Revolutionary Student’s Commission (kenya)

En France, il existe une théorie curieuse, issue de la propagande anticommuniste et antipopulaire, qui réduit le marxisme à un problème occidental. Le développement et la transformation du marxisme sur des continents comme l’Asie (où il a guidé les principales révolutions socialistes et anticolonialistes) ou l’Afrique (où il a constitué l’un des principaux fondements théoriques de la lutte anticoloniale et populaire) voient aujourd’hui émerger une nouvelle génération de camarades qui, face aux échanges inégaux et au néocolonialisme, organisent les classes populaires en Afrique. Nous publions ce document rédigé par les camarades du Kenya du Revolutionary Student’s Commission, à la tête des mobilisations étudiantes qui secouent leur pays.

La Commission des étudiants révolutionnaires : construire une avant-garde étudiante consciente dans la lutte pour un nouveau Kenya – Samuel Jobunga

Introduction : La question étudiante au Kenya

L’histoire de l’organisation étudiante au Kenya est indissociable des luttes plus larges pour la liberté, la démocratie, la justice sociale et la transformation économique. De la résistance à la domination coloniale aux luttes contemporaines autour de l’éducation, du chômage, du coût de la vie et de la responsabilité politique, les étudiants ont démontré à maintes reprises leur capacité à remettre en cause les institutions établies et à exiger un ordre social différent. Les universités ne sont pas des espaces isolés, coupés des contradictions de la société. Ce sont des institutions ancrées dans un système économique et politique façonné par les inégalités de classe, l’accès inégal aux ressources et des intérêts sociaux contradictoires.

C’est dans ce contexte que la Commission des étudiants révolutionnaires (RSC) a vu le jour le 24 novembre 2024, dans le but de développer un mouvement étudiant conscient et politiquement organisé, fondé sur le marxisme-léninisme, le socialisme, l’anti-impérialisme et la solidarité internationale. Sa création a représenté un effort visant à remédier à une faiblesse fondamentale de la politique étudiante : la tendance à dissocier les revendications immédiates des étudiants des structures économiques et politiques plus larges qui les reproduisent.

La RSC considère l’organisation étudiante comme une responsabilité à la fois politique et éducative. Son objectif n’est pas simplement de protester contre des défaillances administratives ponctuelles ou d’exiger des concessions temporaires, mais de former des étudiants capables de comprendre les conditions matérielles qui façonnent leur vie, d’identifier les intérêts qui se cachent derrière les arrangements sociaux existants et de s’organiser collectivement en vue d’une transformation sociale fondamentale.

Pour la Commission, la lutte pour un logement abordable, le droit à l’éducation, la participation démocratique et la liberté académique est liée à la lutte plus large contre l’exploitation, la dépendance économique et le néocolonialisme. Il ne s’agit pas de questions distinctes. Ce sont différentes expressions d’un même défi fondamental : comment construire une société dans laquelle les intérêts et les besoins des gens ordinaires priment sur ceux des élites politiques et économiques privilégiées.

Le développement de la RSC doit donc être appréhendé à la fois à travers ses réussites et les difficultés qu’elle a rencontrées. Son expérience démontre les possibilités d’une organisation étudiante révolutionnaire au Kenya, mais aussi les obstacles politiques, économiques et institutionnels auxquels est confronté un jeune mouvement qui tente de s’imposer comme une avant-garde étudiante consciente.

  1. La création de la Commission des étudiants révolutionnaires

La Commission des étudiants révolutionnaires a été créée le 24 novembre 2024, dans un contexte de débats persistants sur l’orientation de la politique étudiante au Kenya. Depuis des décennies, les organisations étudiantes offrent des tribunes pour dénoncer la hausse des frais de scolarité, l’insuffisance des logements, la médiocrité des services universitaires, les restrictions à la participation étudiante et, plus largement, les injustices sociales.

Cependant, l’existence de revendications étudiantes ne génère pas automatiquement une conscience révolutionnaire. Les étudiants peuvent se mobiliser contre un problème immédiat sans examiner les relations économiques, les décisions politiques et les dispositifs institutionnels qui le reproduisent. De même, les dirigeants étudiants peuvent se laisser accaparer par les élections, leur ascension personnelle et les négociations avec les administrations universitaires, tout en perdant de vue les conditions matérielles qui affectent la majorité des étudiants.

La RSC a vu le jour avec l’ambition de s’attaquer à ce problème par le biais d’une approche révolutionnaire de l’organisation étudiante. S’appuyant sur la théorie politique marxiste-léniniste, il met l’accent sur l’analyse de classe, la lutte collective, l’éducation politique et la relation entre pouvoir économique et autorité politique.

Son orientation anti-impérialiste replace les conditions sociales et économiques du Kenya dans le contexte plus large du système international. Il examine comment l’influence économique étrangère, la dépendance à la dette, les inégalités du commerce international et les pressions politiques extérieures peuvent entraver le développement national et influencer la répartition des ressources.

Dans cette perspective, les défis auxquels sont confrontés les étudiants kényans ne peuvent être compris exclusivement comme des problèmes administratifs. Ils doivent également être examinés en relation avec le financement public, la politique économique, la répartition de la richesse nationale et les priorités qui guident le développement de l’enseignement supérieur.

