Contre le « marécage » : la rupture de Lénine avec l’opportunisme

Pourquoi Lénine a-t-il lu Hegel, étudié des centaines de livres et d’articles et se penché en détail sur l’œuvre du libéral John A. Hobson avant de achever son ouvrage sur l’impérialisme ? L’histoire de la genèse de cette brochure montre ce que Lénine entendait par « analyse concrète » en tant que condition préalable à toute politique révolutionnaire.

En juillet 1916, il y a 110 ans, Lénine envoya le manuscrit de sa brochure sur l’impérialisme à la maison d’édition Parus de Petrograd. Ce n’est qu’après la Révolution de février, en avril 1917, que l’étude novatrice de Lénine sur l’impérialisme fut publiée.

Au sein du mouvement ouvrier révolutionnaire, une controverse virulente faisait rage depuis plus d’une décennie au sujet de l’analyse politique et économique de la nouvelle ère – qu’Lénine allait qualifier de révolutionnaire. Les conséquences pratiques de ce débat idéologique se sont manifestées au plus tard avec l’effondrement de la IIe Internationale, l’instauration de la trêve politique et l’intégration de la social-démocratie dans la guerre mondiale impérialiste.

Avec son étude sur l’impérialisme, Lénine a fourni au mouvement ouvrier les outils idéologiques décisifs pour sa lutte. Son analyse a justifié la nécessité d’une rupture avec la social-démocratie en s’appuyant sur l’évolution des conditions du capitalisme lui-même, devenant ainsi un fondement théorique majeur de la Révolution d’octobre et de la formation de la IIIe Internationale.

Même après plus de 100 ans, l’analyse de Lénine reste l’un des écrits les plus controversés du communisme scientifique. Cela n’a rien d’étonnant. Comme dans « Que faire ? » (1902), « L’État et la révolution » (1917) et d’autres ouvrages, Lénine relie directement l’analyse théorique aux conditions concrètes de lutte du mouvement ouvrier : à l’identification de ses adversaires et de ses alliés, à ses tâches et aux conditions de la politique révolutionnaire. C’est précisément pour cette raison que le débat autour de Lénine est toujours aussi un débat autour des conclusions politiques. Pour l’opportunisme, il est d’une importance capitale de déformer cette analyse concrète et, ce faisant, d’égarer le mouvement ouvrier dans sa lutte.

La reprise du débat sur l’impérialisme, au plus tard depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, a favorisé une tendance à la simplification et à la dogmatisation. On a vite fait de sortir des citations isolées, arrachées à leur contexte, tirées de l’ouvrage sur l’impérialisme, pour confondre les adversaires de l’opportunisme. Ce catéchisme largement répandu et ses célèbres prédicateurs, qui mettent en garde contre toute remise en question de leurs paroles sacrées, ont pour conséquence qu’aujourd’hui, on ne constate ni étude systématique des travaux de Lénine, ni tentative sérieuse de tirer parti de ces expériences pour le présent.

Lénine considérait que briser le catéchisme « communiste » était l’une des tâches politiques centrales de son époque. Aujourd’hui encore, cela reste une tâche décisive, et elle le restera tant qu’il y aura des classes et une lutte des classes.

En ce qui concerne le catéchisme léniniste sur la question de l’impérialisme, une première étape importante consiste à se demander pourquoi Lénine a travaillé sur cette étude – c’est là qu’intervient l’article suivant. Dans un deuxième temps, on pourrait élargir le regard sur l’état des débats de l’époque au sein du mouvement ouvrier, afin d’examiner ensuite en quoi consistait exactement le raisonnement de Lénine et comment celui-ci doit être compris – ou ne doit pas être compris – dans le contexte de sa situation de lutte concrète. Une telle réappropriation de l’analyse de Lénine sur l’impérialisme ne peut toutefois pas être la tâche d’individus isolés, mais reste une mission collective du mouvement communiste.

