Qui et quoi peut-on élire lors des élections de 2026 ? Russie

Déclaration du Conseil politique du Comité central du Parti communiste ouvrier russe (RKRP-KPSS)

Le 20 septembre 2026 auront lieu les élections des députés à la Douma d’État, ainsi que les élections aux parlements régionaux. La situation dans le pays ne joue pas en faveur des travailleurs, le fardeau de l’opération militaire spéciale pèse sur les épaules des gens ordinaires, tandis que le nombre de milliardaires et la taille de leurs fortunes ne cessent d’augmenter. Les manifestations, sous divers prétextes (tantôt le Covid, tantôt l’opération militaire spéciale), sont pratiquement interdites partout. Mais les élections ont été annoncées. Que faire ?

Le RKRP s’est toujours fondé sur la directive léniniste concernant la possibilité et la nécessité d’utiliser les institutions de la « démocratie » bourgeoise pour organiser la lutte des classes des travailleurs. Ainsi, jugeant impossible de participer «à corps perdu» aux élections à la Douma de décembre 1993, le parti a pris part aux élections de 1995 et 1999 sous la forme d’un bloc intitulé «Communistes – Russie du travail – Pour l’Union soviétique». Lors des élections de 2003, le RKRP a conclu un accord avec le KPRF. Le parti comptait ses propres représentants à la Douma d’État et des députés dans des dizaines d’assemblées législatives régionales.

La principale mission du parti a toujours été, et reste, d’impliquer les travailleurs eux-mêmes dans la lutte politique, ainsi que d’utiliser les pouvoirs des députés pour venir en aide aux collectifs de travail. Nos députés ont soutenu les grèves à l’usine de papier et de carton de Vyborg, ont aidé les dockers du port de Saint-Pétersbourg, les ouvriers de l’usine «Ford» à Vsevolozhsk et bien d’autres encore. Une telle position dérangeait fortement les autorités, qui ont donc durci la législation en 2007, tandis que la Cour suprême a retiré son enregistrement au RKRP.

En réponse, le RKRP et ses alliés ont créé un bloc des forces de classe et, à leur septième tentative en 2012, ont obtenu l’enregistrement auprès du ministère de la Justice du parti politique « Front uni du travail russe ». Le ROT FRONT a poursuivi sa ligne d’organisation de la lutte des classes et, lors des élections de 2018, a présenté comme candidate à la présidence de la Fédération de Russie Natalia Lisitsyna, grutière à l’atelier de four à martin de l’usine de Kirov. Les autorités ont réussi, par divers stratagèmes, à l’empêcher de participer aux élections. Puis, en 2020, le ministère de la Justice et la Commission électorale centrale ont accusé le ROT FRONT d’infractions formelles et lui ont également retiré son enregistrement.

Cependant, la lutte des classes ne peut être abolie par des décrets ni par les tribunaux. En mars 2026, le RKRP, en collaboration avec l’OKP et d’autres alliés, a créé une nouvelle structure de coalition : le parti « RUSSIE DU TRAVAIL », qui tente actuellement de s’enregistrer auprès du ministère de la Justice. Mais à l’approche des élections de cette année, « Russie du travail » n’a pas encore de statut officiel et ne peut pas présenter de candidats de manière indépendante. Néanmoins, nous nous devons de faire connaître notre position à nos frères de classe.

Selon nous, les élections en Russie sont depuis longtemps devenues un spectacle mis en scène au Kremlin : c’est là-bas que l’on décide qui sera autorisé à se présenter, qui jouera le rôle de l’opposition « de gauche », qui celui de « droite », et combien de sièges attribuer à chacun. Parmi les dix partis autorisés à se présenter aux élections, aucun n’organise réellement la lutte des travailleurs eux-mêmes. Tous se contentent de promettre de soulever des questions et de voter comme il faut s’ils entrent à la Douma.

« Russie unie » a déjà été désignée vainqueur : ses listes sont menées par des personnes qui n’ont pas l’intention d’entrer à la Douma (Lavrov, Sobianine, Lvova-Belova). Le flanc « de gauche » est autorisé à être représenté par le KPRF, les « Communistes de Russie » et « Russie juste » : ils utilisent activement une rhétorique socialiste, mais parmi leurs candidats, vous ne trouverez pas d’ouvriers ayant une expérience de la lutte des classes. Même au sein du KPRF, parmi les députés en exercice, il n’y a pas un seul ouvrier, mais en revanche de nombreux hommes d’affaires. Sur les listes des partis, on retrouve une fois de plus la nomenklatura du parti, installée depuis longtemps dans ses fauteuils, et même d’anciens membres de « Russie unie ». Mais il n’y a pas un seul représentant du mouvement ouvrier ou syndical sur les places éligibles !

