologique dans des secteurs économiques clés : les véhicules électriques (VE), les drones, l’énergie solaire, l’énergie éolienne, des domaines fondamentaux des télécommunications, des secteurs en expansion comme l’industrie pharmaceutique, les batteries, une grande partie de l’Internet grand public, des domaines de plus en plus importants comme l’intelligence artificielle, entre autres.
De plus, les secteurs dans lesquels la Chine consolide son leadership technologique sont non seulement importants aujourd’hui, mais constituent également des secteurs clés pour la croissance future. Par exemple, le monde entier s’oriente vers les énergies renouvelables et les transports qui en découlent pour remplacer les combustibles fossiles ; une transition qui s’étendra sur plusieurs décennies, car elle représente une rupture avec le modèle de développement en vigueur depuis 250 ans, depuis la Révolution industrielle.
À mesure que les industries dans lesquelles la Chine a déjà atteint le leadership technologique renforcent leur rôle dans l’économie internationale, la Chine augmentera naturellement son poids dans l’économie mondiale, tout en s’étendant à de nouveaux domaines où elle accède pour la première fois au leadership technologique. Cela transforme nécessairement la relation de la Chine avec l’économie mondiale. En effet, cela signifie que la Chine ne fournit plus des biens de technologie moyenne pouvant être produits ailleurs, mais qu’elle produit, comme on le verra, des éléments clés des économies de pays qui ne peuvent être remplacés par d’autres fournisseurs. Cela place la Chine de plus en plus au cœur de l’économie mondiale.
D’un point de vue technologique, la Chine a déjà réussi sa transition d’une croissance purement quantitative vers une croissance qualitative, et cette tendance se poursuit. L’un des objectifs stratégiques décisifs du XVe plan quinquennal, qui a débuté cette année, consiste à étendre le leadership technologique de la Chine à un nombre croissant de secteurs économiques.
Quels sont les fondements macroéconomiques qui ont permis d’atteindre cette réussite remarquable ? Que faut-il pour maintenir ces progrès tout au long de la période de développement et atteindre les objectifs de la Chine pour 2035 ?
Comme on le verra, cette réussite résulte de deux processus macroéconomiques : (1) le niveau élevé des dépenses de R&D dans l’économie chinoise et (2) le niveau élevé des investissements par rapport au PIB chinois.
Les relations politiques et de classe qui ont rendu possible ce processus économique seront analysées à la fin de cet article. Toutefois, par souci de clarté, nous examinerons d’abord les processus macroéconomiques qui l’ont rendu possible.
Le premier de ces processus, à savoir le développement de la R&D et de la technologie, est bien connu. Les défis dans ce domaine sont donc d’ordre pratique. En d’autres termes, l’augmentation du niveau de R&D par rapport au PIB est un processus qui, pour des raisons objectives, ne peut être mené à bien qu’à long terme. En revanche, en ce qui concerne la deuxième question, le FMI et les médias occidentaux prônent des politiques qui, comme on le verra, contredisent directement la mission stratégique décisive que représente la modernisation technologique.
Cet article se concentre donc sur les aspects macroéconomiques de ce processus. Dans la première partie, nous examinerons le cadre stratégique et théorique. Dans la deuxième partie, nous analyserons les chiffres économiques plus précis nécessaires à la mise en œuvre de cette stratégie.
Nous démontrerons le lien indissociable entre les deux. Comme on le verra, les faits présentés dans la deuxième partie confirment pleinement l’analyse théorique du marxisme.
Partie 1 : Stratégie : le progrès technologique de la Chine
L’analyse de Marx sur le développement des forces productives
La Chine a confirmé dans la pratique l’analyse marxiste des caractéristiques des forces productives technologiquement avancées. La possibilité concrète de mener cette stratégie à bien dépend, à son tour, de paramètres macroéconomiques quantitatifs permettant l’intégration concrète des deux piliers de cette théorie : science/technologie et développement économique. Leur intégration réussie exige, quant à elle, que d’autres caractéristiques macroéconomiques du développement soient cohérentes avec cette tâche stratégique. Celles-ci s’appréhendent toutefois mieux dans le cadre de l’analyse marxiste du processus sous-jacent à la relation entre science, technologie et production.
L’analyse de Marx sur la socialisation croissante du travail
Le point de départ fondamental de la politique économique de la Chine, comme Xi Jinping l’a souligné à maintes reprises, est le marxisme : « notre étude de l’économie politique doit se fonder sur l’économie politique marxiste et non sur une quelconque autre théorie économique ». [1] La tâche consiste à « l’intégrer [le marxisme] aux conditions réelles du développement économique de la Chine » . [2] Autrement dit, le marxisme doit s’appliquer à une situation spécifique, tant sur le plan géographique — c’est-à-dire dans un pays précis — que sur le plan temporel — en termes de situation et d’étape concrètes de développement économique.
Partant des fondements de l’économie marxiste, son analyse, le matérialisme historique, soutient que le développement de la société humaine est animé par la socialisation croissante du travail. Cette idée a été exposée pour la première fois dans son ouvrage coécrit avec Engels, connu sous le titre L’idéologie allemande, entre 1845 et 1846, et a été reprise dans tous ses travaux ultérieurs. L’histoire de l’humanité se résume donc à son intégration sociale croissante, fruit de cette socialisation croissante du travail.
Partant d’unités familiales et tribales dispersées, et évoluant historiquement à travers le développement des cités-États, des États-nations, des empires et d’autres processus, et en passant par divers modes de production, l’humanité est progressivement parvenue à la société mondialisée actuelle. Comme l’a affirmé Marx à propos de l’humanité dans sa célèbre Sixième Thèse sur Feuerbach : « L’essence humaine n’est pas une abstraction inhérente à chaque individu. En réalité, c’est l’ensemble des relations sociales. » L’économie de Marx, dans Le Capital, est l’application technique des implications de cette analyse de la socialisation croissante du travail sous le capitalisme.
En termes économiques concrets, ce processus reposait sur la division/socialisation croissante du travail. Marx a d’abord développé son analyse en utilisant la terminologie de la « division du travail », avant d’adopter une terminologie plus large, celle de la « socialisation du travail », sans pour autant rompre avec le concept fondamental initial.
Le développement économique reposait donc sur cette socialisation/division croissante du travail. Comme l’a souligné Marx : « Le degré de développement des forces productives d’une nation se manifeste le plus clairement dans le degré de division du travail ». [3]
Le développement scientifique et technologique fait partie intégrante de la socialisation croissante du travail.
