LFI , PORTE-VOIX DES DAMNÉS DE LA FRANCE FACE À L’ARC RÉPUBLICAIN

La France Insoumise (LFI) est le phénomène politique le plus important apparu sur la scène nationale du théâtre politique bourgeois ces dix dernières années. Bien plus que son programme keynésien de gauche (redistribution des richesses, défense des services publics, planification écologique) c’est la force avec laquelle ce mouvement a porté les aspirations des couches les plus exploitées et les plus opprimées du prolétariat, en particulier celles des enfants de la colonisation, son opposition farouche au consensus islamophobe sa défense de la cause palestinienne et son refus des guerres du « camp occidental » qui ont « polarisé » tout le champ politique et social pour ou contre elle. En se faisant le porte-voix des damnés de la France, LFI a déclenché une campagne continue de diabolisation. Cette diabolisation était jusque-là réservée aux parias des banlieues et aux petites mains du monde du travail, surtout au cours de leurs mouvements de révoltes, pas à une force institutionnelle et parlementaire. LFI représente « l’anti-France » pour les défenseurs du statu quo social précisément et littéralement parce que la défense des droits des Noirs et des Arabes constituerait à leurs yeux une menace pour la République française et son ordre inégalitaire. Au-delà de la concurrence électorale LFI est diabolisée par haine de classe. LFI a visé juste en mettant à jour et en ciblant l’apartheid à la française. Cet apport est précieux quand bien même il n’est pas lié à une perspective révolutionnaire (celle-ci nécessite une organisation de classe autonome et une stratégie pour le socialisme capable de mener une rupture avec tous les rapports sociaux bourgeois). Cet apport est précieux car il permet d’ouvrir un espace politique, de rassembler une communauté sociale et de la politiser. Un pas en avant dans cette direction vaut mieux que des dizaines de programmes radicaux et de luttes-gadgets cantonnés aux espaces sociaux des couches rebelles de la petite-bourgeoisie.

Notre propos a un but tout à fait précis et explicite : nous voulons défendre la nécessité d’un front militant avec LFI, en commençant avec ses comités d’action locale. Les communistes ne sont ni électoralistes ni anti-électoralistes. Ils ne rejettent aucune forme de lutte pourvu que celle-ci soit subordonnée au combat de classe et à la perspective de l’émancipation de l’immense armée du prolétariat.

Mais analyser ce que représente LFI aujourd’hui n’a de sens qu’en s’inscrivant dans la situation concrète, en prenant en compte la phase actuelle (la fascisation comme tentative de sortie de la crise de légitimité du personnel bourgeois au pouvoir) et les rapports de force réellement existants. Nous n’analysons pas uniquement pour comprendre le réel mais pour nous y engager et pour contribuer à sa transformation. Toute analyse débouche sur une ligne pratique ou elle n’est rien. Or ce qui nous intéresse au plus haut point c’est de participer et d’orienter une communauté sociale de lutte afin, en liaison profonde avec cette communauté, de faire émerger une avant-garde révolutionnaire capable de poser la perspective du socialisme dans un pays impérialiste comme la France. Or, pour que cette tâche ait une réalité concrète, il faut s’impliquer là où le potentiel d’antagonisme avec l’ordre établi bourgeois existe et se manifeste.

Lutter contre « le fascisme qui vient » selon la formule de Saïd Bouamama et surtout contre la fascisation présente exige de ne pas piétiner dans l’infantilisme et des postures confortables « radicales » et isolées des masses. Nous avons besoin de bien déterminer dans les conditions actuelles qui est l’ami et qui est l’ennemi selon la fameuse formule de Mao, c’est-à-dire de déterminer quelles sont les forces qui font réellement avancer le combat de classe et quelles sont celles qui en sont des opposants farouches, des freins, des scories du passé, des phraseurs, des réactionnaires conscients ou inconscients. Cette démarcation ami/ennemi n’est pas formelle mais dépend de ce qui est fait et assumé et non des termes et du jargon que l’on utilise pour justifier sa pratique.

