À l’occasion du 131e anniversaire du martyre du camarade Friedrich Engels, qui fut, aux côtés de Marx, l’un des dirigeants fondateurs et l’un des théoriciens fondateurs du marxisme et de l’ICM, nous revenons sur sa lutte contre l’opportunisme et le révisionnisme de son époque afin de critiquer la ligne actuelle de l’OLR.
La lutte contre l’opportunisme, le liquidationnisme et le révisionnisme est un combat permanent dans lequel les communistes sont engagés depuis que la formation des partis prolétariens est devenue la tendance générale à partir des années 1860. Karl Marx et Friedrich Engels, qui ont passé toute leur vie d’adulte à lutter contre la petite bourgeoisie et son influence idéologique sur le mouvement ouvrier, se sont retrouvés engagés dans ce nouveau combat à l’ère des partis prolétariens. Au cours de la première moitié de leur vie politique, c’étaient le réformisme, le socialisme utopique et l’anarchisme qui incarnaient l’influence de la petite bourgeoisie au sein du prolétariat. Les luttes acharnées menées par Marx et Engels contre des figures telles que Proudhon, Max Stirner et Michel Bakounine, dans le cadre de l’Association internationale des travailleurs (appelée rétrospectivement la Première Internationale communiste), ont conduit à des développements qui ont entraîné l’isolement, puis l’élimination définitive de ces représentants de la bourgeoisie au sein de l’organisation prolétarienne. Ce fut la victoire du marxisme en tant que vérité scientifique et en tant qu’idéologie du prolétariat, désormais officiellement acceptée.
Au cours de ces luttes idéologiques, Marx et Engels ont dirigé les soulèvements révolutionnaires qui ont secoué de nombreuses nations européennes vers 1848, démontrant la supériorité du marxisme face aux tentatives d’insurrections anarchistes de Bakounine. À l’approche de la fin de leur vie, Marx et Engels ont tous deux rapidement reconnu que la formation de partis prolétariens en Europe constituait une évolution bienvenue, même si cela s’accompagnait d’une mise en garde : une nouvelle lutte contre l’idéologie petite-bourgeoise devait désormais être menée. Au lieu de combattre le marxisme de l’extérieur, l’influence libérale petite-bourgeoise sur le prolétariat tentait désormais de s’exercer depuis l’intérieur même des rangs des partis prolétariens travaillant selon les principes marxistes. Pendant très longtemps, les deux camarades s’étaient réparti leurs tâches de manière approximative, Marx se concentrant sur l’économie politique et la stratégie révolutionnaire tandis qu’Engels se consacrait à la philosophie, aux affaires militaires et aux sciences. Mais avec le décès de Marx, il incomba à Engels non seulement de mener à bien les tâches qui lui avaient été confiées, mais aussi d’assumer la part de travail de Marx en tant que leader vers lequel les jeunes partis prolétariens se tournaient pour trouver des orientations. En ce 5 août, rendons hommage au camarade Engels, l’un des cinq grands maîtres du marxisme-léninisme-maoïsme, en nous penchant sur sa contribution historique dans les toutes premières luttes contre l’opportunisme, le liquidationnisme et le révisionnisme, et puisons-y l’inspiration pour nos combats actuels.
Au cours de la décennie qui a suivi la fondation des premiers partis dans la première moitié des années 1860, ceux-ci ont mûri au point que des luttes de ligne ont émergé sous des formes concrètes en leur sein. La première lutte a eu lieu en 1875, lorsque l’Association générale des travailleurs allemands, dirigée par Ferdinand Lassalle, a fusionné avec le Parti social-démocrate des travailleurs d’Allemagne (également appelé les « Eisenachers »), dirigé par August Bebel et Wilhelm Liebknecht, pour former le Parti social-démocrate allemand. Les lassalliens représentaient déjà la petite bourgeoisie, aspirant à ce que Marx appelait un « socialisme d’État royal-prussien ». De leur côté, Bebel et Liebknecht dirigeaient le parti d’Eisenach sous la houlette de Marx et d’Engels et de leur Première Internationale, ce parti adoptant des positions fermes contre toutes les tendances réactionnaires. En revanche, Lassalle considérait l’État comme une organisation supra-classiste et, conformément à cette vision philosophiquement idéaliste, il estimait que l’État prussien pouvait être mis à profit pour résoudre le problème social grâce à la création, avec son aide, de coopératives de producteurs. Lassalle orientait les travailleurs vers des formes de lutte pacifiques et parlementaires, estimant que l’instauration du suffrage universel ferait de la Prusse un « État populaire libre ». Pour obtenir le suffrage universel, il promit à Bismarck le soutien de son association contre l’opposition libérale, ainsi que dans la mise en œuvre du projet de Bismarck visant à réunifier l’Allemagne « par le haut » sous l’hégémonie de la Prusse. Le parti d’Eisenach et d’autres groupes (les sectaires socialistes) s’étaient fermement opposés à ce chauvinisme prussien. Lassalle rejetait la lutte des classes révolutionnaire, niait l’importance des syndicats et de la grève, ignorait les tâches internationales de la classe ouvrière et infectait les ouvriers allemands d’idées nationalistes. Son attitude méprisante envers la paysannerie, qu’il considérait comme une force réactionnaire, causa beaucoup de tort au mouvement ouvrier allemand. Marx et Engels ont combattu son dogmatisme utopique néfaste et ses opinions réformistes.