Le développement de la science et de la technologie, ainsi que la modernisation technologique de l’économie, constituent une composante spécifique de ce processus fondamental de socialisation du travail. Dans une économie avancée, parmi d’autres processus, la division et la socialisation croissantes du travail ont favorisé le développement d’un immense appareil de recherche scientifique et technologique, auquel participent des millions de personnes dans les principaux pays et qui représente des dépenses de plusieurs centaines de milliards de dollars. Une partie de cette recherche s’intègre directement aux entreprises et à la production, tandis que d’autres pans importants sont menés dans des universités, des instituts de recherche, des départements spécialisés en R&D, etc. Comme le souligne Marx à propos de cette dernière évolution, en particulier dans les grandes économies avancées : « la production conduit à la séparation de la science et du travail ». [4]
La recherche scientifique et technologique, processus générateur d’innovation, s’intègre à la production directe non seulement par le biais du développement managérial, mais aussi en se concrétisant sous forme d’investissements fixes : progrès qualitatifs en matière de machines, nouveaux moyens technologiques de production, etc. Comme l’a affirmé Marx : « Le développement du capital fixe montre dans quelle mesure la connaissance sociale générale est devenue une force productive directe et, par conséquent, dans quelle mesure les conditions du processus de la vie sociale elle-même sont passées sous le contrôle de l’intellect général et se sont transformées en conséquence ». [5] Par conséquent, pour compléter la citation précédente : « La production conduit à la séparation de la science et du travail et, en même temps, à l’utilisation de la science dans la production matérielle ». [6]
L’analyse de Marx, menée avec une rigueur scientifique, conduit à des prédictions vérifiables. Ces prédictions indiquent qu’une plus grande socialisation de la production implique une augmentation de la part de l’économie consacrée à la recherche scientifique et technologique, ainsi que de la part consacrée à l’investissement fixe, et que ces deux éléments interagiront de plus en plus. Les prédictions de Marx sont pleinement confirmées par les faits, comme on le verra.
La Chine est en train de passer à une économie à revenus élevés.
En intégrant cette analyse marxiste aux conditions spécifiques de la Chine, entre la création de la République populaire de Chine en 1949 et l’arrivée de Xi Jinping à la présidence du Parti communiste chinois en 2012, la Chine a réussi à passer du statut de l’un des pays les plus pauvres du monde, après un siècle d’intervention étrangère, à une économie à revenus moyens-élevés, selon la définition internationale, soit le niveau le plus élevé d’une économie en développement. Il s’agissait là d’une réalisation historique majeure, mais cela signifiait que la Chine devait faire face à une tâche nouvelle et inédite : comment réussir la transition d’un pays en développement vers un pays à revenus élevés ?
Il est objectivement impossible de réaliser une telle transition en peu de temps ; cela prendra nécessairement de nombreuses années. Les récents plans quinquennaux chinois l’ont clairement réaffirmé, en fixant comme objectif de devenir un pays modérément développé d’ici 2035. Par conséquent, une analyse économique capable de mener à bien cette transition vers une économie développée et à revenus élevés doit non seulement apporter des réponses à la situation économique immédiate, aux tendances économiques à court terme, etc. , mais doit également constituer une analyse stratégique globale de toute une période de développement économique. C’est ce que la politique économique chinoise a réussi à faire depuis que Xi Jinping a pris la tête du Parti communiste chinois en 2012 : intégrer avec succès cette analyse fondamentale du marxisme aux conditions spécifiques de la Chine.
Le développement de la Chine centré sur l’humain
D’un point de vue fondamental, ce thème s’inscrit dans le cadre du développement de la Chine centré sur l’humain. En effet, « centré sur l’humain » implique non seulement que l’objectif de la politique économique doit être de « servir le peuple », mais aussi que la force la plus puissante du développement national est le peuple lui-même. En d’autres termes, la force productive la plus puissante en Chine est le peuple chinois.
Dans ce cadre général, Xi Jinping a déclaré : « Nous devons veiller à ce que la classe ouvrière soit notre force principale. La classe ouvrière est la classe dirigeante de la Chine ; elle représente les forces productives avancées de la Chine et les rapports de production ». [7]
La raison n’en réside pas dans une idéalisation sentimentale ou romantique de la classe ouvrière, mais dans une question strictement théorique et scientifique. La classe ouvrière est particulière car elle est le vecteur, l’incarnation, de la production socialisée. Autrement dit, elle est le vecteur de la production intégrée à grande échelle et de son intégration avec la science, l’éducation et bien d’autres domaines.
Pour comprendre cela, il faut disposer d’une analyse scientifique correcte de la classe ouvrière, par opposition à une analyse simpliste. Marx n’a pas défini la classe ouvrière comme « uniquement ceux qui se salissent les mains au travail », ni uniquement ceux qui effectuaient des travaux manuels, ni uniquement la classe ouvrière industrielle — bien qu’il les inclue bien sûr de manière décisive —. Il s’agissait de tous ceux qui vendaient leur force de travail. Qui étaient Albert Einstein ou Tu Youyou, lauréate du prix Nobel de médecine qui a sauvé des millions de vies grâce à ses travaux dans la lutte contre le paludisme, à l’origine d’avancées en science théorique et appliquée, ou encore Theodore Harold Maiman (qui a inventé le laser), ou Jack Kilby et Robert Noyce (qui ont inventé le circuit intégré) ? Autrement dit, qui étaient les responsables des avancées technologiques fondamentales ? C’étaient des membres de la classe ouvrière ; ils vivaient de la vente de leur force de travail (hautement qualifiée). Les scientifiques et les technologues, qui constituent le cœur de la R&D, sont presque exclusivement des membres de la classe ouvrière hautement qualifiés et dotés d’une excellente formation.
Cela est donc directement lié aux tâches futures. Telles que Xi Jinping les a définies, elles doivent inclure le fait que « les nouvelles forces productives de qualité… doivent occuper une position stratégique plus importante. Guidés par l’innovation scientifique et technologique et en nous appuyant sur l’économie réelle, nous devons promouvoir simultanément la transformation et la modernisation intégrale des industries traditionnelles, développer activement les industries émergentes et planifier de manière proactive les industries du futur, en accélérant la construction d’un système industriel moderne. Nous devons améliorer le système national d’innovation, stimuler la vitalité des différents innovateurs, viser les frontières technologiques mondiales, nous concentrer en permanence sur le renforcement de la recherche fondamentale et l’amélioration des capacités d’innovation originale, et accélérer les progrès dans les technologies clés, centrales et de pointe. Nous devons promouvoir de manière globale le développement intégré de l’éducation, de la science, de la technologie et des talents afin de jeter des bases solides pour le développement fondamental et stratégique de nouvelles forces productives de qualité. » [8]
L’intégration croissante du processus de production direct avec la science, la technologie, l’éducation, les sciences environnementales et de nombreuses autres forces est précisément le processus analysé, comme nous l’avons déjà vu, par Marx comme la « socialisation croissante du travail ». Il s’agit de l’intégration de nombreux aspects de la société et de la production dans des processus qui, bien qu’ils puissent être plus spécialisés individuellement, sont de plus en plus interconnectés, formant ainsi un système productif socialisé, avancé et à grande échelle.
