La Ligue communiste brésilienne (LCB) est une organisation politique marxiste-léniniste dont l’horizon stratégique est la révolution socialiste, tout en œuvrant à la cohésion des luttes quotidiennes des travailleurs et du peuple ainsi qu’à leur organisation à la base.
La LCB a été fondée lors de la Conférence nationale d’unification, qui s’est tenue les 26 et 27 avril 2025 à Campinas (État de São Paulo), à la suite de la fusion entre les anciennes organisations « Iniciativa Comunista » et « Organização Comunista Arma da Crítica ».
Ce saut organisationnel est le fruit d’un processus de rapprochement politique et pratique qui s’est progressivement construit entre les deux organisations, aboutissant à l’organisation de la Conférence nationale d’unification, marquée par un large débat collectif partant de la base, passant par la discussion des pré-thèses et par la Tribune des débats.
La LCB se réclame de la tradition des communistes brésiliens depuis 1922 et œuvre à la formation d’un bloc prolétarien et populaire antimonopoliste, anti-impérialiste et anti-latifundiste, étape nécessaire à la construction du socialisme dans notre pays.
Dans l’article 2 de ses statuts, approuvés lors de la Conférence d’unification, la LCB « a pour principes : a) la défense inconditionnelle des aspirations et des intérêts de la classe ouvrière ; b) l’internationalisme prolétarien et l’autodétermination des peuples ; c) la lutte anti-impérialiste et antifasciste ; d) la défense de la souveraineté nationale et des libertés démocratiques ; e) l’unité de la lutte des travailleurs et des secteurs populaires contre l’exploitation et l’oppression ; f) l’accès à la terre pour ceux qui la travaillent et la préservation de l’environnement ; g) la défense des peuples autochtones, des quilombolas et des populations riveraines, de leur droit à la terre, à l’eau et à leurs modes de vie traditionnels ; h) l’émancipation des femmes, la lutte contre le racisme, la phobie des personnes LGBT, le capacitisme et l’âgisme ; i) la lutte pour une société juste, fraternelle et solidaire, la société socialiste, en marche vers le communisme ».
Présentation.
Ce Cahier de résolutions est le fruit de la Conférence nationale d’unification, qui s’est tenue les 26 et 27 avril 2025 dans la ville de Campinas (État de São Paulo) et qui a donné naissance à la Ligue communiste brésilienne (LCB), issue de la fusion entre les organisations « Iniciativa Comunista » et « Organização Comunista Arma da Crítica ».
Ce saut organisationnel, ainsi que le contenu théorique et politique ici consolidé, résulte d’un processus de rapprochement politique et pratique qui s’est progressivement construit entre les deux organisations, aboutissant à l’organisation de la Conférence nationale d’unification avec un large débat collectif partant de la base, en passant par la discussion des pré-thèses et la Tribune des débats.
La LCB s’inscrit dans la tradition des communistes brésiliens depuis 1922. C’est une organisation qui place le socialisme à l’horizon de sa stratégie, tout en œuvrant pour donner une cohésion aux luttes quotidiennes des travailleurs et du peuple.
Dans l’article 2 de ses statuts, approuvés lors de la Conférence d’unification, la LCB « a pour principes : a) la défense inconditionnelle des aspirations et des intérêts de la classe ouvrière ; b) l’internationalisme prolétarien et l’autodétermination des peuples ; c) la lutte anti-impérialiste et antifasciste ; d) la défense de la souveraineté nationale et des libertés démocratiques ; e) l’unité de la lutte des travailleurs et des couches populaires contre l’exploitation et l’oppression ; f) l’accès à la terre pour ceux qui la travaillent et la préservation de l’environnement ; g) la défense des peuples autochtones, des quilombolas et des populations riveraines vis-à-vis de la terre, de l’eau et de leurs modes de vie traditionnels ; h) l’émancipation des femmes, la lutte contre le racisme, la LGBTphobie, le capacitisme et l’âgisme ; i) la lutte pour une société juste, fraternelle et solidaire, la société socialiste, en marche vers le communisme ».
Principes théoriques.
1. Nous réaffirmons le marxisme-léninisme comme épine dorsale théorique et politique, en revendiquant tout son héritage de luttes et de révolutions anticoloniales, prolétariennes et populaires, à partir d’une analyse concrète des particularités de la formation sociale brésilienne et de la situation actuelle. Nous défendons, avec leurs erreurs et leurs réussites, toutes les expériences de construction du socialisme, en rejetant l’autophobie qui se manifeste dans des perspectives bourgeoises telles que la théorie du totalitarisme. Nous devons également combattre le révisionnisme et le dogmatisme, en reprenant les principes fondamentaux du matérialisme historique dialectique développés dans les œuvres de Marx, Engels et Lénine, enrichis par les contributions marxistes nationales et contemporaines.
2. Nous reconnaissons que la tension entre la défense de l’orthodoxie marxiste-léniniste et la nécessité d’une adaptation créative aux particularités locales et contemporaines constitue un défi théorique et pratique inhérent à tout projet révolutionnaire. Cette tension, loin d’être ignorée, fait partie intégrante du matérialisme historique-dialectique, qui exige une analyse concrète des réalités concrètes. Condamner le révisionnisme ne signifie pas rejeter les nouvelles contributions théoriques ou les ajustements tactiques, mais bien préserver les principes fondamentaux du marxisme -léninisme — tels que la lutte des classes, la dictature du prolétariat et le dépassement révolutionnaire du capitalisme —, en évitant qu’ils ne soient dilués ou subordonnés à des intérêts étrangers à l’émancipation de la classe ouvrière.
3. L’intégration des contributions marxistes nationales et contemporaines n’est valable que si elle est guidée par la fidélité à ces principes, et jamais comme une rupture ou une négation de ceux-ci. La frontière entre « actualisation créative » et « révisionnisme » n’est ambiguë que lorsqu’il y a un manque de clarté théorique, politique et programmatique. Par exemple, le léninisme et ses dérivés ont actualisé le marxisme en analysant l’impérialisme et la révolution dans les pays au capitalisme tardif, sans abandonner l’essence révolutionnaire de la théorie. De la même manière, dans le contexte brésilien, il est possible – et nécessaire – de développer des analyses spécifiques sur des éléments propres au capitalisme dépendant : le latifundium, la nature de la bourgeoisie nationale associée à l’impérialisme, la surexploitation de la classe ouvrière, les caractéristiques culturelles de la nation, l’héritage de la lutte des peuples autochtones et des quilombolas, entre autres éléments, sans tomber dans l’éclectisme ni faire de concessions à l’ordre bourgeois. Par principes du marxisme-léninisme, nous entendons les contributions théoriques et catégorielles de la méthode matérialiste historico-dialectique, la praxis révolutionnaire, la lutte des classes, la dictature du prolétariat, ainsi que la contribution de Lénine à l’actualisation et à l’approfondissement créatif du marxisme à travers des éléments tels que l’analyse de l’impérialisme en tant que phase supérieure du capitalisme, les questions d’organisation relatives au centralisme démocratique et la critique de l’opportunisme et du gauchisme.
Comment surmonter cette tension ?
4. Critère matérialiste : toute adaptation théorique doit partir d’une analyse rigoureuse des relations matérielles – économiques, sociales et politiques – du Brésil, et jamais d’abstractions déconnectées de la lutte des classes. L’orthodoxie de la méthode matérialiste historico-dialectique ne doit pas être confondue avec le dogmatisme et permet d’intégrer des éléments issus des avancées technologiques, scientifiques et artistiques produites par l’humanité, à condition qu’ils soient élaborés de manière critique et interprétés selon les principes mêmes du matérialisme historico-dialectique.
5. Unité dialectique entre théorie et pratique : comme indiqué ci-dessus au point 3, les contributions contemporaines ne sont valables que si elles font leurs preuves dans la pratique révolutionnaire, en renforçant l’organisation prolétarienne et la construction du pouvoir populaire.
6. Contrôle démocratique de la ligne politique : la définition de ce qu’est le « révisionnisme » ou l’« actualisation légitime » ne peut être arbitraire — elle doit émerger du débat collectif, de la critique, de l’autocritique et du lien organique avec les masses travailleuses.
7. Nous partons du principe que cet équilibre exige une vigilance théorique constante et de l’humilité pour corriger le cap, sans tomber dans un dogmatisme stérile ni dans un opportunisme pragmatique. Il s’agit d’un champ de lutte idéologique auquel il faut s’attaquer avec les outils du matérialisme historique-dialectique.
8. Les transformations actuelles de la conjoncture internationale doivent être comprises à la lumière de la crise structurelle (systémique) du capitalisme, apparue dès les années 1960, et de l’hégémonie impérialiste des États-Unis après la Seconde Guerre mondiale. Une hégémonie qui se heurte aujourd’hui à la résistance de puissances telles que la Russie et la Chine, à l’image du BRICS.
9. Tout cela se produit alors que l’impérialisme, pour surmonter les effets de la crise de 2008, a accentué les rapports de dépendance et les mécanismes d’expropriation coloniale et semi-coloniale. Ce contexte devient hautement conflictuel, car l’impérialisme américain, avec le soutien des États vassaux d’Europe, devient encore plus agressif et violent. C’est pourquoi nous devons pratiquer l’internationalisme prolétarien, en apportant notre soutien aux partis communistes et aux autres organisations de lutte, ainsi qu’aux expériences anti-impérialistes, anticoloniales et socialistes à travers le monde.
10. Si l’on considère que la loi générale de l’accumulation capitaliste conduit nécessairement au monopole, et que l’impérialisme est l’expression de la phase monopoliste du capitalisme, avec la fusion du capital bancaire et industriel (financiarisation), on en conclut qu’il est impossible de séparer la lutte anti-impérialiste de la lutte antimonopoliste, c’est-à-dire la lutte contre l’ordre établi lui-même, qui, dans le contexte brésilien, passe également par la lutte contre le latifundisme. Le capital financier, les monopoles et le latifundisme, associés à l’impérialisme, deviennent les principaux ennemis.
11. La crise politique, économique et sociale que traverse le peuple brésilien résulte de la stratégie de l’impérialisme associé à la bourgeoisie brésilienne. Le coup d’État de 2016 a cherché à accentuer le caractère hautement régressif de l’économie brésilienne, en tant que productrice de produits agricoles et minéraux bon marché destinés à l’exportation. L’industrie a été encore davantage détruite. Le filet de protection sociale et des travailleurs est en train d’être démantelé.
12. Le capital financier devient la fraction hégémonique. L’esprit de la bourgeoisie brésilienne n’est plus de stimuler quelque niveau de développement économique que ce soit, mais de s’emparer du patrimoine public en association avec le capital financier international, pour le transformer en actif financier. C’est une politique de pillage et de spoliation. Le capital financier met les autres fractions bourgeoises en interconnexion. Mais c’est le secteur financier qui domine les autres, remplissant, dans le processus d’accumulation, le rôle de concentration du capital sous sa forme monétaire. Il en résulte des frictions et des contradictions avec d’autres fractions capitalistes, telles que le capital de fonctionnement (industrie, commerce, services et agro-industrie) et le capital, en fonction de sa taille (petit et moyen). Sur le plan tactique, nous pouvons exploiter ces contradictions, étant donné que la domination du capital financier, avec sa logique parasitaire, aggrave les instruments d’exploitation des travailleurs. Mais on ne peut ignorer que dans le conflit entre les classes, surtout lorsque l’aggravation de l’exploitation des travailleurs est en jeu, la bourgeoisie dans son ensemble a tendance à former un bloc de forces contre l’ensemble de la classe ouvrière et du peuple. Ce bloc de pouvoir dominant, comme souligné précédemment, constitue notre ennemi stratégique.
13. Sur le plan de la politique institutionnelle, cela se traduit par un renforcement de tous les instruments de l’autocratie bourgeoise. Le système politique fonctionne selon un circuit encore plus fermé, hostile aux pressions populaires en faveur de plus de droits et d’égalité, lesquelles sont de plus en plus criminalisées. Des factions bourgeoises, principalement liées au capital financier et aux grands propriétaires fonciers, adoptent de plus en plus des positions fascistes.
14. La transition de l’esclavage mercantile vers le capitalisme dépendant au Brésil, par une voie non classique de révolution bourgeoise, a consolidé un modèle de modernisation conservatrice mené par une bourgeoisie indigène très compétente pour organiser en interne la domination impérialiste extérieure. Même sans résoudre la question nationale et la question démocratique selon les principes d’une révolution bourgeoise classique, le capitalisme s’est consolidé, se développe et se modernise dans le pays. Par conséquent, la résolution de ces questions ne pourra se concrétiser que contre le développement du capitalisme, en s’associant dès le départ à la stratégie de construction ininterrompue du socialisme.