La création de la RSC a donc représenté une tentative d’allier le développement idéologique à l’engagement concret dans les luttes quotidiennes des étudiants. Il vise à rendre la théorie révolutionnaire pertinente par rapport aux expériences immédiates des étudiants, tout en développant une organisation capable de soutenir l’éducation politique, l’action collective et la solidarité.

L’émergence de la Commission reflète également une question plus large à laquelle sont confrontés les mouvements étudiants progressistes : comment une organisation relativement petite peut-elle se constituer une base de masse sans renoncer à ses principes idéologiques ? La réponse réside dans le fait de relier l’éducation politique aux besoins concrets des étudiants, de développer des structures organisationnelles démocratiques et de démontrer, par le travail pratique, que l’organisation collective peut aboutir à des résultats significatifs.

  1. Le RSC en tant que mouvement étudiant d’avant-garde conscient

Le concept d’avant-garde étudiante est essentiel pour comprendre l’orientation politique du RSC. Une avant-garde n’est pas simplement un groupe qui se déclare politiquement plus avancé que les autres. Sa légitimité doit être démontrée par sa compréhension des conditions sociales, sa capacité à s’organiser collectivement, son engagement en faveur de l’éducation politique et sa relation avec l’ensemble de la population étudiante.

Pour la RSC, la conscience ne naît pas automatiquement de la fréquentation de l’université ou de l’obtention de diplômes universitaires. Elle se développe par l’étude de la société, l’engagement critique vis-à-vis des idées politiques, la réflexion collective et la participation aux luttes autour des conditions de vie matérielles.

L’éducation politique occupe donc une place centrale dans le travail de la Commission. Les étudiants doivent être capables d’analyser pourquoi l’éducation devient de plus en plus coûteuse, pourquoi la pénurie de logements persiste, pourquoi les diplômés sont confrontés à des perspectives d’emploi incertaines et pourquoi les ressources nécessaires pour répondre aux besoins sociaux sont réparties de manière inégale.

L’économie politique marxiste fournit un cadre pour étudier ces questions en examinant les relations de classe, la propriété, la production, l’exploitation et la relation entre le pouvoir économique et l’État. L’analyse anti-impérialiste étend cette réflexion aux structures internationales qui influencent les choix économiques nationaux et le développement.

Cependant, la théorie révolutionnaire ne doit pas se détacher de la vie quotidienne. Sa valeur réside dans le fait qu’elle aide les étudiants à comprendre leur situation et à élaborer des réponses efficaces. L’éducation politique doit donc venir en complément de l’action pratique autour du logement, des frais de scolarité, de la représentation étudiante, de la liberté académique et de l’accès aux services essentiels.

La conception qu’a le RSC d’une avant-garde étudiante consciente exige également une responsabilité interne. Une organisation ne peut prétendre représenter les étudiants simplement parce qu’elle dispose d’un programme idéologique. Elle doit écouter les étudiants, les impliquer dans la prise de décision, expliquer clairement ses positions et démontrer que ses activités répondent à leurs préoccupations.

L’objectif ultime est de former des étudiants qui ne soient pas de simples spectateurs des événements politiques, mais des participants actifs capables d’analyser les conditions sociales, de s’organiser collectivement et de contribuer à la lutte plus large pour la transformation démocratique et sociale.

  1. Réalisations : relier la théorie révolutionnaire à la lutte pratique

Les réalisations de la RSC doivent être comprises au regard de son existence relativement courte, des ressources dont elle dispose et de l’environnement difficile dans lequel elle opère. Depuis sa création, la Commission s’est efforcée de démontrer que la politique étudiante révolutionnaire peut aller au-delà des discussions théoriques et s’attaquer directement aux conditions matérielles des étudiants.

3.1 La lutte pour la réduction des frais de logement à l’université de Nairobi

L’une des réalisations significatives rapportées par la Commission a été l’organisation d’une manifestation à l’université de Nairobi pour exiger une réduction des frais de logement de 40 000 KSh à 20 000 KSh, soit la moitié du montant initial.

Cette campagne est née d’une question fondamentale à laquelle sont confrontés les étudiants : pourquoi l’accès au logement universitaire devrait-il devenir un fardeau financier de plus en plus lourd pour les étudiants et leurs familles ? Le logement n’est pas un luxe facultatif pour les étudiants qui doivent assister aux cours, étudier et participer à la vie universitaire. C’est une condition essentielle pour accéder à l’éducation.

En s’organisant autour de la réduction proposée, le RSC a cherché à transformer un grief économique en une revendication politique collective. La campagne a démontré l’importance d’identifier un problème concret, de formuler une revendication claire, de mobiliser les étudiants concernés et de s’opposer aux institutions responsables des décisions qui affectent leur vie.

La lutte n’a pas été facile. La manifestation s’est accompagnée d’arrestations, illustrant les risques qui peuvent accompagner une mobilisation étudiante conflictuelle. Néanmoins, la campagne a placé la question des frais de logement au cœur de la défense des intérêts étudiants et a démontré le potentiel d’une pression organisée pour remettre en cause les politiques universitaires.

La revendication visant à réduire les frais de logement de 40 000 KSh à 20 000 KSh était significative, car elle traduisait le principe abstrait d’une éducation abordable en un objectif économique précis et compréhensible.