L’avantage décisif du système socialiste chinois
Cette dynamique explique également clairement pourquoi le système socialiste chinois, le socialisme aux caractéristiques chinoises, dispose de l’avantage économique décisif dont il fait preuve au stade actuel de son développement. Le mot « socialisme » a la même racine que « travail socialisé » ; c’est-à-dire que, dans sa forme développée, la production à grande échelle implique de nombreuses unités de production spécialisées, l’intégration de la science et de la technologie à la production directe, etc. Mais dans la société capitaliste, où l’immense majorité de la production à grande échelle relève de la propriété privée, il n’existe aucun mécanisme de coordination stratégique garantissant le développement intégré adéquat de toutes ces branches de production. La seule exception se produit lors de situations d’urgence nationale extrême, comme la Seconde Guerre mondiale, lorsque même aux États-Unis, l’État a pris le contrôle direct de tous les secteurs essentiels de l’économie. En revanche, comme on le sait bien, une société capitaliste repose presque exclusivement sur la « main invisible ».
On peut l’observer actuellement aux États-Unis, par exemple, même dans le développement de secteurs aussi cruciaux que l’intelligence artificielle (IA). Dans le contexte actuel aux États-Unis, les grandes entreprises d’IA tentent de créer des monopoles (préjudiciables) à leur propre profit, au détriment d’un développement plus rapide de l’industrie dans son ensemble ; il n’y a pas de développement intégré de l’énorme approvisionnement en énergie électrique nécessaire aux centres de données d’IA, etc.
Pour comprendre les inconvénients que cela engendre, prenons un exemple récent. Les États-Unis disposaient initialement d’un grand avantage technologique international dans les secteurs des énergies renouvelables, comme l’énergie solaire. Cependant, cet avantage a été complètement perdu. Les producteurs de pétrole et d’autres combustibles fossiles ont exercé une pression systématique et efficace pour bloquer le développement à grande échelle des énergies renouvelables, afin de protéger leurs propres profits tirés de l’extraction du pétrole et du gaz. En conséquence, les États-Unis occupent désormais une place secondaire dans le secteur des énergies renouvelables, ayant complètement perdu leur position de leader face à la Chine, et se retrouvent prisonniers de l’extraction de combustibles fossiles, polluants et coûteux, comme source d’énergie. Par exemple, dans 86 % des cas de production d’électricité à l’échelle mondiale, les solutions d’énergie renouvelable sont désormais les plus économiques.
En revanche, comme l’a formulé Xi Jinping, la Chine a l’avantage de recourir à la fois à l’État et au marché, c’est-à-dire à la fois à la main visible et à la main invisible : « Notre économie de marché est socialiste, bien sûr. Nous devons renforcer la supériorité de notre système socialiste et permettre au Parti et au gouvernement de remplir leurs fonctions positives. Le marché joue un rôle décisif dans l’allocation des ressources, mais il n’est pas le seul acteur en la matière. Pour développer l’économie de marché socialiste, il faut renforcer à la fois le marché et le gouvernement, en leur attribuant des fonctions distinctes… un contrôle macroéconomique scientifique et une gouvernance efficace sont des conditions indispensables pour tirer pleinement parti des avantages de l’économie de marché socialiste ». [9]
Politiques du PCC en matière d’économie
Mais pour être efficace, cette combinaison de mains visibles et invisibles nécessite une stratégie centrale adéquate, qui assure l’intégration de tous les différents éléments de cette production socialisée avancée.
Ainsi, la production la plus avancée requiert des processus impliquant des centaines de milliers, voire des millions dans les cas les plus avancés, de personnes, non seulement dans le travail direct d’assemblage et de développement des produits, mais aussi dans la technologie et la science qui les sous-tendent. C’est ce processus que la politique économique chinoise analyse et applique à son stade actuel de développement, permettant ainsi l’intégration de tous ces éléments de la production socialisée avancée. Nous analyserons ci-après certaines de ses applications pratiques, ainsi que les processus macroéconomiques en jeu.
Le mythe populaire véhiculé par la propagande américaine, selon lequel les progrès de la production de haute technologie seraient le fruit de génies solitaires et inspirés travaillant dans des garages — comme l’affirme l’histoire de la création d’Apple Computer —, est un conte de fées absurde. Le cœur de la Silicon Valley américaine est l’université de Stanford, l’une des institutions de recherche les plus grandes et les plus puissantes au monde. La science et la technologie sont le fruit du travail cumulatif de nombreuses personnes : si Einstein était mort, la théorie de la relativité aurait tout de même vu le jour, car elle résolvait des problèmes développés par de nombreux scientifiques ; si Planck n’avait pas fondé la mécanique quantique en 1900, un autre scientifique l’aurait découverte presque au même moment ; et si Maiman était mort, quelqu’un d’autre aurait mis au point les lasers.
Il en va de même pour la Chine. Sa transition du statut de suiveur technologique à celui de leader technologique ne tient pas au fait que le peuple chinois soit plus intelligent, ni à ce que le nombre de génies en Chine ait augmenté par quelque miracle que ce soit. Elle est due à des investissements supplémentaires dans la science et la technologie.
Partie 2 : Facteurs quantitatifs du leadership technologique de la Chine
Les progrès de la Chine en matière de R&D
Passons maintenant à l’analyse chiffrée de la manière précise dont ces enjeux stratégiques fondamentaux s’intègrent aux conditions concrètes de la Chine d’aujourd’hui. Le premier pilier du succès de la Chine réside dans le fait qu’elle a déjà largement dépassé tous les autres pays en développement en termes de pourcentage de son PIB consacré à la R&D (voir la figure 1) . Selon les derniers chiffres de l’OCDE, la Chine consacre 2,5 % de son PIB à la R&D, soit près du double du deuxième pays en développement, la Turquie, qui y consacre 1,3 %.
L’énorme avantage de la Chine en termes de pourcentage de l’économie consacré à la R&D, par rapport à tout autre pays en développement, explique pourquoi elle est très en avance sur le plan technologique par rapport à ces derniers.