15. Pour concrétiser ce processus, la propagande idéologique en faveur de l’alternative socialiste ne suffit pas, bien qu’elle soit également nécessaire ; il faut unir les revendications concrètes de la classe ouvrière et des bases populaires en formant un bloc de forces organisé en permanence, en menant la lutte matérielle, culturelle et idéologique, en donnant la priorité aux thèmes qui trouvent le plus d’écho parmi l’ensemble des exploités et des opprimés, comme, par exemple, la fin du système de travail 6×1. La lutte des masses ouvrières repose sur un triptyque comprenant la question nationale, la question démocratique et la question sociale.
16. Dans la conjoncture actuelle, il s’agit de forger l’unité démocratique nécessaire pour endiguer le fascisme, non seulement en tant que tactique électorale, mais aussi, parallèlement, de construire l’unité autour de toutes les revendications justes qui émergent des classes populaires : contre l’austérité anti-populaire, contre la réduction de l’aide BPC, contre les privatisations, contre le démantèlement des services publics, pour l’abrogation des réformes du travail et de la sécurité sociale, contre le nouveau système d’enseignement secondaire, contre le système de travail 6×1, etc. Compte tenu des pressions impérialistes qui renforcent les instruments d’expropriation coloniale et semi-coloniale et, au niveau national, les relations de dépendance, la lutte pour la souveraineté nationale totale s’impose comme fondamentale.
17. La perspective du bloc, déjà présente chez Lénine, permet de dépasser le tacticisme et de viser la construction d’instruments permanents qui, au-delà des tactiques conjoncturelles, continuent d’accumuler des forces en vue d’une stratégie de pouvoir. Dans le contexte brésilien, il s’agit de constituer un bloc prolétarien et populaire (hégémonisé par le prolétariat, mais composé également de secteurs tels que la petite bourgeoisie et la paysannerie) antimonopoliste, anti-impérialiste et anti-latifundiste.
18. La prise du pouvoir et l’expropriation des expropriateurs (nationalisation et socialisation des moyens de production fondamentaux) ne suffisent pas à vaincre le capital (qui survit sous forme nationalisée) et ne permettent pas de mettre en place immédiatement le socialisme et le communisme. Il faudra un effort historique passant par le développement et la réorientation des forces productives, par une planification démocratiquement centralisée et par une révolution culturelle et éducative qui transforme l’égalité formelle en égalité substantielle, en surmontant le capital (la domination de la loi de la valeur) en tant que relation sociale, afin d’édifier l’association des libres producteurs : le communisme.
19. Le léninisme, dans ce contexte, représente l’approfondissement et l’actualisation du marxisme, développé spécifiquement pour relever les défis imposés par la phase actuelle du système capitaliste : la phase impérialiste. Le léninisme exprime, outre ses apports théoriques, les résultats pratiques issus de la maturation du socialisme scientifique développé par Marx et Engels. Après les révolutions socialistes et anticoloniales des derniers siècles, l’étude analytique et créative de ces expériences de dictature du prolétariat et de construction du socialisme, en tenant compte des conditions concrètes de chaque pays, devient indispensable. Le léninisme, en tant que nouvelle étape du marxisme, exige cette approche pour orienter correctement la révolution et la construction socialiste dans des contextes spécifiques. Négliger cette tâche entraîne des déviations doctrinales ou révisionnistes. De même, l’affirmation du léninisme ne peut signifier l’abandon de la lecture ni un retour aux contributions philosophiques et scientifiques de Marx et d’Engels, contributions que Lénine lui-même a profondément intégrées comme fondement dans toutes ses élaborations.
Théorétisme et pragmatisme.
1. Le pragmatisme, l’activisme et le « tarefisme » conduisent à l’individualisme, nuisant au fonctionnement du centralisme démocratique, entraînant l’épuisement physique et psychologique des militants, l’isolationnisme et les déviations vers la gauche et vers la droite. Le « tarefisme » prive la LIGA COMUNISTA BRASILEIRA de la possibilité de mener des débats internes, d’élaborer des formulations politiques correspondant à la réalité de l’action de ses militants, d’effectuer une lecture juste de la conjoncture régionale et nationale et de construire collectivement des positions qui tiennent compte de la majorité des militants.
2. D’autre part, le dérive théoreticiste n’est pas moins néfaste. La théorie sans application pratique devient vide de sens, transformant l’organisation politique en un club de débats, dépourvu d’action concrète. La base théorique s’acquiert avec le temps, à travers l’étude individuelle et collective. La théorie est un outil d’interprétation de la réalité ; elle doit être au service de l’action politique et organisationnelle de la LIGA COMUNISTA BRASILEIRA.
3. La dérive théoreticiste peut également constituer un obstacle au rapprochement avec les jeunes militants, en particulier ceux qui ne possèdent pas encore un parcours politique bien établi ou qui n’ont pas, jusqu’à présent, bénéficié d’une initiation adéquate au marxisme -léninisme et aux textes fondamentaux de la LIGUE COMMUNISTE BRÉSILIENNE. À cet égard, il est fondamental que nos militants adoptent une attitude accueillante et fraternelle, en créant des espaces de dialogue accessibles et en encourageant la formation politique. De plus, il est essentiel d’accompagner de près le développement de ces nouveaux membres, en leur offrant un soutien afin qu’ils puissent s’intégrer progressivement aux études théoriques. Cela permet d’éviter que des barrières conceptuelles ne les éloignent et on renforce la cohésion entre les militants, en veillant à ce que l’apprentissage théorique soit toujours en phase avec la pratique et la construction collective.
4. Dépasser tant le théoricisme que le pragmatisme implique de comprendre ce qui est spécifique à chacune des différentes formes de réflexion et de praxis humaine, telles que la philosophie, la science et la politique. Bien sûr, en dernière instance, les deux forment une unité dans la vie quotidienne et dans l’ensemble des processus sociaux, mais l’unité n’élimine pas la différence.
5. La praxis politique, par exemple, exige davantage de concessions et de souplesse que la science, tant dans ses prises de position que dans ses formes discursives, car elle doit établir des médiations avec le niveau actuel de conscience et d’organisation des masses. Mais elle sombrera dans le pragmatisme si elle ne s’inspire pas constamment de la philosophie et de la science et si elle ne déploie pas un effort permanent de formation pour élever le niveau de conscience et d’organisation des forces populaires.
6. Il n’y a pas de marxisme-léninisme sans le contenu théorique et sans les catégories présentes dans les œuvres de Marx, Engels et Lénine. Les médiations nécessaires politiques ne peuvent signifier le rejet de la théorie dans les espaces destinés à l’approfondissement théorique.
7. De même, lorsque la philosophie et la science s’enferment dans leur tour d’ivoire et cessent d’établir des liens avec la réalité des masses, elles tombent dans l’abstraction et deviennent incapables de donner une application concrète à leurs postulats généraux, allant jusqu’à être contaminées par des conceptions du monde bourgeoises, antimaterialistes et antidialectiques.
8. Notre position peut se résumer par la maxime de Lénine : la pratique sans la théorie est aveugle, et la théorie sans la pratique ne vaut rien.
Conjoncture internationale.
1. Le scénario mondial est marqué par la domination de l’impérialisme, dont l’hégémonie économique, financière, politique, culturelle et militaire revient encore aux États-Unis. L’exercice de cette hégémonie s’effectue par le biais d’une série d’organismes contrôlés par l’impérialisme, tels que l’OTAN, le FMI et la Banque mondiale. Fondamentalement, la structure de l’impérialisme, telle que décrite par Lénine dans « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », n’a pas subi de changements substantiels.
Les grands monopoles industriels et financiers, implantés dans les pays d’Europe, au Japon et aux États-Unis, dominent l’économie mondiale. Ces monopoles concentrent, par un intense transfert de richesses, une grande partie des ressources financières, des moyens de production et des avancées technologiques.
2. Une étude récemment publiée dans la revue *Nature*¹, rapportée par l’agence Spoutnik, démontre que les échanges inégaux entre les pays impérialistes et les pays en situation semi-coloniale et de dépendance constituent la tonalité dominante des relations internationales. On observe une appropriation nette gigantesque des ressources naturelles des pays dits du Sud par les pays du Nord. En termes monétaires, ce prélèvement a représenté la somme impressionnante de 10 800 milliards de dollars en 2015, un montant suffisant pour éradiquer l’extrême pauvreté 70 fois. Entre 1990 et 2015, ce prélèvement a atteint la somme astronomique de 242 000 milliards de dollars. Les travailleurs des pays semi-coloniaux et dépendants contribuent à hauteur de 90 % au temps de travail mondial, mais ne perçoivent que 21 % du revenu mondial généré.
3. La structure hiérarchique entre les nations, mise en place dès la période coloniale, perdure. Elle se compose d’un vaste ensemble de pays présentant différents degrés de subordination à l’impérialisme, allant du semi-colonialisme à la dépendance. Ces pays sont amenés à remplir des rôles historiquement déterminés, tels que : (a) fournisseurs de matières premières agricoles et minières ; (b) destinataires d’investissements étrangers provenant des pays impérialistes, dont l’objectif est la surexploitation de la main-d’œuvre ; et (c) consommateurs de produits industriels fabriqués ou développés par les pays impérialistes. Les nations soumises à ces conditions restent ligotées et enchevêtrées sur les plans politique, militaire, culturel, économique et diplomatique par les nations impérialistes, qui utilisent un large éventail de moyens pour les maintenir les maintenir dans une situation de subordination. Parmi ces moyens, on peut citer notamment les opérations de déstabilisation interne, l’imposition de sanctions et les guerres économiques, le pillage des actifs financiers et le recours à la guerre comme moyen de renverser les gouvernements récalcitrants.
4. À la suite de la crise économique de 2008, les puissances impérialistes ont cherché à la surmonter en renforçant les instruments d’exploitation coloniale, semi-coloniale et de dépendance. La décennie 2010 est marquée par des actions impérialistes visant à semer le chaos et la déstabilisation à la périphérie du système, dans le but d’empêcher l’émergence de nouvelles puissances économiques concurrentes et de maintenir les pays dans un état semi-colonial et de dépendance. Les puissances impérialistes traditionnelles considèrent cette situation comme une menace existentielle. Ces actions ont été qualifiées de « guerres hybrides », car elles ont fait appel à divers instruments, tels que le soutien à des mobilisations « populaires » contre des gouvernements accusés de corruption, le « lawfare », la non-reconnaissance des défaites électorales de leurs candidats sous prétexte d’élections truquées, des blocus économiques visant à semer le chaos et à provoquer des explosions sociales, le vol d’actifs déposés dans des banques européennes et, lorsque cela s’avère nécessaire, une intervention militaire directe.
5. Mais les conflits de l’impérialisme ne se limitent pas à la lutte contre des pays concurrents et des nations qui souhaitent conquérir leur deuxième et définitive indépendance. L’impérialisme est confronté, en son sein même, à des scissions qui fragilisent son unité politique, diplomatique et économique. L’ascension politique de Donald Trump, avec son projet MAGA (Make America Great Again, en français « Rendre à l’Amérique sa grandeur »), met en évidence ces conflits internes. Trump représente un courant agressif aux tendances néofascistes qui, dans le contexte de la crise de l’hégémonie américaine, souhaite rompre les accords et les équilibres avec ses partenaires européens afin de rétablir la primauté nord-américaine. En plus d’exprimer les intérêts de la faction la plus agressive de l’impérialisme américain, qui va jusqu’à suggérer l’annexion du Groenland et du Canada, Trump articule un champ de forces à caractère ouvertement fasciste, ramifié à l’échelle mondiale, qui défend sans détour un programme économique ultralibéral, suprémaciste, raciste et hautement conservateur. Si, d’une part, Trump représente une menace et une aggravation de la politique impérialiste, d’autre part, son style théâtral contribue à affaiblir la légitimité de l’hégémonie américaine.
6. Dans le scénario décrit ci-dessus, l’impérialisme des États-Unis tend à devenir plus agressif à mesure que son hégémonie est contestée et que se profile à l’horizon la possibilité d’un déclin de sa domination mondiale. La tendance est à l’accentuation des processus d’expropriation, de pillage des richesses, de violation de la souveraineté des peuples et d’épuisement des ressources naturelles de la planète, ce qui conduira à une aggravation de la crise environnementale, mettant en péril l’existence même de l’humanité. Un projet véritablement socialiste et anti-impérialiste devra investir dans de nouvelles sources d’énergie moins polluantes, en recherchant des alternatives aux combustibles fossiles.