La reconstruction du mouvement révolutionnaire en France ne viendra pas d’une génération spontanée qui « apprend » la théorie, ni d’une construction ex nihilo, qu’elle soit mouvementiste ou attentiste, c’est-à-dire de ce qui reste en marge et en dehors de ce qui secoue réellement la société de classe qui est la nôtre. Ces dernières années, deux dynamiques n’ont pas de portée historique : les dynamiques des petits groupes qui se confrontent aux Autorités (de Sainte-Soline aux Antifas) ou, sur un tout autre terrain, le repli syndicaliste sur des « bastions ouvriers » limités à une ancienne géographie de la classe ouvrière des « Trente Glorieuses », en permanence sur la défensive, subissant défaite sur défaite. Elles sont sans portée historique car elles n’ont pas permis d’organiser, d’orienter et de nourrir en profondeur les luttes des masses populaires afin de faire émerger une subjectivité révolutionnaire organisée. Le politique commence là où des millions peuvent s’agréger et faire trembler la Terre. La situation actuelle est celle où le mouvement de classe apparait à ses propres yeux être d’une grande faiblesse en tant que force politique malgré des luttes revendicatives d’une grande ampleur (mouvement des retraites, gilets jaunes, révoltes contre les crimes policiers, mouvement de soutien à Gaza). Mais l’impuissance ressentie depuis des années n’est plus le caractère principal de notre situation car il existe au moins deux réalités subjectives nouvelles qui s’opposent au cours catastrophique des choses : 1) une jeunesse de la gauche radicale qui cherche à définir une voie de libération du capitalisme en partant de l’héritage marxiste-léniniste et de la crise de l’impérialisme français 2) des comités d’action locaux de LFI, souvent composés et animés par les habitants des quartiers populaires et donc par le prolétariat métropolitain. C’est la liaison dialectique de ces deux forces dont nous devons nous soucier car la question est de commencer à s’implanter là où les potentialités et les forces sont présentes, dans les principaux secteurs prolétariens des métropoles.

L’expérience d’une politique antagonique avec la bourgeoisie impérialiste trouvera son chemin au cœur des mouvements, organisations et formes collectives pour se forger une subjectivité de combat et se présenter comme un sujet historique. La solution naitra du conflit. Agrandir les contradictions politiques passe par un appui et une alliance avec les forces qui portent ces contradictions dans un sens progressiste. C’est pourquoi les forces qui veulent changer le cours des choses en faveur de l’organisation des masses populaires et de la destruction des rapports sociaux capitalistes doivent s’intéresser à ce qui se déroule sur la scène de la politique institutionnelle, électorale et parlementaire, même si celle-ci ressemble de plus en plus à une arche croulante. C’est une obligation dirimante dans la tradition léniniste. Il ne s’agit pas seulement d’étudier les coups bas de l’ennemi de classe, ses stratagèmes et ses méthodes de gestion de la domination (la forme parlementaire s’est révélée être le meilleur véhicule de la dictature du capital en phase de stabilisation, le fascisme en phase de déstabilisation). Mais il s’agit aussi de saisir toute forme d’opportunités pour mettre à jour les contradictions et les politiser, de comprendre les luttes centrales à mener, les alliances à construire, les expériences politiques à vivre afin de renforcer et même de rendre possible une politique du prolétariat tel qu’il existe dans une métropole impérialiste comme la France.

Et cela nécessite d’articuler deux dimensions, la dimension défensive et la dimension offensive. La dimension défensive revient à s’opposer au programme commun de la bourgeoisie impérialiste (qui consiste essentiellement à détruire les garanties sociales, à maintenir un apartheid racial et à mettre sur pied une économie de guerre comme issue au cours catastrophique dans lequel nous sommes actuellement plongés). La dimension offensive consiste à rassembler, former, organiser et éprouver les forces subjectives capable de croiser le fer, de porter une politique d’autonomie du prolétariat et donc une perspective socialiste dans une centre impérialiste comme la France. C’est à partir de ces deux axes que nous analysons la situation créée par l’évolution de la France Insoumise (LFI) ces dernières années et c’est en tenant compte de ces deux axes -défensif et offensif- qu’il faut mener une politique de front avec elle.

La situation de LFI sur la scène politique française est assez claire. Elle est au centre du jeu et de l’attention publique, au centre des attentes des uns et des hantises des autres. Elle a un rôle de pivot alors même qu’elle est présentée comme « extrémiste ». LFI cristallise désormais les espoirs et le mécontentement d’une partie des masses populaires et s’en fait le porte-voix et par là même elle fédère les peurs de l’establishment qui la considère de plus en plus non comme un adversaire problématique avec lequel il faut composer mais comme un ennemi à abattre (par la diffamation, la criminalisation devant les tribunaux et la mise en place d’un « cordon sanitaire » pour l’empêcher d’accéder au pouvoir). Un mouvement qui se réclame des idéaux de la Révolution française et qui prône une « révolution citoyenne » pacifique est présenté comme une menace révolutionnaire redoutable, un quartier général de « l’Anti-France » selon les termes d’une ministre du gouvernement actuel. Il faut comprendre les enjeux sous-jacents à cette diabolisation et comprendre pourquoi la configuration actuelle diffère de façon essentielle des différents expériences et désillusions des « unions de la gauche » du passé et des anciens Fronts populaires, toujours mythifiés dans la culture bourgeoise de gauche. Aujourd’hui tout se passe comme si toute la haine et tout le mépris de classe dont sont capables les couches dirigeantes de la politique française (médias, élus, autorités diverses) se déversaient sans relâche sur ce mouvement parce qu’il a su drainer une partie les énergies telluriques enfouis dans les quartiers populaires.