Pourtant, le RKRP a proposé, cette fois encore, d’inclure dans la partie éligible de la liste du KPRF un représentant des syndicats militants, qui n’est pas membre de notre parti. Mais cette proposition a une nouvelle fois été rejetée.

Ces dernières années, le KPRF remplace de plus en plus la véritable lutte pour le socialisme par une imitation, canalisant l’énergie des travailleurs vers des illusions parlementaires et concluant régulièrement des accords avec la classe dirigeante. Gennadi Ziouganov a reçu à plusieurs reprises des distinctions de la part des autorités, notamment la médaille de Stolypine (que Lénine qualifiait d’« exécutant »), et en 2024, à l’occasion de son 80e anniversaire, on lui a décerné le titre de Héros du Travail (duquel – capitaliste ?). Cette ligne politique du Parti communiste russe conduit à une perte d’autorité du parti auprès des électeurs et même parmi ses propres membres.

Quant aux partis « Communistes de Russie » et « Russie juste », ils ne font que détourner des voix du Parti communiste russe et soutiennent de fait la ligne de Poutine et de la Russie unie.

Dans ces conditions, certains camarades, recourant à une rhétorique d’extrême gauche, appellent au boycott des élections. Leurs émotions sont compréhensibles, et ceux qui, par principe, ne se rendront pas aux urnes ne commettront pas de grave erreur. Mais nous sommes convaincus qu’un boycott passif est, dans la situation actuelle, absolument inutile. Ce n’est pas un geste révolutionnaire, mais du radicalisme « de salon », du sectarisme et de la paresse, qui font le jeu du pouvoir. Lorsque le peuple est apathique, toute action concrète – même un vote de protestation – a du poids. La passivité, en revanche, ne fait que servir le système.

C’est pourquoi nous appelons tous les citoyens aux opinions socialistes et communistes à se rendre aux urnes. Votre participation est nécessaire ne serait-ce que pour éviter que quelqu’un d’autre ne dispose de votre bulletin de vote à sa guise. Mieux vaut se rendre aux urnes le dernier jour du scrutin – le 20 septembre – et voter uniquement avec un bulletin papier. Cela rendra votre protestation plus à l’abri des fraudes. Principale recommandation à toutes les personnes intègres : Pas un seul vote pour « Russie unie » !

Dans les circonscriptions uninominales, ne soutenez que les candidats qui se sont illustrés non pas par leurs paroles, mais par leurs actes, ceux qui ont déjà prouvé leur volonté de défendre les intérêts des travailleurs et d’aider la lutte organisée des citoyens. Ils sont peu nombreux, mais on en trouve tant au sein du KPRF que du SR, et même dans d’autres partis.

Il n’y a pas, sur les listes des véritables partis communistes et des défenseurs du peuple travailleur, de candidats sur le bulletin de vote. Il vous reste le choix : soit annuler votre bulletin de vote (pour montrer que vous êtes contre ce choix), soit voter pour le KPRF, « Russie juste » ou les « Communistes de Russie » comme moindre mal par rapport aux projets pro-gouvernementaux et oligarchiques.

Nous reconnaissons qu’il s’agit d’un compromis, mais dans les circonstances actuelles, ce vote constitue un vote contre la politique de « Russie unie ». Ne vous laissez pas tromper par les courbettes de façade de « Russie unie » envers les participants à l’opération militaire spéciale.

Consacrer une demi-heure de son temps libre pour se rendre au bureau de vote représente un effort minime. Mais cela montrera que nous sommes nombreux et que nous ne nous sommes pas résignés. Notre mission est de transformer ces élections, qui ne sont qu’une « fête de l’obéissance », en une journée de protestation populaire.

Et n’oubliez pas : les élections ne sont qu’un début, un simple épisode de la lutte politique. Nous vous appelons non seulement à cocher une case, mais aussi à discuter de la situation avec vos collègues, vos voisins et vos amis. Posez des questions : qui dirige réellement le pays, dans l’intérêt de qui les lois sont-elles rédigées ? Diffusez l’information sur les réseaux sociaux, participez aux manifestations publiques, saisissez toutes les occasions pour créer des syndicats dans vos entreprises, impliquez-vous dans le travail des organisations communistes.

N’attendez pas que quelqu’un le fasse à votre place. Votre vote aux élections est un signal, mais la véritable force réside dans l’unité et l’organisation. Rejoignez les rangs de ceux qui luttent pour les intérêts du peuple travailleur, pour le socialisme !

10 septembre 2026, Russie

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