Figure 1
La Chine a également dépassé trois des économies avancées du G7 en termes de pourcentage du PIB consacré à la R&D : la France, l’Italie et le Canada. Cependant, malgré des progrès constants, la part de la R&D dans le PIB de la Chine reste inférieure à celle des quatre économies du G7 les plus avancées sur le plan technologique : les États-Unis, le Japon, l’Allemagne et le Royaume-Uni (voir la figure 3). Plus précisément, selon les dernières données disponibles de l’OCDE, la part de la R&D dans le PIB des États-Unis dépasse d’un point de pourcentage celle de la Chine : 3,5 % du PIB contre 2,5 % du PIB.

Figure 2
Il faut comprendre qu’il faudra un temps considérable avant que la part de la R&D dans le PIB de la Chine n’atteigne celle des États-Unis. Au cours des 30 dernières années, en moyenne, la part de la R&D dans le PIB de la Chine a augmenté de 0,07 % par an, contre 0,03 % aux États-Unis. À ce rythme, il faudrait 23 ans, de 2023 à 2046, pour que la part de la R&D dans le PIB de la Chine égale celle des États-Unis. La Chine pourrait accélérer ce processus, mais celui-ci ne peut être ramené à une période très courte. En effet, le développement des capacités de R&D est limité non seulement par le financement, mais aussi par les ressources humaines. Il faut compter 20 ans entre l’entrée à l’université et l’obtention d’un doctorat en ingénierie ou en mathématiques, autant de profils indispensables à la R&D. Il n’est donc pas possible d’accélérer ce processus au-delà d’un certain point. Cela signifie que la politique macroéconomique visant à augmenter la part de la R&D dans le PIB en Chine doit se poursuivre, non pas sur une période de quelques années, mais sur plusieurs décennies.
Mais si la Chine n’a pas encore atteint le niveau des économies les plus avancées du G7 en termes de part de la R&D dans le PIB, pourquoi est-elle à la pointe du développement d’une gamme de produits de plus en plus large ? La raison en est que l’impact de l’innovation ne réside pas dans une simple idée — si une idée reste à l’état de simple idée, elle n’a qu’un effet limité sur la production —, mais qu’il se manifeste à travers l’investissement en capital fixe. Ou, comme l’a exprimé Marx, déjà cité : « le développement du capital fixe indique dans quelle mesure la connaissance sociale générale est devenue une force productive directe ». Autrement dit, l’effet de la R&D ne se produit pas simplement par le biais d’idées, mais à travers le processus de socialisation du travail déjà analysé ; c’est-à-dire l’intégration de la science à la production matérielle par la matérialisation de ces avancées technologiques en investissements fixes.
Recherche et développement et croissance économique
La confirmation de la validité pratique de l’analyse de Marx ressort tout d’abord du fait que la relation entre la R&D et le développement économique n’est pas directe. Pour les grandes économies, il existe une faible corrélation directe entre le pourcentage des dépenses de R&D par rapport au PIB et le taux de croissance économique ; pour les dix plus grandes économies mondiales, la corrélation est de -0,37, ce qui, avec un R² de 0,14, signifie essentiellement qu’il n’existe pas de corrélation significative (voir la figure 3).

Figure 3
La corrélation entre science, technologie et développement est indirecte et se manifeste par l’intégration de la R&D dans le rôle décisif que joue l’investissement fixe dans le développement économique. Pour les 10 plus grandes économies, parmi lesquelles figure la Chine, la corrélation entre le pourcentage d’investissement fixe net par rapport au PIB et la croissance économique, comme le montre la figure 4, est d’un niveau surprenant de 0,95, ce qui correspond à une corrélation quasi parfaite dans n’importe quel phénomène réel.

Figure 4
Un niveau élevé de R&D et un développement autonome
Bien que ce soit le niveau élevé d’investissement fixe par rapport au PIB, et non directement la R&D, qui détermine la croissance économique, ces deux composantes du développement de la Chine — un niveau élevé d’investissement fixe et un niveau élevé de R&D — ont été décisives pour sa trajectoire. Sans un niveau élevé de R&D dans l’économie, la Chine aurait pu, en théorie, atteindre un taux de croissance élevé — c’est le schéma observé dans certains pays du Sud, comme le Bangladesh, l’Éthiopie et d’autres, dont les niveaux de développement sont plus faibles —, mais elle n’aurait pas atteint l’indépendance technologique. Elle serait restée technologiquement dépendante d’autres pays impérialistes. Il s’agit sans aucun doute d’un effort considérable, compte tenu des ressources financières et humaines que cela implique, tant dans le système éducatif que dans d’autres domaines. Par conséquent, cet objectif ne peut être atteint par un pays en développement qu’à long terme, sur plusieurs décennies. Cependant, la Chine s’est fixé dès le départ comme objectif ce développement scientifique et technologique indépendant. C’est également une condition préalable pour tout pays du Sud qui aspire à un développement indépendant. Sinon, il sera inévitablement condamné à rester dans les secteurs de production à faible valeur ajoutée, tandis que les secteurs à forte valeur ajoutée seront dominés par les États impérialistes.
La réalité de la révolution de l’Internet aux États-Unis
La véritable relation entre innovation/R&D et productivité, ainsi que son impact sur l’évolution du PIB, peut être observée à travers la dernière grande vague d’innovation technologique : le développement d’Internet, qui a débuté aux États-Unis et a longtemps été mené par ce pays.
Le secteur des TIC (technologies de l’information et de la communication) étant essentiel à une économie moderne, de nombreuses études ont été menées sur le développement des TIC aux États-Unis et leur impact sur l’efficacité économique. Ces études aboutissent à des conclusions claires qui démontrent pourquoi l’innovation dans les TIC et l’investissement en capital sont intrinsèquement liés pour stimuler le développement économique.
Cela illustre pourquoi, d’un point de vue économique fondamental, il est important de comprendre que ce n’est pas la technologie pure d’Internet et des TIC à elle seule qui augmente la productivité et la croissance économique. Le prix Nobel d’économie Robert Solow avait déjà souligné, dans une phrase célèbre de 1987, six ans après le début de l’introduction massive des ordinateurs personnels dans l’économie, que la technologie informatique n’accélérait pas la croissance de la productivité, mais qu’au contraire, à cette époque, celle-ci ralentissait. Comme l’a fait remarquer Solow, c’est un ralentissement de la croissance de la productivité qui s’est produit, et non une augmentation. L’ère informatique est visible partout, sauf dans les statistiques de productivité. [x]
Ce processus est illustré par la figure 5, qui présente la croissance de la productivité aux États-Unis de 1980, année précédant la démocratisation des ordinateurs personnels modernes, jusqu’en 2007, année de la crise financière internationale qui a freiné le développement initial de l’essor d’Internet aux États-Unis. Une moyenne sur cinq ans a été utilisée pour éliminer les effets des fluctuations du cycle économique à court terme. En observant cela de manière informelle, sans recourir à des mesures statistiques, on constate immédiatement que la croissance ou la baisse de la productivité aux États-Unis suit la contribution de l’investissement fixe à la croissance du PIB, avec un certain décalage temporel. En d’autres termes, une augmentation de la croissance de la productivité fait suite à une hausse de l’investissement fixe, et une baisse de la productivité fait suite à une réduction de l’investissement fixe.