LFI est la seule force électorale d’ampleur qui s’oppose de façon déterminée au programme commun de la bourgeoisie impérialiste. Elle le fait en utilisant les outils traditionnels du réformisme (une alliance parlementaire avec un programme de grandes mesures applicables dans le cadre des institutions actuelles et dans le cadre des rapports capitalistes) tout en gagnant la confiance des masses populaires engagées dans des luttes revendicatives, en particulier celles du prolétariat multiracial des métropoles et de la jeunesse diplômée. D’une part, LFI a été en 2022, lors des élections présidentielles, la première force électorale à gauche avec les 22% de voix obtenues par Jean-Luc Mélenchon (contre 1,75% pour la candidate du Parti socialiste, Anne Hidalgo, alors maire de Paris) et LFI a connu et connaît des succès électoraux répétés, surtout dans les villes, les banlieues et les quartiers populaires, dans et autour des grandes métropoles. Sur le théâtre de la politique institutionnelle, LFI a réussi en dix ans d’existence à devenir l’alternative possible au « bloc bourgeois » qui gouverne, l’autre alternative possible étant le RN (Rassemblement National), désormais aux portes du pouvoir, force qui a su opérer les changements nécessaires pour se rendre acceptable et conformes aux normes de la grande bourgeoisie française. En 2027, en partant de la configuration des forces actuelles, le système présidentiel français est voué à tomber dans les mains soit de LFI et de ses éventuels alliés, soit dans celles du RN, dont le programme est déjà en cours d’application sous le gouvernement actuel. La reconduction du « bloc bourgeois » des centristes et de de la droite étant le scénario le moins probable.

La particularité de LFI, au sein de la « gauche de la gauche » est de proposer, suite au discrédit du social-libéralisme de F. Hollande, un programme de « rupture », basé sur une vaste redistribution des richesses, quelques nationalisations et la planification écologique, une ligne antifasciste qui place au centre la lutte contre l’islamophobie et la défense des enfants de la colonisation et de l’immigration, une opposition aux guerres de l’OTAN, aux guerres étatsuniennes et sionistes, un programme opposé aux politiques néolibérales et aux infamies des gouvernements précédents, y compris en ce qui concerne le désarmement de la police et les lois d’exception sécuritaires entrées dans le droit commun depuis 20151. A lire attentivement le programme de « l’Avenir en commun » avec ses 831 mesures et en observant les méthodes centrées sur les campagnes électorales et le pacifisme, on ne peut pas comprendre l’ostracisme qui frappe LFI. LFI est en effet diabolisée et traînée dans la boue comme un « danger populiste et communautariste pour la République », non seulement la droite et extrême-droite parlementaire mais aussi par les forces de la gauche domestiquée (écologistes, PCF) et de la droite socialiste (Glucksman) qui très souvent lui doivent leurs sièges à l’Assemblée suite aux accords des élections législatives de 2022 et 2024 (NUPES puis Nouveau Front Populaire). Au nom de la stabilité gouvernementale et contre « l’extrémisme » de LFI, le PS est allé jusqu’à quitter la coalition « Nouveau Front populaire » à l’automne 2025 et il est devenu un appui parlementaire aux gouvernements centristes et de droite nommés par Macron. Aux dernières élections municipales de mars 2026, le PS a accusé LFI d’être un « poids mort » pour la gauche et lui a fait porter la responsabilité de la perte de certaines grandes villes. LFI est donc devenu progressivement la seule force effective et agissante à gauche de la macronie (le bloc central au pouvoir) et elle est devenue la force à abattre, l’infréquentable, le paria officiel de la politique française contre lequel « l’arc républicain » devrait se dresser. Le morbide consensus anti-LFI s’est constitué comme le sens commun de l’ordre bourgeois en France.

