françafrique : un calice empoisonné pour l’afrique (kenya)

Mwaivu Kaluka, président national du Parti communiste marxiste du Kenya.

(Discours de bienvenue prononcé lors du sommet panafricain à Nairobi, le 11 mai 2026)

Salutations révolutionnaires, camarades ! Au nom du Comité central d’organisation du Parti communiste marxiste du Kenya, je tiens à souhaiter la bienvenue à tous les partis politiques, mouvements, syndicats, organisations de masse, cadres de notre parti, délégués internationaux et à toutes les personnes qui ont honoré de leur présence ce contre-sommet. Je tiens également à remercier le comité d’organisation du sommet pour son travail et pour avoir tout mis en œuvre afin d’assurer le succès de cet événement.Notre pays est la terre des grands combattants Mau Mau. Nous ne pouvons qu’ rendre hommage à tous les martyrs révolutionnaires, y compris les jeunes de la génération Z, dont le sang continue d’arroser l’arbre de notre révolution en poursuivant notre lutte. À eux, nous faisons le serment de toujours faire avancer la lutte qu’ils ont engagée ; cet engagement, nous le mettrons en œuvre avec honneur.

Camarades ! Une fois de plus, notre continent est confronté à une menace imminente émanant d’une bête agressive. Cette bête n’est pas nouvelle sur nos terres ; elle a été blessée dans les buissons d’acacias épars de la région du Sahel, où elle n’avait nulle part où se cacher, et elle trouve désormais refuge et habitat dans les vallées du Rift et les montagnes volcaniques de l’Afrique subsaharienne. La forêt tropicale dense lui offre abri et nourriture. Nos grands bassins fluviaux étanchent sa soif tandis que les montagnes du Rwenzori et du Kilimandjaro lui offrent une position stratégique pour continuer à dévorer tout le continent.

Cette bête sauvage et errante doit être anéantie avant qu’elle ne se rétablisse complètement. Camarades ! Cette bête, c’est l’impérialisme français, et il faudra mobiliser tous nos efforts pour la vaincre. Ce sommet est le labyrinthe où nous devons préparer l’appât et le gouffre sans fond dans lequel la bête sera piégée et ensevelie dans les archives de l’Antiquité. Les paysans et la classe ouvrière d’Afrique seront les chasseurs indomptables ; armés de la lance du panafricanisme et du flambeau toujours éclatant du socialisme scientifique, nous porterons le coup de grâce à cette bête. Nous espérons que ce sommet aboutira à des résolutions concrètes permettant à nos peuples de vaincre l’impérialisme français et son préfet, l’impérialisme américain.

L’histoire coloniale française en Afrique est un chapitre que nous ne pouvons jamais oublier. La méthode d’assimilation fut l’une des plus brutales du colonialisme, visant à effacer complètement notre culture, nos coutumes, notre langue et notre vie économique africaines. Même après l’indépendance, De Gaulle s’est assuré que ses anciennes colonies restaient sous son emprise. Il a créé une classe compradore d’élites africaines pour gérer l’État néocolonial et ses intérêts économiques.

À l’exception de Sékou Touré en Guinée, la plupart des chefs d’État des pays francophones ont choisi de rester au sein de la Communauté française lors du référendum constitutionnel de 1958. La plupart de ces chefs d’État des pays nouvellement indépendants sont devenus les laquais de l’impérialisme français. Omar Bongo, marionnette de la France, a dirigé le Gabon jusqu’à sa mort en 2009 ; son fils, Ali Bongo, lui a succédé avant le coup d’État mené par Oligui Nguema. En République du Congo, la France soutient le régime de Sassou Nguesso depuis 1979. Au Cameroun, Paul Biya, âgé de 93 ans, dirige le pays depuis 1982 et prépare actuellement son fils à lui succéder. Au Tchad, Idriss Déby est au pouvoir depuis 1990, et ces mêmes États clients néocoloniaux se sont maintenus en République centrafricaine, au Bénin (Patrice Talon) et en Côte d’Ivoire avec Alassane Ouattara, pour n’en citer que quelques-uns.

