LES PIEDS SUR TERRE- Pablo Hasel

Prison de Lledoners. Juillet 2026

Contre les manipulateurs et ceux qui blanchissent la réalité.

Depuis quelque temps, les médias et d’innombrables plateformes du capital intensifient la promotion de charlatans qui propagent des croyances de toutes sortes sans aucun fondement scientifique. Tous s’accordent à soutenir le système capitaliste, qui, en échange de la diffusion d’une multitude de fausses informations et de spéculations dépourvues de la moindre rigueur, leur verse des sommes d’argent considérables. L’intention est claire : empêcher l’analyse scientifique (matérialiste) de la réalité. Car celle-ci conduit à comprendre pourquoi tout fonctionne ainsi et pousse à s’impliquer dans la transformation de celle-ci. Sans connaître ni comprendre la réalité matérielle, il est impossible de la changer.

Ainsi, leurs « créateurs de contenu » – influenceurs, artistes, présentateurs de télévision et chroniqueurs, économistes, gourous religieux et autres charlatans individualistes, diffusent sans relâche de fausses solutions qui ne s’attaquent pas à la racine de tant de problèmes, rejettent la faute sur les opprimés plutôt que sur les oppresseurs, détournent l’attention avec des théories du complot ridicules et même, à l’instar de ces « spirituels » qui ne sont que de la poudre aux yeux, font allusion à d’autres mondes inexistants. À l’instar des vieux prêtres dont les églises se vident peu à peu (bien qu’ils contrôlent des milliers d’écoles, des médias de désinformation et qu’ils disposent d’un pouvoir économique colossal), tous les autres charlatans s’appuient également sur une foi aveugle.

« Si tu es pauvre, c’est parce que tu le mérites », « il n’y a pas de ressources pour tout le monde », « le bonheur ne dépend que de toi », « ce sont les riches qui génèrent la richesse », « le capitalisme est le meilleur et le seul système possible », « plus tu possèdes de luxe, plus tu vaux », « prier et méditer est la clé pour tout améliorer » ou « ce sont les immigrés, trop nombreux, qui sont à blâmer », voilà quelques-uns de leurs mantras les plus rabâchés. Certains arborent ouvertement leurs couleurs de droite, d’autres se donnent un vernis plus « progressiste », mais le fond reste le même : que chacun se sauve comme il peut, par tous les moyens, et pas de luttes collectives qui s’attaquent aux fondements d’un ordre préjudiciable à la majorité de la population.

Les monopoles et leurs marionnettes à la solde savent très bien que les conditions abominables qu’ils imposent sont des bombes à retardement. Que la seule façon de retarder et d’affaiblir les révoltes ouvrières et populaires est d’encourager l’ignorance, l’abrutissement moral, de divertir pour distraire, de calmer avec des drogues et de semer la terreur par la répression. Une autre conclusion qui découle de l’analyse de la réalité matérielle, comme la certitude que les changements sont possibles. C’est pourquoi toute cette ordure occulte le matérialisme historique pour faire croire que les luttes sont vaines, que la révolution est une chimère et qu’il faut se débrouiller sans scrupules en piétinant son prochain.

Le faste institutionnel et la couverture médiatique effrénée – y compris la télévision publique – dont a bénéficié la visite du pape, la promotion incessante du catholicisme par la plus grande star actuelle de la pop hispanophone (Resalía), le battage médiatique dont font l’objet aux heures de grande écoute les théories les plus absurdes (même les partisans de la théorie de la Terre plate disposent de plus de temps d’antenne dans ces médias pour s’exprimer que n’importe quel révolutionnaire), le parrainage par de grandes entreprises d’influenceurs au contenu fallacieux et ultra-réactionnaire, ou encore la tolérance – quand ce n’est pas un soutien direct – de l’État envers les propagateurs d’une telle toxicité, ennemie de la science et du progrès collectif, sont une preuve évidente de la détermination à faire des affaires en essayant de nous empêcher de garder les pieds sur terre.

C’est pourquoi il est impératif de contrer ce discours contre-révolutionnaire en mettant en évidence ceux qu’il sert. En diffusant des informations véridiques et critiques, des réflexions qui nous invitent à nous impliquer dans la transformation, des exemples de luttes qui ont permis des avancées et des arguments qui démantèlent le verbiage par lequel ils prétendent anéantir notre capacité à contribuer au changement. Aujourd’hui, alors qu’ils disposent de plus de plateformes que jamais pour inoculer leur idéologie individualiste, il est urgent de faire preuve d’ingéniosité pour diffuser ce qui sert les larges masses et non les comptes bien garnis d’une poignée d’escrocs.

presos.org.es

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