Lorsque les partisans d’Eisenach fusionnèrent avec les lassalliens, Liebknecht, aux côtés de ces derniers, rédigea le Programme de Gotha pour le premier congrès du nouveau parti. Marx et Engels formulèrent des critiques cinglantes à l’encontre de ce programme, reconnaissant d’emblée que les partisans d’Eisenach avaient renoncé à leur programme révolutionnaire au profit d’une unité opportuniste avec les lassalliens. Dans la Critique du programme de Gotha, Marx s’en prend au slogan réformiste d’une « répartition équitable des produits du travail » et met à nu la confusion théorique qui se cache derrière ce slogan en affirmant que « la répartition des produits du travail doit toujours être une conséquence du mode de production ». Il s’en prend également au slogan réformiste d’« aide de l’État sous contrôle démocratique » et montre que l’objectif de la classe ouvrière doit être « de révolutionner les conditions actuelles de production ». Marx s’en prend également à la conception selon laquelle, par rapport à la classe ouvrière, toutes les autres classes ne constituent qu’une seule et même masse réactionnaire. Il est nécessaire d’examiner concrètement la position réelle de chaque classe à chaque étape de l’histoire, et non de les regrouper toutes sous l’étiquette de « réactionnaires ». Ainsi, les travailleurs peuvent lutter aux côtés de certains capitalistes contre les vestiges féodaux, aux côtés de la petite bourgeoisie pour certaines revendications démocratiques, et ainsi de suite. Cette importante contribution a été développée plus avant par le camarade Lénine dans Les deux tactiques de la social-démocratie, lorsqu’il a soutenu que le prolétariat devait s’allier à la paysannerie pour mener à bien la révolution démocratique avant de progresser sans relâche vers le socialisme. Le camarade Mao a approfondi cette réflexion pour analyser les conditions des nations semi-coloniales et semi-féodales, en développant le concept de révolution de nouvelle démocratie et d’alliance des quatre classes (prolétariat, paysannerie, petite bourgeoisie, bourgeoisie nationale) dans ces pays. Plus important encore, Marx s’attaque au slogan réformiste d’un « État libre » et montre que « entre la société capitaliste et la société communiste se situe la période de la transformation révolutionnaire de l’une en l’autre. À cela correspond également une période de transition politique au cours de laquelle l’État ne peut être rien d’autre que la dictature révolutionnaire du prolétariat. » Ainsi, cette toute première bataille a clairement montré que la lutte pour la prise du pouvoir d’État, pour l’établissement de la dictature du prolétariat, est la lutte principale des communistes et que tout compromis à cet égard est une marche funèbre vers l’opportunisme. La critique de Marx et Engels fut si cinglante que Liebknecht, le rédacteur du Programme de Gotha, fit adopter au congrès une motion visant à abandonner l’intégralité du programme, motion qui fut votée. Marx et Engels s’attachèrent alors à démanteler l’influence lassallienne dans toute l’Europe, veillant à ce qu’elle perde toute présence parmi les travailleurs. Lassalle eut finalement un effet positif inattendu, en ce sens que son idéologie détourna la croissance spontanée du mouvement ouvrier allemand de la voie du syndicalisme réformiste et du coopérativisme, et ouvrit pour la première fois la possibilité de voies organisées alternatives pour la classe ouvrière allemande.