Pour le RSC, la leçon va au-delà de la question du logement. Lorsque les étudiants s’organisent autour d’un intérêt matériel commun, ils peuvent développer une meilleure compréhension de leur position collective et de l’importance de la solidarité. Cette campagne illustre également pourquoi l’organisation révolutionnaire doit partir des problèmes concrets rencontrés par les étudiants plutôt que de s’appuyer exclusivement sur un langage politique abstrait.

Son importance à long terme réside dans l’expérience organisationnelle acquise : mobiliser les étudiants, formuler des revendications, surmonter la résistance institutionnelle et démontrer que le coût de l’éducation est une question d’intérêt public plutôt qu’une difficulté privée propre à chaque étudiant.

3.2 Participation à la grève des enseignants-chercheurs d’octobre 2025

Un autre aspect important du développement de la RSC a été sa participation à la grève des enseignants-chercheurs d’octobre 2025, en soutien aux revendications de ces derniers et à leur lutte pour la libération des personnes dont la libération était réclamée pendant le mouvement de grève.

Cette participation reflétait la conviction de la Commission selon laquelle les luttes étudiantes ne peuvent être dissociées des luttes des travailleurs. Les universités dépendent du travail des enseignants, du personnel non enseignant, des administrateurs et des autres travailleurs, dont les conditions de travail influent sur la qualité et la continuité de l’enseignement.

Lorsque les enseignants sont confrontés à des conflits concernant leurs conditions d’emploi, leur rémunération ou la mise en œuvre d’accords, les conséquences s’étendent au-delà du lieu de travail. Les étudiants peuvent être confrontés à des interruptions dans leur apprentissage, à des incertitudes concernant les examens et à des retards dans l’achèvement de leurs études. Parallèlement, les conditions de travail des enseignants influencent la qualité de l’enseignement, de la recherche et de l’accompagnement académique.

Un mouvement étudiant révolutionnaire doit donc rejeter la division artificielle entre étudiants et travailleurs. Les étudiants ne sont pas simplement des consommateurs de services éducatifs, tout comme les enseignants ne sont pas uniquement des prestataires de ces services. Les uns et les autres occupent des positions au sein d’un système éducatif façonné par le financement public, les relations de travail et les décisions relatives à l’allocation des ressources.

La participation de la RSC à la grève d’octobre 2025 reflétait une volonté de forger une solidarité à travers ces relations. Plutôt que de considérer la lutte des enseignants comme une question extérieure à la politique étudiante, la Commission a reconnu l’importance d’un engagement collectif face aux conditions affectant la communauté universitaire.

Cette expérience renforce un principe fondamental de la solidarité ouvrière : la lutte pour une éducation accessible et de qualité exige de prendre en compte les intérêts tant des apprenants que des travailleurs de l’éducation.

Le lien entre les luttes des étudiants et celles des travailleurs ne doit pas se limiter à de simples slogans. Il nécessite un dialogue, un respect mutuel, une compréhension des revendications immédiates de chaque groupe et une volonté de soutenir les efforts collectifs légitimes. En participant aux luttes des travailleurs, les étudiants peuvent acquérir une compréhension plus large des relations économiques et institutionnelles qui façonnent leurs propres expériences éducatives.

3.3 Obtenir des postes de direction étudiante et influencer les politiques progressistes

Grâce à son action politique et à son engagement dans la vie politique étudiante universitaire, le RSC a contribué à permettre à certains de ses camarades d’accéder à des postes de direction étudiante dans diverses universités du Kenya, notamment l’université de Nairobi, l’université Kenyatta et l’université de Laikipia. Il s’est également efforcé d’influencer les débats au sein des instances dirigeantes étudiantes et de promouvoir des politiques étudiantes progressistes.

Ces avancées sont importantes car les structures de direction étudiante offrent la possibilité de soulever des questions touchant les étudiants, de participer aux discussions institutionnelles et de plaider en faveur de changements dans la représentation étudiante et la gouvernance universitaire.

Les postes de direction ne doivent toutefois pas être considérés comme des réussites en soi. Leur importance politique dépend de la manière dont ils sont utilisés, de leur capacité à renforcer la participation démocratique et de leur contribution à la résolution des préoccupations concrètes des étudiants.

Pour le RSC, la présence de camarades au sein de la direction étudiante crée des opportunités de relier l’éducation politique organisée à un engagement politique concret. Ces opportunités peuvent être mises à profit pour militer en faveur de logements abordables, d’une représentation étudiante transparente, de services améliorés, de la liberté académique et d’une plus grande responsabilité dans les décisions touchant les étudiants.

Le défi consiste à veiller à ce que la participation à la direction étudiante ne conduise pas à des compromis politiques ni à l’abandon des principes fondateurs de l’organisation. Les postes de direction doivent rester des instruments au service des intérêts collectifs plutôt que des moyens d’avancement individuel.

La crédibilité future de la RSC dans ce domaine dépendra de sa capacité à mettre en avant les politiques spécifiques sur lesquelles elle a exercé une influence, les postes qu’elle a contribué à obtenir et les avantages concrets dont les étudiants ont bénéficié grâce à ces interventions.

