LFI a réussi là où de nombreuses expériences et forces sociales, syndicales et politiques n’ont jamais abouti : s’implanter dans les quartiers populaires des grands centres urbains. Cela ne peut pas être généralisé à toutes les réalités urbaines en France, mais c’est un fait qu’elle a réussi à donner une perspective politique aux contradictions qui traversent les grandes banlieues de la métropole impérialiste française. La campagne menée par LFI sur la question des violences policières est un acte concret, qui met en avant une dimension de classe bien précise. La définition même de la « Nouvelle France » se veut, dans les limites de la compatibilité capitaliste, une tentative de donner un rôle central à une partie de la population, écrasée par les mécanismes néocoloniaux et « classistes » des classes dominantes françaises.
Les critiques que LFI reçoit souvent de la part des secteurs communistes et de la gauche prolétarienne sont mal posées. On critique le choix parlementaire de LFI, ainsi que la « neutralité » de l’État impérialiste. Ce sont des critiques justifiées, mais elles sont « mal posées ».
Un « parti-mouvement » comme LFI naît en tant que force politique au sein de la « démocratie impérialiste » et on ne peut pas reprocher à une force qui se déclare non « révolutionnaire » de ne pas être « révolutionnaire ». En tant que communistes, la défense du marxisme est importante, mais uniquement lorsque le marxisme est une science de la transformation et non une simple lecture scolaire…
La critique la plus importante que nous devons adresser à LFI ne se situe pas sur le plan tactique et organisationnel, mais bien sur les fondements interprétatifs du monde, sur son plan idéologique. Et c’est sur ce plan que doit se concentrer notre critique.
Les critiques qui ont été formulées à l’encontre de LFI, comme par exemple l’opposition entre le PCF, qui se présente comme un parti « ouvrier », et LFI, considéré comme un parti-mouvement des quartiers populaires, ou encore l’accusation de « populisme » portée par les sectes trotskistes, gardiennes de la « pureté » révolutionnaire et de l’identité de « classe », sont pour nous fondamentalement « stupides ». Le PCF mythifie une classe ouvrière française qui n’a jamais existé dans la métropole impérialiste. L’idée révolutionnaire des sectes trotskistes consiste à proposer à nouveau un syndicalisme révolutionnaire ou un assembléisme lié davantage à la mythologie étudiante qu’à une confrontation directe sur ce que signifie briser l’appareil d’État.
D’autres secteurs de la gauche ont critiqué LFI, de manière moins banale que le PCF ou les trotskistes, tout en restant toutefois attachés à des visions essentiellement « syndicalistes » et « sociologiques » de la classe. La classe est considérée uniquement sous l’angle d’une vision « productiviste » et non comme un élément social dynamique.
La classe prolétarienne vit de son salaire et, par conséquent, ceux qui ont la possibilité de ne pas vivre exclusivement de leur salaire n’en font pas partie. Cela vaut également lorsque le travailleur, disposant d’un salaire plus que suffisant pour sa simple survie, a également la possibilité d’épargner : il peut donc percevoir des revenus sous forme d’intérêts et peut-être même acheter une petite maison, en tirant parti de son revenu relatif. Ce n’est plus le prolétaire qui « n’a rien d’autre à perdre que ses chaînes », comme le décrit Marx, car il a désormais quelque chose à défendre dans ce mode de production. Et cela est particulièrement pertinent précisément lors des crises économiques et sociales les plus graves.
En ces moments de bouleversements sociaux, l’être humain fait valoir ses intérêts par l’action politique non pas en tant que membre d’une « catégorie de producteurs », mais d’une classe sociale. La classe ne doit pas être considérée comme un simple agrégat de catégories productives, mais comme un groupe homogène d’individus dont les conditions de vie économique présentent des similitudes fondamentales. Le prolétaire n’est pas le producteur qui exerce certains métiers, mais l’individu qui se distingue par l’absence de possession des moyens de production et par la nécessité de vendre sa force de travail pour vivre. On pourrait même avoir un ouvrier régulièrement organisé au sein de sa catégorie, qui soit en même temps un petit propriétaire foncier ou un « capitaliste ». Nous avons affirmé que les conditions d’appartenance à la classe prolétarienne ne sont pas déterminées exclusivement par la nature du travail effectué, mais par des conditions de vie caractérisées par l’absence de toute réserve. Cela ne doit pas conduire à l’affirmation erronée selon laquelle chaque secteur du prolétariat participe de la même manière à la création de valeur dans le capital. Un autre aspect est l’armée industrielle de réserve : il s’agit de la classe ouvrière non employée, mais qui reste prolétarienne.