7. Malgré les caractéristiques de la politique de Trump, le Parti démocrate défend pour l’essentiel les mêmes politiques, bien que par d’autres moyens. Les gouvernements Clinton, Obama et Biden ont mené des politiques impérialistes tout aussi violentes, voire plus, que certains gouvernements républicains. Il convient de souligner le soutien direct des gouvernements Obama et Biden au mouvement néonazi ukrainien et au coup d’État connu sous le nom d’« Euromaidan » . Ils ont été à l’origine de la guerre en Syrie, ont encouragé et armé les sionistes pour qu’ils perpétrent le génocide du peuple palestinien et l’expansion fasciste du gouvernement colonial d’Israël ; ils ont joué un rôle de premier plan – avec une contribution majeure d’Hillary Clinton – dans le bombardement et le renversement du régime en Libye, et ont participé activement aux massacres au Yémen en collaboration avec l’Arabie saoudite. Nous ne pouvons oublier l’attaque contre Belgrade, en ex-Yougoslavie, qui s’inscrivait dans la stratégie visant à éliminer totalement tout vestige d’expérience socialiste ou de pays non aligné sur l’OTAN en Europe.
8. Tout cela n’a pas entamé la volonté des peuples et d’autres nations de défier la domination des anciennes puissances impérialistes. Ce défi est marqué par l’essor économique, financier et technologique de la Chine, combiné à l’émergence de puissances capitalistes régionales. Dans le cas de la Chine, le pays maintient depuis des décennies un niveau élevé de croissance économique, avec une moyenne annuelle de 6 % du PIB. Autrefois simple productrice de babioles , la Chine est devenue une grande puissance industrielle et un exportateur de produits sophistiqués. Même confrontée au boycott imposé par les États-Unis, qui interdisent aux entreprises de tous les pays de vendre à la Chine des processeurs dotés de technologie américaine, le pays maîtrise déjà la production de puces de 7 nanomètres. Actuellement, la Chine est le premier partenaire commercial de la plupart des nations du monde, en particulier en Afrique.
9. En 2020, la Chine est devenue le principal partenaire commercial de l’Union européenne, avec une part globale de 16,2 % en 2021, tandis que les États-Unis en représentaient 14,7 %. En Amérique latine, à l’exception du Mexique, la Chine est devenue le premier partenaire commercial des pays de la région. Sa position est favorisée par sa politique diplomatique, dont le principe, pour l’instant, est celui de la non-ingérence dans les affaires intérieures des pays avec lesquels elle entretient des relations commerciales. Ses partenariats commerciaux et d’investissement n’exigent ni politiques d’ajustement budgétaire ni réformes ultralibérales, contrairement au FMI et à la Banque mondiale. Cette différence fait du partenariat avec la Chine une option attrayante et une alternative pour les pays dépendants et en situation de semi-colonialisme.
10. Il convient toutefois de souligner que la structure commerciale chinoise conserve des éléments propres aux flux d’importation et d’exportation de marchandises propres à l’impérialisme : elle exporte ainsi des capitaux et des produits industriels à faible et à forte intensité technologique, et importe des produits agricoles et minéraux de base. Même face aux preuves que son développement économique tire parti des énormes disparités productives héritées de la période coloniale, l’État chinois et son Parti communiste réaffirment le caractère socialiste de leur expérience. Toutefois, il manque encore des éléments suffisants pour corroborer cette conclusion. À notre avis, la République populaire de Chine doit faire l’objet d’une étude permanente et actualisée, et qu’à ce moment historique, elle se situe dans un camp alternatif à celui représenté par le bloc impérialiste dirigé par les États-Unis. Quoi qu’il en soit, nous réaffirmons que la lutte socialiste des peuples ne peut se réduire à l’adhésion à des blocs économiques, comme si cette option conduisait automatiquement les peuples du monde vers le socialisme.
11. Notre pratique et notre cohésion reposent sur la solidarité et l’engagement politique envers la Révolution cubaine, car nous comprenons que en tant qu’expérience de victoires et de résistance, elle favorise la lutte politique latino-américaine en tant que réalité concrète pour les peuples de Notre Amérique. Nous sommes solidaires de la Révolution cubaine, de la Révolution bolivarienne, de la résistance du peuple palestinien, de la lutte du peuple sahraoui, et de tous les peuples opprimés qui résistent au néocolonialisme et à l’impérialisme ou qui subissent des persécutions ethniques et raciales ainsi que des génocides.
12. Depuis la crise de 2008, nous assistons à la montée, au sein des sociétés, d’idéologies d’extrême droite qui exercent une influence sur la classe ouvrière. Ce phénomène s’est intensifié au cours des dernières années, avec l’élection de dirigeants tels que Bolsonaro, Milei et Trump, ainsi que l’entrée de partis néofascistes européens au parlement de différents pays. Ce phénomène s’étend même à des pays orientaux, comme l’Inde de Narendra Modi, entre autres.
13. Les idéologies d’extrême droite se présentent comme une alternative antisystémique, à travers une négation partielle des éléments de l’establishment économique en place. Dans certains cas, comme en Europe, des figures de l’extrême droite s’opposent à des organismes internationaux tels que l’Union européenne et le FMI. Cependant, nous savons que la récupération et la neutralisation effective, par l’extrême droite, de thèmes qui appartiennent historiquement à la gauche, est une pratique ancienne qui remonte au fascisme classique. Dans la pratique, l’extrême droite radicalise l’exploitation et tous les aspects négatifs du capitalisme et de l’impérialisme, tels que l’exploitation, le racisme, l’homophobie, la xénophobie, le machisme, etc.
14. Dans le contexte de l’aggravation de la crise structurelle du capitalisme, des fractions de la classe bourgeoise, dans différents pays, voient dans l’extrême droite une alternative politique et économique. Ces ralliements de ces fractions de classe doivent être analysés en fonction du contexte de chaque formation sociale, mais on observe une tendance, similaire à celle des contextes d’avant la Seconde Guerre mondiale, à la formation d’une hégémonie d’extrême droite au sein des classes dominantes de certains pays.
15. Un deuxième défi majeur posé à l’hégémonie de l’impérialisme américain dans le monde se joue en Ukraine. Depuis février 2022, la Russie mène une opération militaire visant à conquérir des territoires de l’est de l’Ukraine, à majorité russophone, considérant l’expansion de l’OTAN comme une menace pour son existence. À cet égard, le gouvernement russe a également subi des pressions internes de la part de segments de la population des régions ukrainiennes du Donbass qui ne veulent plus vivre sous le joug des marionnettes installées à Kiev. Le président Vladimir Poutine a ordonné le lancement d’une opération militaire spéciale dans le but de dénazifier et de démilitariser le pays. Cependant, inscrite dans le contexte du défi lancé à l’hégémonie impérialiste des États-Unis, la guerre en Ukraine entre l’OT AN et la Russie représente un élément supplémentaire important. Une victoire militaire des troupes russes contre le gouvernement fantoche de Zelensky aggrave les contradictions de l’impérialisme hégémonique, et pourrait entraîner le passage définitif de plusieurs nations de la sphère d’influence des États-Unis vers un autre axe représenté par la Chine et la Russie. Nous comprenons que le conflit russo-ukrainien a été généré par la voracité impérialiste des États-Unis, de l’OTAN et de l’Union européenne à l’encontre de la Russie, qui utilisent l’Ukraine comme un satellite et vont jusqu’à conclure des alliances avec des néonazis ukrain et des mercenaires d’autres pays.
16. Il est important de souligner que ce conflit a été attisé par les États-Unis afin d’empêcher l’intégration énergétique entre l’Allemagne et la Russie. La mise en service du gazoduc Nord Stream 2, prévue précisément pour le milieu de l’année 2022, représentait une menace pour les intérêts américains. La Russie fournit 40 % du gaz consommé en Europe et l’Allemagne, à elle seule, en consomme la moitié. Si le Nord Stream 2 entrait en service, l’Allemagne gagnerait en compétitivité sur le marché mondial, ainsi qu’en autonomie économique et productive vis-à-vis des États-Unis. C’est pourquoi, depuis 2018, date à laquelle Trump a pris ses fonctions, la Maison Blanche a imposé des sanctions à l’encontre des entreprises et des personnes impliquées dans le projet. Le déclenchement du conflit en février 2022 a complètement paralysé ce projet d’intégration énergétique. Le 26 septembre 2022, le Nord Stream a été victime d’un acte de sabotage perpétré par les services secrets américains dans les eaux territoriales danoises et a explosé. Le fait est que la guerre en Ukraine pourrait s’étendre à l’échelle mondiale, compte tenu de la bellicosité des pays impliqués. La réponse de la Russie témoigne de son mécontentement face aux visées expansionnistes de l’OTAN.
17. Un troisième défi lancé à l’impérialisme, conséquence de l’émergence de puissances économiques régionales, a été la création des BRICS. Autrefois composés du Brésil, de la Russie, de l’Inde, de la Chine et de l’Afrique du Sud, leur dernière réunion en août 2023 a intégré cinq pays supplémentaires : l’Argentine, l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. À des degrés divers, ces nations entendent renégocier leurs rôles traditionnels dans la division internationale du travail, aujourd’hui en opposition flagrante à l’impérialisme. Le succès de ce projet exige la défense d’un programme multipolaire opposé à l’unilatéralisme nord- -américain et européen. Pour atteindre leurs objectifs et devenir une alternative à l’impérialisme nord-américain, les pays du BRICS entendent intégrer de nouveaux pays, fonder une banque destinée à financer des projets de développement et créer une monnaie de référence dans le commerce mondial qui remplacera le dollar. Du point de vue du contrôle des réserves minérales, les pays du BRICS concentrent 72 % des minerais de terres rares, 75 % du manganèse, 42 % des réserves de pétrole, 50 % du graphite et 28 % du nickel. À elles toutes, les 11 nations actuelles du BRICS représentent 46 % de la population mondiale et 35 % du PIB. Le BRICS incarne l’effort conjoint de nations périphériques et dépendantes visant à renégocier les termes de cette dépendance et à obtenir des conditions plus favorables dans les échanges internationaux avec les pays impérialistes. Même sans poursuivre d’objectifs socialistes, cette volonté d’atteindre un plus grand degré d’indépendance vis-à-vis de l’impérialisme exacerbe les tensions politiques à travers le monde. Ce conflit des peuples des pays subordonnés, qui cherchent à obtenir leur deuxième et définitive indépendance, se heurte à l’intransigeance de l’impérialisme, qui refuse de remettre en cause les termes absolument inégaux de sa relation avec les pays périphériques, dépendants et semi-coloniaux. En remettant en cause les conditions d’échange et d’accès aux investissements, les luttes actuelles des peuples subordonnés contre l’impérialisme peuvent ouvrir des voies politiques vers un projet socialiste. Notre champ d’action en matière de soutien et de résistance politique se situe de préférence dans les pays périphériques et auprès des peuples en lutte. Et nous comprenons le rôle tactique des BRICS en tant que mouvement qui, bien qu’il ne constitue pas un bloc social , s’inscrit dans le champ des pays périphériques qui recherchent des alternatives pour surmonter historiquement leur dépendance exclusive vis-à-vis du bloc dirigé par les États-Unis et de l’ancien colonialisme représenté par l’Union européenne. Les positions mécaniques qui considèrent la Russie et la Chine comme des pays impérialistes sont erronées. Malgré leurs complexités et leurs contradictions, ces pays se situent dans un camp qui ne peut être considéré comme impérialiste à ce moment historique.
18. Dans le contexte de la lutte des peuples contre la domination impérialiste, il convient de souligner les rébellions militaires bénéficiant d’un fort soutien populaire qui, telle une mèche d’allumette, ont secoué les anciennes colonies françaises d’Afrique. Des pays comme le Burkina-Faso, le Mali et le Niger, dont les processus d’indépendance les ont maintenus liés à la France par des mécanismes financiers et commerciaux de nature néocoloniale, sont le théâtre de luttes populaires contre le maintien de cette domination. On peut citer ici les cas du Burkina-Faso, dont le jeune dirigeant Ibrahim Traoré formule dans ses discours une critique virulente du néocolonialisme, ainsi que celui du Niger, ancienne colonie française encore liée à son ancienne métropole par les mailles financières du néocolonialisme et principal fournisseur d’uranium de la France. Toutes les mines d’uranium du Niger sont contrôlées en totalité ou en partie par des entreprises à capitaux français, dont la plus importante est Orano. Alors que l’uranium nigérien assure à Paris le titre de « Ville Lumière » et permet à la France d’exporter de l’énergie vers d’autres pays européens dépourvus de centrales nucléaires, 90 % de la population de ce pays africain vit dans l’obscurité, sans accès à l’électricité. Paris réagit à ces mouvements par des menaces d’intervention militaire, pas nécessairement de manière directe avec ses propres troupes sur le terrain, mais en donnant carte blanche à des pays de la région pour qu’ils fassent le sale boulot, comme le Nigeria et la Côte d’Ivoire. Conformément au principe marxiste-léniniste de défense de l’autodétermination des peuples, même si l’issue de ces luttes est incertaine, nous devons les soutenir sans hésitation.