Ces marionnettes néocoloniales ont été accueillies avec tous les honneurs à Paris, et les miettes qu’elles ont glanées auprès de l’impérialisme ont été investies dans des appartements, des villas et des manoirs situés dans les banlieues verdoyantes de France. Leurs comptes offshore sont déposés dans des banques françaises. Les dirigeants qui ont refusé de se soumettre à la France, comme Thomas Sankara et Mouammar Kadhafi, ont été renversés par des interventions militaires orchestrées par la France, puis remplacés par des marionnettes dociles permettant au capital financier français de continuer à dominer les peuples d’Afrique.

Le sommet France-Afrique, rebaptisé « sommet Africa Forward », est un exemple classique de la méthode de la carotte et du bâton visant à inciter les autres pays du continent à accueillir le parasite impérialiste français. Après sa défaite et son histoire dévastatrice au Sahel, la France se repositionne désormais pour trouver de nouvelles sphères d’influence. Le président Ruto en est le principal intermédiaire. Lorsque le Congo saignait, son premier coup de fil a été pour Macron. Ses échangistes avec Macron, et même la récente invitation au sommet du G7 de 2026 en France, ne sont pas des démonstrations d’affection inconscientes ; il s’agit de manœuvres stratégiques et de machinations impérialistes de la France pour nous rendre serviles.

Finance

Camarades ! L’une des discussions entre Emmanuel Macron et William Ruto lors de la visite de ce dernier en France en juin 2023 a porté sur l’architecture financière. Ruto a appelé à une refonte complète de l’architecture financière mondiale afin d’adopter une approche gagnant-gagnant qui aiderait les pays en développement. La question que nous devons nous poser est la suivante : quelle est cette architecture financière existante que Ruto souhaite voir remaniée ? Nous devons également nous demander si l’architecture financière mise en place par la France en Afrique diffère de celle qui domine actuellement.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les pays impérialistes se sont réunis lors de la célèbre conférence de Bretton Woods en 1944 pour discuter de la nouvelle architecture financière et économique mondiale de l’après-guerre. Cette conférence a donné naissance au « Plan White », proposé par le secrétaire au Trésor américain, Harry Dexter White. Ce plan prévoyait la création d’un fonds de stabilisation, qui imposait aux États membres de déposer un « quota » composé à 75 % de leur monnaie nationale et à 25 % d’or. En contrepartie, chaque pays disposait de droits d’achat appelés « droits de tirage spéciaux » (DTS) pour régulariser les déséquilibres commerciaux.

Le dollar a également été ancré à d’autres devises à un taux de change fixe. La conférence de Bretton Woods a également donné naissance à la Banque mondiale, qui a permis les investissements étrangers directs, tandis que le FMI définissait les politiques budgétaires et monétaires. Grâce à des mécanismes tels que l’accord de confirmation, la facilité d’emprunt élargie ou la facilité de crédit élargie, le FMI a pu octroyer des crédits par tranches tout en s’assurant que ces pays débiteurs mettaient en œuvre les programmes d’ajustement structurel.

D’un autre côté, l’architecture financière française en Afrique n’a-t-elle pas été différente ? Nous savons tous que la France a mis en place l’architecture financière et monétaire la plus néfaste et la plus oppressive dans ses relations avec les pays africains. Le franc CFA, créé en 1945, en même temps que la conférence de Bretton Woods, a continué à servir d’outil néocolonial pour contrôler à la fois nos politiques budgétaires et monétaires. La plupart des pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale sont restés dans le régime du franc CFA après leur indépendance.

La création de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), comptant huit États membres, à savoir le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Bénin, le Sénégal, le Niger,

le Togo et la Guinée-Bissau, ainsi que la création de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CAEMC), composée du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la République du Congo, du Tchad, du Cameroun et de la République centrafricaine, a permis à la France d’exercer un contrôle total sur l’architecture financière de ces pays africains.

Pour exercer ce contrôle total et porter atteinte à la souveraineté africaine, la France a veillé à la centralisation des réserves de change. La Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) avaient initialement leur siège en France, et même après leur transfert en Afrique, les pays relevant du régime du franc CFA sont toujours tenus de déposer 50 % de leurs réserves de change dans un trésor français spécial.

Comme si cela ne suffisait pas, la France a imposé un taux de change fixe indexé sur l’euro, à l’instar du dollar dans le cadre des accords de Bretton Woods. La France a également autorisé la convertibilité illimitée du franc CFA en euros, mais elle a exigé que les réserves de change dépassent de 20 % la monnaie en circulation ; ce n’est pas de la souveraineté, camarades, c’est un contrôle néocolonial pur et simple de nos politiques monétaires.