Pour quelle raison ? La réponse peut sembler étonnante si on en reste à l’image d’un mouvement issu de la gauche parlementaire, qui arbore avant tout la référence matricielle à la Révolution française et vise à une « révolution citoyenne » comme s’il fallait refaire sans cesse 1789 et 1792. En réalité, l’effet de rupture de LFI ne réside pas dans sa ligne générale nourrie par la culture de la bourgeoisie de gauche. LFI représente effectivement une rupture car tout projet réformiste assumé est devenu inacceptable pour le capitalisme actuel, c’est une rupture par rapport à un certain type de rapport de force et d’une certaine gestion des rapports de force au sein du capitalisme. A ce titre, LFI bénéficie des mêmes conditions que ce qui a permis une certaine poussée de la « gauche radicale » en Europe suite à la crise de 2008. Cette crise a fragilisé des franges entières des classes moyennes, habituées à voter, auparavant peu inquiétées par la lente réduction de l’État social. Mais la rupture capitale est surtout marquée sur un autre terrain : celui de la manière dont les classes populaires doivent se définir et s’unir. Rien n’est plus instructif à ce sujet que le rejet par toutes les forces politiques instituées de la notion de « Nouvelle France » qui est le concept phare de LFI en vue des élections nationales de 2027. La « Nouvelle France » est en premier lieu une expression qui retourne un stigmate car elle répond à la thèse fasciste du « grand remplacement », une thèse fasciste qui dénonce comme un complot maléfique le remplacement de la « vraie France de souche » (les Blancs) par une population de millions de personnes issues des ex-colonies françaises (les Noirs et les Arabes). Cette conception est reprise par la « droite respectable » qui de Retailleau, ancien ministre de l’Intérieur de Macron, à Valérie Pécresse, présidente de la région Ile de France, parlent de « français de papier » pour désigner les enfants français qui ont un lien avec l’immigration africaine. La logique convergente du rejet de la notion de « Nouvelle France » même lorsque ce rejet n’est pas ouvertement raciste consiste à affirmer que LFI veut « fracturer » la France en inversant la promotion des identités : plutôt qu’une ancienne France blanche que prétendent défendre les identitaires de droite, LFI proposerait de découper le pays en catégories ethnico-raciales, en faveur des non-blancs. François Ruffin voit dans ce concept l’abandon des petites villes rurales et de la France périphérique des zones désindustrialisées. Le PCF critique une dérive identitaire qui irait contre les tendances d’universalité de la gauche. Les plus « identitaires » accusent LFI d’identitarisme alors qu’ils définissent une France éternelle à laquelle on doit se conformer (surtout ne pas être musulman) ou une gauche anhistorique et abstraite synonyme d’universel (laquelle ? celle qui acceptait les statuts des travailleurs coloniaux ?) ou encore une France populaire qui exclut au moins un tiers de la classe ouvrière et du prolétariat actuel (surtout ne pas être livreur urbain, agent du soin, du nettoyage, de la logistique ou un magasinier en banlieue). Toutes les identités possibles de la « vraie » France sont brandies contre ce que porte LFI. Le refus de la « Nouvelle France » signifie que le prolétariat précarisé, la population dite post-coloniale des Zones Urbaines Sensibles, n’a pas à être mise en avant, valorisée, organisée et constituée en force politique et sociale. Dire que la vraie base populaire vient des zones périphériques, c’est abandonner ce que signifie une position de classe et la réalité des rapports sociaux qui peuvent reléguer en marge de la société que ce soit dans les banlieues ou dans le monde rural. Le territoire ne fait pas la classe et la classe elle-même n’est pas composée par des traits immuables ni dans son activité ni dans sa subjectivité politique. Le PCF de Roussel et les litanies de Ruffin s’arc-boutent sur une image des masses populaires et de la classe ouvrière qui ne peut que produire un discours réactionnaire au sens premier du terme. La Nouvelle France désigne finalement une politique qui part d’une réalité des changements au sein des masses populaires et de la composition de classe. C’est la désignation de ce qui est ici et maintenant et non ce qui existe dans des représentations anciennes de la classe ouvrière, celle de l’époque fordiste d’une France industrielle, qui occulte ce qu’est devenue la classe.