3.4 Éducation politique et développement idéologique

L’éducation politique reste l’une des priorités fondamentales de la RSC. Par la mise en place de cellules d’étude consacrées à la théorie marxiste, à l’histoire révolutionnaire, à l’économie politique et à la pensée socialiste, la Commission cherche à développer la capacité des étudiants à comprendre les forces qui façonnent la société kenyane.

Son approche considère l’éducation politique comme une responsabilité organisationnelle permanente. Les textes révolutionnaires sont étudiés non seulement comme des documents historiques, mais aussi comme des sources d’outils analytiques pouvant être examinés de manière critique et appliqués aux réalités contemporaines.

Ce travail revêt une importance particulière dans un environnement politique où le débat public peut être dominé par la compétition électorale, la politique de la personnalité et les controverses politiques immédiates. La RSC cherche à encourager les étudiants à se pencher sur des questions plus profondes concernant les intérêts de classe, les inégalités économiques, l’impérialisme, les ressources publiques et les possibilités de transformation sociale.

L’éducation politique contribue également à la pérennité de l’organisation. Un mouvement qui dépend entièrement de l’enthousiasme de quelques individus peut avoir du mal à se maintenir lorsque ses membres obtiennent leur diplôme, sont confrontés à des difficultés personnelles ou quittent leurs postes de direction. Développer la compréhension politique et les compétences organisationnelles d’un plus grand nombre de membres peut contribuer à bâtir un mouvement plus durable.

3.5 Organisation anti-impérialiste et solidarité internationale

Le RSC s’est efforcé de relier la politique étudiante au Kenya aux luttes menées à l’échelle internationale. Ses initiatives de solidarité et son action contre les sanctions visant des pays tels que Cuba, le Venezuela, l’Iran et le Burkina Faso reflètent une volonté d’encourager les étudiants à examiner les relations internationales à travers les prismes de la souveraineté, de la pression économique et des rapports de force inégaux à l’échelle mondiale.

La Commission a également maintenu sa solidarité avec la Palestine, inscrivant cette question dans le cadre plus large de son opposition à l’impérialisme et de son soutien aux droits des peuples opprimés.

Ces initiatives reflètent la conviction du RSC selon laquelle les conditions affectant les étudiants au Kenya ne peuvent être pleinement comprises sans examiner le contexte économique et politique international. Les questions de dette, de développement, de commerce, de propriété des ressources et d’influence extérieure sont liées aux débats sur la souveraineté nationale et l’indépendance économique.

La solidarité internationale offre également des opportunités d’échanges avec des organisations progressistes au-delà du Kenya. De telles relations peuvent renforcer l’apprentissage politique, faciliter le soutien mutuel et exposer les étudiants à différentes expériences d’organisation.

Pour le RSC, l’internationalisme doit rester lié au travail concret mené au Kenya. La solidarité avec les populations d’autres pays doit venir compléter les efforts de l’organisation pour s’attaquer aux coûts du logement, à l’éducation, aux droits des travailleurs et à la participation démocratique au niveau national.

3.6 Renforcer les capacités organisationnelles et élargir la base étudiante

La Commission s’est également efforcée de renforcer ses fondements organisationnels par le biais de collectes de fonds, de la sensibilisation des étudiants, de programmes politiques et de la collaboration avec des organisations progressistes.

Son orientation a notamment consisté à construire une base de masse, à se rapprocher des luttes quotidiennes des étudiants, à développer des initiatives d’éducation politique et à examiner les réformes de la représentation étudiante, y compris les propositions concernant le système des délégués.

Ces priorités reflètent la prise de conscience qu’un mouvement durable nécessite plus que des déclarations publiques et des manifestations occasionnelles. Il a besoin de structures fonctionnelles, d’une communication fiable, d’une direction responsable et de la capacité à s’organiser de manière cohérente.

Le développement de la RSC doit donc être évalué non seulement à l’aune des activités qu’elle a menées, mais aussi en fonction de la mesure dans laquelle ces activités renforcent la participation, développent la compréhension politique et créent une capacité organisationnelle durable.

  1. Les défis auxquels est confrontée la RSC : impérialisme, néocolonialisme et répression politique

Le développement de la RSC s’est déroulé dans un contexte politique et économique difficile. La Commission identifie l’impérialisme et le néocolonialisme comme des défis structurels majeurs, tandis que ses expériences en matière d’arrestations, de poursuites judiciaires, de suspensions et de mauvais traitements signalés à l’encontre de camarades ont soulevé des préoccupations supplémentaires quant à l’espace disponible pour l’organisation étudiante révolutionnaire.

Ces expériences doivent être comprises à deux niveaux : les structures plus larges qui façonnent le développement social et économique du Kenya, et les défis immédiats auxquels sont confrontés les étudiants qui s’organisent contre des conditions qu’ils jugent injustes.

4.1 Impérialisme et néocolonialisme : le défi structurel

Du point de vue marxiste-léniniste du RSC, l’impérialisme ne se résume pas à l’exercice d’une influence politique par des gouvernements étrangers. Il concerne l’organisation des relations économiques internationales, le contrôle des ressources, la circulation des capitaux, ainsi que la manière dont les États puissants et les intérêts économiques peuvent façonner les choix de développement qui s’offrent aux pays moins puissants.