Une mission politique

En 1915, Maxime Gorki fonda, en collaboration avec l’éditeur Alexandre Trikhonov et Ivan Ladyshnikov, la maison d’édition Parus (La Voile). Gorki reprit une idée datant de 1911 et proposa une collection intitulée « L’Europe avant et pendant la guerre », qui devait se présenter comme un réquisitoire contre le capitalisme. Cette série de publications devait mettre en lumière la Première Guerre mondiale et ses causes profondes du point de vue des différents pays. Le travail commandé à Lénine pour cette série lui offrait, sur le plan politique, la possibilité d’exposer pour la première fois, de manière légale et exhaustive, ses réflexions théoriques sur l’impérialisme à la classe ouvrière russe. La série de publications de Gorki s’enlisa. Outre l’ouvrage de Lénine sur l’impérialisme, seules les études de Pavlovitch sur l’Asie et de Tcheraskov sur l’Angleterre ont été publiées par les éditions Parus dans le cadre de cette série.

En janvier 1916, Lénine commença à rédiger la brochure. À partir d’avril 1916, il subit une pression croissante de la part de la maison d’édition pour qu’il achève enfin la brochure. En mai et juin 1916, Lénine se concentra exclusivement sur la finalisation de l’ouvrage, ce qu’il réussit à faire en juin 1916 – mais pas dans le volume convenu. Un an après la remise du manuscrit, en août 1917, la brochure de Lénine fut publiée à 15 000 exemplaires, qui furent rapidement épuisés.i

Lénine lit Hegel

Les recherches approfondies de Lénine sur l’impérialisme et l’élaboration d’une orientation stratégique furent précédées, après le début de la Première Guerre mondiale, par une étude de la philosophie classique allemande. Entre septembre 1914 et mai 1915, Lénine étudia notamment « Exposition, développement et critique de la philosophie de Leibniz » de Ludwig Feuerbach, la « Science de la logique » de Hegel, en tenant compte de la « Logique » dans l’« Encyclopédie » de Hegel, les « Cours sur l’histoire de la philosophie » de Hegel, les « Cours sur la philosophie de l’histoire mondiale » de Hegel. À cela s’ajoutait une abondante littérature secondaire. Les études approfondies de Lénine se traduisirent par une multitude d’extraits et de notes commentées, publiés sous le titre « Cahiers philosophiques » dans le tome 38 des Œuvres de Lénine.

Lénine, alors âgé de 44 ans, a suivi en trois trimestres un programme philosophique complet. Pour Lénine, il existait manifestement un lien entre l’arsenal théorique des partis sociaux-démocrates de la IIe Internationale et leur trahison au cours de la Première Guerre mondiale. Ils avaient mis de côté les fondements scientifiques de la théorie marxiste. Le souci de Lénine était de rappeler ces fondements scientifiques afin de redonner à la théorie marxiste son rôle d’instrument politique de la lutte des classes.

La lecture intensive de Hegel par Lénine avait été précédée d’une lecture de Marx. En septembre 1913 parut une sélection en quatre volumes de la correspondance entre Marx et Engels. Lénine parcourut ces volumes en peu de temps. Un quart de ses notes sur cette correspondance portait sur la question de la philosophie et de la dialectique, avec au centre la « logique » hégélienne et l’analyse de Marx dans *Le Capital*. En opposant ces lettres à l’interprétation révisionniste de Bernstein, Lénine découvrit l’importance de Hegel pour la théorie marxiste.