Figure 5
L’analyse statistique confirme pleinement cette impression visuelle. La corrélation entre la croissance annuelle de la productivité aux États-Unis et la contribution de l’investissement fixe à la croissance du PIB, avec un décalage de deux ans, est élevée (0,70), et avec un décalage de trois ans, elle atteint le niveau très élevé de 0,77. En résumé, il s’agit d’un niveau d’investissement élevé qui, avec un décalage de deux à trois ans, se traduit par une croissance de la productivité.
La figure 6 l’illustre visuellement, en montrant la croissance de la productivité avec un décalage de trois ans par rapport à la contribution des investissements fixes à la croissance du PIB. Il n’existe aucune preuve ni aucune raison de supposer que l’innovation technique en soi, en termes de découvertes et d’idées, se produisait selon un cycle similaire. L’impact du changement ou de l’innovation technologique, en revanche, s’est manifesté à travers les variations de l’investissement fixe, ce qui correspond précisément à l’analyse de Marx.
Comme l’a souligné Dale Jorgenson, le principal analyste américain de la période d’accélération de la croissance aux États-Unis dans les années 1990 et au début des années 2000 : « La combinaison inhabituelle d’une croissance plus rapide et d’une inflation plus faible aux États-Unis entre 1995 et 2000 a déclenché un débat intense parmi les économistes… Ce débat a abouti à un consensus selon lequel le rôle des technologies de l’information est essentiel pour comprendre la reprise de la croissance américaine… L’investissement dans les technologies de l’information est la source principale de cette reprise. » [11] Au cours de la période précédant 2003, la croissance annuelle de la productivité du travail aux États-Unis a atteint son plus haut niveau depuis un demi-siècle : 3,6 %. L’investissement américain, axé sur les TIC, est passé de 19,8 % du PIB en 1991 à 23,1 % du PIB en 2000, avant de reculer légèrement après l’éclatement de la bulle Internet, puis d’atteindre 22,9 % en 2005. Par la suite, l’investissement américain a chuté, entraînant un fort ralentissement de la productivité.

Figure 6
Ainsi, ces enseignements économiques tirés du secteur technologique le plus avancé et le plus innovant des États-Unis concordent pleinement avec les conclusions générales déjà analysées : ce ne sont pas seulement les idées liées à Internet qui ont favorisé une croissance rapide de l’efficacité économique, mais celles-ci ont dû se concrétiser par une vague d’investissements axés sur les TIC pour produire des effets significatifs sur la productivité économique.
Par conséquent, le développement de l’innovation dans l’économie n’impliquera pas le remplacement de l’investissement en capital par la productivité totale des facteurs (PTF) dans la croissance économique, mais l’intégration de l’innovation et des progrès technologiques dans l’investissement en capital. En d’autres termes, l’investissement ne consistera pas en une expansion quantitative du niveau technologique existant, mais en une amélioration vers un niveau technologique supérieur. En effet, c’est en grande partie pour expliquer les effets de cette innovation que des méthodes économétriques modernes et précises ont été adoptées afin de mesurer les causes du développement économique.
L’intégration de la R&D et de l’investissement
C’est le niveau élevé d’investissement de la Chine qui permet à la R&D et à l’innovation de se transformer en produits beaucoup plus rapidement qu’aux États-Unis. Ce phénomène s’est manifesté de manière spectaculaire dans les domaines de l’énergie verte et des véhicules électriques, qui peuvent servir d’exemple de ces processus économiques généraux.
L’investissement fixe de la Chine, selon les dernières données internationales comparables disponibles, représente 39,9 % du PIB, contre 21,7 % aux États-Unis. La Chine occupe la première place en matière d’investissement fixe net – c’est-à-dire en tenant compte de l’amortissement selon les dernières données internationales de la Banque mondiale – avec 15,8 % du PIB, contre 5,1 % aux États-Unis.
En traduisant ces pourcentages en montants monétaires, cela signifie que la Chine dispose désormais d’un avantage annuel absolu considérable en matière d’investissement par rapport aux États-Unis. La formation brute annuelle de capital fixe en Chine s’élève à 7 400 milliards de dollars, contre 6 200 milliards de dollars aux États-Unis. En termes de formation nette de capital fixe, selon les dernières données internationales disponibles, l’avance de la Chine sur les États-Unis est de plus de 2 pour 1 : 2 800 milliards de dollars contre 1 200 milliards de dollars.
Les scientifiques chinois et américains possèdent la même intelligence et les mêmes compétences. Mais ces données montrent que pour chaque dollar disponible pour transformer l’innovation d’un scientifique ou d’un technologue américain en un nouveau produit, deux dollars sont disponibles pour un scientifique ou un technologue chinois. Ce niveau élevé d’investissement fixe dans l’économie explique pourquoi la Chine, bien qu’elle affiche encore un niveau de R&D par rapport au PIB inférieur à celui des économies les plus avancées du G7, en particulier les États-Unis, a la capacité de transformer l’innovation et la R&D en produits concrets plus rapidement que les États-Unis.
Le fait que l’impact de la R&D et de l’innovation ne se manifeste pas au niveau des idées, mais à travers l’investissement fixe, explique pourquoi la Chine peut dominer ce secteur, y compris en matière de nouvelles forces productives. Le niveau élevé d’investissement de la Chine par rapport à son PIB, supérieur à celui de toute autre grande économie, représente la dernière étape d’un processus qui s’est développé au cours des 250 années écoulées depuis la Révolution industrielle. Pour une analyse objective de ce phénomène, voir « 250 ans de composition organique croissante du capital : la véracité des idées de Marx, Smith et Keynes ».
Consommation et production
Cette interdépendance indissociable entre la R&D et l’investissement dans l’amélioration technologique montre clairement pourquoi la confusion autour de la question de la consommation, et donc de l’investissement, est dangereuse pour la stratégie économique.
L’investissement et la consommation représentent ensemble 100 % de l’économie nationale. Par conséquent, augmenter la part de la consommation dans le PIB, comme le recommande le FMI pour la Chine, implique nécessairement de réduire la part de l’investissement dans le PIB.
La confusion autour de la consommation en soi a déjà été analysée en détail dans « 误读提振消费策略,对中国应对美国竞争非常不利 ». Les faits, en accord avec la théorie économique, démontrent qu’augmenter la part de la consommation dans le PIB ralentira le rythme de croissance de la consommation et, par conséquent, ralentira le rythme de croissance du niveau de vie. Tant les faits, qui sont concluants à cet égard, que la raison théorique expliquant ce phénomène sont abordés dans l’article mentionné.
