Au sein de Bultza EHM-L, comme nous l’avons déjà répété à plusieurs reprises, nous revendiquons la pleine actualité du parti d’un nouveau type en tant qu’avant-garde pour la prise du pouvoir et pour l’organisation révolutionnaire préalable des classes populaires. Dans cet article, nous allons approfondir les raisons de l’actualité du parti d’un nouveau type, expliquer en quoi il consiste, comment il fonctionne sur le plan organisationnel, quelles sont ses principales caractéristiques et pourquoi nous estimons sa création si nécessaire. Commençons par une citation qui, selon nous, résume très bien la situation :
«Quelles sont les particularités de ce nouveau parti ? Le Parti doit être, avant tout, le détachement d’avant-garde de la classe ouvrière. Il doit intégrer dans ses rangs tous les meilleurs éléments de la classe ouvrière, assimiler leur expérience, leur esprit révolutionnaire et leur dévouement infini à la cause du prolétariat. Or, pour être un véritable détachement d’avant-garde, le Parti doit être armé d’une théorie révolutionnaire, de la connaissance des lois du mouvement et de la révolution. Sinon, il ne peut diriger la lutte du prolétariat ni le entraîner derrière lui. Le Parti ne peut être un véritable parti s’il se limite simplement à enregistrer ce que ressentent et pensent les masses de la classe ouvrière, s’il traîne à la traîne du mouvement spontané de celle-ci, s’il ne sait pas vaincre l’inertie et l’indifférence politique de ce mouvement, s’il ne sait pas se placer au-dessus des intérêts momentanés du prolétariat ou s’il ne sait pas élever les masses jusqu’à la compréhension de leurs intérêts de classe.
Le Parti doit marcher à la tête de la classe ouvrière, voir plus loin qu’elle et diriger le prolétariat, et non se traîner à la suite du mouvement spontané. Ces partis de la IIe Internationale, qui prônent le « suivisme », sont les instruments de la politique bourgeoise qui condamne le prolétariat au rôle d’instrument de la bourgeoisie. Seul un parti qui se place du point de vue de l’avant-garde du prolétariat, et qui est capable d’élever les masses jusqu’à la compréhension de leurs intérêts de classe, peut détourner la classe ouvrière de la voie du syndicalisme et en faire une force politique indépendante. (1)
L’origine du terme « de nouveau type » vient de Lénine qui, dans son ouvrage « L’impérialisme, stade suprême du capitalisme », nous a parlé de la professionnalisation de la bourgeoisie et de son caractère agonique et prédateur dans cette dernière phase impérialiste, également connue sous le nom de stade monopolistique du capitalisme. Face à cette professionnalisation, internationalisation et spécialisation de la bourgeoisie, Lénine nous a proposé le parti d’un nouveau type comme outil pour la conquête du pouvoir par le prolétariat. Certaines organisations estiment que le parti d’un nouveau type ne s’adapte pas aux conditions matérielles actuelles et prônent la formule déjà classique et éculée, social-démocrate, menchevik et/ou trotskiste, du parti de masse. On prône également le parti international ou européen. Lénine avait déjà combattu ces thèses en les qualifiant de négation des réalités matérielles et des contextes nationaux. Si notre cadre d’action est l’Euskal Herria et que, de plus, la lutte pour le socialisme est liée à celle de sa libération nationale, la structure du parti ne peut être que nationale, c’est-à-dire un parti communiste de l’Euskal Herria. D’autre part, il y a les individus qui, bien qu’ils théorisent sur les formes d’organisation des partis communistes, ne militent même pas dans un parti ni ne tentent d’en construire un en participant à une quelconque organisation. Autrement dit, ce ne sont que des « militants » libéraux, non soumis à aucune discipline de parti.
Nous pensons que s’il n’y a pas eu de saut qualitatif — seulement quantitatif — depuis que Lénine a caractérisé la phase impérialiste au début du XXe siècle, pourquoi des organisations se qualifiant de communistes ressuscitent-elles la forme organisationnelle dépassée et erronée du parti de masse ? Il est amplement démontré que le parti de masse, dans le meilleur des cas, est un repaire de policiers et d’informateurs qui rendent impossible le développement révolutionnaire propre au parti communiste.
Le parti d’un nouveau type est un parti révolutionnaire de cadres, et non de masse. Autrement dit, seuls les éléments les plus remarquables, les plus disciplinés et les plus conscients de la classe ouvrière et des secteurs populaires font partie du parti. Dans le parti de cadres, on n’admet pas n’importe qui, comme c’est le cas dans le parti de masse. Cela implique que les cadres ou les éléments du parti se professionnalisent dans le domaine où l’on a besoin d’eux et où ils sont les plus compétents, en gardant à l’esprit que l’activité clandestine, semi-clandestine ou discrète doit toujours prévaloir sur l’activité ouverte et légale, surtout dans la phase impérialiste où nous nous trouvons, où les processus de fascistisation des États bourgeois progressent, et bien plus encore dans un État comme l’Espagne, avec des structures directement fascistes qui n’ont pas été épurées du régime franquiste. Et plus encore dans une nation opprimée comme la nôtre, Euskal Herria, où la répression redoublée et le caractère d’exception des lois « antiterroristes » spécifiques contre notre peuple réduisent encore davantage la marge d’action légale et font de la prudence et de la vigilance révolutionnaire des facteurs fondamentaux.
