Qusra n’est qu’un avertissement : le plan stratégique d’Israël pour la Cisjordanie

RAMZY BAROUD (Savage Minds et The Palestine Chronicle), 28 août 2026

Si vous voulez comprendre le sombre avenir qui attend la Cisjordanie occupée, ne détournez pas le regard. Observez simplement les événements qui se déroulent dans la petite ville palestinienne de Qusra, au sud de Naplouse.

C’est ici que commence l’histoire de l’avenir de la Cisjordanie.

Si une grande partie des médias traite les informations en provenance de la région comme un simple épisode de « violence des colons », il n’en est rien. Qusra représente quelque chose de bien plus important : un aperçu du nouveau Plan Dalet qu’Israël réserve aux Palestiniens.

Le Plan Dalet était le plan militaire grâce auquel les forces sionistes ont conquis une grande partie de la Palestine historique, village par village, pendant la Nakba.

Ce plan n’est pas apparu soudainement en 1948. Il s’appuyait sur des plans militaires remontant à 1945, et s’est transformé en une stratégie visant à conquérir les villages et hameaux palestiniens, à détruire les communautés et à en expulser les habitants.

L’importance de cette histoire aujourd’hui n’est pas purement symbolique. La Nakba fut un processus qui s’est déroulé par étapes. Il en a été de même pour l’annexion de la Cisjordanie.

Il ne s’agit pas là d’un simple argument intellectuel. Des responsables israéliens ont ouvertement évoqué une nouvelle Nakba comme résultat escompté. En novembre 2023, Avi Dichter a déclaré : « Nous mettons en œuvre la Nakba de Gaza », avant d’ajouter : « Nakba de Gaza 2023. C’est ainsi que cela prendra fin. »

Comme on pouvait s’y attendre, cette nouvelle Nakba présente bon nombre des caractéristiques de la précédente : violence coordonnée, massacres, nettoyage ethnique, déplacements forcés et confiscation de terres.

Le génocide à Gaza représente l’aboutissement de cette violence : une manifestation encore plus dévastatrice, mais qui s’inscrit dans la continuité du péché originel sur lequel l’État d’Israël a été fondé.

Alors que tous les regards étaient tournés vers Gaza à partir du 7 octobre 2023, la Cisjordanie a été largement ignorée, ce qui a permis à Israël d’intensifier la violence sous toutes ses formes à des niveaux jamais vus depuis des décennies.

Le bilan est dévastateur. Depuis le 7 octobre 2023, les forces israéliennes et les colons ont tué plus de 1 100 Palestiniens en Cisjordanie, dont plus de 240 enfants, et en ont blessé des milliers d’autres. Des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées, tandis que plus de 33 000 Palestiniens restent déplacés rien que dans les camps de réfugiés de Jénine, Tulkarem et Nur Shams.

Revenons maintenant à Qusra.

À partir du 9 août, des colons israéliens armés ont encerclé trois habitations palestiniennes dans la zone de Ras al-Ain, à la périphérie de la ville.

Ils ont bloqué l’accès aux maisons, installé des tentes à l’extérieur et coupé l’approvisionnement en eau et en électricité. Des familles entières, y compris de jeunes enfants, se sont retrouvées piégées à l’intérieur.

Par la suite, l’armée israélienne a déclaré la zone environnante « zone militaire fermée », en restreignant l’accès aux Palestiniens, aux militants et aux journalistes.

Ce qui en est ressorti n’était pas simplement de la violence de la part des colons, mais une division du travail : les colons créent la crise ; l’armée impose les restrictions ; la liberté de mouvement des Palestiniens est limitée ; et les victimes elles-mêmes sont poussées à partir.

Et le siège s’est poursuivi. Au moment où j’écris ces lignes, le siège des maisons de Qusra en est à sa deuxième semaine.

Qusra n’est pas un cas isolé dans le cadre de cette stratégie. Israël a déjà confisqué ses terres au profit de la colonie de Migdalim, tandis que les avant-postes voisins, dont Esh Kodesh, sont depuis longtemps associés à des attaques et à des tentatives de s’emparer de terres agricoles palestiniennes.

Le contrôle de ces zones est essentiel au projet plus large visant à relier les blocs de colonies, à fragmenter le territoire palestinien et à transformer les communautés palestiniennes en enclaves isolées.

Il y a quelques années, le gouvernement israélien agissait comme si son projet d’annexer officiellement de vastes étendues de Cisjordanie était en suspens. Cependant, depuis le 7 octobre, l’annexion est passée d’une aspiration à une obsession, tant en paroles qu’en actes.

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a supervisé la distribution massive d’armes après le 7 octobre, équipant de fusils des milliers de membres des escadrons de sécurité civile au sein d’une population de colons déjà lourdement armée.

Pendant ce temps, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, s’est employé systématiquement à transférer les pouvoirs sur la Cisjordanie de l’administration militaire aux autorités civiles israéliennes, ce qui constitue l’un des mécanismes institutionnels d’annexion les plus évidents.

Et voilà qu’une autre pièce du puzzle se met en place : le ministre de la Défense, Israel Katz, a ordonné les préparatifs visant à transférer la responsabilité de l’application de la loi concernant les colons israéliens en Cisjordanie de l’armée à la police israélienne, une autre étape juridique cruciale vers l’annexion.

Le tableau se précise : milices de colons, financement gouvernemental, armes, armée, police, administrations civiles, tribunaux et décisions politiques émanant des plus hautes sphères de l’État israélien.

Dans ce contexte plus large, Qusra devient un microcosme — et potentiellement un terrain d’essai — pour les mécanismes permettant de mettre en œuvre une annexion à plus grande échelle. Ces réalités font écho au passé. La Nakba n’est pas survenue du jour au lendemain, mais a été le résultat d’années de planification et de plans militaires progressifs. C’est pourquoi Qusra est importante.

Certains gouvernements mettent en garde contre l’accélération de l’annexion ; d’autres sanctionnent des colons à titre individuel, comme si s’en prendre à quelques extrémistes pouvait faire reculer un plan mis en œuvre par tout un appareil d’État.

Les Palestiniens de Cisjordanie sont pleinement conscients du défi qui les attend. Exhorter l’Autorité palestinienne, qui maintient une coordination en matière de sécurité avec Israël, à élaborer soudainement une « stratégie » est totalement inutile.

Mais pour nous autres, qui comprenons les horreurs de la Nakba — et les répercussions de cette catastrophe, de Deir Yassin au génocide à Gaza —, la reconnaissance ne suffit plus.

Le prix du silence est déjà payé par tous les habitants de Gaza qui vivent parmi les ruines de la Bande de Gaza et par tous les Palestiniens de Cisjordanie qui sont confrontés à la violence des colons et de leurs alliés militaires.

Cela doit cesser immédiatement, avant que Qusra ne devienne le modèle à suivre pour la suite : aujourd’hui, Qusra ; demain, toute la Cisjordanie.

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