La France s’est également assurée de disposer d’experts au sein des conseils d’administration de la BCEAO et de la BEAC, tandis que les chefs d’État africains étaient relégués à des rôles consultatifs. C’est le genre d’architecture financière qui serait imposée aux chefs d’État africains lors du soi-disant « Sommet Africa Forward ».

Commerce et investissements industriels

Camarades ! Les multinationales françaises ont également continué à exercer un contrôle monopolistique sur les pays francophones par le biais des investissements directs étrangers, des importations et des exportations. Les pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale possèdent d’immenses gisements de minerais et de métaux précieux tels que l’or, le pétrole, le manganèse, le minerai de fer, l’uranium, le charbon, ainsi que des produits agricoles comme le cacao, le coton, le caoutchouc, le bois, le riz, le maïs et d’autres marchandises, qui ont continué d’être contrôlés par des multinationales françaises (MNC) telles qu’Orange, Total Énergies, Orano et CMA CGM, pour n’en citer que quelques-unes, qui ont contrôlé à la fois l’industrie et le commerce.

L’expulsion de ces multinationales au Sahel signifie que la France cherche d’autres avant-postes sur le reste du continent africain pour continuer à exploiter les ressources, la main-d’œuvre et le marché africains. La CEDEAO reste sous l’emprise de la France. La France est toujours le premier importateur de matières premières en provenance de ces pays francophones et le premier exportateur de produits finis, principalement issus de l’industrie légère. Le maintien du franc CFA dans les échanges bilatéraux signifie que la France continue de dominer les échanges commerciaux entre ces États membres.

Militaire

Camarades ! La récente coopération en matière de défense entre les Forces de défense du Kenya et la France, signée en octobre 2025 et récemment approuvée par le Parlement, est un sujet qui doit nous inquiéter. Les bases militaires étrangères sont toujours implantées stratégiquement pour veiller aux intérêts économiques du capital financier étranger. Ce pacte de défense, suivi de l’arrivée de plus de 800 marines français au port de Mombasa, sert de paravent à l’installation de bases militaires permanentes et de plates-formes de lancement dans notre pays.

Sous prétexte de formation militaire, de partage de renseignements et de sécurité maritime, il s’agit du même scénario, mais avec des étapes différentes. Nous n’avons pas tout oublié : l’intervention brutale contre Mouammar Kadhafi en Libye. Après l’opération « Unified Protector » menée en Libye en 2011, la région a connu une recrudescence des groupes terroristes, de la piraterie et de la contrebande de ressources naturelles et minérales. En 2014, la France a mis en place le G-5 Sahel, un accord militaire regroupant le Tchad, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et la Mauritanie, dans le cadre duquel elle a établi des bases militaires à N’Djamena (Tchad), Niamey (Niger) et Ouagadougou (Burkina Faso). Il est également important de noter que la France dispose de bases militaires dans plus de dix pays, stratégiquement implantées là où elle a des intérêts économiques stratégiques.

Ces bases militaires n’ont rien à voir avec la sécurité ou la lutte contre le terrorisme ; ce sont en réalité elles qui financent et fournissent des armes aux groupes terroristes afin de déstabiliser la région. Nous devons garder à l’esprit les échecs de l’opération Serval lancée en 2013 au Mali et de l’opération Barkhane en 2014. Ces opérations n’ont fait que révéler au grand jour que la France continuait à former, à armer et à partager des renseignements avec ces groupes terroristes dans la région du Sahel.

Climat

Camarades ! Un autre thème qui dominera les discussions sera le changement climatique. La France ne manquera pas de prôner le cadre néolibéral pour atténuer la crise climatique. Le Nord, qui est le plus grand émetteur de carbone, ne veut pas rendre de comptes. La crise climatique a été principalement causée par l’accumulation primitive capitaliste et son ambition de réaliser des superprofits sans se soucier de la dégradation de l’environnement. Au lieu de résoudre la crise à sa racine, le capitalisme cherche à la transformer en marchandise. Les résolutions adoptées lors du sommet de Rio en 1992 et l’adoption des protocoles de Kyoto en 1997 ont continué à proposer ce cadre néolibéral fondé sur le marché pour atténuer la crise climatique. Le capital financier international cherche à masquer les failles ; il préfère mettre un pansement plutôt que de prévenir la blessure.