Le néocolonialisme décrit une situation dans laquelle l’indépendance politique formelle coexiste avec d’importantes dépendances économiques et politiques. Un pays peut posséder ses propres institutions et son drapeau national tout en restant contraint par des obligations financières extérieures, des relations commerciales inégales, des capitaux étrangers et des pressions économiques internationales.

Pour le Kenya, cette perspective soulève des questions concernant la dette publique, les priorités des dépenses nationales, la répartition des ressources et la capacité de l’État à répondre aux besoins sociaux. Elle invite également à examiner comment la politique économique affecte les universités publiques, le financement de l’éducation, les perspectives d’emploi et les conditions de vie des familles de la classe ouvrière.

Les conséquences se font sentir dans le quotidien des étudiants. Lorsque l’éducation devient de plus en plus coûteuse, que le logement est hors de portée de nombreux étudiants ou que les diplômés sont confrontés à des perspectives d’emploi limitées, ces conditions exigent un examen tant des décisions politiques nationales que des structures économiques plus larges dans lesquelles ces décisions sont prises.

Le défi du RSC consiste à traduire cette analyse structurelle en une éducation politique accessible et en programmes concrets. Il doit démontrer en quoi les questions d’impérialisme et de néocolonialisme sont liées aux préoccupations identifiables des étudiants, sans pour autant traiter chaque problème administratif comme le résultat direct d’une seule cause externe.

Une analyse révolutionnaire rigoureuse doit examiner la relation entre les pressions économiques internationales, les décisions politiques nationales, les priorités institutionnelles et les intérêts de classe. Cela peut aider les étudiants à comprendre à la fois les contraintes externes pesant sur le développement national et les responsabilités des institutions nationales.

4.2 La détention de cinq étudiants anti-impérialistes à la suite du Sommet France-Afrique

L’un des défis les plus graves signalés par le RSC est la détention prolongée de cinq cadres étudiants anti-impérialistes à la suite des événements liés au Sommet France-Afrique qui s’est tenu à Nairobi le 11 mai 2026.

La Commission rapporte que les cinq étudiants ont été arrêtés en lien avec les événements survenus lors du sommet et ont par la suite fait l’objet de poursuites pénales. Le RSC considère cette affaire comme motivée par des raisons politiques et soutient que, lors des comparutions répétées devant le tribunal, le ministère public n’a pas produit de preuves suffisantes pour étayer les allégations, qui constituaient des accusations forgées de toutes pièces à l’encontre de ses membres. Il s’agit là des allégations de l’organisation, qu’il convient de distinguer des conclusions officiellement établies par le tribunal.

Un cadre anti-impérialiste est toujours en prison car il n’a pas pu réunir la somme nécessaire pour payer sa caution en espèces. Sa détention prolongée fait peser un lourd fardeau sur les étudiants concernés, leurs familles et l’organisation qui les soutient.

Les conséquences vont au-delà de la simple privation de liberté. Une détention prolongée perturbe le parcours universitaire, empêche les étudiants de participer à la vie universitaire, engendre des difficultés financières et plonge leur avenir scolaire dans l’incertitude. Les étudiants qui devraient assister aux cours, se préparer aux examens et mener à bien leurs études sont au contraire confrontés à l’incertitude et aux frais liés à une procédure pénale en cours.

Cette situation soulève une question sérieuse concernant l’accès à la justice : dans quelle mesure la situation économique d’une personne affecte-t-elle sa capacité concrète à obtenir sa libération en attendant son procès ? Bien que les décisions relatives à la caution dépendent des circonstances propres à chaque affaire et des exigences légales applicables, l’incapacité à réunir le montant fixé pour la caution en espèces peut avoir des conséquences dévastatrices pour les étudiants issus de milieux défavorisés.

Cette affaire illustre également les difficultés organisationnelles auxquelles est confronté un jeune mouvement dont les membres ont besoin d’un soutien juridique alors que l’organisation elle-même dispose de ressources limitées. La présence aux audiences, la représentation juridique, le soutien aux familles et la communication publique exigent du temps et de l’argent qui seraient autrement consacrés à l’éducation politique et à l’organisation sur les campus.

Pour le RSC, le maintien en détention de ces cinq cadres est devenu un test de solidarité. La défense de leurs droits exige une attention soutenue portée à leurs procédures judiciaires, un soutien à leurs familles, une documentation précise de l’affaire et des appels constants en faveur du respect des garanties procédurales et d’un procès équitable.

La Commission estime que cette affaire ne doit pas servir à dissuader les étudiants de s’engager dans la politique anti-impérialiste. Dans le même temps, les principes de justice exigent que les allégations, les preuves et les décisions judiciaires soient examinées dans le cadre d’une procédure judiciaire en bonne et due forme.

4.3 L’enlèvement et la torture du camarade Mulinge Muteti

Une autre expérience profondément troublante vécue par la RSC concerne l’enlèvement de notre camarade Mulinge Muteti en septembre 2026, lors d’activités liées à la manifestation « Libérez tous les prisonniers politiques ».

Mulinge a été détenu au secret pendant cinq jours avant d’être retrouvé dans un état de grande faiblesse et gravement blessé. Le RSC rapporte qu’il a été soumis à de brutales tortures durant cette période, subissant une fracture à la jambe, une blessure au cou, des lésions internes et de graves brûlures sur certaines parties de son corps, qui auraient été infligées à l’aide de métal chauffé.