19. C’est dans ce contexte marqué par de profonds bouleversements de l’ordre international que le conflit en Palestine éclate. Le 7 octobre 2023, des commandos de la résistance nationale palestinienne sont sortis de Gaza et ont avancé sur le territoire palestinien illégalement occupé par Israël pour attaquer des installations militaires et capturer des soldats et des officiers, exigeant en échange la libération de prisonniers palestiniens. L’attaque a été d’une telle ampleur qu’elle a pris l’armée israélienne par surprise et a causé la mort de plus d’un millier d’Israéliens . Depuis lors, la riposte de l’État d’Israël s’est caractérisée par une brutalité sans précédent. Soumise à des bombardements quotidiens, y compris sur des écoles et des hôpitaux, Gaza compte déjà plus de 60 000 morts, dont un tiers d’enfants. Le massacre des Palestiniens, sous le prétexte cynique selon lequel Israël a le droit de se défendre, est soutenu par les gouvernements des pays impérialistes et par les classes dirigeantes arabes. Comme la cause palestinienne bénéficie d’un large soutien parmi les masses populaires des pays arabes, leurs élites économiques et politiques craignent que les manifestations populaires en faveur des Palestiniens ne débouchent sur une grande révolte populaire. C’est pourquoi, compte tenu de l’ampleur du massacre perpétré par Israël contre Gaza, les élites arabes se contentent de critiques et de protestations inoffensives, en espérant que l’attaque israélienne prenne fin rapidement et que la paix sociale règne à nouveau. Le peuple palestinien bénéficie, dans sa lutte, sur un soutien important de la part des peuples du monde entier, à commencer par le Hezbollah au Liban et les Houthis au Yémen, qui ne peuvent compter que sur quelques gouvernements déterminés à les soutenir, comme c’est le cas de l’Iran. Mais l’ampleur du massacre perpétré par l’État sioniste et terroriste d’Israël a suscité la sympathie mondiale pour la cause palestinienne. Dans des villes comme Londres, malgré les menaces d’interdiction de la part du gouvernement, des mobilisations rassemblant près d’un million de personnes ont été enregistrées. Dans la conjoncture actuelle, l’avenir de la lutte des classes mondiale se joue à Gaza. Une défaite politique et/ou militaire d’Israël et des pays impérialistes de la région aggrave les contradictions avec l’impérialisme, créant des conditions plus favorables à la lutte des peuples et de la classe ouvrière dans le monde entier. C’est pourquoi l’impérialisme et son enclave sioniste dans la région sont déterminés à massacrer Gaza pour empêcher la victoire du peuple palestinien.
20. Le scénario latino-américain, quant à lui, est des plus incertains. Au début du XXIe siècle, la région incarnait les espoirs mondiaux de dépasser le régime d’accumulation capitaliste de type néolibéral. Cependant, les impasses et les contradictions du soi-disant progressisme, confronté à d’immenses difficultés pour évoluer vers un projet révolutionnaire d’orientation socialiste, ont provoqué d’énormes reculs. Ces difficultés provenaient des limites politiques et idéologiques mêmes du soi-disant progressisme. Une fois la vague du « progressisme » terminée, qui reposait sur une croissance économique dépendante des exportations de matières premières, les contradictions non résolues ont alimenté le mécontentement populaire, récupéré par des forces conservatrices d’obédience libérale-fasciste. L’illusion selon laquelle nous serions entrés dans une période historique de normalité démocratique – alors que notre région avait été marquée par des dictatures sanglantes – s’est effondrée. Les classes dominantes latino-américaines, soucieuses de mettre en œuvre un ajustement ultralibéral en profondeur pour préserver leurs intérêts, ont plongé nos peuples dans un nouveau contexte d’instabilité sociale et politique, et les coups d’État sont redevenus monnaie courante dans nos pays. Contrairement aux coups d’État du passé, qui recouraient classiquement à la force militaire, les coups d’État actuels recourent certes encore aux forces armées, mais font également appel à d’autres acteurs institutionnels, tels que le parlement et le pouvoir judiciaire, tant pour destituer des gouvernements légitimement élus que pour empêcher des candidatures qui ne s’alignent pas pleinement sur le projet d’ajustement ultralibéral. Le résultat de cette politique a entraîné une détérioration si violente du tissu social, une désorganisation politique et idéologique si grande des classes sociales, en particulier des masses travailleuses, que des aventuriers politiques représentant des factions marginales, au sens littéral et figuré du terme, de la bourgeoisie latino-américaine – comme Milei en Argentine, Noboa en Équateur, Bukele au Salvador et Bolsonaro au Brésil, ont remporté des victoires électorales qui valident l’approfondissement des politiques d’ajustement ultralibéral.
21. Dans ce contexte, la classe ouvrière à travers le monde se trouve dispersée, désorganisée et sur la défensive. Nous sommes encore confrontés aux répercussions de la fin du bloc socialiste en Europe de l’Est et de la chute de l’Union soviétique. Avec la disparition du camp socialiste, les masses travailleuses du monde entier ont perdu un repère et un soutien important pour leurs luttes de libération nationale, ainsi qu’une plateforme de soutien financier et technique capable de favoriser un développement économique indépendant de l’impérialisme. En l’absence d’une perspective socialiste à l’horizon, la tendance mondiale des luttes populaires a été de s’aligner sur des projets qui, bien souvent, ne proposent même pas de rompre avec le modèle capitaliste d’accumulation, mais seulement d’atténuer les effets les plus pervers du néolibéralisme. Les répercussions de cette débâcle du camp socialiste ont été durement ressenties au sein du mouvement communiste. À l’exception de quelques expériences nationales, la plupart des communistes se trouvent politiquement affaiblis, divisés, et rares sont les pays capitalistes dans le monde où les communistes exercent une influence significative au sein du mouvement de masse.
22. La grande tâche des communistes dans la période historique actuelle est la lutte pour retrouver leur place de principale expression politique et organisationnelle des masses travailleuses. Cet objectif sera atteint grâce à une immersion des communistes dans le mouvement de masse, en l’aidant et en participant à ses luttes les plus fondamentales, ce qui nous permettra, par notre exemple d’engagement et de combativité en faveur des intérêts immédiats et historiques de la classe ouvrière, de redevenir le segment le plus avancé de la classe ouvrière et des peuples opprimés et exploités du monde.
Conjoncture nationale.
1. Le scénario brésilien actuel se caractérise, de manière déterminante et structurelle, par le choix des fractions les plus financiarisées et internationalisées de la bourgeoisie nationale – que nous appellerons désormais la « fraction hégémonique » – d’approfondir le caractère dépendant du capitalisme brésilien. Concrètement, cela revient à : (1) faire pivoter l’axe de l’accumulation du capital autour de la financiarisation de l’économie et de l’agro-minerie d’exportation ; (2) reléguer la production industrielle à une position marginale ; (3) d’accentuer la subordination du Brésil à l’impérialisme par l’élimination de tout vestige de souveraineté nationale (économique, politique, diplomatique, monétaire, industrielle, alimentaire, militaire, scientifique et technologique) ; (4) accentuer les niveaux de surexploitation des travailleurs par la prolifération de formes de travail informelles et précaires, avec la destruction de toute législation protégeant le travail, la prévoyance et la sécurité sociale. Nous sommes donc confrontés à une régression politico-économico-sociale sans précédent dans notre histoire.
2. La politique de la grande bourgeoisie nationale, associée au capital financier international, consiste à piller et à saccager, par le biais de privatisations et de partenariats public-privé, les richesses naturelles et le patrimoine public. Les factions politiques bourgeoises se disputent entre elles pour savoir qui tirera le meilleur parti de cette politique d’assaut contre la richesse nationale. En mettant en œuvre son projet qui aggrave la dépendance structurelle, la bourgeoisie brésilienne non seulement réaffirme le caractère soumis de notre économie, mais elle renforce également la subordination politique, faisant du Brésil une périphérie de plus en plus vulnérable aux intérêts impérialistes.
3. La désindustrialisation et la « reprimarisation » de l’économie relèguent une grande partie des travailleurs brésiliens en marge du secteur formel. Le capitalisme dépendant brésilien, depuis sa formation, a toujours eu besoin d’un secteur en marge du système de travail pour maintenir ses niveaux de surexploitation et de compression salariale. Ce secteur marginalisé est constitué, dans les villes comme à la campagne, des descendants d’esclaves, qui, par le biais du racisme, sont exclus du régime de travail formel. Dans le contexte actuel de désindustrialisation, cette situation s’aggrave et ouvre la voie à des entreprises telles qu’Ifood et Uber, qui appartiennent à la dernière étape du développement technologique du capital, pour exploiter de manière prédatrice la main-d’œuvre précarisée de ces secteurs, sans réglementation ni limites du temps de travail. Au cœur de la lutte des classes au Brésil, ces secteurs s’organisent différemment de l’organisation syndicale traditionnelle. Parallèlement, des revendications qui ne sont pas directement liées à la lutte pour les droits du travail ont gagné en visibilité, non seulement au Brésil, mais dans le monde entier. Cependant, ces mouvements en sont encore à un stade de fragmentation, ce qui nous confronte au défi de les étudier et de comprendre leurs limites et leurs possibilités, dans le but de dépasser, d’une part, l’universalisme abstrait, et d’autre part, les particularismes repliés sur eux-mêmes.
4. La conjoncture post-coup d’État de 2016 met encore davantage en évidence que la soi-disant « Nouvelle République » s’est instituée en recyclant les mécanismes de l’autocratie bourgeoise, combinés à des éléments de démocratie de cooptation, formant ainsi un modèle de démocratie restreinte. Dans ce circuit fermé, la démocratie de cooptation offre peu de flexibilité, car la bourgeoisie locale dépendante, bien que compétente pour organiser en interne la domination impérialiste extérieure, dispose d’une marge de manœuvre réduite et a peu à céder aux couches populaires. La tutelle militaire, bien qu’avec des nuances, perdure, et le recours à des actions arbitraires et putschistes reste à l’ordre du jour pour une grande partie du bloc de pouvoir dominant.
5. La surexploitation est un produit direct du capitalisme dépendant. Pour répondre aux exigences de l’accumulation du capital, tant de la part des classes dominantes locales que de l’impérialisme, on assiste à une véritable expropriation des droits des masses travailleuses. Le versement de salaires inférieurs au minimum nécessaire est le moyen que trouve le capital, dans une économie comme celle du Brésil, pour garantir la suraccumulation du capital. Un peu plus de 67 % des travailleurs brésiliens gagnent jusqu’à deux salaires minimums nominaux, ce qui correspond actuellement à 3 036,00 R$. Or, le salaire minimum nécessaire calculé par le DIEESE devrait s’élever, en décembre 2024, à 7 067,68 R$. Cette réalité reflète la condition historique de dépendance du Brésil, d’abord sous l’exploitation coloniale, puis sous la prédominance de relations capitalistes soumises aux dynamiques des puissances impérialistes, qui perpétuent des formes de surexploitation du travail.
6. La politique de pillage et de spoliation de la richesse nationale encourage la lutte entre différentes factions de la classe dominante pour des intérêts exclusifs. L’autocratie bourgeoise atteint des niveaux élevés et, en cessant de considérer le pays comme un tout intégré, des tendances désorganisées de la part de certains secteurs de la bourgeoisie, menaçant l’intégrité territoriale brésilienne. Le Brésil en vient à être traité comme un territoire susceptible d’être dominé par des groupes d’intérêt, chacun recherchant son profit particulier sans aucun engagement envers l’unité nationale, que ce soit en termes de territoire, de culture ou d’identité.