Les métaphores ambiguës de la postface de la deuxième édition du « Capital », ainsi que le discours d’Engels sur le matérialisme de Hegel « renversé », ont d’abord conduit Lénine, dans sa lecture de Hegel, à appliquer un principe de « Cendrillon » : les « mauvais » passages sont éliminés, les « bons » sont notés. Au fur et à mesure de sa lecture, Lénine a remplacé cette méthode par une reconstruction et une appropriation critiques. Plus Lénine avançait dans la « logique subjective » de Hegel, plus ses extraits et ses annotations devenaient volumineux. Plus de la moitié des notes de Lénine portent sur la « doctrine du concept », dont près des deux tiers concernent la section consacrée à l’idée. Lénine a identifié le chapitre sur l’idée absolue comme le véritable « cœur » de la « Science de la logique ».ii

Contre le « marécage »

Le résultat de la lecture de Hegel par Lénine est la rédaction de points clés qui, selon lui, sont essentiels à l’utilisation de la méthode dialectique. On les retrouve, au sein des notes et commentaires de Lénine sur la « Science de la logique », dans les 16 « Éléments de la dialectique » que Lénine a rédigés en lien avec l’exposé de Hegel sur l’idée absolue en tant que méthode absolue.iii On les retrouve également dans le fragment « Sur la question de la dialectique », dans lequel Lénine a tenté de synthétiser ses conclusions.iv

Le lien entre l’étude de la dialectique par Lénine et son élaboration de l’analyse de l’impérialisme est attesté, d’une part, par la coïncidence temporelle ainsi que par une série de notes philosophiques figurant dans les « Cahiers sur l’impérialisme ». L’importance de cette réflexion méthodologique apparaît également dans le fait que tous les auteurs, marxistes comme non-marxistes, ont fondé leurs travaux sur les mêmes données factuelles pour expliquer l’impérialisme, tout en aboutissant à des définitions totalement différentes. Lénine avait défini la méthode de l’analyse concrète comme une union entre totalité et développement.v

Dans les « Cahiers sur l’impérialisme » de Lénine, on trouve un « Projet d’article sur la lutte contre le “marécage” (Notes sur le kautskyanisme) ». On y lit : « L’éclectisme au lieu de la dialectique. « Juste milieu » : « conciliation » des extrêmes, absence de conclusion claire, précise et sans ambiguïté, hésitations. Conciliation et émoussement des contradictions de classe dans les discours, alors qu’elles s’exacerbent en réalité. »vi Lénine caractérise ici, d’un point de vue méthodologique, le kautskisme, l’un des courants opportunistes les plus importants de l’époque au sein de la social-démocratie.

Les ambiguïtés méthodologiques étaient très répandues à cette époque, comme par exemple l’austromarxisme, qui cherchait à fonder un « marxisme sans Hegel ». Georgi Plekhanov, devenu l’autorité philosophique parmi les communistes après la mort d’Engels, accordait surtout de l’importance à la continuité de la tradition matérialiste au sein du marxisme, mais ne traitait Hegel que de manière marginale. Karl Kautsky écrivait que la philosophie n’avait jamais été son point fort et que, même s’il adhérait au matérialisme dialectique, il croyait néanmoins que « le point de vue économique et historique de Marx et d’Engels est, au besoin, également compatible avec le néo-kantisme ». Engels avait déjà fait remarquer que, « pour appeler un chat un chat, […] ce n’était ni l’affaire de Kautsky ni celle de Bernstein » de s’engager dans la voie de Hegel. Bernstein lui-même alla bien plus loin que Kautsky et qualifia l’hégélianisme de mauvaise chose, ce qu’il justifiait par le fait que Hegel était responsable de l’aspect révolutionnaire du marxisme.

En 1899, dans son ouvrage « Les conditions préalables du socialisme et les tâches de la social-démocratie », Bernstein mettait en garde contre les « pirouettes logiques de l’hégélianisme », qui conduisaient « dans le marécage ». Il y est également indiqué que ce que « Marx et Engels ont accompli de grand, […] ils ne l’ont pas accompli grâce à la dialectique hégélienne, mais malgré elle ». Le livre de Bernstein poussa même Kautsky à prendre la défense de l’hégélianisme, quoique sous une forme simplifiée.vii