Le système de « plafonnement et d’échange » et le Mécanisme de développement propre (MDP), introduits principalement dans les pays du Nord, ne résoudront pas la crise. Ils ne feront que permettre aux pays industrialisés et aux grandes multinationales d’acheter des crédits carbone aux pays du Sud. Cela permettra aux multinationales du Nord de poursuivre leurs émissions de carbone et de les compenser en achetant des crédits de réduction d’émissions certifiées (CER).

Le MDP et les marchés volontaires de compensation (VOM) ont tous deux contribué à la crise climatique et ne peuvent constituer une solution. Ces projets de développement propre ont également conduit à l’éviction de la majeure partie de notre population paysanne. Leurs terres leur ont été confisquées au nom de la conservation et de la création de puits de carbone. Notre peuple doit continuer à s’opposer à ces mécanismes du marché du carbone. Les pays industrialisés doivent prendre des mesures pour réduire leurs émissions de carbone. Le mensonge que Ruto répand au sujet du financement climatique ne fait qu’exacerber la crise et ne conduit à aucun développement réel pour notre peuple.

Alliance des États du Sahel

Camarades ! Il existe des « coups d’État justes » et des « coups d’État injustes ». Les coups d’État qui bénéficient du soutien populaire et qui font progresser le peuple sont des coups d’État justes, tandis que ceux qui visent à maintenir, voire à inverser les progrès du peuple, sont des coups d’État injustes. Les coups d’État qui ont eu lieu au Niger, au Burkina Faso et au Mali sont des coups d’État justes. Ces révolutions ont réussi à se libérer du joug impérialiste et poursuivent désormais leur projet de développement national.

Elles ont réussi à chasser les multinationales étrangères, en particulier les entreprises françaises qui exploitaient leurs ressources. Elles ont également expulsé les bases militaires américaines et françaises de leurs territoires. Elles sont désormais engagées sur la voie du développement de leur industrie nationale et de la mécanisation de leur agriculture. La création de la Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID-AES) constitue un pas en avant vers la libération vis-à-vis des institutions oppressives de Bretton Woods et du régime français du franc CFA. Cela permettra à ces pays de l’Alliance des États du Sahel d’échapper à l’intégration dans l’architecture financière mondiale. Cela signifie également la souveraineté de leurs politiques fiscales et monétaires, et cela les aidera également à équilibrer leur balance des paiements, contrairement aux cadres oppressifs de l’Organisation mondiale du commerce.

Leur mise à l’écart par la CEDEAO et l’Union africaine ne fait que confirmer à quel point ces institutions multilatérales se sont écartées de leurs objectifs initiaux et sont désormais à la solde de l’impérialisme. La formation de l’Alliance des États sahéliens est la voie juste, telle qu’envisagée dans les objectifs panafricains de construction d’une Afrique unie. Nous devons apporter notre soutien à ces révolutions et les défendre en toutes circonstances.

Révolution nationale démocratique.

Camarades ! Cette époque d’impérialisme et de lutte pour une révolution prolétarienne nous offre l’occasion de vaincre l’impérialisme sur tous les fronts. L’ère des révolutions démocratiques bourgeoises est révolue ; nous sommes entrés dans l’ère des révolutions nationales démocratiques, en particulier pour les pays où l’impérialisme et les relations semi-féodales persistent encore. La lutte pour l’autodétermination visant à résoudre la question nationale fait désormais partie intégrante de la révolution prolétarienne mondiale.

Nous avons pour tâche de mener à bien la révolution nationale démocratique afin de préparer le terrain pour la construction socialiste.

Cela exige que nous consolidions l’alliance fondamentale entre la classe ouvrière et les paysans, qui constituent la majorité en Afrique. Nous devons également rallier les autres classes opprimées sur le plan national au front uni national afin de brandir l’étendard de la révolution nationale démocratique. Les pays du Sahel nous montrent la voie. Lorsque les mineurs de Marikana se soulèvent et que les petits producteurs de cacao du Ghana se joignent à eux, il n’y a aucune forteresse impérialiste que nous ne puissions conquérir.

Vive la révolution démocratique nationale !!!

Vive la révolution socialiste !!!

En avant avec la solidarité internationale !!!

À bas l’impérialisme français !!!

À bas l’impérialisme américain !!!

cpmk.org

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