7. Le latifundium, qui prend aujourd’hui la forme de l’agro-industrie, axé principalement sur l’exportation, fonctionne selon une logique de dévastation environnementale, sans tenir compte des impacts destructeurs de son action prédatrice sur le reste du pays. Les catastrophes environnementales, telles que les pluies torrentielles et les vagues de chaleur extrême, comptent parmi les effets les plus durement ressentis par la population. Avec une production agricole fondée sur le latifundium monoculturel d’exportation, nous assistons à des vagues d’inflation des prix des denrées alimentaires, dont les prix sont fixés par les grands monopoles de l’agro-industrie et par les capitaux financiers internationaux. Cette production nécessite d’énormes ressources de financement public via le Plan Safra, qui a atteint 400 milliards de réaux en 2024, tout en empiétant sur des zones de préservation environnementale et des terres occupées par les peuples autochtones, les quilombolas, les riverains, les petits agriculteurs et les sans-terre. Sans compter les dénonciations constantes d’exploitation par le travail assimilable à l’esclavage.
8. Ces exemples démontrent que la grande bourgeoisie brésilienne, entièrement intégrée au système financier international, a abandonné toute prétention à un projet national minimalement souverain, autonome et réformiste. Le projet en cours, justifié par un discours ultralibéral, vise à faciliter le pillage et la spoliation des richesses nationales par différentes factions bourgeoises, par le biais de privatisations et d’autres mécanismes. La bourgeoisie cherche à garantir ses super-privilèges, caractéristique marquante du capitalisme dépendant, et n’hésitera pas à sacrifier la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale du pays pour assurer son accumulation de capital.
9. Les attaques menées pour aggraver la surexploitation ne font pas de distinction entre les couleurs politiques. Elles ont commencé lors du premier mandat de Lula avec la réforme des retraites, se sont poursuivies sous le deuxième mandat de Dilma, se sont intensifiées sous Temer, ont été étendues par Bolsonaro et se poursuivent sous l’actuel gouvernement Lula, dont l’engagement envers le capital financier lui a fait oublier sa promesse d’abroger les réformes du travail et de la sécurité sociale, en plus de se plier au programme de réformes régressives du grand capital. Cela se traduit par l’imposition d’une politique d’austérité en matière d’augmentation du salaire minimum et par la réduction des prestations sociales. Sous tous ces gouvernements, le peuple n’a cessé de lutter. Contrairement à l’idée, très répandue à gauche, d’une prétendue apathie du mouvement populaire, c’est justement le contraire que l’on observe ces dernières années. Le programme ultra-régressif des gouvernements successifs a stimulé les luttes. Depuis 2013, nous avons assisté à une succession de mobilisations de masse, dont beaucoup ont été organisées en marge des grands appareils syndicaux et populaires, aujourd’hui minés de l’intérieur. Nous avons connu les révoltes populaires de juin 2013 (contradictoires), la grève générale d’avril 2017, l’occupation des écoles publiques menée par les lycéens, la grève des routiers, les mobilisations de mai 2019 contre la réforme universitaire de Bolsonaro, les manifestations « Fora Bolsonaro » en pleine pandémie en 2021, et la grève des enseignants des universités et des instituts fédéraux en 2024. De plus, nous constatons une augmentation significative du nombre de grèves dans tout le pays : 900 en 2012, environ 2 000 en 2013, 2 093 en 2016, 1 566 en 2017, 1 453 en 2018 et 1 118 en 2019. En 2020, déjà sous l’effet de la pandémie, 649 grèves ont été recensées, un chiffre qui est passé à 721 en 2021, a bondi à 1 067 en 2022 et a atteint 1 132 grèves en 2023.
10. Cependant, les luttes de cette période n’ont pas réussi à transformer le mécontentement populaire en un projet politique plus avancé. Les raisons sont diverses et complexes. Il convient tout d’abord de souligner la démoralisation des forces traditionnelles de la gauche brésilienne, engagées depuis une décennie à jouer le rôle de gestionnaires du régime d’accumulation néolibéral. Ce rôle découle de l’affaiblissement de la perspective révolutionnaire parmi les masses ouvrières à travers le monde, effet qui perdure depuis la débâcle du camp socialiste, les rendant prisonnières du réformisme social-démocrate. Ce réformisme s’est encore davantage orienté vers le centre de l’échiquier politique, se positionnant pratiquement comme l’aile gauche du centre libéral. Dans la pratique, la gauche institutionnelle a cessé d’être une force réformiste de la classe ouvrière pour devenir la gestionnaire de l’ordre économique et politique bourgeois au sein du régime d’accumulation néolibéral. Lorsqu’elle accède au gouvernement, elle pratique un réformisme sans réformes.
11. Au Brésil, cette situation s’est reproduite car les forces hégémoniques de la gauche nationale, étant pleinement intégrées à l’ordre bourgeois, sont incapables de se présenter comme une alternative politique d’avant-garde aux masses ouvrières. Elles exercent néanmoins un contrôle sur le mouvement de masse par le biais d’un appareil bureaucratique qui ne s’intéresse qu’à sa propre reproduction. L’absence de perspective révolutionnaire parmi les masses travailleuses, conjuguée au contrôle bureaucratique des organisations populaires, a compliqué la tâche des organisations du camp révolutionnaire — en particulier des communistes — pour se présenter comme une alternative politique. De plus, le camp communiste au Brésil rencontre des difficultés à s’ancrer organiquement au sein des masses travailleuses, en raison de son incapacité à établir des liens tactiques avec la lutte concrète du peuple. Dans ce contexte, le mécontentement populaire, tant à l’égard de la gauche institutionnelle que des représentations traditionnelles de la bourgeoisie, a été récupéré sur le plan électoral par le proto-fascisme et sa démagogie antisystémique.
12. Le caractère ultra-régressif du programme d’ajustement ultralibéral a entraîné, partout dans le monde, la démoralisation des forces politiques partisanes dont le programme converge vers le centre de l’échiquier politique. Ce centre est composé de forces politico-sociales défendant l’ordre bourgeois libéral-démocratique et l’impérialisme tel qu’il est structuré actuellement, dominé par les grands monopoles industrialo-financiers. Il se divise entre deux options politiques partisanes qui s’alternent au gouvernement : le libéralisme et la -démocratie. Aucune de ces alternatives ne répond aux attentes des grandes masses travailleuses, qui aspirent à surmonter les inégalités sociales, la concentration des revenus et le démantèlement de l’État-providence. Toutes deux, avec des variations de plus en plus insignifiantes, suivent le programme ultralibéral du grand capital financier. Leurs différences résident dans la manière de gérer la barbarie engendrée par le système impérialiste : la -démocratie cherche à le faire de manière plus « humaine » et modérée, tandis que la droite et l’extrême droite s’y prennent de manière plus brutale et socialement insensible. Tel est le dilemme auquel le Brésil est confronté avec le troisième mandat de Lula. Son gouvernement se maintient sur la fine ligne qui consiste à gérer de manière plus humaine la mise en œuvre du programme ultralibéral, sans aucune perspective de s’opposer aux intérêts du grand capital. Dans la pratique, il s’agit d’une recherche permanente de conciliation, qui n’est rien d’autre qu’un accord sur la manière dont le programme de contre-réformes sera mis en œuvre.
13. Le privilège accordé aux intérêts de la bourgeoisie a protégé l’État des pressions populaires, ce qui constitue la principale cause de la profonde insatisfaction des masses travailleuses à travers le monde vis-à-vis du système politique et des forces politiques partisanes du centre de l’échiquier politique. Ces forces sont perçues par les masses, généralement de manière dépolitisée et sous un angle conservateur, comme des rouages au service du grand capital. Les forces révolutionnaires sont encore trop faibles pour se présenter comme une alternative aux masses travailleuses, en partie à cause des répercussions politico-idéologiques de la débâcle du camp socialiste. En conséquence, la perspective révolutionnaire et socialiste s’estompe au sein des grandes masses populaires, ce qui réduit leur horizon politique au réformisme. À cela s’ajoute la force idéologique du capital, soutenue par ses divers appareils de propagande, qui façonnent les consciences et fabriquent des consensus. En fin de compte, il ne reste aux masses travailleuses que la possibilité de choisir une alternative sociale -démocratique.
14. La social-démocratie, en tant qu’appareil idéologique de l’État bourgeois, agit pour neutraliser, depuis l’intérieur même de la classe ouvrière, l’adhésion populaire aux alternatives révolutionnaires. Son rôle est de circonscrire la lutte populaire à une perspective réformiste. Cependant, l’aggravation de l’ajustement ultralibéral, y compris lorsqu’il est appliqué par la social-démocratie elle-même — souvent avec plus d’efficacité que les gouvernements bourgeois purs et durs —, associé aux difficultés des communistes à gagner le soutien populaire, crée un vide dans la représentation des intérêts des masses travailleuses. Ce vide a été comblé par des forces politiques partisanes d’apparence antisystémique, conservatrice et antilibérale, culturellement réactionnaires et, dans certains cas, d’inspiration clairement fasciste. Ces forces gagnent du terrain sur le plan électoral, en ralliant à leur cause des secteurs de plus en plus mécontents de la classe ouvrière, qui rejettent tant la droite traditionnelle que le réformisme social-démocrate, perçus comme de simples gestionnaires des intérêts du grand capital au détriment des intérêts populaires. L’idéologie socio- -démocrate et réformiste vise à neutraliser l’adhésion populaire aux alternatives révolutionnaires ; cette position défend la possibilité d’une conciliation entre les intérêts des travailleurs et ceux du capital, ce qui est une pure fallacie, car ces intérêts sont inconciliables. Les groupes politiques qui reproduisent cette idéologie cherchent à justifier leur légitimité en agissant au sein même de la classe ouvrière et en formulant certaines politiques qui profitent à la population, tout en continuant à orienter la quasi-totalité des politiques et des ressources de l’État vers les intérêts du grand capital.
15. Analyser la classe ouvrière uniquement en tant que concept sociologique peut nous conduire à des erreurs d’analyse de nature économiste. Imaginer l’existence d’une classe ouvrière à l’état pur, avec la prétention d’en devenir le porte-parole le plus authentique, revient à la réduire à une lutte économique propre à la société bourgeoise. La conscience de la classe ouvrière n’existe pas à l’état pur, mais elle est médiatisée par des appareils idéologiques et résulte des conditions concrètes dans lesquelles se déroule la lutte des classes. Ainsi, pour que la conscience des masses ouvrières devienne critique et révolutionnaire, il faut construire un acteur politique d’avant-garde capable d’élaborer, aux côtés de la classe ouvrière et de ses luttes, une interprétation de la réalité et une vision d’avenir, en les orientant, dans le contexte actuel, vers la lutte pour la conquête du pouvoir comme condition des transformations révolutionnaires.
16. Il faut donc prendre en compte la formation de cette conscience dans les conditions propres à la classe ouvrière d’un pays au capitalisme dépendant. Dans ce cas, les masses ouvrières se trouvent confrontées à la tâche de construire leur identité de classe en lien avec leur identité de peuple. Cela s’explique par le fait que, dans les conditions du capitalisme dépendant, les masses travailleuses sont contraintes d’assumer une double tâche concomitante : se libérer de leur condition de classe spoliée et dominée, en vue de surmonter le capitalisme, tout en menant le mouvement visant à libérer le pays de sa condition subalterne vis-à-vis des puissances impérialistes, en mettant un terme à l’hémorragie que représente l’extraction de la plus-value destinée à alimenter l’accum de capitaux à l’étranger.
17. Contrairement au socialisme réformiste, les communistes ne se battent pas uniquement pour mettre fin aux inégalités sociales. Notre lutte fondamentale, en nous adaptant à la réalité d’un pays capitaliste dépendant comme le Brésil, vise à mettre fin à l’exploitation de l’homme par l’homme. L’inégalité sociale, dont les principaux indicateurs se manifestent dans les niveaux de concentration des revenus et de la propriété, est la manifestation visible de l’exploitation du travail par le capital. Dans l’immédiat, les communistes participent à la lutte contre les effets dévastateurs provoqués par les inégalités. Cependant, contrairement aux socialistes et aux socialistes réformistes, aux sociaux-démocrates et même à certains secteurs réformistes bourgeois, nous ne limitons pas notre lutte à une meilleure répartition des revenus. C’est là notre point de départ, mais l’objectif stratégique est de dépasser le capitalisme, en éliminant la propriété privée des moyens de production et l’exploitation de l’homme par l’homme, afin d’éradiquer toutes les formes d’inégalité.