Les circonstances décrites par ses camarades brossent un tableau inquiétant des souffrances physiques et de l’incertitude liées à sa disparition. Le fait d’être détenu au secret signifiait que ni son lieu de détention ni son état de santé n’étaient connus de ceux qui le recherchaient, laissant sa famille et ses camarades sans informations fiables sur sa sécurité.

À son retour, Mulinge a dû recevoir des soins médicaux d’urgence pour les blessures qu’il aurait subies au cours de son calvaire. Son état a également fait peser un fardeau financier et émotionnel supplémentaire sur les personnes chargées de prendre en charge son traitement et son rétablissement.

La RSC a replacé cet incident dans le contexte plus large des dangers auxquels sont confrontés les militants engagés dans des mouvements de gauche, antifascistes et anti-impérialistes au Kenya. La Commission considère cette expérience comme un avertissement quant à la vulnérabilité des militants politiques lorsque leur sécurité ne peut être assurée.

La responsabilité de l’enlèvement et des actes de torture signalés doit être établie par le biais d’une enquête crédible. Néanmoins, ces allégations sont extrêmement graves et justifient un examen approfondi, une documentation médicale appropriée et la mise en cause de toute personne reconnue responsable.

Les normes internationales en matière de droits de l’homme interdisent la torture et les traitements cruels, inhumains ou dégradants. Toute personne a droit à la sécurité personnelle, à la protection contre la violence et à l’accès à la justice, indépendamment de son affiliation politique ou de son idéologie.

Pour le RSC, cette affaire démontre que la solidarité doit aller au-delà de la simple publication de communiqués. Elle exige une aide concrète pour les soins médicaux, un soutien aux familles touchées, une documentation minutieuse des abus présumés et des demandes persistantes en faveur d’enquêtes crédibles.

L’expérience de Mulinge illustre également le coût humain du militantisme politique lorsque les organisateurs craignent les disparitions, la violence physique ou l’intimidation. De telles expériences peuvent affecter non seulement les personnes directement visées, mais aussi leurs familles, leurs camarades et les communautés au sens large au sein desquelles elles militent.

La réponse de la Commission doit donc allier la solidarité à un engagement en faveur de la dignité humaine, à une documentation fondée sur des preuves et à la responsabilité. La revendication de justice doit rester ancrée dans le principe selon lequel aucun militant ne devrait être victime d’enlèvement ou de torture.

Pour nous soutenir et défendre la Commission des étudiants révolutionnaires dans la lutte contre l’impérialisme, faites un don via ce lien

https://www.mchanga.africa/fundraiser/139748

4.4 La suspension de camarades pour leur solidarité avec la Palestine

La RSC signale également que certains de ses camarades ont été suspendus de l’université de Nairobi en raison de leur position de solidarité avec la Palestine.

Ces suspensions soulèvent d’importantes questions concernant la liberté académique, la liberté d’expression et l’espace dont disposent les étudiants pour s’engager sur des questions politiques internationales. Les étudiants ont un intérêt légitime à débattre de la guerre, de l’occupation, des droits de l’homme, du droit international et des responsabilités des gouvernements et des institutions.

Pour la Commission, la solidarité avec la Palestine s’inscrit dans le cadre plus large de son opposition à l’impérialisme et de son engagement en faveur de la solidarité internationale. Elle considère que la capacité des étudiants à débattre de la lutte palestinienne constitue un élément important de l’éducation politique et de l’engagement dans les affaires mondiales.

Lorsque des étudiants font l’objet de sanctions disciplinaires en raison de leurs positions politiques, il devient nécessaire d’examiner les motifs spécifiques de ces décisions, les procédures suivies et de vérifier si les droits des étudiants à un traitement équitable et à la liberté d’expression ont été respectés.

Le RSC replace les suspensions signalées dans le contexte plus large de la manière dont les institutions réagissent face à un militantisme étudiant politiquement controversé. L’organisation soutient que les procédures disciplinaires ne devraient pas servir à réprimer l’expression politique pacifique ni à discriminer des étudiants en raison de leur solidarité avec une cause internationale.

Pour le RSC, la défense des camarades menacés de suspension est donc liée à une préoccupation plus large concernant le caractère démocratique de l’université. Les établissements universitaires devraient être des lieux où les étudiants développent leur capacité à remettre en question les positions établies, à se pencher sur les événements internationaux et à adopter une approche critique vis-à-vis des idées politiques, et non des lieux où une éducation bourgeoise est imposée de force aux étudiants

4.5 Le poids économique de l’organisation révolutionnaire

La répression politique et la lutte pour obtenir des ressources suffisantes se renforcent souvent mutuellement. Les procédures judiciaires, les frais médicaux, les coûts d’impression, la location de salles et les déplacements peuvent imposer des contraintes financières considérables à une jeune organisation.

La détention prolongée de cet étudiant et les soins médicaux rendus nécessaires par les blessures dont Mulinge aurait été victime illustrent à quel point des crises individuelles peuvent exercer une pression considérable sur les ressources limitées du RSC.

Dans le même temps, les étudiants que la Commission cherche à mobiliser sont eux-mêmes souvent confrontés à des difficultés financières. Le logement, la nourriture, les transports, le matériel pédagogique et d’autres besoins fondamentaux se disputent les ressources limitées des ménages.

