Le communisme est la libération de l’humanité – Kenya

Par Booker Omole

Secrétaire général du Parti communiste marxiste du Kenya

Pour moi, le communisme n’est pas une doctrine abstraite, ni une idée étrangère que l’Afrique doit importer d’Europe. C’est la science et la pratique organisée de l’émancipation humaine. C’est la lutte pour créer une société dans laquelle les êtres humains ne sont plus divisés entre ceux qui possèdent et ceux qui travaillent, entre ceux qui commandent et ceux qui obéissent, entre ceux qui accumulent la richesse et ceux dont le travail la produit.

Je parle du communisme depuis le Kenya, depuis l’Afrique, et depuis un continent dont la libération reste inachevée. Le Kenya a obtenu son indépendance formelle vis-à-vis de la domination coloniale britannique, mais la fin de l’administration coloniale n’a pas mis un terme aux structures de dépendance économique, d’exploitation de classe et de domination impérialiste. C’est pourquoi le communisme n’est pas pour moi une question abstraite. C’est une question d’histoire. C’est une question de terre, de travail, de souveraineté, de dignité et d’avenir de l’humanité.

L’Afrique n’a pas commencé son histoire par le colonialisme, et le capitalisme n’est pas la seule forme d’organisation sociale que l’humanité ait connue. Nos peuples possédaient des formes communautaires de production et de vie sociale bien avant la conquête européenne. Le colonialisme a violemment perturbé ces processus historiques, s’est emparé des terres et des ressources, a subordonné les économies africaines et a intégré le continent dans un système international d’accumulation dont les principaux centres se trouvaient ailleurs.

L’indépendance politique a modifié la forme de la domination, mais n’en a pas nécessairement aboli la substance. Le drapeau colonial a pu être baissé tandis que la dépendance économique subsistait sous de nouvelles formes. Telle est la réalité du néocolonialisme. Les États africains peuvent disposer de gouvernements nationaux tandis que leurs économies restent dépendantes du capital étranger, que leurs ressources naturelles sont exploitées au profit de l’accumulation extérieure et que leurs choix politiques sont contraints par des intérêts impérialistes.

Par conséquent, je ne peux pas concevoir la libération de l’Afrique simplement comme le transfert du pouvoir politique des Européens aux Africains.

La question fondamentale est la suivante : la libération pour qui ?

Une Afrique gouvernée par des Africains mais dominée par une petite classe de capitalistes africains, tandis que les ouvriers et les paysans restent pauvres, dépossédés et exploités, n’a pas mené à bien l’œuvre de libération. L’identité nationale n’abolit pas les contradictions de classe. Le travailleur et le capitaliste peuvent partager une même nationalité, mais ils n’occupent pas la même position dans les rapports de production. Le paysan sans terre et le grand propriétaire foncier peuvent tous deux être africains, mais ils ne vivent pas la question de la terre de la même manière.

La libération africaine doit donc être à la fois nationale et sociale. Elle doit s’opposer à l’impérialisme, mais elle doit également s’attaquer aux rapports de classe par lesquels l’exploitation se reproduit. Au Kenya, tel est le fondement historique de la Révolution nationale démocratique : la lutte pour une véritable souveraineté nationale, contre la domination impérialiste et les structures d’exploitation persistantes, menée par les travailleurs et orientée vers un avenir socialiste.

C’est là que la tradition communiste africaine devient indispensable.

Dedan Kimathi et l’Armée kenyane pour la terre et la liberté nous rappellent que la lutte kenyane n’a jamais consisté simplement à changer la couleur du drapeau. Elle portait sur la terre et la liberté. Pio Gama Pinto incarnait un autre courant de la lutte de libération kenyane, liant l’émancipation nationale au socialisme et à la solidarité internationale. Partout en Afrique, de Kwame Nkrumah et Amílcar Cabral à Walter Rodney et Thomas Sankara, les révolutionnaires ont été confrontés à la même contradiction fondamentale dans des contextes historiques différents : l’indépendance politique ne peut être dissociée de l’émancipation économique.

La révolution africaine ne peut s’arrêter aux portes de l’État colonial.

Pour moi, le communisme est donc indissociable de la lutte pour la terre et la liberté. Il est indissociable de la libération des travailleurs et des paysans pauvres. Il est indissociable de la souveraineté économique et de l’aspiration historique à une Afrique unie et socialiste.

Mais le communisme n’est pas seulement une aspiration. Il nécessite une organisation.

Le capitalisme est organisé. L’impérialisme est organisé. Les classes dominantes disposent d’institutions, de capitaux, d’armées, de partis politiques, de médias et d’alliances internationales grâce auxquels elles reproduisent leur pouvoir. Les exploités ne peuvent vaincre un système organisé par la seule colère spontanée. La colère des masses est puissante, mais la transformation révolutionnaire exige que cette colère se transforme en conscience, en organisation et en pouvoir politique.