Le développement des mouvements sociaux, syndicaux et politiques prend une véritable dimension de rupture lorsqu’il se confronte à l’État impérialiste, à l’appareil de domination des classes dominantes. Et ce n’est qu’au sein de cette dynamique que la recomposition de classe se concrétise, car elle devient manifestation de l’autonomie prolétarienne, c’est-à-dire du rôle moteur des masses populaires. Ce processus ne tombe pas du ciel, mais résulte d’un ensemble de facteurs subjectifs et objectifs.
LFI a raison de ne pas réduire la classe à la classe ouvrière au sens strict, mais se trompe en même temps car elle analyse la composition de classe aujourd’hui à travers un prisme lié à ces mêmes courants politiques libéraux-impérialistes qu’elle pense combattre… faisant ainsi disparaître le concept même de classe et, par conséquent, celui de transformation socialiste de la société.
La réduction de la classe ouvrière (au sens strictement industriel), loin de marquer le déclin de sa centralité, comme le soutiennent les opportunistes de l’ancienne et de la nouvelle génération, est un symptôme de la diminution du temps de travail nécessaire à la production et à la reproduction des conditions matérielles de vie des hommes. De cette manière, elle fait du renversement de sa propre condition sociale une question encore plus centrale, une pierre de touche et une synthèse de la transformation que la société bourgeoise porte en elle. Et comme le renversement de la condition sociale de la classe ouvrière ne peut être que le fruit d’un mouvement de la classe ouvrière elle-même, cela confirme également sa centralité politique et révolutionnaire. Pour LFI, en revanche, il existe une fin de la classe ouvrière (industrielle) qui équivaut à la fin de la classe et donc du processus révolutionnaire.
Le fordisme, l’intégration entre la classe et l’État dans le compromis issu de la Seconde Guerre mondiale, ont été des facteurs qui ont caractérisé le monde occidental, et c’est un fait avéré. L’idée même d’une classe prolétarienne intégrée a représenté le signe de la faiblesse de la gauche occidentale, qui renonçait à l’alternative socialiste au profit du capitalisme. Le déclin du marxisme-léninisme en Occident trouve son origine dans cet élément.
Cependant, la classe n’est pas un élément statique, et les processus mêmes d’intégration se transforment en dé-intégration. Le développement impérialiste, avec la nouvelle concurrence mondiale et l’automatisation de l’organisation du travail, a rendu encore plus contradictoire et conflictuelle la relation entre le Sud et le Nord du monde, et a créé une nouvelle polarisation sociale qui traverse les métropoles impérialistes elles-mêmes.
Réduire la classe à un sujet syndical, concevoir la transformation comme un « équilibre » sans rupture, donc sans processus révolutionnaire, relève essentiellement du mythe d’une société où il s’agit simplement de réduire les déséquilibres, mais non de remettre en cause les fondements mêmes de la société. Cette approche trouvait dans le « socialisme du XXIe siècle » son point théorique et politique le plus avancé de ces vingt dernières années. Le mythe du socialisme du XXIe siècle n’a même pas duré une décennie ; il a été vaincu précisément en raison de sa faiblesse idéologique, qui se traduisait par une faiblesse politique. Pour n’avoir pas accepté la confrontation en cours dans un monde où la concurrence mondiale déclenche une nouvelle lutte des classes.
On refusait la lutte des classes au sens léniniste, l’analyse de la société dans son ensemble, l’identification des contradictions, la relation entre le général et le particulier, l’analyse de l’État et des relations impérialistes. Se réapproprier la pensée léniniste (marxiste-léniniste) ne signifie pas adopter une approche extrémiste (fondamentalement antipolitique) ou mythologique (qui envisage un passé-présent immuable), mais cela signifie utiliser tous les moyens nécessaires dans la lutte politique et sociale. Non pas comme une simple dimension de propagande, mais comme un espace de combat politique, tant sur le plan légal qu’illégal. Aujourd’hui, ce facteur devient encore plus visible, dans une situation où la justice et le droit s’éloignent de plus en plus l’un de l’autre.