Cependant, en ce qui concerne la modernisation technologique de la Chine et le développement de nouvelles forces productives, l’augmentation de la part de la consommation dans le PIB implique nécessairement une réduction de la part de l’investissement. Cela est donc en contradiction directe avec l’objectif de la modernisation technologique chinoise. Ceux qui prônent une augmentation de la part de la consommation dans le PIB, comme le FMI, limitent par conséquent la capacité de la Chine à jouer un rôle de premier plan dans le développement de nouvelles forces productives, car son leadership dans ce domaine dépend précisément de son niveau d’investissement plus élevé par rapport au PIB que celui des États-Unis et d’autres économies.
En résumé, le maintien par la Chine de son leadership en matière de modernisation technologique et de développement de nouvelles forces productives dépend donc nécessairement de sa politique macroéconomique globale. Les deux conditions indispensables à cet effet sont : (1) une part élevée et croissante de la R&D dans le PIB, et (2) un niveau élevé d’investissement par rapport au PIB.
Ces deux processus relèvent de la socialisation de la production et s’avèrent cruciaux pour la modernisation technologique de la Chine. Par conséquent, augmenter la part de la consommation dans le PIB, tout en réduisant celle de l’investissement, constitue une politique macroéconomique en contradiction directe avec le développement technologique rapide de la Chine.
Critique impérialiste à l’égard de la Chine
Le FMI, l’OCDE et les médias occidentaux ont exercé une pression incessante sur la Chine pour qu’elle augmente la part de la consommation dans le PIB et réduise celle des investissements fixes. Du point de vue des intérêts propres de l’impérialisme, les raisons en sont évidentes.
Tout d’abord, cela reflète l’arrogance historique de l’Occident. Quiconque observe l’économie chinoise remarque immédiatement que la part de l’investissement dans le PIB y est bien supérieure à celle des économies occidentales ; les données sur la comparaison avec les États-Unis ont été présentées précédemment. En raison de leur présomption de supériorité impérialiste, le FMI et d’autres organismes similaires partent du principe que cette différence s’explique par le fait que la Chine a tort et que les économies occidentales ont raison.
Mais quiconque analyse les faits sans préjugés impérialistes perçoit immédiatement le contraire. La Chine a enregistré la croissance soutenue la plus rapide de toutes les grandes économies de l’histoire de l’humanité. Son taux de croissance reste bien supérieur à celui des économies occidentales, ce qui se traduit par une augmentation bien plus rapide du niveau de vie moyen. Une analyse objective de ces faits conduirait à la conclusion que la Chine avait raison et que les économies capitalistes occidentales avaient tort. Cependant, l’arrogance impérialiste occidentale, tant de la part d’organisations comme le FMI que d’entreprises comme Goldman Sachs, rend impossible d’admettre cela et de soutenir que d’autres économies devraient suivre leur exemple et non celui de la Chine.
Pour mettre les choses en perspective, ce serait comme si, par exemple, on demandait à Goldman Sachs de conseiller une entreprise sur son entrée dans un nouveau secteur et que son rapport se présentait ainsi : « Nous constatons que, dans ce secteur, une entreprise connaît une croissance bien plus rapide et un succès bien plus grand que les autres. Vous devriez veiller à ne pas vous inspirer de cette entreprise, mais plutôt de celles qui affichent une croissance plus faible et moins de succès. » Toute entreprise recevant un tel conseil en rirait, avant de résilier son contrat avec Goldman Sachs. Mais lorsqu’il s’agit du développement d’un pays, même dans le Sud global, c’est précisément le genre d’absurdité que diffusent le FMI, Goldman Sachs et les autres bastions de l’impérialisme occidental.
Bien sûr, si la Chine suivait ce conseil de ramener la part de ses investissements dans le PIB au niveau occidental, sa croissance ralentirait jusqu’à atteindre celle des économies occidentales, ce qui la maintiendrait en permanence à la traîne et éliminerait toute menace pesant sur leur domination. De plus, en raison du lien étroit entre le taux de croissance du PIB et celui de la consommation, la progression du niveau de vie des Chinois ralentirait, ce qui, d’un point de vue impérialiste, générerait, comme on peut s’y attendre, un mécontentement social en Chine. C’est précisément ce conseil qui sert les intérêts impérialistes.
Relations de classe en Chine et impérialisme
Pour atteindre ce niveau d’investissement et de R&D en Chine, il a fallu que le pays recherche et obtienne son indépendance vis-à-vis de l’impérialisme. Cela impliquait que les ressources, y compris les bénéfices, générées en Chine soient affectées au développement économique national et ne soient pas exportées vers les pays impérialistes, comme c’est le cas dans les pays du Sud sous domination impérialiste. Ce n’est qu’en utilisant les ressources nationales de la Chine pour son développement national qu’il a été possible d’atteindre ce niveau élevé d’investissement et de développer ses capacités de R&D. Décrire tous les mécanismes qui ont rendu cela possible nécessiterait un article à part entière, mais les suivants ont été cruciaux.
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Des contrôles stricts du compte de capital dans les paiements internationaux. La Chine a progressivement cherché à libéraliser le commerce international à mesure que de plus en plus de secteurs économiques devenaient compétitifs. Cela lui permet de participer à la socialisation du commerce international. Cependant, la Chine n’a pas procédé à une telle libéralisation du compte de capital. Les sorties de capitaux depuis la Chine sont soumises à des contrôles stricts. Cela est essentiel pour garantir que le capital créé en Chine soit utilisé pour le développement économique du pays, et non, au contraire, au profit d’États impérialistes.
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Un système bancaire dominé par l’État. Les banques d’État chinoises, les plus grandes au monde en termes d’actifs, contrôlent entièrement leur système financier. Cela garantit que les ressources financières générées dans le pays soient utilisées pour le développement national, affectées à des secteurs prioritaires et ne soient pas exportées.