18. Pour cela, un parti des masses travailleuses, dans la conjoncture actuelle et en vue de la conquête du pouvoir politique, doit être capable d’organiser la conscience de classe à un niveau supérieur, sans négliger les spécificités de la réalité brésilienne. Cela implique de se concentrer, dans la conjoncture actuelle, sur trois tâches fondamentales : la question nationale, pour la défense la plus complète de la souveraineté du Brésil dans toutes ses dimensions ; la question sociale, pour la défense des intérêts matériels les plus immédiats des masses travailleuses, en mettant l’accent sur la nécessité d’améliorer leurs conditions de vie ; et la question démocratique, qui implique tant la lutte pour la défense des libertés démocratiques contre les menaces que représentent l’extrême droite et le fascisme, que la conquête d’une nouvelle démocratie capable d’anéantir l’autocratie bourgeoise et d’ouvrir la voie à un véritable pouvoir populaire et ouvrier dans le pays.
19. En conséquence de ce qui précède, il faut combattre les illusions politiques encore présentes au sein des masses travailleuses, car celles-ci constituent un puissant frein à leur mobilisation. Le dépassement de ces illusions ne viendra pas d’une position sectaire ni d’une dénonciation verbale. Il sera obtenu grâce à une action pratique cohérente et combative des communistes, parfois même au sein d’alliances tactiques avec d’autres forces politiques de gauche, grâce auxquelles nous nous présenterons aux grandes masses travailleuses comme la force la plus cohérente et la plus perspicace pour diriger la lutte.
20. L’implication active des communistes de la LIGA COMUNISTA BRASILEIRA dans les luttes pour les intérêts immédiats du peuple sur nos lieux d’études, de travail et de logement exige également des articulations plus larges, au sein desquelles nous puissions débattre d’un projet des masses travailleuses pour le pays. Nous nous inscrivons dans ce contexte dans le but d’encourager le peuple à faire confiance, avant tout, à sa propre force et à sa capacité d’organisation. Seule la lutte organisée est capable d’apporter les réponses nécessaires pour surmonter la situation actuelle. Deuxièmement, nous nous engageons dans le but de défendre ouvertement l’idée que la sortie de cette crise passe par de profondes transformations nationales, sociales et démocratiques, toutes axées sur les aspirations les plus profondes des grandes masses travailleuses. Dans la conjoncture actuelle, l’insoutenabilité d’un réformisme faible, fondé sur des politiques compensatoires de gestion de la pauvreté, préconisées par des organismes internationaux tels que le FMI et la Banque mondiale dans leur stratégie visant à maintenir les pays sous la coupe de l’impérialisme et à éloigner les classes ouvrières d’une véritable solution. Pour surmonter le capitalisme dépendant, principal obstacle au développement du Brésil et de son peuple, il faut un processus révolutionnaire capable de placer le pouvoir de l’État entre les mains des masses travailleuses organisées. Cette révolution prépare les conditions nécessaires à l’instauration du socialisme. La nécessité d’une révolution pour surmonter les contradictions engendrées et reproduites par le capitalisme dépendant n’exclut pas la mission des communistes de participer activement aux luttes immédiates.
21. Dans le contexte actuel, le programme des communistes doit englober, de manière articulée, les tâches démocratiques, sociales et nationales qui intéressent les grandes masses travailleuses du pays. Pour cela, nous proposons :
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a. Tout le pouvoir aux masses travailleuses – Le point essentiel du socialisme réside dans l’établissement de la classe ouvrière en tant que classe dominante. La fonction du parti d’avant-garde, outre mener la lutte idéologique pour élargir le sens critique des masses travailleuses quant aux intérêts en jeu dans une conjoncture donnée et anticiper les scénarios politiques afin d’élever leur niveau de conscience de la conscience bourgeoise et individualiste à la conscience de classe, consiste à encourager et à orienter leur préparation et leur organisation en vue de la prise du pouvoir. Cependant, cette condition ne résulte pas de la volonté du parti d’avant-garde, mais de conditions objectives et subjectives déterminées par la situation révolutionnaire, issues de l’exacerbation des contradictions d’une formation sociale donnée, dans laquelle les classes dominantes ne peuvent plus gouverner comme auparavant, et les classes dominées ne veulent plus vivre comme elles vivaient auparavant, en menant des actions politiques d’une telle ampleur qu’elles conduisent à la paralysie et à la neutralisation des instruments répressifs de l’État bourgeois. Détenir le pouvoir d’État signifie, fondamentalement, contrôler les appareils répressifs et détenir le monopole légitime de la violence, en plus de disposer d’un appareil bureaucratique chargé d’exécuter les décisions émanant de la classe sociale dominante. L’histoire de la lutte pour le pouvoir menée par les masses travailleuses a montré la nécessité de construire un nouvel État adapté à leurs fins et à leurs intérêts. L’État bourgeois est donc inapte à cette tâche. Il appartient aux masses travailleuses brésiliennes, en tirant parti de l’expérience historique d’autres pays, de construire un nouvel État qui élimine l’autocratie bourgeoise et instaure, pour la première fois de notre histoire, une nouvelle démocratie au service des majorités, en créant les instruments nécessaires à la pleine expression de leurs intérêts.
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b. Une fois le pouvoir d’État entre leurs mains, engager un processus de changements et de transformations radicales dans les structures économiques du pays. Le cœur de ce changement consiste à surmonter la condition de dépendance et à mettre en œuvre une politique orientée vers la conquête de la souveraineté nationale la plus complète (économique, militaire, technologique, alimentaire, industrielle, etc.), en vue de créer une dynamique économique destinée à répondre en priorité aux intérêts des masses travailleuses. Cela inclut la réduction drastique de l’extrême pauvreté et de la pauvreté, ainsi que la mise en œuvre de politiques visant à surmonter les contradictions sociales, régionales, ethniques et de genre. Pour atteindre ces objectifs, un vaste programme de réformes structurelles et de développement économique national sera nécessaire.
Stratégie et tactique.
1. Notre tactique générale doit être subordonnée à l’objectif stratégique de construction de la révolution socialiste. Dans le cadre de cette tactique générale, il est toujours nécessaire d’élaborer un ensemble de tactiques spécifiques à chaque situation politique et conjoncturelle. Ces différentes tactiques peuvent et doivent être flexibles, car elles doivent prendre en compte la réalité objective, le rapport de forces à chaque instant et le niveau de conscience des masses exploitées et opprimées. La voie à suivre n’est ni la stratégie nationale -libératrice ou démocratique-bourgeoise, ni le « socialisme tout de suite » dans l’abstrait, mais une stratégie socialiste adaptée aux particularités brésiliennes. Une stratégie socialiste qui englobe en son sein les questions nationale, démocratique et sociale. Les tâches nationales et démocratiques non accomplies par la bourgeoisie acquièrent, dans notre cas, un contenu prolétarien et populaire et s’inscrivent dans l’accumulation des forces au service de la stratégie socialiste.
2. En partant de la conception léniniste du bloc, cette accumulation de forces ne pourra avoir lieu qu’avec la constitution d’un bloc des forces prolétariennes et populaires – hégémonisé par le prolétariat, mais composé également de secteurs tels que la petite bourgeoisie urbaine et la paysannerie – antimonopoliste, anti-impérialiste et anti-latifundiaire. Le bloc est à la fois matériel (classes sociales, forces effectives, etc.) et idéologique (culturel, etc.), c’est-à-dire qu’il cherche à construire d’autres institutions et une autre idéologie, une autre conception du monde, un autre projet historique. C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous contenter de suivre les secteurs prétendument démocratiques de la classe dominante qui, dans la conjoncture actuelle, font quelque peu contrepoids à l’extrême droite. Il ne s’agit pas de nier l’unité démocratique conjoncturelle nécessaire pour vaincre le fascisme, mais de comprendre que, parallèlement, nous devons continuer sans relâche à construire nos propres instruments et notre propre projet.
4. Le bloc est permanent, il ne doit pas être confondu avec une coalition électorale et il n’existe pas de recette toute faite pour son expression politique : il peut s’agir d’un front, d’un mouvement, d’un parti, de plusieurs partis, etc. C’est le processus même de constitution historique du bloc qui en définira l’expression politique. Il appartient à la LIGA COMUNISTA BRASILEIRA de contribuer à la consolidation de ce processus.
5. En termes marxistes, nous entendons par révolution le saut qualitatif qui, en raison de l’exacerbation de la contradiction entre le développement des forces productives et les rapports sociaux de production, modifie la base, la structure économique d’une société donnée, ainsi que son mode de production économiquement dominant. Lorsque le mode de production économiquement dominant est remplacé par un autre, la superstructure se transforme également, plus ou moins rapidement : les formes idéologiques, juridiques, politiques, culturelles, artistiques, religieuses, philosophiques, etc. d’une formation sociale donnée.
6. Notons qu’ici, ce ne sont pas les phénomènes politiques qui constituent les principaux éléments déterminants pour établir s’il y a eu ou non une révolution, mais les transformations économiques : le remplacement d’un mode de production dominant par un autre.
7. Dans le cas de la révolution bourgeoise, celle-ci peut se produire tant par des voies classiques que par des voies non classiques, mais la différence entre ces voies ne change rien à l’essentiel : avec sa consolidation, on assiste à la généralisation du travail salarié et le mode de production capitaliste devient économiquement dominant. Cette compréhension est importante pour dépasser le schématisme qui projette un modèle unique (classique) de révolution bourgeoise et imagine que tous les pays du monde ne consolideront leur révolution bourgeoise que lorsqu’ils auront reproduit toutes les étapes phénoménales et politiques de ce modèle.
8. Lénine, dans son ouvrage sur l’impérialisme, présente l’Argentine comme un pays dépendant qui se distingue des pays coloniaux et semi-coloniaux. La dépendance ne résulte pas d’une absence de capitalisme, mais de la nature de la modernisation et du développement capitaliste qui nous est dévolue au sein de la structure mondiale de l’impérialisme, qui sera toujours hiérarchique et inégale. Par conséquent, lutter contre la dépendance signifie lutter à la fois contre l’ordre capitaliste et contre l’impérialisme.
9. Lors d’une conférence internationale tenue en 1969, la résolution des partis communistes et ouvriers distinguait déjà l’analyse de la situation concrète dans la plupart des pays d’Amérique latine de celle qui prévalait dans les pays coloniaux et semi-coloniaux d’Asie et d’Afrique, reconnaissant qu’en Amérique latine, la plupart des pays avaient acquis leur indépendance au début du siècle dernier ; et qu’ils présentaient dans l’ensemble un développement capitaliste relatif dans lequel s’est formé, s’est développé et s’est forgé dans la lutte un prolétariat nombreux, tant en ville qu’à la campagne.
10. Il convient également de citer la résolution de la Conférence des partis communistes d’Amérique latine et des Caraïbes, tenue en 1975 à La Havane, qui reconnaissait déjà que : « Le socialisme est le seul système capable de garantir le véritable développement de l’Amérique latine au rythme accéléré qu’exigent nos peuples ».
11. Les transformations qui, dans les pays centraux, ont été le fruit du développement capitaliste, ne pourront, dans notre réalité, se concrétiser qu’en s’opposant à ce développement, en s’inscrivant dès le départ dans le processus cumulatif de construction des conditions d’une révolution contre l’ordre capitaliste. Même lorsqu’elles consistent encore en des révolutions au sein de l’ordre établi, elles ne peuvent être arrachées que par la pression « d’en bas », en entrant dès le début en confrontation avec le bloc de pouvoir dominant. Cette confrontation, si elle est continue et cumulative dans le sens d’une stratégie révolutionnaire claire, ne peut aboutir qu’à la rupture avec l’ordre capitaliste lui-même.
12. Une organisation politique dont l’objectif est la transformation socialiste de la société doit avoir pour tâche permanente de s’insérer dans le mouvement de masse de la classe ouvrière et de tous les secteurs opprimés de la société, en particulier au sein de la classe ouvrière. Il faut que la LIGUE COMMUNISTE BRÉSILIENNE adopte au cours de la prochaine période une ligne de travail de masse unifiée à l’échelle nationale, comprenant notamment du matériel propre à l’agitation et à la propagande, autour de la lutte contre l’échelle 6×1 et contre la cherté de la vie, contribuant ainsi à élever le niveau de conscience et d’organisation, de sorte que, à partir de la lutte pour des objectifs immédiats — telles que l’augmentation des salaires, la réduction du temps de travail, le logement, la terre, l’éducation, la santé, la culture, les loisirs et l’assainissement de base —, il soit possible de convaincre un nombre croissant de personnes de la nécessité de dépasser les rapports de production capitalistes eux-mêmes. La socialisation des moyens de production dépend de la prise du pouvoir d’État par la classe ouvrière et ses alliés, condition essentielle à la création d’une nouvelle forme d’organisation sociale.