LFI a raison dans sa tentative d’être une force politique d’une « nouvelle France », en ayant identifié certains secteurs sociaux, mais elle part de prémisses erronées qui la rendent inévitablement incapable d’adopter le socialisme comme horizon stratégique.
La critique doit être intransigeante à l’égard de ceux qui pensent que rien ne change, en reprenant les schémas du passé, mais elle doit l’être tout autant à l’égard des tendances modernistes. Il est important pour nous de critiquer les tendances qui parlent aujourd’hui d’un « nouveau capitalisme » : du techno-capitalisme au capitalisme féodal, etc. Car derrière cette recherche légitime de compréhension de la réalité se cache le vieux réformisme, qui justifie les rapports sociaux capitalistes, avec leur division de classe et l’impossibilité du socialisme. Et c’est sur ce plan que nous pensons devoir concentrer notre critique à l’égard de LFI et de ses repères interprétatifs.
D’un point de vue marxiste, le terme « techno-capitalisme » ou « capitalisme féodal » ou “capitalisme tributaire”, si on l’accepte en tant que terme, doit être considéré davantage comme la description d’une phase historique du capitalisme que comme un nouveau mode de production. L’accent mis sur la technologie risque de masquer la relation sociale fondamentale : le capital continue de dominer le travail, quels que soient les outils techniques utilisés.
LA TECHNOLOGIE NE REMPLACE PAS LE RAPPORT CAPITAL-TRAVAIL
Pour Marx, ce qui définit le capitalisme, ce n’est pas le niveau technologique, mais le fait que : les moyens de production sont la propriété privée du capital ; les travailleurs vendent leur force de travail ; le profit provient de la plus-value extraite du travail.
Les ordinateurs, l’intelligence artificielle, les robots et les plateformes numériques modifient les formes de production, mais n’abolissent pas ces rapports. Marx écrit dans les Grundrisse : « La machine n’est pas plus une catégorie économique que ne l’est le bœuf qui tire la charrue. » La technique n’acquiert une signification économique qu’au sein de certains rapports sociaux, et non l’inverse. Les changements technologiques réels ne constituent pas un nouveau mode de production. La technologie modifie la forme de la production, mais pas le rapport social fondamental.
LE « TECHNOCAPITALISME » EST-IL UN NOUVEAU CAPITALISME ?
Capitalisme numérique, capitalisme des plateformes, capitalisme cognitif, technocapitalisme : ces termes peuvent suggérer l’existence d’un capitalisme qualitativement différent de celui analysé par Marx. On oublie toutefois que le profit continue de provenir de l’exploitation du travail, que la loi de la valeur continue d’opérer, et que la concurrence et l’accumulation restent le moteur du système. Ce sont les « formes » concrètes qui changent, et donc aussi en partie la composition de classe, mais pas la logique fondamentale.
LA TECHNOLOGIE RENFORCE LA SUBSOMPTION DU TRAVAIL
Marx faisait la distinction entre la subsomption formelle et la subsomption réelle du travail au capital. Subsomption formelle et réelle des activités économiques dans le capital : le capitalisme a subsommé les activités productives existantes dans les modes de production antérieurs et en a créé de nouvelles ; il produit des biens qui étaient déjà produits auparavant – alimentation, habillement, logement, etc. – et des biens qui n’étaient pas produits auparavant : radio, services de santé, transports, Internet, etc. Les activités productives déjà existantes ont subi un processus de subsomption formelle ou de subsomption réelle. La subsomption formelle consiste en l’absence de variations dans le contenu du processus de travail, mais en la transformation du rapport entre le travailleur et le reste de la société. Par exemple : le paysan passe du travail de sa propre parcelle de terre pour l’autoconsommation ou au service du noble féodal, au travail pour un capitaliste ; devenant ainsi un salarié et un ouvrier agricole. Son travail, cependant, reste pour l’instant inchangé. La subsomption réelle consiste en la transformation, par le capitaliste, du contenu du processus de travail : il introduit de nouveaux rythmes de travail, augmente (ou réduit) le nombre de travailleurs, les regroupe en entreprises, les fait travailler ensemble sur des chaînes de montage, adopte de nouvelles machines, modifie ce qui est produit, etc., afin d’accroître la valorisation du capital (augmenter la productivité du travail). Par exemple, dans ce cas précis, l’agriculteur passe d’un travail sans machines, avec une utilisation réduite d’engrais et une culture non intensive, etc., à un travail avec des outils modernes, l’utilisation de produits chimiques, une productivité plus élevée, moins de pauses, etc.