Dans les années 1880, d’autres partis avaient vu le jour en Europe, et Engels en fit une analyse nuancée : il s’opposa à la restauration de l’Internationale communiste à cette époque, arguant que la tâche à accomplir alors était la formation de partis communistes nationaux autonomes.1 Le camarade Staline (lors de la dissolution de la Troisième Internationale) et le camarade Mao parvinrent tous deux à la même conclusion près de 80 ans après Marx et Engels. Parallèlement, sur le plan du parti, le Parti social-démocrate allemand avait accueilli un grand nombre d’intellectuels petits-bourgeois, ce qui constitua le terreau d’une faction opportuniste au sein du parti. Engels déclara qu’ils tentaient « d’abolir la loi antisocialiste à tout prix et de le faire de manière ignominieuse par la modération et la docilité, la soumission et la flagornerie ». 2 Il s’opposa avec virulence à l’approche capitularde des opportunistes et fit valoir qu’une scission au sein du parti était inévitable face à de tels opportunistes. Engels déclara que la scission éventuelle « servirait à clarifier la situation et nous débarrasserions d’un élément qui ne nous appartient en aucune manière ». 3 Ainsi, Engels indiqua très clairement qu’à long terme, il ne pouvait y avoir de coexistence entre les communistes et les éléments opportunistes, liquidationnistes et révisionnistes. Cette situation ne ferait que s’accentuer. Marx et Engels participèrent activement à la formation du Parti ouvrier français en guidant Paul Lefargue et Jules Guesde (dits les « collectivistes »). Ce parti-là aussi était déjà en proie à une lutte entre les collectivistes et les possibilistes dirigés par Benoît Malon et Paul Brousse, qui estimaient que les travailleurs pouvaient progressivement remporter la majorité dans les municipalités, créant ainsi un service public plus étendu et mettant en place un transfert progressif des moyens de production vers les autorités municipales (socialisme municipal). Engels s’opposait fermement au parlementarisme des possibilistes, dont le slogan était « la politique est l’art du possible », admettant ainsi sans détour que l’opportunisme guidait leur politique. Toutes les possibilités constituaient une opportunité pour ce groupe au sein du Parti ouvrier français. Le débat portait sur des attitudes diamétralement opposées vis-à-vis du programme politique du parti : fallait-il mener la lutte contre la bourgeoisie sous la forme d’une lutte des classes, ou bien fallait-il renoncer de manière opportuniste au caractère de classe du mouvement et au programme révolutionnaire dans tous les cas où un tel renoncement permettrait de gagner davantage d’adeptes et de voix aux élections ? Engels fit remarquer que les « possibilistes » « sacrifiaient le caractère de classe prolétarien du mouvement ».4 Engels œuvra également en tant que propagandiste révolutionnaire durant cette période en écrivant à de nombreux partis à travers le monde, les informant de la lutte au sein du parti français et soulignant les dangers d’un abandon opportuniste du programme révolutionnaire, tel que le prônaient les « possibilistes ». Après avoir pris part à ces luttes, Engels fit remarquer : « Il semblerait que tout parti ouvrier dans un grand pays ne puisse se développer qu’à travers la lutte interne, comme cela a d’ailleurs été généralement établi dans les lois dialectiques du développement… Cela étant, ce serait une pure folie de prôner l’unification. Les homélies morales ne servent à rien face aux difficultés de jeunesse qui, compte tenu des circonstances actuelles, sont une étape incontournable. » 5 Lorsque le petit groupe des collectivistes se sépara des possibilistes, Engels fit remarquer avec perspicacité que « se trouver momentanément en minorité et avoir le bon programme vaut au moins mieux que de n’avoir aucun programme et de disposer d’une large base, bien que presque entièrement nominale et factice ».6 Mieux vaut être moins nombreux, mais meilleurs, comme Lénine le dira des années plus tard.