C’est pourquoi le Parti communiste est essentiel.

Le Parti communiste n’est pas une machine électorale cherchant à accéder au pouvoir pour le pouvoir lui-même. C’est un instrument grâce auquel la classe ouvrière développe sa conscience politique, son organisation et sa capacité révolutionnaire. Sa tâche consiste à unir la théorie à la pratique, à apprendre des masses, à organiser leur expérience, à l’élever au niveau de la conscience politique et à la restituer aux masses sous forme de pratique révolutionnaire organisée.

Des masses, pour les masses.

Ce n’est pas simplement un slogan. C’est une méthode de travail révolutionnaire.

Marx nous enseigne à regarder au-delà des apparences et à découvrir les relations matérielles qui façonnent la société. Lénine nous enseigne que la conscience révolutionnaire doit se transformer en pouvoir politique organisé. Mao nous enseigne que les révolutionnaires doivent maintenir un lien vivant avec les masses et transformer la théorie révolutionnaire en pratique concrète.

Pour un communiste africain, ce ne sont pas des citations à mémoriser. Ce sont des méthodes à appliquer à notre propre contexte.

Nous devons rejeter tant l’imitation mécanique que l’exceptionnalisme nationaliste. Le marxisme est universel parce que le capitalisme est devenu un système mondial, mais son application doit toujours être concrète. Le révolutionnaire au Kenya doit comprendre le Kenya. Le révolutionnaire en Afrique doit comprendre l’Afrique. Nous ne pouvons pas résoudre les problèmes africains en copiant mécaniquement le parcours d’un autre pays. Nous ne pouvons pas non plus abandonner le socialisme scientifique au nom d’une voie africaine prétendument unique.

Notre tâche consiste à développer le marxisme à travers les réalités concrètes de la lutte des classes en Afrique.

C’est aussi pourquoi le panafricanisme et l’internationalisme prolétarien doivent aller de pair. L’Afrique a été divisée par le colonialisme en entités politiques artificielles, tandis que l’impérialisme continue d’opérer au-delà des frontières. Le capital traverse les frontières. Les entreprises traversent les frontières. La finance traverse les frontières. Les alliances militaires traversent les frontières. L’impérialisme est international.

La réponse de la classe ouvrière doit donc également être internationale.

La lutte de l’ouvrier kenyan est liée à celle du mineur congolais, du peuple palestinien, du peuple cubain, ainsi qu’à celle des travailleurs et des peuples opprimés partout dans le monde qui font face à la domination impérialiste. Notre solidarité n’est pas de la charité. C’est la reconnaissance d’une lutte historique commune.

Une Afrique véritablement libérée ne peut se limiter à une Afrique où des visages africains occupent des postes de pouvoir. Elle doit être une Afrique où les travailleurs et les paysans deviennent des sujets historiques, où la terre et les ressources naturelles sont au service de la société, où la production est organisée en fonction des besoins humains et où la richesse du continent est utilisée pour le développement de ses peuples plutôt que pour l’enrichissement des entreprises étrangères et des élites locales.

C’est pourquoi je loue le communisme.

Je loue le communisme parce qu’il refuse de considérer l’exploitation comme un état de fait naturel.

Je loue le communisme parce qu’il dit au travailleur que la pauvreté n’est pas une fatalité.

Je loue le communisme parce qu’il dit au paysan que le fait de ne pas posséder de terre n’est pas une condition éternelle.

Je loue le communisme parce qu’il dit à l’Afrique que la dépendance n’est pas notre destin historique.

Je loue le communisme parce qu’il insiste sur le fait que la richesse produite collectivement doit, en fin de compte, servir collectivement l’humanité.

Et je loue le communisme parce qu’il rend aux opprimés ce que le capitalisme tente constamment de leur enlever : leur capacité d’agir dans l’histoire.

Nous ne luttons pas pour le communisme parce que l’histoire nous a garanti la victoire. Nous luttons parce que l’histoire a créé des contradictions grâce auxquelles une autre société est devenue possible. L’avenir ne nous est pas donné. Il doit être construit par une lutte consciente.

Pour moi, le communisme n’est donc pas le rêve d’une époque lointaine. C’est la continuation de toute lutte authentique pour la terre, la liberté, l’égalité, la dignité et l’émancipation humaine.

Depuis le Kenya, je considère la lutte communiste comme faisant partie de la libération inachevée de l’Afrique, et la libération de l’Afrique comme faisant partie de l’émancipation inachevée de l’humanité.

La révolution africaine reste inachevée.

La lutte continue.

Et je reste communiste parce que je crois que ceux qui produisent la richesse de la société doivent, en fin de compte, devenir les maîtres de leur propre histoire.

26 août 2026

cpmk.org

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