Cela crée une réalité organisationnelle difficile. La RSC doit soutenir les camarades confrontés à de graves difficultés tout en continuant à financer l’éducation politique, la sensibilisation des étudiants et les campagnes autour des préoccupations quotidiennes.

Relever ce défi nécessite une collecte de fonds transparente, une budgétisation rigoureuse, des contributions collectives et une gestion responsable des ressources. Cela nécessite également des réseaux de solidarité capables de partager la charge des frais juridiques, médicaux et organisationnels.

Le défi ne consiste pas simplement à obtenir davantage d’argent. Il s’agit de développer un modèle organisationnel durable qui permette à la Commission de maintenir ses activités tout en répondant de manière responsable aux besoins de ses membres.

4.6 Construire une base de masse dans un contexte de fragmentation politique

La RSC est confrontée au défi permanent d’étendre son rayonnement au-delà d’un groupe engagé d’étudiants politiquement conscients. De nombreux étudiants sont accaparés par les pressions immédiates liées à la fin de leurs études, à la recherche d’un logement, au financement de leurs études et à l’obtention d’un emploi après l’obtention de leur diplôme.

D’autres peuvent se méfier des organisations politiques en raison d’expériences passées marquées par des promesses non tenues, des rivalités au sein de la direction ou l’utilisation de la politique étudiante à des fins d’avancement personnel.

La Commission doit donc démontrer que la politique révolutionnaire peut répondre à des préoccupations concrètes plutôt que de se contenter de les expliquer. Sa position idéologique prendra tout son sens pour une population étudiante plus large lorsque les étudiants pourront voir en quoi l’organisation collective est liée à leurs expériences quotidiennes.

Cela nécessite une éducation politique accessible, des discussions ouvertes, un engagement constant et des revendications clairement formulées. Cela exige également la capacité d’écouter les étudiants qui ne partagent pas d’emblée la vision idéologique de la Commission.

Un mouvement d’avant-garde ne peut se construire une base de masse en partant du principe que la population dans son ensemble acceptera automatiquement ses conclusions. Il doit développer ses arguments par le biais de la discussion, démontrer sa pertinence par un travail concret et rester disposé à tirer les leçons des expériences des personnes qu’il cherche à organiser.

  1. Relier les luttes étudiantes à la lutte plus large de la classe ouvrière

La campagne du RSC contre les frais de logement et sa participation à la grève des enseignants démontrent l’importance de relier l’organisation étudiante aux luttes plus larges concernant le travail, les ressources publiques et les conditions sociales.

Les étudiants et les travailleurs occupent des positions différentes au sein du système éducatif, mais leurs expériences sont étroitement liées. Les étudiants ont besoin d’une éducation abordable et accessible, tandis que les enseignants et les autres travailleurs universitaires ont besoin de conditions de travail équitables et des ressources nécessaires pour s’acquitter de leurs responsabilités.

Lorsque les frais de logement augmentent, les étudiants issus de familles de la classe ouvrière subissent une pression financière accrue. Lorsque les enseignants mènent des actions collectives, les étudiants subissent les conséquences des conflits qui affectent l’enseignement et le fonctionnement de l’université. Lorsque les ressources publiques sont insuffisantes ou mal réparties, ces deux groupes peuvent en subir les effets.

Une approche révolutionnaire cherche à comprendre ces relations plutôt que de traiter chaque grief comme un problème isolé.

La grève des enseignants d’octobre 2025 a été l’occasion pour le RSC d’exprimer sa solidarité avec les travailleurs et de reconnaître l’importance de l’action collective au-delà de la population étudiante. La manifestation contre la hausse des frais de logement, quant à elle, a démontré l’importance de s’organiser autour d’une revendication économique concrète touchant directement les étudiants.

Ensemble, ces expériences ouvrent la voie à une approche dans laquelle les étudiants participent à leurs propres luttes tout en apprenant à reconnaître les intérêts légitimes des travailleurs et d’autres segments de la société.

Une telle solidarité doit se construire par une coopération concrète. Les étudiants et les travailleurs devraient avoir l’occasion de discuter de leurs préoccupations, d’identifier des domaines d’intérêt commun et de se soutenir mutuellement sans partir du principe que leurs revendications immédiates sont toujours identiques.

L’objectif plus large est de développer une compréhension politique de l’éducation en tant qu’institution sociale dont les conditions sont façonnées par le travail, l’investissement public, les priorités économiques et les rapports de force.

Pour le RSC, relier les luttes des étudiants et des travailleurs n’est donc pas un simple complément facultatif à la politique étudiante. C’est un élément central de la compréhension des forces sociales nécessaires à une transformation éducative et économique significative.

  1. La voie à suivre : construire un mouvement étudiant révolutionnaire durable

L’avenir du RSC dépendra de sa capacité à transformer ses principes fondateurs et ses expériences concrètes en un programme organisationnel durable.

Premièrement, l’éducation politique doit rester régulière, accessible et en lien avec les conditions sociales contemporaines. Les groupes d’étude, les débats publics, les programmes de lecture et les forums sur le campus peuvent aider les étudiants à développer leurs capacités d’analyse tout en encourageant la réflexion critique.