13. Avec l’échec des processus de transition vers le socialisme en Europe de l’Est, survenu il y a trois décennies et demie, le mouvement pour la révolution socialiste a subi un recul extraordinaire à l’échelle internationale.
14. En Amérique latine et au Brésil, cette tendance n’a pas fait exception. Les processus les plus avancés sur le continent au cours des dernières décennies, à l’exception de la résistance héroïque de la Révolution cubaine, s’inscrivent dans le champ des révolutions populaires et progressistes en conflit permanent avec l’ordre social bourgeois et l’impérialisme. En d’autres termes, même en opposition à l’ordre bourgeois, ces expériences n’ont pas encore réussi à évoluer vers un caractère socialiste, en rompant avec la domination du capital. C’est le cas du Venezuela, du Nicaragua et de la Bolivie.
15. Au Brésil, les gouvernements dirigés par le Parti des travailleurs se situent à un niveau encore inférieur de confrontation avec les forces de l’ordre. Bien qu’il y ait eu des conflits — comme ceux qui ont abouti au coup d’État contre le gouvernement de Dilma en 2016 —, le niveau d’antagonisme avec les intérêts bourgeois a été nettement moindre que dans les autres pays cités. Le gouvernement actuel de Lula ne détient même pas l’hégémonie sur un bloc réformiste d’orientation sociale-démocrate. Sa composition inclut aussi bien des secteurs réformistes que des représentants des monopoles capitalistes, du grand propriétaire foncier et du capital financier, qui dominent le bloc et imposent des reculs successifs au gouvernement.
16. Dans le cadre de la ligne politique à suivre sous le gouvernement Lula/Front large, dans un contexte de pression permanente de l’extrême droite, nous considérons que notre voie n’est pas la plus facile. Nous refusons tant la ligne des oppositions sectaires, avant-gardistes et déconnectées de la réalité concrète, que les positions cooptées par un soutien aveugle et acritique au gouvernement. Notre voie est celle des luttes concrètes et les plus avancées de la classe ouvrière. Nous disposons d’une autonomie politique vis-à-vis du gouvernement Lula/Front large, et nous cherchons à encourager l’organisation politique et les luttes sans oublier les menaces pesantes de l’extrême droite.
Notre tactique face à la conjoncture actuelle.
1. La stratégie de la révolution socialiste au Brésil, postulée par les communistes de la LIGA COMUNISTA BRASILEIRA, repose sur la défense d’un triptyque : la question nationale (défense de la souveraineté nationale totale), la question sociale (défense de la fin des inégalités sociales et de l’exploitation, ainsi que la défense et l’élargissement des droits sociaux et du travail) et la question démocratique (défense d’une autre démocratie, avec un État qui renforce le pouvoir politique des masses travailleuses, en plus de la garantie de tous les droits civils). Par conséquent, toute notre tactique découle de la défense de ce triptyque.
2. Dans la situation actuelle, il est absolument vital que les organisations qui adoptent une stratégie socialiste parviennent à se démarquer du gouvernement et à se présenter de manière autonome face à la classe ouvrière et aux autres secteurs opprimés. Il est évident que la pression permanente exercée par l’extrême droite et l’opportunisme de la droite clientéliste nous obligent à être toujours en mesure, sur le plan politique, de défendre le gouvernement contre les offensives putschistes de l’extrême droite et de ses éventuels alliés du « centrão ». Cependant, la gauche ne peut pas se laisser enfermer dans les limites du gouvernement. Il est absolument nécessaire que les forces populaires dirigées par la gauche parviennent à formuler une critique publique et à organiser la lutte contre toutes les mesures qui privent la classe ouvrière et les autres secteurs appauvris de la société de leurs droits.
3. Pour nous démarquer du gouvernement, ou d’autres forces politiques dont nous estimons que l’orientation est erronée, nous ne pouvons nous contenter d’une simple différenciation discursive et autodéclaratoire. Cela doit se manifester dans nos discours, mais surtout dans la pratique, par notre engagement envers les causes populaires, par notre participation effective aux luttes et notre soutien à l’organisation populaire, par la défense de ses causes, par le respect du processus de prise de conscience (en évitant de prendre des décisions de manière descendante), en veillant à la composition de nos alliances, en élaborant avec soin des stratégies adaptées aux contextes les plus divers, sans tomber dans l’utilisation de la position révolutionnaire comme auto-justification des erreurs, des manquements ou des difficultés.
4. Il est fondamental que les organisations de gauche sortent de leur position de suiveurs par rapport au gouvernement, qui est entravé par les alliances qu’il a conclues avec la droite. Une situation qui, soit dit en passant, n’est pas seulement due à un rapport de forces défavorable, mais aussi au résultat de la tactique politique du PT, marquée par la recherche incessante de la conciliation avec des secteurs de la droite. Si la politique de conciliation avec les forces conservatrices est déjà néfaste en période plus favorable aux travailleurs, elle est encore plus désastreuse en cette période de recul, car elle démobilise, désorganise et dépolitise la classe ouvrière, allant jusqu’à refuser d’organiser la résistance contre les pressions et les menaces de la bourgeoisie et de ses acteurs politiques.
5. Notre effort ne doit pas viser à consolider un processus d’opposition systématique au gouvernement Lula. Il est toutefois crucial que la gauche et les organisations populaires qu’elle dirige adoptent une position autonome vis-à-vis du gouvernement, critiquent publiquement ses erreurs et ses insuffisances, et s’efforcent de sensibiliser la classe ouvrière et les secteurs alliés à la nécessité de se mobiliser et de descendre dans la rue pour défendre les revendications historiquement défendues par la classe ouvrière. Outre le refus de toute régression des droits, il faut sensibiliser et mobiliser pour l’abrogation des contre-réformes déjà mises en œuvre, telles que celles du droit du travail et de la sécurité sociale, pour davantage d’investissements dans les services publics à tous les niveaux, pour la défense de la réforme agraire et d’une politique publique plus globale et massive en matière de logement social, pour la déprivatisation et le contrôle public des entreprises génératrices de valeur ajoutée, telles que Petrobras, Embraer, la Compagnie Vale do Rio Doce, etc. Il faut abroger la loi-cadre budgétaire, car il est clair que seuls les plus démunis paient la facture des profits toujours plus importants des spéculateurs. Et un point fondamental : la défense d’une souveraineté nationale totale.
6. Il ne suffit pas que la prise de position sur toutes ces questions se limite à un niveau « interne », c’est-à-dire uniquement au sein des organisations alignées sur le gouvernement, ou au sein des organisations de gauche dont le public se compose exclusivement des militants du camp populaire. L’acceptation de ces conditions, sous prétexte de préserver le gouvernement comme rempart contre le fascisme, finit par réduire au silence la gauche et les organisations populaires dirigées par la gauche, même face à la suppression d’autres droits de la classe ouvrière et des populations pauvres en général, comme cela s’est produit lors de l’adoption du plan d’ajustement budgétaire fin 2024. Sous prétexte de protéger le gouvernement contre les assauts de l’extrême droite, une grande partie de la gauche renonce à l’obligation incontournable d’être sincère envers la base sociale qu’elle prétend diriger, renonçant ainsi à son devoir vital de toujours œuvrer à l’élévation du niveau de conscience, à l’amélioration du niveau d’organisation et au renforcement de la capacité de mobilisation et de lutte.
7. Au-delà de la lutte contre l’idéologie de la classe dominante ; au-delà de tous les efforts visant à isoler le fascisme de la base sociale prolétarienne ; au-delà de la critique quotidienne des erreurs et des insuffisances du gouvernement « réformiste » (sans réformes) ; la gauche et les communistes doivent se présenter comme une alternative politique. Cela inclut les scrutins électoraux, moment privilégié où la classe ouvrière et le peuple discutent de politique. La gauche a passé les deux dernières décennies à pointer les erreurs et les insuffisances d’un gouvernement social-démocrate pour, ensuite, lors des scrutins électoraux, le soutenir faute d’alternative. Pour ne pas retomber dans la tactique consistant à soutenir la social-démocratie faute d’autre option permettant de barrer la route à l’extrême droite, cette alternative de gauche à laquelle les communistes se rallieraient doit être construite à l’avance, grâce à notre implication dans les luttes de masse, en gagnant le soutien et l’influence au sein de la classe ouvrière afin que, en fonction de la conjoncture électorale du moment, nous puissions définir notre tactique. Quoi qu’il en soit, l’objectif des communistes doit être la construction d’un camp politique qui, lors des scrutins, se présente comme une force capable d’influencer les élections et s’impose aux grandes masses de la classe ouvrière comme une alternative.
8. Bien entendu, l’exercice de la politique ne se limite pas aux processus électoraux, même si c’est ainsi que la majorité du peuple brésilien le conçoit. Nous devons agir en permanence dans tous les secteurs sociaux de base où nous pouvons nous impliquer. Que ce soit dans le mouvement syndical, le mouvement de jeunesse, le mouvement pour un meilleur accès à la culture, dans la lutte pour le logement et la rénovation urbaine, la terre, un emploi décent, le sport, les loisirs, l’éducation, la santé, la protection de la vie et de la qualité de vie. Participer aux associations de quartier peut être un moyen d’atteindre davantage de personnes pour mener un travail, permanent ou ponctuel, autour de toutes les causes mentionnées ci-dessus, entre autres. Toutes les actions spécifiques possibles doivent toujours viser la conquête ou la préservation des droits, et le militantisme communiste doit faire preuve de patience envers tous les niveaux de conscience et toutes les phases de la lutte, tout en faisant preuve de perspicacité et d’énergie pour intégrer progressivement des éléments politiques et idéologiques susceptibles de favoriser l’élévation du niveau de conscience. Toute lutte pour un droit, même très élémentaire, est légitime et digne, et doit être respectée et valorisée par les militants communistes. Mais dans toutes les luttes fondamentales et élémentaires, les communistes doivent, avec tact et patience, y insuffler un contenu supplémentaire, susceptible d’élargir les horizons pour faire comprendre que l’émancipation effective du peuple travailleur dépend de changements structurels dans les rapports de production de l’ensemble de la société.
Médiation avec les mouvements de masse.
1. Comme nous le savons, aucune organisation ne devient une avant-garde simplement en se déclarant telle. Même la meilleure élaboration stratégique, le meilleur programme ou les principes les plus élevés ne prouvent pas qu’une organisation soit une avant-garde ni ne garantissent qu’elle le deviendra. Bien qu’une stratégie correcte, un programme adéquat et la fidélité aux principes soient des conditions nécessaires, une organisation ne devient réellement d’avant-garde que dans la mesure où elle est reconnue comme une référence politique pour la classe ouvrière et les autres secteurs opprimés de la société. En même temps, la reconnaissance en tant qu’avant-garde est toujours partielle, car de nombreuses autres organisations se disputent ce même espace.
2. Devenir une référence est un défi permanent qui tient davantage à la lutte sur le terrain qu’aux conceptions théoriques. Les conceptions et les positions sont, bien sûr, fondamentales, mais elles ne se concrétisent que lorsqu’elles sont mises en œuvre dans le cadre réel de la lutte des classes ou d’autres conflits sociaux, comme, par exemple, la lutte pour l’égalité des genres, contre le racisme et l’homophobie, pour la défense de l’environnement, sans oublier les divers conflits existants et potentiels concernant l’accès à l’éducation, à la santé, à la culture, aux loisirs, ainsi qu’au droit de profiter de la ville et des espaces sociaux en général.
3. Il n’existe pas et il n’existera pas d’organisation communiste jouissant d’une grande reconnaissance politique sans une capacité importante à diriger concrètement des secteurs de la classe ouvrière et d’autres secteurs opprimés. Tous les autres travaux du parti sont nécessaires, essentiels, mais, en dehors de l’organisation elle-même, ce qui compte, c’est la capacité à mobiliser et à diriger des secteurs de la classe ouvrière et d’autres secteurs opprimés. Même dans les relations internationales, les organisations sont écoutées et se voient ouvrir des portes dans la même mesure où elles dirigent des secteurs de masse.
4. Notre défi consiste à construire une organisation dotée d’une capacité significative dans tous les domaines et dans toutes les activités nécessaires à l’existence d’un parti révolutionnaire. Mais, en même temps, nous devons tous et toutes être conscients que cet effort ne se concrétisera aux yeux du monde que dans la mesure où nous remporterons davantage de succès en termes d’ancrage dans le mouvement de masse. Il n’y a ni bond en avant ni ascension vers les cieux sans un soutien politique reposant sur des bases sociales solides.