L’automatisation, les algorithmes et le contrôle numérique constituent une extension de la subsomption réelle : surveillance continue, mesure permanente de la productivité, gestion algorithmique des travailleurs, intensification des rythmes. Au sein du processus de production capitaliste, la technologie reste un instrument de commandement du capital.
L’ILLUSION DE LA « FIN DU TRAVAIL »
Les théories sur le « techno-capitalisme » affirment que le travail serait voué à disparaître et que l’IA produirait de la richesse de manière autonome. Le marxisme nous enseigne que seul le travail vivant produit de la valeur nouvelle ; les machines transfèrent au produit la valeur déjà incorporée, mais ne créent pas de plus-value. L’automatisation peut réduire le travail nécessaire dans certains processus de production, mais elle n’élimine pas le rôle du travail vivant dans l’économie globale. Ce qu’elle engendre au sein du capitalisme, c’est une augmentation de l’armée industrielle de réserve, ce qui accélère les contradictions dans la lutte des classes. Ces théories soulignent un aspect correct, mais elles n’en saisissent pas les dimensions politiques et les perspectives. Le socialisme n’est pas une idée, mais naît au sein même des contradictions du capitalisme. Aujourd’hui, nous sommes confrontés à un capitalisme vieillissant et obèse, où l’enveloppe sociale (la division de classe) empêche l’émergence d’un nouveau mode de production (le socialisme). Les signes avant-coureurs que l’on peut déceler dans le capitalisme impérialiste – Lénine parlait de l’impérialisme comme d’une « phase de transition vers le socialisme » – ne doivent pas être considérés de manière messianique ou « catastrophiste » ; c’est toujours la combinaison de facteurs subjectifs et objectifs qui permet le développement de la lutte des classes et donc du socialisme lui-même. L’automatisation accentue donc la contradiction du capitalisme et met en évidence son caractère archaïque, mais elle ne « détruit » pas automatiquement le capitalisme. Si le capital constant (les machines) augmente, le travail vivant diminue relativement, ce qui tend à réduire la source de la plus-value. Cela alimente la tendance à la baisse du taux de profit. Ce sont précisément les innovations technologiques qui peuvent aggraver cette contradiction au lieu de la résoudre.
LE FÉTICHISME DE LA TECHNOLOGIE
Selon Marx, dans le capitalisme, les relations sociales apparaissent comme des relations entre des choses. Dans le « techno-capitalisme », ce fétichisme prend de nouvelles formes : on dirait que ce sont les algorithmes qui décident, que c’est l’intelligence artificielle qui commande, que ce sont les données qui créent la richesse. Cependant, derrière les logiciels, les données et l’IA se cachent : le capital investi, le travail humain (programmeurs, annotateurs de données, opérateurs logistiques, techniciens de maintenance, etc.), les rapports de propriété… avec leur contrôle respectif et leur fonction idéologique (la défense du présent et des rapports sociaux actuels)
LA CONCENTRATION DU CAPITAL N’EST PAS UN PHÉNOMÈNE NOUVEAU
Les grandes entreprises technologiques (Google, Amazon, Meta, Microsoft, Apple, Tencent, Alibaba, etc.) sont souvent considérées comme une nouveauté absolue. D’un point de vue marxiste, elles représentent plutôt une concentration et une centralisation supplémentaires du capital, une tendance déjà identifiée par Marx et développée par la suite par Lénine dans son analyse de l’impérialisme. Leur position monopolistique n’élimine pas les lois du capitalisme. Ces grandes entreprises se font concurrence pour le profit : elles investissent du capital, recherchent des rendements élevés et sont soumises aux cycles économiques. Amazon, par exemple, n’est pas un nouveau grand seigneur féodal : c’est une entreprise capitaliste moderne, qui détient une position monopolistique et un pouvoir économique considérable.