Deuxièmement, la Commission doit s’impliquer davantage dans les préoccupations quotidiennes des étudiants. La campagne sur les frais de logement illustre l’importance de revendications clairement définies et ancrées dans les conditions matérielles. Les initiatives futures devraient continuer à identifier les préoccupations urgentes, à consulter les étudiants concernés et à élaborer des propositions pouvant être évaluées à l’aune de résultats concrets.

Troisièmement, la RSC doit renforcer ses relations avec les travailleurs et d’autres organisations progressistes. Sa participation à la grève des enseignants démontre les possibilités de solidarité au-delà des frontières du campus. Un engagement continu peut contribuer à développer une compréhension plus large du lien entre les luttes éducatives et les intérêts des travailleurs.

Quatrièmement, la Commission devrait continuer à mettre en place des structures organisationnelles démocratiques et responsables. Des responsabilités claires, des finances transparentes, une évaluation régulière et une participation significative peuvent renforcer la confiance interne et garantir que l’organisation ne devienne pas dépendante d’un petit nombre d’individus.

Cinquièmement, la solidarité avec les camarades confrontés à la détention, à la suspension ou à des actes de violence signalés doit s’accompagner de mesures concrètes. L’assistance juridique, le soutien médical, une documentation minutieuse et le dialogue avec les institutions concernées constituent des éléments essentiels d’une organisation responsable.

Sixièmement, la RSC doit continuer à œuvrer pour élargir sa base étudiante. La politique révolutionnaire acquiert une pertinence sociale lorsque les étudiants peuvent relier ses idées à leurs expériences et participer à l’élaboration de réponses collectives à des préoccupations communes.

Enfin, la Commission devrait documenter ses réussites et ses lacunes. Le nombre d’étudiants touchés par l’éducation politique, les politiques influencées par le leadership étudiant, les résultats des campagnes et la pérennité des structures organisationnelles peuvent aider à mesurer les progrès accomplis.

Ces priorités ne sont pas dissociables de la politique révolutionnaire. Elles font partie du travail concret nécessaire pour construire une organisation capable de tenir ses engagements, de tirer les leçons de l’expérience et de gagner la confiance des personnes qu’elle cherche à représenter.

Conclusion : L’avenir de l’organisation étudiante révolutionnaire au Kenya

La Commission des étudiants révolutionnaires a vu le jour en novembre 2024 avec l’ambition de développer un mouvement étudiant conscient, ancré dans le marxisme-léninisme, le socialisme, l’anti-impérialisme et la solidarité internationale. Son développement a notamment porté sur l’éducation politique, la mobilisation autour des frais de logement, la solidarité avec les enseignants lors des actions syndicales, la participation à des campagnes internationales, ainsi que les efforts visant à obtenir des postes de direction au sein des organisations étudiantes et à influencer les politiques progressistes.

La lutte pour réduire les frais de logement de 40 000 KSh à 20 000 KSh a démontré l’importance de s’organiser autour d’une revendication matérielle concrète. La participation à la grève des enseignants d’octobre 2025 reflétait la prise de conscience que les intérêts des étudiants ne peuvent être dissociés des conditions des travailleurs de l’éducation. L’influence croissante de la Commission

au sein des structures de direction étudiantes laisse entrevoir des opportunités de combiner mobilisation de masse et engagement politique.

Dans le même temps, le RSC fait état de graves difficultés, notamment la détention prolongée d’un étudiant anti-impérialiste qui n’a pas pu réunir la caution en espèces, l’enlèvement et la torture présumés du camarade Mulinge Muteti, ainsi que la suspension de camarades de l’université de Nairobi en raison de leur solidarité avec la Palestine. Ces événements ont exercé des pressions financières, éducatives, physiques et organisationnelles sur la Commission et ses membres.

L’organisation inscrit ces difficultés dans une analyse plus large de l’impérialisme et du néocolonialisme, tout en reconnaissant que son développement continu dépend également d’un travail organisationnel concret, d’une responsabilité démocratique et d’une relation plus étroite avec la population étudiante.

L’avenir de la RSC ne peut être assuré par le seul discours révolutionnaire. Il dépend de la cohérence de son éducation politique, de la qualité de ses campagnes, de sa capacité à tisser des liens de solidarité entre les différents groupes sociaux et de sa volonté d’évaluer honnêtement ses réussites et ses lacunes.

Une avant-garde étudiante consciente doit être capable d’étudier la société, de comprendre les conditions matérielles du peuple, de s’organiser autour de besoins concrets et de développer la capacité à mener une action collective durable. Sa force ne se mesure pas simplement aux positions qu’elle adopte, mais à la participation qu’elle suscite, aux droits qu’elle défend, aux politiques qu’elle contribue à façonner et aux relations qu’elle développe avec l’ensemble de la population active.

La tâche à laquelle est confrontée la Commission des étudiants révolutionnaires est donc à la fois intellectuelle et pratique : cultiver la conscience politique tout en s’organisant autour des luttes immédiates ; défendre les droits et la dignité de ses camarades tout en rendant des comptes ; et relier les expériences des étudiants kényans aux questions plus larges de justice économique, de liberté démocratique et de développement national.

Son défi permanent consiste à transformer ces expériences en un mouvement plus fort, plus participatif et plus durable — un mouvement capable de contribuer de manière significative à la lutte pour un Kenya plus équitable et plus démocratique.

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