En mai 1920, l’ouvrage de Boukharine intitulé « Économie de la période de transition » parut. Lénine rédigea une critique de l’ouvrage de Boukharine et résuma en conclusion ses critiques à l’égard des fondements philosophiques de ce dernier. Lénine reprocha à Boukharine son éclectisme, car celui-ci avait mêlé le matérialisme dialectique à la sociologie organisationnelle de Bogdanov. Lénine y voyait la raison pour laquelle Boukharine sombrait très souvent dans une scolastique conceptuelle contraire au matérialisme dialectique.viii

La base empirique

Les « Cahiers sur l’impérialisme » rassemblent, dans les Œuvres de Lénine, l’intégralité de ses travaux de recherche sur l’impérialisme. Ces 21 cahiers illustrent clairement l’étendue des recherches menées par Lénine pour préparer sa brochure. Avec environ 800 pages imprimées, ses études sur l’impérialisme ont un volume comparable à celui de ses précédentes recherches philosophiques approfondies. Lénine a étudié la littérature bourgeoise et marxiste existante sur l’impérialisme. Ses cahiers contiennent des extraits et des statistiques tirés de 148 livres, brochures, thèses et recueils statistiques, ainsi que 232 articles provenant de 49 revues et journaux. Lénine ne lut que deux de ces ouvrages en traduction russe. Parmi ces livres, 106 étaient en allemand, 23 en français et 17 en anglais.ix On peut donc affirmer qu’après son travail méthodologique approfondi, Lénine s’était mis à la page de l’état actuel de la recherche scientifique sur l’impérialisme.

En 1915, Lénine entama à Berne les travaux préparatoires immédiats pour sa brochure. Lorsque Lénine entama, à la mi-janvier 1916, le travail proprement dit sur son étude de l’impérialisme, la majorité des 21 « cahiers sur l’impérialisme » était déjà achevée. Comme le matériel dont il disposait à ce moment-là ne lui suffisait pas encore, il commença en 1916 à constituer un nouveau cahier et compléta trois cahiers déjà existants. Les cahiers Alpha, Bêta, Gamma et Thêta ont été utilisés de manière particulièrement intensive lors de l’élaboration du manuscrit et constituent la source principale de l’étude de Lénine.x

Le cahier Bêta (β), dont les dernières notes ont été rédigées à Zurich au début de l’année 1916, est le plus volumineux des cahiers de Lénine ; c’est de lui qu’il a tiré la plupart des citations pour sa brochure. Il contient des extraits et des références bibliographiques de 131 ouvrages, principalement consacrés au thème des banques. Dans son ouvrage sur l’impérialisme, Lénine cite 26 ouvrages dont il a noté des extraits dans ce cahier. Le cahier Gamma (γ) peut être daté de septembre 1915 et d’avril 1916. Il contient des références et des extraits de 196 titres portant sur des thèmes très variés : les finances françaises, la politique coloniale, des études spécifiques sur l’impérialisme américain, allemand, anglais et français, ainsi que sur la question militaire et la guerre. Parmi les titres analysés dans le cahier Gamma, onze sont cités dans l’ouvrage sur l’impérialisme.xi

Un allié inattendu

Le conspectus de loin le plus complet des « Cahiers sur l’impérialisme » est constitué des notes de Lénine sur l’ouvrage « L’impérialisme », publié en 1902 par John A. Hobson, un libéral de gauche.

John A. Hobson, correspondant de guerre du « Manchester Guardian », a couvert la sanglante guerre des Boers de 1899 à 1902. Hobson souhaitait fonder sa critique de ce conflit sur des bases théoriques. Il réglait ses comptes de manière radicale avec l’impérialisme.xii C’est en mars 1915 que fut rédigé le cahier Chi, dans lequel Lénine rédigea son résumé de l’« Impérialisme » de Hobson. Lénine estimait ce réformateur social anglais depuis de nombreuses années. Dès 1898, Lénine avait rédigé une critique de la traduction russe de l’ouvrage de Hobson « Evolution of modern capitalism » (Londres, 1894). Lénine s’efforça par la suite de traduire l’œuvre majeure de Hobson. Lénine s’intéressait tout particulièrement au « parasitisme de l’impérialisme » mis en lumière par Hobson sous ses différentes formes.xiii

