Une contribution des camarades italiens de « Senza tregua contro i Padroni » sur la liberté de tuer de la police. La guerre menée par l’État impérialiste contre la population est la même en Italie qu’en France.
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PERMIS DE TUER ET IMPUNITÉ pour les bourgeois et leurs serviteurs
« Quand l’injustice devient loi, la résistance devient un devoir »
Bertolt Brecht
Les faits divers sont désormais devenus l’outil privilégié de l’oligarchie bourgeoise pour avancer à grands pas vers l’instauration d’un régime de guerre et de police. Les cas du bijoutier armé et du manutentionnaire tué par la police ne sont ni les premiers ni les derniers épisodes de cette exploitation médiatique, qui permettent aux classes dominantes de faire avancer leur programme politique sécuritaire et militariste, dans une optique de classe et de racisme. Plus précisément, ils constituent l’occasion de légaliser le permis de tuer de la classe (propriétaire) et l’impunité des serviteurs de l’État, au nom de la défense des privilèges de la classe dominante.
PERMIS DE TUER pour les bourgeois
Comme d’habitude, ce sont les serviteurs de l’État les plus vulgaires – actuellement incarnés par la majorité gouvernementale – qui se chargent de dévoiler le véritable contenu des vestiges de la démocratie impérialiste. Sans d’ailleurs rencontrer trop de résistance de la part de la minorité parlementaire « de gauche », celle-ci a l’intention de présenter un amendement à la loi sur la légitime défense qui, dans son passage crucial, stipule : « En cas d’agression à main armée au sein de son domicile ou de son établissement commercial, professionnel ou entrepreneurial, toute réaction mise en œuvre dans l’immédiateté des faits par la personne victime de l’agression n’est pas punissable, indépendamment de la proportionnalité des moyens utilisés, de la persistance du danger et de la nature strictement défensive du comportement ».
Une loi ad hoc pour les propriétaires, c’est-à-dire visant à défendre la propriété privée des patrons et des petits patrons. Dont le bijoutier-justicier Roggero incarne l’archétype, sinistre et classiste par définition. Loin d’être un saint, c’est un propriétaire agressif et armé – un fraudeur fiscal qui s’est même enrichi grâce à ses propres péripéties –, qui, pour se venger d’un vol de marchandises, pourtant assurées et remboursables, n’a pas hésité à poursuivre des voleurs armés d’un pistolet-jouet, à leur tirer dans le dos et, alors qu’ils gisaient sans vie au sol, à leur donner des coups de pied au visage. Un candidat « parfait » pour être nommé aux bancs du Parlement du régime. Dans leur élan justicier, les serviteurs du régime qui caressent l’idée d’un permis de tuer considèrent que, de facto, dans les tribunaux italiens, la loi n’est PAS la même pour tous, mais s’applique de manière variable selon le revenu et la race. Comme on peut facilement le démontrer.
… Et dans le cas d’Eithan Bondi ?
Ce rejeton sioniste, qui, le 25 avril dernier, a tiré sur deux militants de l’Association nationale des partisans d’Italie (ANPI), les blessant, et chez qui, lors de la perquisition qui a suivi, un véritable arsenal a été découvert, a été remis en liberté en moins de 48 heures, avec une simple tape sur la main. C’est exécrable.
Si, l’espace d’un instant, nous imaginions au contraire que « la loi soit la même pour tous » et que nous adoptions donc la loi punitive proposée par le gouvernement, une question nous viendrait spontanément à l’esprit : si, après que le sioniste eut tiré sur les membres pacifiques et sans défense de l’ANPI, quelqu’un lui avait tiré dans le dos, ou l’avait poignardé de coups mortels, ou encore l’avait roué de coups jusqu’à lui fracasser le crâne, cela aurait-il été considéré comme un cas de « légitime défense » ? Nous estimons qu’à l’heure actuelle, au contraire, dans la logique du privilège racial réservé à la communauté sioniste, ce geste serait férocement stigmatisé, avec un victimisme hypocrite, comme une « agression antisémite », comme le laissent présager les lois raciales en attente d’adoption au Parlement du régime.
… Et dans le cas du mineur de l’Ogliastra ?
L’âne classiste de la « légitime défense » à la sauce bourgeoise s’effondre définitivement en pleine farce électorale populiste : à Bari Sardo. Les faits sont connus : un mineur poursuit et tue à coups de couteau un adulte, pour venger le fait que ce dernier ait renversé sa sœur en voiture ; en tant qu’ancien petit ami éconduit, apparemment en proie à un accès de jalousie. Comme l’agresseur n’était pas un propriétaire aisé, il a été arrêté et aucun député fascisant ne s’est présenté pour en faire une icône de la légitime défense de la classe privilégiée. Au contraire, pour mettre les choses au clair dès le départ, au moment même où cela se passait, les dirigeants ont promulgué le projet de loi Antimaranza. Nomen est omen : il s’agit précisément d’une racialisation et d’une classification du code pénal par les classes dominantes. Avec l’aval de la présidence de la République.