Le parti d’un nouveau type fonctionne selon le centralisme démocratique. Autrement dit, la ligne et la stratégie du parti sont décidées démocratiquement lors du congrès, faisant ainsi remonter, de bas en haut, les décisions les plus importantes jusqu’au comité central. Dans ce type de parti, tous les postes sont élus et sont pourvus lors du congrès. C’est le cas du comité central et du secrétaire général, chargés de diriger le parti et de transformer en directives — dont le respect est obligatoire pour l’ensemble des militants — les décisions du congrès préalablement acceptées. De cette manière, le parti fonctionne comme un poing, où tous les éléments sont coordonnés et agissent sans faille contre les fondements qui soutiennent le système bourgeois.
Mais quelles sont les caractéristiques du centralisme démocratique qui permettent au parti de fonctionner comme un poing ?
1. Discipline consciente : les militants ne doivent pas avoir une discipline militaire ni obéir aveuglément aux ordres. Dans la mesure du possible, ils doivent comprendre pourquoi les choses sont faites, même si, pour des raisons de sécurité, ils ne disposent parfois pas de toutes les informations. Les militants du parti d’un nouveau type ne font pas ce qu’ils veulent, mais ce que le parti dans son ensemble estime nécessaire, là où ils sont les plus utiles et indispensables. On rompt avec les modes de fonctionnement libéraux petits-bourgeois.
2. Soumission de la minorité à la majorité : dans un parti marxiste-léniniste, si une décision prise selon le centralisme démocratique ne correspond pas à l’opinion d’un militant, celui-ci doit l’accepter et ne pas agir de manière indisciplinée. Il ne pourra réitérer sa position contraire qu’au cours d’une nouvelle période de débat. En attendant, il n’y a qu’une seule voix : celle de la majorité.
3. Interdiction des fractions : toute activité fractionnelle est strictement interdite. Les militants qui formeraient des « fiefs » fragmentant le parti seront expulsés. Comme l’a dit Lénine, « le parti se renforce en se purifiant ».
4. Critique et autocritique : elles sont fondamentales au sein du parti d’un nouveau type. La critique doit être constructive, et l’autocritique, sincère et orientée vers l’amélioration.
5. Professionnalisation et spécialisation : pour être à la hauteur des défis du parti communiste, il est indispensable de ne pas agir à l’aveuglette. Il faut analyser le profil de chaque militant et élaborer un plan de formation et de spécialisation pour chaque élément du parti. Sinon, si tous les militants font tout, l’activité du parti s’en trouve considérablement ralentie.
Chez Bultza EHML, nous considérons que nous sommes toujours pleinement dans la phase impérialiste décrite par Lénine, dont la théorie de l’impérialisme a été confirmée par la réalité matérielle et qui, après avoir été actualisée et adaptée au nouveau cycle mondial d’échanges économiques inégaux par des auteurs tels qu’Arghiri Emmanuel, Torkil Lauesen, Samir Amin ou Rui Mauro Marini, il convient de souligner qu’aucun d’entre eux n’a considéré cette phase comme dépassée. En d’autres termes, il n’y a pas eu de saut qualitatif à cet égard. Même si aujourd’hui la contradiction entre l’impérialisme et les nations qui aspirent à la souveraineté est plus aiguë, nous ne vivons pas une phase différente ; toutefois, comme nous l’avons déjà expliqué dans notre texte « Impérialisme et anti-impérialisme », elle présente une série de caractéristiques différentes auxquelles il faut prêter attention si l’on ne veut pas finir par s’enliser dans le marécage du révisionnisme « marxiste-occidentaliste » et de la confusion absolue. Par conséquent, nous estimons que la pertinence du parti d’un nouveau type est totale. Ce n’est qu’à travers un parti de cadres révolutionnaires professionnels qu’il sera possible d’accomplir la tâche d’organiser la classe ouvrière et de la guider jusqu’à la prise révolutionnaire du pouvoir.
L’histoire de la lutte des classes, ainsi que les exemples de révolutions socialistes du XXe siècle, ont démontré de manière catégorique que le parti de cadres est l’élément central d’une transformation sociale réussie, car « sans un parti de fer, trempé dans la lutte, un parti jouissant de la confiance de toutes les personnes honnêtes de la classe concernée, un parti capable d’observer l’état d’esprit des masses et d’influencer celles-ci, cette lutte ne peut être menée avec succès » (2)
Il est temps de construire le parti communiste de type léniniste pour la libération sociale et nationale d’Euskal Herria !
Il est temps de nous relever !
JO TA KE, IRABAZI ARTE !
(1) Staline. Les fondements du léninisme
(2) Lénine. Le « gauchisme », maladie infantile du communisme.