S’appuyant sur des données concrètes, Hobson présente la politique coloniale, par essence, comme une politique d’exploitation de la majorité des hommes par un petit groupe de grands capitalistes. En s’appropriant d’énormes profits coloniaux, la bourgeoisie se transforme en une classe parasitaire. Une classe de rentiers détenant des titres coloniaux a vu le jour, et les grandes puissances impérialistes se sont transformées en États de rentiers. Hobson analysait ainsi déjà en 1902 avec justesse le parasitisme et la pourriture des rapports de production capitalistesxiv, surpassant ainsi de nombreux sociaux-démocrates tels que Kautsky ou Hilferding – comme Lénine le souligne à plusieurs reprises dans sa brochure.

L’« Impérialisme » de Hobson ainsi que la correspondance entre Marx et Engels fournirent à Lénine les indices décisifs à partir desquels il déduisit scientifiquement l’émergence de l’aristocratie ouvrière – une couche de la classe ouvrière qui profite également de la politique coloniale parasitaire – comme fondement de l’opportunisme. Il obtient ainsi la clé permettant de caractériser l’impérialisme comme l’enveloppe du capitalisme, qui se transforme inévitablement en pourriture si son élimination est artificiellement retardée, et qui, selon Lénine, peut se maintenir longtemps dans cet état de pourriture « si, dans le pire des cas, la guérison de l’ulcère opportuniste devait se faire attendre », mais qui sera inévitablement éliminée.xv

Hobson devient l’une des sources les plus importantes de Lénine dans la lutte contre Kautsky et le kautskysme. Concernant la fausseté économique de la définition de l’impérialisme donnée par Kautsky, Lénine écrit que la particularité de l’impérialisme ne réside pas dans la domination du capital industriel, mais dans celle du capital financier, qui annexe non seulement les pays agricoles, mais n’importe quel pays. Kautsky sépare le monopole politique du monopole économique afin d’ouvrir la voie au réformisme bourgeois le plus grossier, tel que le « désarmement », l’« ultra-impérialisme », etc.

Lénine poursuit en affirmant que l’hypocrisie de Kautsky réside dans le fait qu’il passe sous silence le monopole colonial de l’Angleterre, alors même qu’Engels avait déjà attiré l’attention sur ce monopole précis il y a plus de 34 ans. Car si le monopole industriel de l’Angleterre est détruit, le monopole colonial, selon Lénine, non seulement subsiste, mais s’est renforcé, puisque le monde entier est déjà partagé. Par ce silence, Kautsky introduit subrepticement l’idée bourgeoise et pacifiste « selon laquelle il n’y aurait rien pour quoi mener une guerre ». C’est tout le contraire, car les capitalistes doivent faire la guerre, puisque sans une redistribution violente des colonies, « les nouveaux pays impérialistes ne peuvent obtenir les privilèges » dont jouissent les anciennes puissances. Pour Lénine, la position de monopole de l’Angleterre explique la victoire temporaire de l’opportunisme en Angleterre, car ce monopole permet de réaliser des profits exceptionnels, avec lesquels la bourgeoisie achète la classe ouvrière afin de créer une sorte d’alliance entre les travailleurs de la nation concernée et leurs capitalistes contre les autres pays.xvi

Perspective de la révolution

L’accent mis par Lénine sur la lutte des classes dans sa définition constitue une ligne de démarcation importante par rapport aux autres sociaux-démocrates de l’époque. Si l’on fait exception de Rosa Luxemburg, on constate que Hilferding et Kautsky prétendaient fournir une explication « objective » de l’impérialisme, qui se limitait au niveau de la description et de l’analyse des phénomènes économiques et politiques, sans chercher à mettre en lumière l’importance et les enjeux de la lutte des classes.xvii