5. Pour devenir une référence — condition nécessaire pour être à l’avant-garde —, outre de bonnes positions, il faut que des militants en chair et en os occupent les espaces sociaux et s’y engagent pour mener la lutte. Les réseaux sociaux peuvent grandement aider dans ce travail, mais ils ne remplacent pas le travail de terrain, dans l’espace social réel. La construction d’un parti révolutionnaire dépend, outre de bonnes positions, de la participation effective des militants aux luttes. Les militants doivent être présents dans tous les espaces sociaux, en suscitant les débats et en cherchant à élever la conscience de la base, en contribuant à l’organisation populaire, en soutenant les luttes, en apportant leur appui aux dirigeants intègres et aux positions justes, en menant la lutte idéologique au service des intérêts de la classe et des avantages de l’union des différents segments populaires autour d’un projet de pouvoir commun, en combattant l’idéologie bourgeoise sous ses différentes formes, en dénonçant et en combattant la bourgeoisie et ses alliés. En ce sens, nous devons maintenir notre intervention dans des contextes tels que les réseaux sociaux, le débat universitaire, etc., mais cela ne doit en aucun cas se substituer au travail là où les gens se trouvent réellement, sur le terrain, dans l’espace social réel.
6. C’est un défi pour toute organisation politique qui aspire à devenir l’avant-garde que de planifier son insertion dans le mouvement de masse. Une organisation politique dont la stratégie est la transformation socialiste de la société — ce qui ne peut se réaliser que par une révolution sociale — doit s’organiser pour sensibiliser et convaincre de plus en plus de personnes de participer et de contribuer à la construction d’une contre-culture qui conduise à la rupture avec les valeurs de la société actuelle, qui étudie les moyens de renouveler et de réaffirmer la symbolique, la culture et l’histoire révolutionnaires, afin de contribuer au rapprochement et au renforcement du lien entre l’organisation et les masses ouvrières. Cela rend le défi d’autant plus grand, car il ne suffit pas d’adopter une posture interrogative ou critique qui reste confinée au sein de l’ordre établi ; il faut élever la conscience au-delà du sens commun et même au-delà de la lutte pour les droits immédiats. Notre ennemi a les moyens et la capacité de répondre à une partie des revendications immédiates de la classe ouvrière et de tous les secteurs opprimés de la société. Lorsqu’un mouvement prend de l’ampleur, il obtient des augmentations de salaire, de meilleures conditions de travail, le respect de questions importantes telles que l’adoption de mesures antiracistes, anti-machistes et anti-homophobes, une meilleure protection de l’environnement, une amélioration temporaire de certains services publics, etc. La lutte pour tout cela est nécessaire, mais elle n’est pas, à elle seule, suffisante pour garantir l’accumulation des forces en vue de la révolution socialiste. Souvent, c’est même le contraire : les acquis immédiats créent chez les masses qui y participent le faux sentiment qu’il est possible d’améliorer progressivement le monde jusqu’à parvenir au socialisme, ce qui est une illusion. Ou, pire encore, cela alimente chez une partie des masses la fausse idée qu’il est possible de bien vivre éternellement sous le capitalisme.
7. Ici, il faut clarifier un autre point : on ne peut être l’avant-garde d’un mouvement sans s’y intégrer et participer à sa lutte quotidienne. On ne peut exister au sein d’une organisation militante sans mission. Cela implique de contribuer à construire le mouvement pour les acquis immédiats, qu’ils soient d’ordre syndical ou liés aux garanties sociales. En d’autres termes, ce n’est pas de loin, de l’extérieur, ni même simplement en faisant preuve de solidarité, que l’on accède au statut d’avant-garde (référence, direction) d’un mouvement de masse, qu’il soit syndical, étudiant, pour le logement, pour la terre, pour les droits ou pour la dignité. Il faut plus que de la solidarité ou un soutien extérieur ; il faut s’impliquer et participer à l’organisation et à la mise en œuvre des luttes.
8. Mais cela ne nécessite pas de conditions exceptionnelles. Il faut du temps, du dévouement, un bon sens politique et le soutien de l’organisation lorsque cela est nécessaire. Chacun peut agir pour devenir une référence sur son lieu de travail, d’études, de vie ou de loisirs. Il suffit d’aiguiser son sens de l’observation sur ce qui peut être fait dans chaque réalité sociale et de repérer les positions d’autres personnes susceptibles d’être intéressées par des actions collectives pour avancer dans la même direction. C’est le début d’un travail qui, avec le temps (plus ou moins long), pourra attirer de nouvelles personnes vers le militantisme en faveur de la transformation sociale.
9. Une organisation politique de nature communiste et révolutionnaire peut y parvenir de manière directe : les personnes qui y militent, sur leur lieu de travail, d’études ou de vie, rejoignent les mouvements existants ou en créent de nouveaux afin de lutter pour les droits fondamentaux de leurs semblables et, à partir de là, cherchent à rallier de nouvelles personnes à leur organisation politique. C’est une approche possible, qui fonctionne souvent, ou qui se produit même sans qu’un plan ait été prévu à cet effet. Mais l’organisation politique révolutionnaire peut créer des espaces de médiation qu’elle dirige, qui facilitent le rapprochement progressif entre le sentiment général de justice sociale et une conscience plus élevée, jusqu’à la compréhension de la nécessité de la transformation socialiste de la société.
10. Les partis et les organisations politiques, de tous horizons, ont créé des espaces organisationnels pour se rapprocher du mouvement de masse ou l’orienter. Historiquement, les organisations et les partis de gauche disposent de courants syndicaux et de groupements de jeunesse pour élargir et faciliter ce travail de rapprochement avec le mouvement de masse prolétarien et de la jeunesse. Au cours des dernières décennies, de nombreux partis ont organisé des mouvements pour accueillir et développer des politiques à partir de revendications telles que l’organisation des femmes, des personnes noires, de la communauté LGBTQIA+ et des personnes en situation de handicap. Nous considérons que ces mouvements de lutte contre les oppressions, tout comme le mouvement de défense de l’environnement, d’accès à la culture et aux loisirs, entre autres, sont importants et doivent faire partie, politiquement et organiquement, du mouvement général pour l’émancipation humaine face à l’exploitation capitaliste et à toutes les formes d’oppression. Le communisme est incompatible avec toute forme de préjugé et de discrimination. Une organisation politique qui n’intègre pas les luttes contre toutes les formes d’oppression reste enfermée dans un modèle comportemental de la société actuelle, que nous voulons révolutionner. Les organisations syndicales de masse doivent également sortir du champ strictement syndical pour considérer la classe ouvrière dans sa vie sociale en tant que femmes, en tant qu’hommes et femmes noirs, en tant que personnes aux identités affectives et sexuelles diverses.
11. Notre organisation communiste peut être, en soi, le seul instrument permettant de recruter de nouveaux militants pour la construction du parti. Mais nous estimons que la création d’instruments organisationnels de médiation peut grandement faciliter notre action au sein du mouvement de masse, qu’il soit prolétarien et populaire, qu’il soit de jeunesse.
12. Nous estimons que nous devons transposer l’idée et le concept de courant syndical pour traiter les questions du monde du travail, car nous devons adopter la position selon laquelle l’organisation de la classe ouvrière va au-delà de l’espace syndical et même au-delà de l’espace du travail proprement dit, puisque la classe a une « vie au-delà du travail » . La classe ouvrière, outre le fait qu’elle est aujourd’hui soumise aux formes les plus diverses d’exploitation, en raison de la violation des droits du travail et de l’informalité du travail, est plurielle dans sa composition ethnique, de genre et d’orientation sexuelle. Les espaces d’organisation qui visent à mobiliser la classe ouvrière doivent aller au-delà de leur cadre juridique ou fonctionnel. C’est pourquoi nous estimons que l’ancienne « courant syndical » doit aujourd’hui être recréé en tant qu’espace d’organisation de masse de la classe ouvrière dans son sens le plus large, à la fois populaire et social. Concrètement, nous proposons la création d’un mouvement à caractère syndical et populaire, à objectif socialiste, en tant qu’espace de médiation de la LCB avec les masses, dans le travail quotidien au sein de la classe ouvrière et de tous les mouvements sociaux qui organisent des secteurs de la classe ouvrière, y compris dans leur diversité ethnique, de genre et d’orientation sexuelle, au-delà de l’espace formel de la relation de travail, c’est-à-dire également dans les luttes pour le logement, la terre, la culture, l’éducation, la santé et les loisirs.
13. Ayant constitué un instrument national de médiation entre notre organisation et la classe ouvrière ainsi que tous les secteurs opprimés de la société, nous pouvons également coordonner des mouvements spécifiques pour agir au sein des communautés, en cherchant à occuper des espaces sur les territoires où vit la majorité de notre classe et où existe un ensemble considérable de revendications populaires. Cette territorialisation du mouvement sera le moyen le plus efficace de consolider nos positions et de résister à la « désinformation » véhiculée par les grands médias et les algorithmes des plateformes numériques.
14. Dans la même perspective et avec les mêmes méthodes, nous pouvons constituer une organisation de jeunesse servant de relais entre notre organisation et les secteurs les plus divers de la jeunesse. Une organisation de jeunesse peut devenir une école de formation des futurs militants et cadres. Dans la mesure du possible, il est très important qu’elle agisse au-delà du mouvement étudiant, qu’elle s’implique dans les espaces de construction culturelle, dans le quotidien des territoires où l’État ne se manifeste qu’à travers ses griffes oppressives.
15. La création d’une organisation de jeunesse est nécessaire en raison de la spécificité de l’action des jeunes. Il est important que la relation entre la jeunesse et l’organisation du parti reste toujours claire et qu’il y ait une périodicité constante de réunions plénières conjointes entre la jeunesse et le parti, afin d’éviter la création d’antagonismes. Un parti qui surmonte le sectarisme, l’anachronisme, la sclérose des postes et des positions, etc. sera un parti capable de rassembler la jeunesse plutôt que de l’éloigner.
16. L’organisation de jeunesse et l’organisation de masse sont des organisations auxiliaires qui doivent être dirigées par la LIGA COMUNISTA BRASILEIRA (LCB). Cette relation doit être fondée sur le respect et comporter des militants de la LCB qui donneront la priorité au travail au sein de cette instance et de cette organisation.
17. Dans un premier temps, pour lancer le processus de mise en place d’un instrument d’organisation populaire et syndicale ainsi que d’un instrument d’organisation de la jeunesse, il est possible de le faire en désignant des camarades chargés de démarrer ce travail. Organiser des réunions ou des séances de débat internes afin d’approfondir la compréhension générale des propositions et de commencer le travail. Il est important que notre événement de fusion désigne d’ores et déjà des camarades chargés d’organiser et de proposer un calendrier à cette fin.
18. Nous devons inclure dans la planification du travail de masse de notre organisation la politique d’internationalisme en facilitant l’envoi de militants vers les brigades de solidarité à Cuba, permettant ainsi aux militants de découvrir l’expérience cubaine et celle d’autres pays, tout en soutenant les travaux de l’Association José Martí.
19. La tâche actuelle consiste à intervenir dans les luttes et à organiser le peuple, tant au sein des mouvements de masse et de jeunesse qu’en attirant vers la LIGUE COMMUNISTE BRÉSILIENNE des cadres qui se distinguent. Il s’agit avant tout de former et de faire progresser ce mouvement de masse et ces mouvements de jeunesse, en garantissant une implantation au sein des organisations spécifiques déjà existantes et la création de nouveaux espaces de démocratie prolétarienne socialiste. Les t atiques varient en fonction du contexte local, mais il convient de souligner l’importance des espaces de débats permanents, de la formation politique de nos militants pour garantir la qualité de notre action pratique, ainsi que de notre implication dans des luttes telles que : celle pour la fin du système de travail 6×1, celle pour les transports publics, etc.
20. Notre stratégie est la lutte pour la révolution socialiste, comprise non pas comme un bond dans le vide vers la prise du pouvoir et la socialisation des moyens de production, mais comme un processus d’accumulation de forces qui part des conditions existantes pour créer les possibilités politiques d’infliger des défaites à notre ennemi stratégique : les monopoles capitalistes nationaux et étrangers, l’agro-industrie, l’industrie minière d’exportation et le système financier, relié au système internationalisé, qui constituent la fraction bourgeoise hégémonique au Brésil. Ce processus doit se développer jusqu’à ce que la prise du pouvoir politique par le prolétariat et ses forces alliées soit possible.
