Le 4 septembre 2025, dans le village palestinien de Khallet Athaba’, en Cisjordanie occupée, un Palestinien reçoit des soins médicaux dispensés par le Croissant-Rouge après avoir été blessé lors d’une attaque perpétrée par des colons israéliens. (Mediterranean Saving Humans /Wikimedia Commons/ CC0)
Les événements de Tell, au sud-ouest de Naplouse, en Cisjordanie occupée, n’étaient pas un acte de violence isolé. C’était un avertissement.
Depuis des années, Israël traite les villages palestiniens de Cisjordanie occupée comme des terrains de jeu pour ses incursions militaires, les envahissements de colons, l’accaparement des terres et les punitions collectives. On s’attendait à ce que les Palestiniens endurent la violence, enterrent leurs morts et reprennent la même routine insupportable.
À Tell, cependant, cet équilibre soigneusement entretenu a été brièvement rompu.
Les affrontements ont commencé lorsque des colons israéliens armés ont pénétré dans la zone proche du village, tentant d’attaquer des habitations palestiniennes. Les villageois leur ont tenu tête. Des soldats israéliens et des membres armés des colonies sont alors intervenus, transformant l’attaque des colons en une offensive militaire de plus grande envergure.
Au cours de l’affrontement, un Palestinien s’est emparé d’une arme israélienne et a ouvert le feu. Deux Israéliens ont été tués, ainsi que quatre Palestiniens de la famille Ramadan. Une campagne de représailles brutale s’est alors abattue sur tout le village.
Les forces israéliennes ont bouclé Tell, fouillé de nombreuses habitations et interrogé des dizaines d’habitants. Plus de 70 Palestiniens ont été arrêtés lors de la répression initiale. La violence israélienne s’est rapidement étendue aux communautés voisines, où des colons armés ont attaqué des maisons et des véhicules et incendié des mosquées.
Ainsi, l’importance de Tell ne réside pas uniquement dans le nombre de morts. Elle réside dans le fait que les Palestiniens, confrontés à des colons armés et à des soldats, ont refusé de reculer.
Tell deviendra peut-être, ou peut-être pas, l’étincelle qui déclenchera un soulèvement plus large. Mais cet événement a révélé que, sous l’apparence d’un contrôle israélien, la Cisjordanie atteint un point critique.
Depuis le début du génocide à Gaza en octobre 2023, Israël a transformé la Cisjordanie en un autre champ de bataille majeur. Plus de 1 180 Palestiniens ont été tués, environ 13 000 ont été blessés et plus de 24 600 ont été arrêtés, dont des centaines de femmes et près de 2 000 enfants.
Cette attaque ne se limite pas à des incursions militaires. Il s’agit d’un système intégré impliquant l’armée d’occupation, des colons armés, des tribunaux militaires, des conseils de colonie, des autorités chargées des démolitions et des ministres qui prônent ouvertement l’annexion.
Rien qu’en 2026, des milliers de Palestiniens ont été déplacés à la suite d’attaques de colons, de démolitions et de restrictions israéliennes à la construction palestinienne.
En juillet, le taux de déplacement avait atteint une moyenne de 17 Palestiniens par jour, soit le double de la moyenne quotidienne enregistrée au cours des trois années précédentes.
Des extrémistes aux commandes
Itamar Ben-Gvir, actuel ministre israélien de la Sécurité nationale, en juin 2021, lors de la « Marche des drapeaux », qui commémore l’occupation illégale de Jérusalem-Est en Cisjordanie par Israël en 1967. (Wikimedia Commons/CC0)
Bien entendu, il ne s’agit en rien de violences aléatoires, mais d’une politique délibérée.
Le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, a de facto livré la Cisjordanie aux éléments les plus extrémistes de sa coalition.
Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a utilisé son autorité gouvernementale pour accélérer la construction de colonies illégales, légaliser des avant-postes illégaux et transférer les pouvoirs sur le territoire occupé de l’administration militaire aux institutions civiles israéliennes, une étape fondamentale vers l’annexion formelle.