La contribution théorique et pratique de Lénine consiste à avoir élaboré une orientation stratégique révolutionnaire et scientifiquement fondée à une époque où les opportunistes avaient pris le dessus au sein du mouvement ouvrier international et où les révisionnistes sapaient toutes les questions décisives du communisme scientifique (la question de la méthode scientifique, celle de l’orientation stratégique et de la révolution, etc.). Lénine a sauvé le caractère scientifique dans une période de grands bouleversements et de confusion idéologique, et a créé une base programmatique pour l’unification des éléments révolutionnaires du mouvement ouvrier international.

Par Paul Oswald

kommunistische-organisation.de

i Hedeler, Wladislaw ; Külow, Volker (2016) : La genèse et la publication de l’ouvrage de Lénine « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme ». Dans : Wladislaw Hedeler et Volker Külow (dir.) : L’impérialisme, stade suprême du capitalisme. Exposé accessible à tous. Berlin : Éditions 8 mai, p. 222 et suivantes ; p. 228 et suivantes ; p. 247 et suivantes ; p. 276

ii Arndt, Andreas (2023) : Hegel chez Marx. Études sur la critique dialectique et la théorie de la libération. Éditions Dietz, p. 221 et suivantes ; p. 225 et suivantes.

iii Lénine, Vladimir Ilitch (1964a) : Consignes sur la « Science de la logique » de Hegel. Dans : Vladimir Ilitch Lénine (éd.) : Œuvres de Lénine. Tome 38. Berlin : Dietz Verlag, p. 212 et suivantes.

iv Lénine, Vladimir Ilitch (1964b) : Sur la question de la dialectique. Dans : Vladimir Ilitch Lénine (éd.) : Œuvres de Lénine. Tome 38. Berlin : Dietz Verlag, p. 338–344

v Arndt, Andreas (1982) : Lénine – Politique et philosophie. De l’élaboration d’une conception de la dialectique matérialiste. Éditions Germinal, p. 282 ; p. 298

vi Lénine, Vladimir Ilitch (1972) : Ébauche d’un article sur la lutte contre le « marécage » (Notes sur le kautskyanisme) . Dans : Vladimir Ilitch Lénine (éd.) : Œuvres de Lénine. Tome 39. Berlin : Dietz Verlag, p. 5

vii Arndt : Hegel chez Marx, p. 223 et suivantes.

viii Lénine, Vladimir Ilitch (1981) : Remarques sur « L’économie de la période de transition » de Boukharine. Francfort-sur-le-Main, entre autres : VTK

ix Lemmnitz, Alfred (1983) : Introduction à l’ouvrage de Lénine « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme ». 4e édition révisée. Berlin : Dietz Verlag, p. 13 et suivantes

x Hedeler et Külow : La genèse et la publication de l’ouvrage de Lénine « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », p. 259

xi Ibid., p. 260 et suivantes

xii Bollinger, Stefan (2004) : Théories de l’impérialisme. Fondements historiques pour une critique actuelle. Vienne : Promedia Verlag, p. 47

xiii Hedeler et Külow : La genèse et la publication de l’ouvrage de Lénine « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », p. 255

xiv Lemmnitz : Introduction à l’ouvrage de Lénine « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », p. 34

xv Lénine, Vladimir Ilitch (1974) : L’impérialisme, stade suprême du capitalisme. Exposé accessible à tous. Dans : Vladimir Ilitch Lénine (éd.) : Œuvres de Lénine. Tome 22. Berlin : Dietz Verlag, p. 308

xvi Lénine, Vladimir Ilitch (1972) : « L’impérialisme et la scission du socialisme ». Dans : Vladimir Ilitch Lénine (éd.) : Œuvres de Lénine. Tome 23 : Dietz Verlag, p. 104 ; p. 111 et suivantes

xvii Arndt : Lénine – Politique et philosophie, p. 293

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