Supernova n.2 2026

1 Ce programme keynésien de gauche est assumé par les instances dirigeantes de LFI comme un ensemble de mesures réformistes « radicales » et non comme un programme d’instauration du socialisme, de renversement du capitalisme, y compris en le pensant sous la forme d’une « transition pacifique » comme le prônaient les révisionnistes. LFI n’envisage pas la réquisition des banques, encore moins la guerre civile révolutionnaire. Dans ces écrits, depuis l’Ere du peuple paru en 2014, le dirigeant de LFI, Jean-Luc Mélechon, distingue nettement la « révolution citoyenne » et pacifique qu’il défend de la révolution socialiste car selon lui la centralité ouvrière aurait disparu. Mélenchon fonde sa stratégie politique sur un constat sociologique : les sociétés globalisées du capitalisme tardif ne rendent plus possible, à la suite des délocalisations industrielles et de la tertiarisation de l’économie, la concentration des masses ouvrières, et par-là la constitution d’un sujet politique dans les usines. Le travail – et plus spécifiquement le travail industriel – perd sa centralité sociale, au profit des villes : avec la croissance des flux urbains, les villes deviennent les lieux de concentration par excellence du XXIe siècle, et par-là les centres de la nouvelle conflictualité sociale. La constitution des « populations urbaines » en colère, sujet trans-classe par excellence, en nouvel acteur politique aurait fait disparaître la figure du prolétariat organisé. La reformulation du réformisme par LFI s’appuie sur une analyse de la recomposition de classe. Dès lors, les dirigeants de LFI aspirent essentiellement à une régulation du capitalisme et à un changement de constitution qui réduit le pouvoir présidentiel. En pensant la structure de la société comme une opposition entre « l’oligarchie » d’un côté le « peuple » de l’autre, il s’agit pour LFI d’unifier des couches sociales dans un rejet d’une certaine gestion brutale et sans limite de l’accumulation de capital et de son appropriation. Mais en aucun cas, le programme de LFI ne prétend à la destruction des rapports sociaux capitalistes et encore moins de l’Etat bourgeois. Manuel Bompard, directeur de campagne de LFI explique ainsi: « La principale source d’inspiration qui vient de Laclau et Mouffe, c’est le refus du marxisme mécanique qui imprègne la culture d’une partie de la gauche radicale, dans lequel tout est supposé se dérouler selon un schéma prédéfini. L’idée centrale pour nous consiste à ne pas avoir de délimitation préalable au sein de la population, autre que cette frontière avec l’oligarchie. ». Le rejet du « marxisme mécanique » est donc le rejet de l’analyse de classes et des luttes de classes comme le mécanisme qui dirigé de façon consciente mène au socialisme. C’est l’ABC du marxisme qui est rejeté ainsi y compris l’horizon de l’abolition de la division en classes de la société. Mais l’attitude communiste ne consiste pas dès lors à critiquer ce qui est absent dans ce programme. Dire à des réformistes assumés qu’ils ne sont pas assez marxistes est ridicule. D’autre part, la critique du réformisme de LFI est inopérante car elle passe à côté des enjeux de ce qui a été rendu visible et possible par ce mouvement. Les communistes doivent précisément s’appuyer sur ce que LFI a mis à jour comme contradictions sur la scène politique nationale. Nous pourrions alors distinguer entre des contradictions à caractère réformiste, qui peuvent être réglées au sein du capitalisme et des institutions bourgeoises, et des contradictions à caractère révolutionnaires, qui nécessitent la perspective du socialisme. Il est toujours possible d’obtenir des victoires tactiques qui ne sont pas négligeables et qui restent néanmoins sur le terrain réformiste (pensons à l’abrogation des lois sur la retraite, aux régularisations de travailleurs immigrés, au désarmement de la police). Mais bien entendu l’exploitation des libertés démocratiques et du terrain parlementaire n’est pas ce qui permet de renverser le système capitaliste. Ce qui compte au plus haut point aujourd’hui c’est que les forces communistes ne soient pas des phraseurs abstraits. Il faut participer à une « communauté sociale » de lutte commune, à des dynamiques portées par les masses populaires, qui par leur position dans la société, leur appartenance de classe et leur sa subjectivité soit en mesure de prendre position de façon antagonique avec les Autorités et la vie sociale aliénée des métropoles. La constitution d’une telle communauté sociale est davantage possible au sein et autour des comités d’action locaux de LFI que des formes actuelles d’organisation proposées par les différentes chapelles de la « gauche radicale ». Rien que pour cela, le rejet mécanique de LFI comme « réformiste », sans comprendre la vacuité actuelle d’une telle position, est une manifestation de plus d’un détachement du monde populaire qui a placé tant de fois la « gauche radicale » française en position de posture et surtout d’imposture.

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