Dans le même temps, le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a apporté son soutien politique aux mouvements de colons, tout en provoquant à plusieurs reprises les Palestiniens à la mosquée Al-Aqsa.
En échange, Netanyahou obtient ce dont il a le plus besoin : la pérennité de son gouvernement.
Avec les élections législatives israéliennes prévues le 27 octobre, la Cisjordanie devrait prendre une importance encore plus grande dans la campagne de Netanyahou. Son message politique à la droite israélienne ne se limite pas à affirmer qu’il peut garantir la « sécurité », mais qu’il peut modifier de façon permanente la géographie de la Palestine.
Les Palestiniens se retrouvent ainsi pris au piège d’une équation brutale. S’ils ne résistent pas, l’armée et les colons avancent. S’ils ripostent, Israël invoque le « terrorisme palestinien » pour intensifier les mêmes politiques qui ont donné naissance à la résistance.
Tell a exposé cette équation, mais en a également démontré les limites. En effet, Israël peut démolir des maisons, fermer des routes et arrêter des familles entières. Il peut évacuer des camps de réfugiés, comme il a tenté de le faire à Jénine, Tulkarem et Nur Shams. Il peut entretenir l’illusion que la violence démesurée a pacifié le peuple palestinien.
Mais la domination militaire n’est pas un véritable contrôle. Netanyahou et ses ministres extrémistes ont jusqu’à présent tiré profit de ce que Naomi Klein a décrit comme la « doctrine du choc » : l’exploitation du traumatisme et de la désorientation collectifs pour imposer des réalités politiques qui, autrement, se heurteraient à une plus grande résistance.
Gaza a été soumise à une opération de « choc et de terreur » sans précédent, tandis que la Cisjordanie s’est rapidement transformée sous le prétexte de cette catastrophe. Cependant, le choc a une durée limitée. Avec le temps, la peur cède la place à la colère, et celle-ci commence à chercher une expression politique collective.
L’histoire palestinienne a maintes fois démontré ce schéma. Aucune des deux Intifadas n’a débuté selon les calculs des partis politiques ou des services de renseignement. Toutes deux ont éclaté lorsque l’humiliation accumulée, l’étranglement économique et la violence militaire ont atteint un point où les Palestiniens ordinaires n’étaient plus disposés à accepter l’ordre établi.
Le prochain soulèvement, s’il devait avoir lieu, pourrait lui aussi débuter par un événement qui semblerait insignifiant pris isolément : un village qui se défend, un camp de réfugiés qui refuse une nouvelle invasion ou une communauté qui affronte des colons tentant de s’emparer de ses terres.
La mosquée Al-Aqsa et Jérusalem-Est occupée revêtent toujours une importance particulière. Elles comptent parmi les rares lieux capables de rassembler immédiatement les Palestiniens de Gaza, de Cisjordanie, de Jérusalem et de la Palestine historique.
Le 23 juillet, des milliers de colons israéliens ont fait irruption dans l’enceinte d’Al-Aqsa sous une forte protection policière. Ben-Gvir s’est joint à eux, tandis que les participants agitaient des drapeaux israéliens, chantaient l’hymne national israélien et, une fois de plus, violaient ouvertement le statu quo établi de longue date qui régit ce lieu sacré.
Israël devrait comprendre l’importance historique de telles provocations. L’incursion d’Ariel Sharon à Al-Aqsa en septembre 2000 a contribué à déclencher la deuxième Intifada. Les attaques contre Al-Aqsa et la menace d’expulsion des familles palestiniennes de Sheikh Jarrah ont contribué au soulèvement palestinien de mai 2021.
Il est encore temps de mener une action internationale significative. Les Palestiniens n’auraient aucune raison de se soulever si leurs terres étaient protégées, leurs prisonniers libérés, leurs communautés pouvaient vivre en paix et leurs droits fondamentaux respectés.
Mais si les gouvernements internationaux continuent de protéger Israël de toute obligation de rendre des comptes, la question ne sera plus de savoir si la Cisjordanie se soulèvera.
La question sera de savoir quand, où et quel événement concret finira par faire jaillir l’étincelle.
2026