LE CAPITALISME « TRIBUTAIRE »
Le concept de capitalisme fiscal tend à confondre le mécanisme fondamental de l’exploitation capitaliste avec les modalités politiques et fiscales de répartition de la plus-value. L’État, la fiscalité et les rentes peuvent modifier le fonctionnement concret du capitalisme, mais ils ne remplacent pas la relation sociale fondée sur le travail salarié et la production de plus-value. Le profit ne provient pas de la fiscalité, de la rente publique ou de l’intervention de l’État. L’État peut redistribuer la plus-value ; il peut favoriser certaines fractions du capital ; il peut transférer la richesse. Mais il ne crée pas la plus-value. La plus-value continue d’être produite dans la sphère de la production capitaliste. Le mécanisme fiscal et financier qui caractérise aujourd’hui le capitalisme reste un phénomène lié au développement du capitalisme monopolistique, financier ou impérialiste, plutôt qu’à l’émergence d’un nouveau type de capitalisme « tributaire ».
L’ÉCONOMIE DES DONNÉES NE DÉPASSE PAS LA LOI DE LA VALEUR
On entend souvent dire que « les données sont le nouveau pétrole ». Cependant, les données ne produisent pas automatiquement de valeur ; elles n’acquièrent de la valeur que si elles sont intégrées dans des processus de valorisation du capital ; leur collecte et leur analyse nécessitent des infrastructures, du travail et des investissements. L’IA peut augmenter considérablement la productivité, mais elle ne crée pas de nouvelle valeur ; l’IA est une forme encore plus sophistiquée de capital constant. Par conséquent, même si l’IA remplace de nombreux travailleurs, elle ne peut pas être la source du profit. L’idée selon laquelle une technologie plus avancée pourrait produire un capitalisme plus stable et plus harmonieux est fausse. La productivité augmente, mais les investissements ralentissent, la rentabilité reste problématique et les crises de surproduction et financières continuent de se produire. Les crises que traverse le capitalisme découlent des contradictions de la production capitaliste, et non d’une insuffisance technologique.
Parler de « nouveau capitalisme » n’est utile que si cela désigne une configuration historique particulière du capitalisme. Cela devient en revanche problématique lorsque cela laisse entendre que la technologie a remplacé les catégories fondamentales de l’analyse marxiste. La technologie modifie l’organisation de la production, les formes de contrôle du travail et la composition du capital, mais elle n’élimine pas les rapports sociaux de production fondés sur la propriété privée des moyens de production, le travail salarié et l’extraction de la plus-value. Dans cette perspective, le « techno-capitalisme » ne constitue pas un nouveau mode de production, mais une phase du capitalisme dans laquelle l’innovation technologique est mise au service de l’accumulation du capital. La « révolution numérique » doit être interprétée à la lumière de la loi marxiste de la baisse tendancielle du taux de profit. Plus d’automatisation + plus
d’automatisation + plus de capital constant + moins de travail
vivant + moindre production de plus-value + pression sur le taux de
profit + crise et difficultés d’accumulation
L’automatisation ne représente pas une issue aux contradictions du capitalisme, mais une intensification de celles-ci. Ce n’est pas un hasard si l’automatisation est interprétée de manière complètement différente entre le pôle impérialiste et la Chine. La Chine est une société de marché socialiste, traversée par d’innombrables contradictions et donc par la lutte des classes elle-même ; cependant, son orientation politique socialiste la place face aux mécanismes de l’automatisation d’une manière différente des autres pays impérialistes, en commençant à envisager des formes sociales de masse détachées du « travail ». Il ne s’agit pas ici de littérature libertaire, mais d’une planification qui prend en compte les défis de la modernité.Aujourd’hui, il ne suffit donc pas de combattre les mouvements réactionnaires de masse, anciens et nouveaux (une bataille dans laquelle LFI est en première ligne), mais il faut inscrire la question du socialisme au cœur des contradictions actuelles. Dans un ordre social ancien et injuste, le désordre est le premier pas vers un nouvel ordre social juste (le socialisme). Au sein de ce processus, les communistes et la gauche prolétarienne en général jouent un rôle fondamental dans la métropole impérialiste française, s’ils parviennent à saisir les aspects dynamiques d’une politique de front qui trouve nécessairement en LFI l’un de ses principaux pôles organisationnels.
Supernova n.2 2026