Après la mort de Marx en 1883, Engels écrivit : « Mon malheur est que, depuis que nous avons perdu Marx, on attend de moi que je le représente. Mais maintenant qu’on attend soudain de moi que je prenne la place de Marx en matière de théorie et que je joue le premier rôle, il y aura inévitablement des erreurs, et personne n’en est plus conscient que moi. Et ce n’est que lorsque les temps deviendront un peu plus tumultueux que nous prendrons vraiment conscience de ce que nous avons perdu avec Marx. Aucun d’entre nous ne possède cette largeur de vue qui lui permettait, au moment même où une action rapide s’imposait, de trouver invariablement la bonne solution et d’aller d’emblée au cœur du problème. En période plus paisible, il pouvait arriver que les événements me donnent raison et lui tort, mais à un tournant révolutionnaire, son jugement était pratiquement infaillible. »7 Malgré ses propres appréhensions et la perte historique du camarade Marx, Engels passa le reste de sa vie à poursuivre le travail révolutionnaire qu’il avait mené aux côtés de Marx. Les dix dernières années de sa vie furent marquées par une lutte encore plus intense contre l’opportunisme et le révisionnisme. En 1891, la situation atteignit son paroxysme lorsque le Parti social-démocrate allemand devint le plus grand parti communiste du monde. Sous la direction d’Engels, le parti avait combiné des formes de lutte légales et illégales pour se développer et avait mené avec succès un mouvement visant à abroger la loi antisocialiste en Allemagne. Une fois la loi abrogée, le parti se prépara pour un congrès à Erfurt. Auparavant, Engels avait déjà compris que les opportunistes au sein de la direction du parti s’apprêtaient à tenter de liquider la ligne du parti lors de ce congrès. Pour contrer cela, Engels publia la Critique du programme de Gotha, malgré l’opposition de la direction du parti. Le programme d’Erfurt consolida une nouvelle fois un programme opportuniste pour le parti. Les écrits d’Engels étaient également édités et censurés par la direction opportuniste du parti. À cette époque, Engels écrivait : « Liebknecht vient de me jouer un beau tour. Il a extrait de mon introduction aux articles de Marx sur la France de 1848 à 1850 tout ce qui pouvait servir sa cause en faveur de tactiques pacifiques et non violentes à tout prix, qu’il a choisi de prôner depuis quelque temps déjà, en particulier en cette période où des lois coercitives sont en cours d’élaboration à Berlin. » 8 On pense que l’assistant d’Engels, Karl Kautsky, futur révisionniste de très mauvaise réputation, a également joué un rôle dans cette révision des écrits de Marx et d’Engels. La direction opportuniste du parti a tenté de présenter le soulèvement révolutionnaire de 1848 comme un rassemblement pacifique mené par Engels, ce qui était tout le contraire de la vérité. Ce soulèvement était armé, et c’est Engels qui en a pris la tête en Allemagne. Engels prit la défense de la stratégie et de la tactique des révolutions de 1848, s’opposant à la tentative opportuniste de réécrire l’histoire et de nier la voie révolutionnaire empruntée lors des tentatives de révolution de 1848. À l’instar d’intellectuels terrifiés, Bernstein fit passer les soulèvements armés de 1848 pour une voie sans issue qu’il ne fallait plus jamais emprunter. Engels riposta à ces tentatives. Engels a travaillé sans relâche durant cette période pour rédiger la Critique du programme d’Erfurt, dénonçant la ligne opportuniste au sein du Parti social-démocrate allemand.
La lutte courageuse du camarade Engels pour la ligne prolétarienne révolutionnaire, la préservation des leçons des soulèvements révolutionnaires armés de 1848 ainsi que la stratégie et la tactique de ces soulèvements font écho à la lutte menée en Inde contre l’opportunisme, le liquidationnisme et le révisionnisme. Comme l’a souligné le camarade Engels, ce n’est que par cette lutte interne que le parti prolétarien peut véritablement se développer. Par conséquent, il faut adopter une attitude d’engagement actif dans la lutte contre l’opportunisme, le liquidationnisme et le révisionnisme si l’on cherche à faire avancer à nouveau la révolution de nouvelle démocratie en Inde, avec autant de persévérance et de rigueur que le camarade Engels.
5 août 2026 Inde
note
1. Friedrich Engels. Lettre d’Engels à Johann Philipp Becker à Genève, 10 février 1882. (1882).
2. Friedrich Engels. Lettre d’Engels à Sorge à Hoboken, le 20 juin 1882. (1882).
3. Friedrich Engels. Lettre d’Engels à August Bebel à Leipzig, le 21 juin 1882. (1882). Voir : MECW, vol. 46, p. 280.
4. Friedrich Engels. Lettre d’Engels à August Bebel à Leipzig, le 28 octobre 1882. (1882).
5. Friedrich Engels. Lettre d’Engels à Eduard Bernstein à Zurich, le 20 octobre 1882. (1882).
6. Friedrich Engels. Lettre d’Engels à Eduard Bernstein, le 28 novembre 1882. (1882). Voir : MECW, vol. 46, p. 386.
7. Friedrich Engels. Lettre d’Engels à Johann Philipp Becker, 15 octobre 1884. (1884).
8. Friedrich Engels. Lettre d’Engels à Paul Lafargue à Paris, 3 avril 1895. (1895).