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Le secteur d’État joue un rôle prépondérant dans l’économie, aux côtés du secteur privé. Les articles 6 et 7 de la Constitution de la République populaire de Chine l’énoncent clairement : « Le fondement du système économique socialiste de la République populaire de Chine est la propriété publique socialiste des moyens de production, c’est-à-dire la propriété de l’ensemble du peuple et la propriété collective des travailleurs… Au stade primaire du socialisme, l’État défendra un système économique fondamental dans lequel la propriété publique sera le pilier et où diverses formes de propriété se développeront conjointement… Le secteur public de l’économie, c’est-à-dire le secteur de l’économie socialiste appartenant à l’ensemble du peuple, sera la force motrice de l’économie. L’État garantira la consolidation et le développement du secteur public de l’économie ». Ce ne sont pas de simples paroles. Les plus grandes entreprises chinoises sont détenues par l’État. Les investissements des entreprises publiques représentent 50 % de l’ensemble des investissements en Chine et, en raison de la structure des entreprises, se concentre sur les plus grandes entreprises. Parmi les grandes entreprises industrielles, celles dont le chiffre d’affaires dépasse 20 millions de yuans, soit environ 3 millions de dollars, seuls 31 % des bénéfices proviennent d’entreprises privées et 69 % du secteur non privé, dominé par l’État.
La gauche désorientée critique la Chine
Malheureusement, les critiques confuses de certains secteurs de la gauche occidentale font écho aux exigences pragmatiques des puissances impérialistes, qui souhaitent que la Chine augmente la part de la consommation dans son PIB et réduise son niveau d’investissement. Ces critiques reposent sur une interprétation erronée de Marx.
Ces affirmations soutiennent qu’une part croissante de l’investissement dans l’économie engendre un problème de réalisation du capital. Cela s’apparente à l’erreur courante dans l’économie occidentale qui consiste à réduire la demande à la consommation, au lieu de la considérer comme la somme de la consommation et de l’investissement. Cette interprétation de Marx, qui privilégie excessivement la consommation, a été initialement avancée par Rosa Luxemburg et, outre le fait qu’elle a été réfutée par Marx lui-même, elle a été démantelée par Lénine et Boukharine.
Les célèbres schémas de reproduction du tome II du Capital montrent l’interdépendance, au sein de l’économie, entre le secteur 1, la production des moyens de production, et le secteur 2, la production des moyens de consommation. Ces deux départements illustrent non seulement la production, mais aussi sa réalisation (la vente). Dans cette interprétation erronée de Marx, on prétend que le poids croissant du département 1, c’est-à-dire la composition organique croissante du capital, pose un problème pour la réalisation (vendre) la production. Or, cela est tout simplement faux. Les schémas de reproduction de Marx montrent que la part croissante de la production dans le secteur 1 s’accompagne d’une part croissante de la demande provenant du secteur 1 de l’économie. Il n’y a donc aucun problème de réalisation (de vente) de la production lié à la part croissante de l’économie que représente l’investissement en Chine.
Le développement vert de la Chine
Les énergies renouvelables constituent un exemple fondamental illustrant cette socialisation de la production et son impact sur le développement mondial. Cela revêt sans aucun doute une importance particulière, car cela interagit directement avec un autre défi décisif pour cette période de développement économique.
Xi Jinping a souligné : « Les eaux cristallines et les montagnes luxuriantes sont des atouts inestimables ». [12] Et : « L’environnement écologique est en soi l’économie. Protéger l’environnement, c’est développer la productivité ». [13] Ainsi, comme l’affirme le livre blanc du Bureau d’information du Conseil d’État chinois, intitulé « Le développement vert de la Chine dans la nouvelle ère », « le développement vert est un développement qui respecte les lois de la nature afin de promouvoir la coexistence harmonieuse entre l’humanité et la nature, un développement qui permet d’obtenir un maximum d’avantages sociaux et économiques avec un minimum de coût en ressources et d’impact environnemental, et un développement durable et de haute qualité qui protège l’environnement ». [14]
Pour saisir l’extraordinaire importance historique et l’ampleur de ce fait, il convient de souligner que, durant les 250 années qui se sont écoulées depuis la Révolution industrielle, tout le développement d’une économie avancée s’est appuyé sur l’énergie produite par les combustibles fossiles : d’abord le charbon, puis le pétrole et le gaz, ainsi que d’autres sources d’énergie, telles que la production d’électricité, qui reposent également sur ces derniers. Pendant la majeure partie de cette histoire, on ignorait un fait que la science a désormais clairement établi : si cette utilisation des combustibles fossiles se poursuit, avec l’accumulation de carbone dans l’atmosphère qui en résulte, la Terre est confrontée à une catastrophe écologique. Comme l’a exprimé Xi Jinping : « Depuis que l’humanité est entrée dans l’ère industrielle, l’industrialisation rapide traditionnelle, bien qu’elle ait généré une grande richesse matérielle, a accéléré la consommation des ressources naturelles et a rompu le cycle et l’équilibre originels des écosystèmes, ce qui a donné lieu à une relation tendue entre l’humanité et la nature ». [15]
Le leadership de la Chine dans la révolution énergétique mondiale
L’ensemble de ce socle énergétique de l’économie industrialisée, qui existe depuis plus de deux siècles, doit être remplacé par des ressources renouvelables. Et c’est la combinaison de la science, de la technologie et des capacités de fabrication de la Chine qui rend cela possible. La Chine représente plus de 80 % de la production mondiale d’énergie solaire, [16] plus de 70 % des installations éoliennes, [17] et plus de 75 % de la production de cellules de batterie. [18]
L’intégration de la science et de la technologie à la production en Chine a entraîné une véritable révolution des prix de l’énergie. En 2010, l’énergie solaire était 710 % plus chère que la solution la moins coûteuse utilisant des combustibles fossiles, alors qu’en 2022, elle coûtait 29 % de moins. [19] À l’échelle mondiale, l’énergie éolienne terrestre coûtait 95 % de plus que l’alternative la moins chère utilisant des combustibles fossiles en 2010, mais en 2022, elle était 52 % moins chère. [20] En 2022, 86 % de l’ensemble des nouvelles capacités renouvelables dans la production d’électricité étaient moins chères que les alternatives utilisant des combustibles fossiles, ce qui représente un changement radical par rapport à la situation d’il y a moins de 20 ans. [21]
Les avancées technologiques et industrielles de la Chine, associées à ses investissements colossaux dans la R&D et la production d’énergies renouvelables, permettent à la planète d’échapper à une catastrophe environnementale. Ces chiffres condamnent à l’échec la tentative de Trump de revenir à un système énergétique basé sur les combustibles fossiles ; Trump conduit les États-Unis dans une impasse. Le leadership technologique atteint par la Chine en fait un fournisseur incontournable de produits qui occupent une place de plus en plus centrale dans les économies d’autres pays.
Les énergies renouvelables ne sont qu’un exemple particulièrement important illustrant le processus général dont les caractéristiques macroéconomiques ont été exposées ci-dessus en termes fondamentaux.
Les leçons de la Chine pour les autres pays
Tous ces processus démontrent la puissance du marxisme, grâce à la justesse de son analyse factuelle. Comme l’a souligné Xi Jinping : « Certains pensent que l’économie politique marxiste et *Le Capital* sont obsolètes, mais il s’agit là d’un jugement arbitraire et erroné. » [22] En réalité, c’est la Chine qui a réussi à mener le développement de nouvelles forces productives.