IMPUNITÉ pour les serviteurs de l’État
Tout d’abord, il faudrait cesser de qualifier de « bouclier pénal » la condition préalable d’impunité dont bénéficient les citoyens en uniforme par rapport aux autres, sur la base de la prérogative même de porter un uniforme ou de siéger au Parlement. Non seulement l’État italien protège ses fonctionnaires en uniforme, mais il fait peser les frais de justice sur les épaules de la fiscalité générale (les impôts de tous), en leur accordant des privilèges légaux qu’il refuse aux autres citoyens, surtout s’ils ne sont pas « aryens ». Pour les parlementaires, serviteurs de l’État en dehors de leurs fonctions institutionnelles, c’est déjà une coutume, cela va sans dire…
La « coutume » devient loi
Le problème de l’impunité de l’État envers lui-même n’est pas nouveau. L’impunité de fond pour les massacres d’État, les assassinats politiques et de rue, les massacres du type Diaz et les tortures du type Bolzaneto (G8 de Gênes en 2001), tout comme la très longue série de crimes policiers restés impunis ou étouffés, comme ceux commis contre les Cucchi, les Aldrovandi,
Ramy, Abderrahim Mansouri et les nombreux autres qui les ont précédés, constituent une macabre coutume de l’État des patrons. Présentée comme une anomalie négligeable de la « plus belle Constitution du monde », comme certains « sinistrés » s’obstinent encore à la définir, eux qui, aujourd’hui encore, crient « victoire » face aux résultats du référendum contre la séparation des carrières. Justement cette même caste de juges qui, pendant des décennies, a servi cette même pratique de l’impunité de l’État.
Une impunité qui, de substance, a été sans vergogne transformée en forme, précisément avec l’adoption du « bouclier pénal pour les forces de police » qui peut même être étendu arbitrairement à d’autres catégories de citoyens, à condition qu’ils collaborent avec les forces de police. Comme les secouristes ou les citoyens qui ont contribué à l’intervention policière ayant entraîné la mort du porteur Abderahim Fakir, coupable d’être marocain et condamné sans appel à mort pour… s’être emporté ! Pour confirmer le double standard pénal dystopique appliqué par l’État impérialiste, selon une discrimination fondée sur la condition sociale, la race ou la caste, est ensuite intervenu le bouclier pénal érigé par les boyards de l’État pour défendre « l’un des leurs », dans un climat digne de la Camorra. Dans ce contexte indigne, les reproches hurlés, y compris par certains secteurs de la gauche électoraliste, à l’encontre des « fauteurs de troubles de Bologne », qui se sont rebellés contre la perspective de n’être que des sujets à opprimer et à exploiter, apparaissent particulièrement hypocrites.
L’État à venir…
Ce sera de plus en plus un État de guerre et de police, telle est la perspective. Aucune « alternance » électorale n’y changera rien, car la stratégie oligarchique est tracée et la différence n’est qu’une question de méthode. Sur la guerre, tout le monde est d’accord : ceux qui la veulent à la sauce OTAN et ceux qui la veulent à la sauce « européenne ». La course au réarmement, au militarisme et à la guerre sans merci contre toutes les entités politiques qui s’opposent aux « démocraties libérales » occidentales, est une ligne tracée sur le chemin de la crise du capitalisme mondial. L’État impérialiste des multinationales est désormais le visage type de l’appareil de domination de l’oligarchie financière sur les classes et les peuples assujettis. Sa « sionisation » se poursuit, bien que ralentie par une résistance populaire et prolétarienne inattendue. L’égalité formelle des citoyens devant la loi est devenue un ornement rhétorique, davantage lié à la tromperie de masse qu’à la garantie des marges de domination de la classe patronale. Abandonnant le principe des Lumières incarné par la Loi, la bourgeoisie se réorganise en vue d’une Restauration impérialiste moderne, recalibrée sur le modèle de l’État sioniste, militariste, sécuritaire et colonialiste, en guerre permanente contre ceux qui ne se soumettent pas et « européanisée » par un régime particulier d’apartheid de classe racialisé.
Une sorte de Titanic à trois classes qui, lors de son dernier et catastrophique voyage au cœur de ses propres contradictions, verra la population divisée en trois classes de passagers :
une 1re classe jouissant de nombreux droits et de peu de devoirs, servie et vénérée, constituée des oligarques et de leurs « gardes du corps » étatiques, politiques et financiers ;
une 2e classe aux droits restreints et aux devoirs accrus, composée de prolétaires et de petits-bourgeois ayant quelque chose à perdre ;
une 3e classe aux droits limités et aux devoirs nombreux, composée d’un prolétariat métropolitain précaire, métissé et « sans réserve », à la merci de l’exploitation de classe et de l’oppression du Talon de fer.
Face à tout cela, l’illusion électorale ne tient pas la route, mais seulement l’adaptation aux niveaux de confrontation entre l’État et la Révolution, que les patrons eux-mêmes nous imposent. Plus tôt nous résoudrons l’équation politique et stratégique que cela implique, moins de misère et de deuil nous serons contraints d’endurer.