La politique économique marxiste de la Chine a été élaborée pour répondre aux besoins spécifiques d’un pays, la Chine, qui se trouvait à un stade particulier de développement. Cependant, cela ne signifie pas pour autant qu’elle ne soit pas pertinente pour d’autres pays. Elle représente l’un des développements les plus récents du marxisme. Bien sûr, les propositions politiques précises de la Chine ne peuvent être copiées mécaniquement par aucun autre pays. Mais les forces fondamentales analysées opèrent dans d’autres pays, bien que dans des combinaisons différentes. Les autres pays ne peuvent pas copier la Chine, mais ils peuvent en tirer des enseignements et, en particulier, s’inspirer de son analyse des forces fondamentales qui expliquent son succès.
En résumé, comme l’a exprimé Xi Jinping : « La nation chinoise, qui depuis le début de l’ère moderne a tant enduré pendant si longtemps, a accompli une transformation prodigieuse : elle s’est relevée, s’est enrichie et se renforce ; elle a embrassé les brillantes perspectives de la renaissance. Cela signifie que le socialisme scientifique est plein de vitalité dans la Chine du XXIe siècle, et que l’étendard du socialisme aux caractéristiques chinoises flotte désormais fièrement aux yeux de tous. Cela signifie que la voie, la théorie, le système et la culture du socialisme aux caractéristiques chinoises ont continué à se développer, ouvrant une nouvelle voie permettant à d’autres pays en développement d’accéder à la modernisation. Cela offre une nouvelle option aux autres pays et nations qui souhaitent accélérer leur développement tout en préservant leur indépendance ; cela apporte la sagesse chinoise et une approche chinoise pour résoudre les problèmes auxquels l’humanité est confrontée ». [23]
Conclusion
On constate donc que le succès de la Chine dans le développement de nouvelles forces productives ne se résume pas simplement à des processus technologiques. Il est indissociable du maintien de deux processus macroéconomiques : (1) un pourcentage élevé et croissant de la R&D dans le PIB, et (2) un niveau élevé d’investissements fixes par rapport au PIB.
Ces deux processus confirment pleinement l’analyse marxiste du développement économique, qui repose sur la socialisation croissante du travail.
John Ross (MR ONLINE), 25 juillet 2026
Références
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Colthorpe, A. (11 novembre 2022). BloombergNEF : La Chine domine à nouveau la chaîne d’approvisionnement mondiale des batteries, tandis que ses concurrents changent constamment. Energy Storage News : https://www.energy-storage.news/bloombergnef-china-dominates-global-battery-supply-chain-again-with-followers-in-flux/
Global Times. (15 août 2025). Le concept des « deux montagnes » ouvre la voie à un avenir durable pour le monde : éditorial du Global Times. Global Times : https://www.globaltimes.cn/page/202508/1340898.shtml
Agence internationale de l’énergie. (2022). La Chine domine actuellement les chaînes d’approvisionnement mondiales en énergie solaire photovoltaïque. iea.org : https://www.iea.org/reports/solar-pv-global-supply-chains, Licence : CC BY 4.0
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Agence internationale pour les énergies renouvelables. (29 août 2023b). La compétitivité des énergies renouvelables s’accélère malgré la hausse des coûts. irena.org : https://www.irena.org/News/pressreleases/2023/Aug/Renewables-Competitiveness -Accelerates-Despite-Cost-Inflation
Jorgenson, DW, Ho, MS, & Stiroh, KJ (2003). Leçons pour le Canada tirées de la reprise de la croissance aux États-Unis. chrome-extension://efaidnbmnnnibpcajpcglclefindmkaj/https://www.csls.ca/ipm/6/jorgensonetal-e.pdf
Solow, RM (12 juillet 1987). Nous ferions mieux d’être prudents. chrome-extension://efaidnbmnnnibpcajpcglclefindmkaj/http://digamo.free.fr/solow87.pdf
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Xi Jinping a présidé un colloque sur le développement économique et social dans certaines provinces, régions autonomes et municipalités au cours du XVe plan quinquennal (30 avril 2025). https://www.ccps.gov.cn/xtt/202504/t20250430_166897.html
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Notes
[1] Xi, Discours prononcé lors de la 28e séance d’étude collective du Bureau politique du XVIIIe Comité central du PCC, le 23 novembre 2015, 2020.
[2] Xi, Discours prononcé lors de la 28e séance d’étude collective du Bureau politique du XVIIIe Comité central du PCC, le 23 novembre 2015, 2020.
[3] Karl Marx et Friedrich Engels, L’idéologie allemande (1845), p. 31–36.
[4] Karl Marx, Théories de la plus-value, chapitre XXIV : « Richard Jones ».
[5] Karl Marx, Grundrisse (Penguin Classics, édition Kindle, p. 706–707).
[6] Karl Marx, Théories de la plus-value, chapitre XXIV : « Richard Jones ».
[7] Xi, Le travail acharné permet de réaliser ses rêves ( 2014), 759.
[8] Xi Jinping a présidé un colloque sur le développement économique et social dans certaines provinces, régions autonomes et municipalités au cours de la période du XVe plan quinquennal, 2025.
[9] Xi, Notes explicatives sur la « Décision du Comité central du Parti communiste chinois concernant certaines questions importantes relatives à la poursuite globale de la réforme » (2014), 1262–74.
[10] Solow, 1987.
[11] Jorgenson, Ho et Stiroh, 2003.
[12] Global Times, 2025.
[13] Xinhua, 2021.
[14] Bureau d’information du Conseil d’État de la République populaire de Chine, 2023.
[15] Xi, « Principes à appliquer pour protéger l’environnement écologique (18 mai 2018) », p. 418.
[16] Agence internationale de l’énergie, 2022.
[17] BloombergNEF, 2025.
[18] Colthorpe, 2022.
[19] Agence internationale pour les énergies renouvelables, 2023a.
[20] Agence internationale pour les énergies renouvelables, 2023a.
[21] Autorité internationale pour les énergies renouvelables, 2023b.
[22] Xi, « Ouvrir de nouvelles perspectives pour l’économie politique marxiste dans la Chine contemporaine », 2020.
[23] Xi, « Assurer une victoire décisive dans la construction d’une société modérément prospère à tous égards et œuvrer pour le grand succès du socialisme aux caractéristiques chinoises pour une nouvelle ère », Xinhua, 18 octobre 2017, http://www.xinhuanet.com/english/download/Xi_Jinping’s_report_at_19th_CPC_National_Congress.pdf
